Loading...
L'Histoire de Marie-AntoinetteL'impopularité de la ReineLa Révolution

Sur la route de Montmédy

La famille royale dans la berline

Dès son installation forcée au palais des Tuileries , le 6 octobre 1789, la Famille Royale ne s’y sentira pas chez elle…

Aucune description disponible.Les Tuileries vues dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Déjà lors de l’été 1790, les rumeurs de départ courent dans Paris. C’est un désir profond de la part de Marie-Antoinette. De la part de Louis XVI, plus anxieux des conséquences que cela pourrait avoir, tout est plus circonspect.

Marie-Antoinette aborda une phase importante de la mise en œuvre de son projet de fuite en commandant, le 22 décembre 1790, une «berline de voyage», voiture à la fois solide et de grande taille au carrossier Jean Louis, implanté quai des Quatre-Nations. […]

« […]la voiture devait être livrée à la fin de février. Quelques jours plus tard, Axel commettait sa première imprudence. Annoncé par la baronne [de Korff] comme « un certain monsieur », il apportait à l’artisan les échantillons de tissus choisis par la reine pour la décoration intérieure : capitonnage en velours blanc d’Utrecht, moquette rouge, coussins en maroquin vert et taffetas blanc. »

L’argent est difficile à trouver. Outre la participation de la Reine, Fersen donne tout ce qu’il a, emprunte 3000 livres à son maître d’hôtel, 93 000 livres à une dame suédoise et 169 000 livres à la baronne de Korff. Éléonore Sullivan donne mille livres.

20 juin 1791: La fuite à Varennes - 21H 45 06c4e510
Photographies de la berline du film d’Arnaud Sélignac , L’évasion de Louis XVI

Déjà, le 3 février 1791, Marie-Antoinette écrit à Mercy :

Ce 3 février.
Enfin, voici l’occasion que je vous annonce depuis longtemps, Monsieur le comte. La cassette contient mes diamants. Le Roi aurait voulu y joindre les siens; mais, comme ils sont à la Couronne, nous n’avons pas osé, de peur qu’on ne les demande d’un moment à l’autre, sous prétexte qu’ils sont biens nationaux. Votre lettre du 24
( janvier) m’a affligée et peinée. Malgré les contrariétés que nos idées éprouvent, par les nouvelles que vous m’y donnez, je veux profiter de cette occasion sûre pour vous détailler tout notre plan.
Nous sommes assurés des sentiments, de la discrétion et du zèle de M. de Bouillé; mais il croit comme nous qu’il serait impossible de rien faire sans le secours des puissances étrangères, lequel serait dangereux si nous n’étions hors de Paris. Après avoir réfléchi longuement sur les moyens de nous tirer d’ici, nous n’avons trouvé de sûr que celui de la fuite, M. de B. n’étant pas assez sûr de toutes les troupes de son commandement ni des municipalités pour garnir suffisamment la route par où nous devons passer. M. de B. a craint d’ailleurs qu’un grand mouvement de troupes ne donne des soupçons. Il ne nous a pas proposé Metz pour notre retraite: il trouve cette ville trop grande, trop mal peuplée, et d’un trop mauvais esprit pour que nous y soyons en sûreté. Elle est d’ailleurs trop éloignée de la frontière. Mais il nous propose Montmédy, qui n’en est éloigné que d’une lieue. C’est une petite place très forte, et d’où la communication avec le pays de Luxembourg est très aisée. Elle fournit encore d’autres avantages: celui que personne n’y pense, et celui de faciliter à M. de B. le moyen d’y rassembler des troupes et des munitions de guerre et de bouche, sous prétexte de précautions contre la terreur panique qu’inspirent les Autrichiens. Il a déjà commencé à s’en occuper. Toutes les troupes de ces environs sont bonnes et bien disposées. Il ne peut répondre, mais il croit être sûr que la présence du Roi en ramènera promptement d’autres. D’après toutes ces considérations, nous nous sommes décidés pour Montmédy ; et, si les circonstances que vous prévoyez nous forçaient de quitter cette frontière, nous pourrions toujours nous retirer avec nos troupes, par l’Alsace, sur celle de Suisse. Quant à notre fuite, elle s’exécutera de nuit. Nous irons de suite, avec nos deux enfants et notre seule voiture, jusqu’au lieu de notre retraite; M., Madame et Élisabeth partiront ensemble du Luxembourg et nous joindront par la route de Valenciennes. Mme de Tourzel, MM. de Brissac ou de Villequier nous accompagneront en voiture. M. de Briges nous servira de courrier. Comme la réussite de ce plan dépend du secret, personne n’en est instruit, pas même ces messieurs. Ils ne le seront qu’au moment du départ. Nous avons une voiture qui n’est point à nous et ignorée de tous nos gens: aucun ne sera dans la confidence.

Voici le nécessaire de voyage de Marie-Antoinette aujourd’hui conservée au Louvre, que la Reine fait parvenir à Sa sœur Marie-Christine comme s’il s’agissait d’un cadeau afin de le récupérer une fois en liberté :

Dans le nécessaire de voyage de Marie-Antoinette on ne trouve pas de diamants mais un bel exemple d’art décoratif du XVIIIe siècle, dont la porcelaine de Sèvres.L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-malle-de-voyage-de-Maria-Antoinette-1.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-malle-de-voyage-de-Maria-Antoinette-3.jpg.
Il est difficile de croire qu’une porcelaine aussi modeste ait appartenu à la Reine. Cependant, Sa passion pour la vie rurale et son élégance l’ont amenée à fuir la vie de Cour et la splendeur, comme cette porcelaine peut le prouver.L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-malle-de-voyage-de-Maria-Antoinette-7.jpg.L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-malle-de-voyage-de-Maria-Antoinette-2.jpg.
Les guirlandes florales combinées uniquement avec des lignes lumineuses et des initiales de la reine seront imitées pendant des décennies sur porcelaine. La décoration monumentale et lourde ne trouvera jamais plus de reconnaissance (à part le rôle d’exposition et de cour) auprès de la majorité de la société.

Marie-Antoinette ne récupérera jamais ce nécessaire conçu pour Elle.

On constate là que la Reine comptait voyager avec le Roi, ses enfants, peut-être Madame de Tourzel, et un homme de confiance. Élisabeth serait partie avec les Provence. Ce serait Louis qui aurait voulu prendre sa sœur dans sa voiture. Les voyageurs seront accompagnés de trois gardes-du-corps : Messieurs Jean-François de Malden, François-Melchior de Moustier et François-Florent comte de Valory (1763-1822) . Pourquoi pas Fersen  lui-même?

20 juin 1791: La fuite à Varennes - 21H 45
François-Florent de Valory  d’après une miniature de la collection de M. Bernard Franck

En mars 1791

Les préparatifs de la fuite sont dénoncés par Madame Rochereuil, femme de la garde-robe, étonnée des commandes de linge de la Reine et des trousseaux réalisés pour Madame Royale et le Dauphin.

Rominique Reymond interprète Madame de Rochereuil dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

Le 18 avril 1791

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Joseph15
Tableau de Joseph Navlet

La Famille Royale est empêchée de partir faire Ses Pâques à Saint-Cloud. Si Louis XVI hésitait encore à partir, cet épisode finit de le convaincre à suivre les plans de Fersen.

En mai 1791

Marie-Antoinette cherche tous les moyens de sortir du château des Tuileries, avec le moins de risque possible. Elle découvre que l’une de Ses femmes de chambre a une petite chambre, où une porte donnant sur l’appartement du duc de Villequier, qui a une issue sur la cour royale. Celui-ci ayant émigré, son appartement se trouve donc inoccupé. La chambre de cette femme de chambre étant près de celle de Madame Royale, Marie-Antoinette, sous le prétexte d’agrandir l’appartement de Sa fille, récupère cette chambre, et reloge la femme de chambre ailleurs.

Pour détourner les soupçons, Elle procède à d’autres changements. Sous le même prétexte, la première femme de chambre de Madame Royale est déplacée et installée dans l’appartement de la princesse de Chimay, dame d’honneur de la Reine, qui vient aussi d’émigrer.

Marie-Antoinette se procure la clé de la porte qui donne sur la cour royale. Autre avantage, non négligeable, il n’y a pas de sentinelle à cette porte.

Le 29 mai 1791

Dans une lettre de Fersen à Monsieur de Bouillé, il n’est plus question pour lui de jouer les gardes du corps.

« Je n’accompagnerai pas le Roi, il n’a pas voulu. »

Or, nous n’avons aucune preuve de ce refus du Roi, et la correspondance de la Reine est muette à ce sujet. Nous aurions bien besoin du journal de Fersen pour éclaircir cette affaire. Hélas ! Sa période la plus intéressante, celle de 1776 à 1791, fait défaut. Elle aurait été brûlée accidentellement par son valet « le pauvre Frantz », à Paris (note du 5 avril 1795). Le journal ne nous est conservé qu’à partir du 11 juin 1791.

Thèrèse Poudade
 

Madame Élisabeth sera du voyage, ce qui portera à six personnes le nombre des voyageurs dans la berline. On emmènera en outre deux femmes de chambre qui voyageront dans un cabriolet.
Il faudra donc à chaque relais six limoniers pour la berline, trois chevaux pour le cabriolet et deux bidets de poste pour les courriers. De Paris à Châlons, il y a douze relais de poste : cela représente un total de cent trente-deux chevaux. On aura affaire à trente-six postillons (trois par poste) et à une foule de palefreniers curieux et bavards qui dételleront et attelleront les chevaux.

Ainsi nous en fait part le comte de Saint-Priest, ministre-secrétaire d’État de la Maison du Roi:

 » Il est aisé de comprendre que la reine avait un grand désir de sortir de sa captivité, et, à Saint Cloud, les moyens en auraient été faciles, malgré les précautions de La Fayette ; cependant ce moment là fut perdu ; mais peu après leur retour à Paris, la Reine me dit en présence du Roi :

« je veux me promener souvent sur les boulevards en voiture, pour qu’on s’habitue à m’y voir, et, un beau jour, je partirai pour tout de bon« .
Je l’y exhortai beaucoup, ainsi que le roi, les assurant qu’il n’y avait de salut pour Leurs Majestés que dans une fuite bien concertée.
Dès lors, leur parti fut pris, et c’est dans ce temps que le marquis de Bouillé entra en correspondance sur cet objet avec elle.
Son fils vint à Paris pour cela dès le commencement de l’automne. Le comte de Fersen s’occupa de faire faire avec le plus grand secret une voiture pour ce voyage.
Aucun ministre n’en fut informé, pas même moi.
(…)
Le Roi et la Reine voulaient passer à Saint-Cloud la quinzaine de Pâques de l’année 1791.
On ignore si leur projet était de s’échapper de là, ce qui est assez probable ; quoi qu’il en soit, lorsque Leurs Majestés furent en carrosse dans la cour des Tuileries, elles se virent arrêtées par les troupes nationales préposées à leur garde. La Fayette qui les commandait fit des efforts, réels ou apparents, pour faire retourner les soldats.
(…)
Il est aisé de juger que cette humiliante scène n’a fait que fortifier le parti déjà pris de tâcher de s’évader ».

E Faites Vous La ; Je Suis En Penitence ;Caricature Contre Louis Xvi A La  Veille De Varennes Paris Poster (60,96 x 45,72 cm): Amazon.fr: Cuisine &  Maison

Ce projet, Marie-Antoinette y travaille depuis longtemps déjà, avec Axel de Fersen:

« (La Reine) était en correspondance secrète avec son frère, l’empereur Léopold, successeur de Joseph, et c’est sur la parole qu’il avait donné d’un secours des troupes que l’on s’était décidé à quitter Paris.
(…)
De retour à Paris ( après les journées d’octobre 1789), la reine entra plus avant que jamais dans la confidence du roi. Cet infortuné monarque n’eut bientôt auprès de lui que des ministres insuffisants ou infidèles, et ne pouvait déposer ses chagrins que dans le sein de sa famille ».

Fuite du Roi : Louis XVI déguisé en cuisinier, s'avance precede de la  Reine, qui elle meme s'appuye sur le Comte Fersen... : [estampe] / [non  identifié] | Gallica

Si on analyse le fait que le Roi est en pleine crise de dépression, on comprend mieux le fait qu’il se repose entièrement sur la Reine.

« Le Roi, avait dit Mirabeau, n’a qu’un seul homme : c’est sa femme ! « 

Hairstyle in Exchange for Crown: Departure for Austria. A print depicting Louis XVI dressing Marie Antoinette’s hair before the royal family’s flight from Paris.
© Waddesdon Collection
Caricature du Roi coiffant la Reine pour le départ vers Montmédy

La date du départ évolue… on la recule… mais finalement on choisit la plus courte nuit de l’année… Il y a cependant une femme au service des bains et des petits appartements, Madame de Rochereuil, dont Marie-Antoinette se méfie. Elle est d’autant plus à craindre dans cette nuit importante qu’il faut passer passer devant les fenêtres de sa chambre pour gagner l’appartement de Monsieur de Villequier par lequel chacun trouvera la sortie vers le Carrousel… Madame de Rochereuil a, en effet, une manière de voir qui appartient à la nouvelle école politique… C’est Madame Campan qui l’accuse de trahison… ce que confirment les instincts de Fersen !

Le Roi essai son costume de monsieur Durand dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

Le journal de Marat, « l’Ami du peuple« , contribue fortement à ébruiter la rumeur d’une fuite prochaine de la Famille Royale…

Benoît Valles était Fersen dans Je M’appelais Marie-Antoinette (1993) de Robert Hossein

Dans la tradition, tout de cette évasion repose sur les seules épaules de Fersen… Mais les récentes révélations de Geneviève Haroche-Bouzinac, dans son livre sur Madame Campan, montrent que la commande de la berline est faite par Monsieur Pannelier d’Arsonval, beau-frère de Madame Campan.

La voiture paraît énorme et lourde… en réalité elle l’est autant qu’une voiture ordinaire…

Nous voyagions dans une grande berline bien commode, mais qui n’avait rien d’extraordinaire, comme on s’est plu à le répéter depuis la triste issue de ce malheureux voyage,

raconte Madame de Tourzel dans ses mémoires à propos de la voiture.

Elle n’avait pas seulement, comme il se devait, de bons ressorts, elle était également solidement construite, ce qui la rendait naturellement lente. Elle n’était pas entièrement jaune comme on le raconta (elle présentait quelques touches de cette couleur sur les roues et le châssis, selon l’usage à l’époque) mais plutôt verte et noire, avec un intérieur blanc.

Cela paraît incongru pour la discrétion souhaitée… L’intérieur était doublé de velours d’Utrecht et équipé de deux cuisinières, d’une cantine à capacité de huit bouteilles et de deux pots de chambre.
Elle a effectivement servi de diligence après les événements, jusqu’au 5 janvier 1795, date à laquelle elle a été incendiée.
L’erreur reste d’avoir voulu voyager trop groupés…Deux voitures auraient été bien plus rapides … C’était un risque, certes, mais qui eut valu le coup d’être pris …

Outre la voiture, Fersen s’occupe de trouver un passeport_il sera au nom d’une de ses amies, la baronne de Korff_ et de correspondre au nom du Roi avec le marquis de Bouillé (1739-1800) pour les dispositions militaires du projet.

Alma - la vision d'Alma Söderhjelm - Page 4 Factur10
Une facture d’accessoires de voyage livrés pour la fuite

Le carrossier est quelque peu surpris par les dimensions souhaitées pour la voiture, qui est achevée le 12 mars 1791. Les essais de ce volumineux véhicule, le 2 juin 1791, sur la route de Châtillon, ne passeront pas inaperçus ! C’est Axel de Fersen qui s’est chargé de cette transaction.

Pierre-Jean de Bourcet (1752-1822), beau-frère du chevalier de Jarjayes (1745-1822), est un militaire, un magistrat et un diplomate français qui a été premier Valet de chambre du Dauphin Louis-Joseph (1781-1789), premier fils de Louis XVI et Marie-Antoinette. Il joue un rôle important dans l’organisation et la réalisation de ce voyage.

20 juin 1791: La fuite à Varennes - 21H 45 390px-31Le comte Pierre-Jean de Bourcet et sa famille, par Charles Paul Landon, 1791

Le Roi allait accepter de se rendre à Montmédy, mais en faisant dire que, en aucun cas, il ne sortirait du royaume, même pour un court trajet. L’Assemblée nationale, envisageant l’émigration, avait en effet décrété, le 28 mars 1790, que le roi serait déchu s’il sortait du royaume…

Pourquoi Montmédy ? Selon Michel de Lombarès, la question fut longuement débattue et des points non seulement de sécurité et mais aussi d’intérêt personnel entrèrent en ligne de compte :

Le roi trouvait Besançon bien éloigné: ce voyage de 400 kilomètres sans arrêt serait très pénible et laisserait à des poursuivants une possibilité de rattraper sa voiture. Valenciennes était seulement à 200 kilomètres de Paris, avec une municipalité fidèle, une population favorable et une garnison sûre. Sur sa route très fréquentée (c’était la route des Anglais), la famille royale voyageant incognito passerait inaperçue. Louis de Bouillé fit observer que son père jouerait plus difficilement un rôle dans cette ville qui était non pas dans son commandement mais dans celui de M. de Rochambeau, un « américain », qu’il disait « entièrement livré au parti démocratique ». Il proposa Montmédy, garnison sans population et très proche de la frontière. Le roi, par la route des Anglais, gagnerait rapidement la frontière de Flandre et, par les terres de l’empereur, arriverait à Montmédy.

La berline est remisée au  25 rue de Clichy

Hôtel particulier où est remisée la berline

Madame Royale raconte :

« Le 20 de juin 1791 , mon père et ma mère me parurent très agités et fortement occupés sans que j’en connusse la raison. Ils voulurent se soustraire par la force à la violence sous laquelle ils se trouvaient. Mon frère et moi devions passer pour les deux filles de Madame de Korff appelées Amélie et Aglaé. »

Images de l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-4-1024x640.png.

La robe de Madame Royale pour ce voyage a coûté 4 francs dix sous. Un échantillon de cette robe se trouvait encore en 1885 au greffe de la cour d’Orléans, annexée à l’interrogatoire de madame Brunier, femme de chambre de la princesse qui suivit la famille royale.

Nous allons tenter de suivre, heure par heure, le parcours de la Famille Royale vers ce qu’ils pensaient la liberté.

Lundi 20 juin 1791

A neuf heures du soir

Les Provence se présentent aux Tuileries pour le souper qui ne dure qu’une demi-heure. Le Roi « ordonne positivement » à son cadet de gagner Longwy par les les Pays-Bas autrichiens.

A dix heures

La Reine monte réveiller Ses enfants.

Images de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

A dix heures et demi du soir

Deux caméristes, Madame Neuville et Madame Brunier, les premières dames de Madame Royale et du Dauphin, quittent les Tuileries pour Claye-Souilly où elles doivent rejoindre la berline royale.

Dans le même temps, dans l’Argonne (et dans la Marne), cent quatre-vingts dragons sous le commandement du colonel de Damas, cantonnent à Clermont-en-Argonne) et au village voisin d’ Auzéville-en-Argonne. quarante hussards de Lauzun, commandés par le sous-lieutenant Boudet cantonnent à Sainte-Ménéhould

A onze heures moins vingt

Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Madeleine Rousset est Madame de Tourzel dans  Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Marie-Antoinette fait pénétrer Madame de Tourzel et ses pupilles dans l’appartement récemment déserté par le duc de Villequier, parvient à la partie vitrée donnant sur le Carrousel, où les attend Monsieur de Fersen, en manteau de cocher, depuis trois quarts d’heure.

Saint-Just: lieux de mémoire
Les Tuileries

A onze heures moins dix

Axel de Fersen emmène des Tuileries le Dauphin, sa sœur, Marie-Thérèse et leur gouvernante, la marquise de Tourzel. Il fait un tour du Louvre par les quais et revient se positionner rue de l’Échelle à côté du Louvre en attendant le Roi, la Reine et Madame Élisabeth.


Axel de Fersen

Voici ce qu’en dit Fersen :

L. 20 (Le début manque)… remarque et demanda ce qu’il voulait faire les deux me dirent qu’il n’y avait pas a hésiter et qu’il fallait toujours aller nous convînmes de l’heure etc. etc. que s’ils étaient arrêtés il fallait aller a Brux : et faire agir pour eux etc. etc. en me quittant le Roi me dit mr de F. quoi qu’il puisse m’arriver je n’oublierai tout ce que vous faites pour moi. La Reine pleura beaucoup a 6h : je la quittai elle alla avec les enfants a la promenade pour précautions extraordinaires je rentrai chez moi finir mes affaires à 7 h. chez Sullivan voir si on y avait mené la voit[ure] rentré chzs moi a 8 h. j’écrivis a la Reine pour changer le rendez vous des femmes de chambre et les bien instruire pour me faire dire l’heure exacte par les gardes du C… porté la lettre point de mouvement a 8 3/4 les gardes me joignirent ils me donnèrent la lettre pour Mercy les intruisa rentré faire partir ma chaise leur (les Craufurd) donner mon cocher et mes chevaux pour partir allé prendre la voiture, cru avoir perdu la lettre pour Mercy:a 10 1/4 h : dans la Cour des princes a 11 1/4 les enfants sortis emmenés sans difficulté. La Fayette passé deux fois, a 11 1/4 Me Elisabeth, puis le Roi puis la Reine a 12 h partis joint la voiture Barriere St Martin a 1 1/2 h : a Bondi pris la poste, moi la traverse a 3 h au Bourget et parti.
Le 21. beau tout allait bien retardé dans la traverse entre Maretz et Cateau, le commandant de milice demanda mon nom j’eus peur au Cateau installation d’Ev : passé le Quesnoy par St Vast.


Costume de Fersen dans le film L’Enfant-Roi (1923) de Jean Kemm, dessiné par Charles Bétout, pour Georges Vaultier

A onze heures et demi du soir

Image de l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Louis XVI et Marie-Antoinette font semblant de se coucher selon le cérémonial habituel. La Fayette et Romeuf (1766-1812) sont venus faire la visite de courtoisie habituelle au Roi retardant ainsi la fin de la cérémonie du coucher.

Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Images de Marie-Antoinette de Jean DelannoyL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-coucher-du-Roi-1024x640.jpg.

Marie-Thérèse ne peut dormir, alors que le Dauphin somnole. Madame de Tourzel guette avec anxiété par la portière.

Image de l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Tout à coup, la rue s’illumine : des cavaliers portant des torches précèdent une voiture. Marie-Thérèse, qui a reconnu l’équipage de La Fayette, se rejette en arrière. Le Dauphin est blotti sous les jupes de Madame de Tourzel. La voiture passe : Gilles César n’a rien remarqué.

A onze heures quarante

Le Roi quitte sa chambre d’apparat pour son logis ordinaire, se met au lit, puis , pendant que son valet Lemoine se dévêt en silence dans un cabinet voisin, il passe chez le Dauphin, s’habille d’un gilet brun, d’une redingote vert bouteille et se coiffe d’un chapeau rond.

Image de l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Louis XVI sous le déguisement emprunté pour le voyage (Gravure de Maurin)
Antoine Gouy dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Mardi 21 juin 1791

Images de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-14-1024x514.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-15-1024x514.jpg.

Minuit

Louis XVI, déguisé en valet de chambre, il tiendra le rôle de Durand, intendant, luttant contre sa propension à se dandiner_encore qu’on ait persuadé le comte de Coigny, qui a une physionomie comparable à celle du Roi, d’adopter la même démarche pour habituer les sentinelles…_sort des Tuileries et prend même le temps de reboucler son soulier.

Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Madame Elisabeth et Madame de Tourzel dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Martin Douaire est Fersen dans L’Évasion de Louis XVI (2012) de Vincent Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Fersen-2-1024x544.jpg.

A minuit dix

Louis XVI monte dans une « citadine » (voiture de ville) stationnée près des Tuileries, rue de l’Échelle, qui sera conduite par le marquis de Briges ( 1715-1795). Il y retrouve sa sœur et ses enfants.

Sortie de la Reine des Tuileries dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Casile-sortie-Tuileries-1.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-9-1024x544.jpg.
Image de l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Image du docu-fiction de David Grubin (2005)

A minuit trente-cinq


Marie-Antoinette dans le film L’Enfant-Roi (1923) de Jean Kemm, dessiné par Charles Bétout, pour Andrée Lionel

Marie-Antoinette qui  s’était perdue dans les méandres des rues entourant le Louvre, retrouve enfin Sa famille !

Images de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-11-1024x544.jpg.

A Minuit cinquante

Depuis la rue de l’Échelle, la famille royale rejoint la rue de Clichy et atteint la berline avec une heure et demie de retard sur l’horaire prévu par Choiseul et Goguelat (1746-1831), général de cavalerie.

Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

A une heure quinze

La Famille Royale rejoint la barrière Saint-Martin : c’est à la rotonde de l’octroi que se trouve la berline à l’entrée de la route de Châlons. La route de Bondy  correspond à l’avenue Jean Jaurès jusqu’au périphérique.

A une heure quarante

La Famille Royale passe, sans mettre pied à terre de la citadine à la berline.

De la citadine à la berline

Deux heures du matin

Départ de Paris

Image des Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot

A deux heures vingt du matin

Image de l’Evasion de Louis XVI de Vincent Sélignac

Premier relais à Bondy: Axel de Fersen qui avait accompagné la Famille Royale La quitte en criant  » Adieu, Madame de Korff!« .

Dans son journal, à la date du 20 juin, Fersen  écrit :

« Joint la voiture Barrière St Martin à 1.1/2 (une heure et demie), à Bondi (sic) pris la poste, moi la traverse à 3h au Bourget, et parti… » 

Fersen ne mentionne effectivement pas d’ordre du Roi lui imposant de quitter l’équipage.

Il semble qu’il trouvera plus tard cette façon de pouvoir figurer comme un héros malgré les circonstances…

Gravure figurant les adieux de Fersen à Madame de Korff au relais de Bondy

Or, une légende tenace veut, qu’à l’aube du 21 juin, à Bondy, il ait supplié le Roi de la laisser l’accompagner. Qui a fabriqué cette scène touchante?

Nous la trouvons, pour la première fois, sous la plume de Bouillé qui, évidemment, n’en fut pas témoin :

« Ce fut là, (à Bondy) qu’il les a abandonnés à leur sort, malgré les instances qu’il fit au Roi pour obtenir de les suivre. Mais la fatalité la plus marquée voulut que le Prince s’y refusât constamment.» 

Thérèse Poudade

Ce moment fatidique illustré dans le film de Jean-Claude Brialy La nuit de l’été
Image de l’Evasion de Louis XVI de Vincent Sélignac

La baronne de Korff,  veuve d’un colonel russe qui se rend à Francfort-sur-le-Main, puis de là en Russie, avec ses deux enfants, est le nom sous lequel voyage Madame de Tourzel. On costume le Dauphin en fille , il devient Aglaé , sœur d’Amélie, Madame Royale, leur gouvernante, Sophie Rochet sera la Reine, et Madame Élisabeth tient le rôle de la femme de compagnie de la baronne, Rosalie…

Confrontons (le) Journal (de Fersen) avec les Mémoires de la duchesse de Tourzel, qui se trouvait dans la berline, comme gouvernante des enfants royaux.

« M. de Fersen conduisit le Roi en cocher jusqu’à Claye, où nous prîmes la poste. Le Roi, en le quittant, lui témoigna sa reconnaissance de la manière la plus affectueuse, espérant que ce serait autrement qu’en paroles, et se flattant de le revoir bientôt. »

Il n’est nullement question « d’instances » de la part de Fersen. La confiance du Roi en l’organisateur de sa fuite nous paraît totale ainsi que sa croyance à le revoir à Montmédy (bientôt).

A ce témoignage, s’ajoute celui de Madame Royale :

«Nous changeâmes de voiture. Monsieur de Fersen souhaita le bonsoir à mon père et s’enfuit.»

Ce verbe, exprimant la rapidité, nous éloigne fort des «instances» et autres vérités touchantes propres à justifier son absence sur la route de Montmédy.

Thérèse Poudade
Marie Antoinette (Estelle Skornik) à la portière de la berline. L'Evasion  de Louis XVI en streaming, docu-fiction de Ar… | Painting, Contemporary  paintings, Artwork
Estelle Skornik est Marie-Antoinette dans L’Evasion de Louis XVI , docu-fiction d’Arnaud Sélignac
Image de Marie-Antoinette de Jean Delannoy
 
Images de l’Evasion de Louis XVI de Vincent Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Fersen-5-1024x544.jpg.
The Escape Of Louis XVI and Marie Antoinette – Gerry Embleton

A quatre heures du matin

Le cabriolet avec les deux femmes de chambre rejoint la berline royale à Claye-Souilly.

Image de Marie-Antoinette de Jean Delannoy

A six heures du matin

Les deux voitures pénètrent dans Meaux.

Image de Marie-Antoinette de Jean Delannoy

Le relais de poste de Meaux se situant en face de l’évêché. D’ailleurs c’est dans ce bâtiment que la famille Royale s’arrêtera sur le chemin du retour.

Meaux — Wikipédia
Musée Bossuet | Tourisme en Pays de Meaux

Relais de Meaux : photos d’Eric Demay

A sept heures du matin

Ils dépassent Saint-Jean. A l’approche de La Ferté-sous-Jouarre, la Famille Royale collationne sans assiette ni fourchette.

Regarder Ce jour-là, tout a changé épisode 1 : L'évasion de Louis XVI en  direct - Play TV

Le Roi consulte sa montre, au garde-du-corps, Malden, qu’il ravitaille par la portière, il dit :

« En ce moment, M. de La Fayette n’a peut-être plus sa tête sur les épaules. Il est bien embarrassé de ma personne« .

En effet…                                                            à huit heures du matin

Image de L’Evasion de Louis XVI (2009) d’Arnaud Sélignac

La découverte du départ du Roi à Paris

Dès la découverte de la fuite du roi, c’est l’effervescence mais également l’inquiétude à Paris. La Fayette, Bailly et Alexandre de Beauharnais (le mari de Joséphine et président de l’Assemblée), se concertent et se mettent d’accord pour affirmer que le Roi avait été «enlevé». L’annonce du départ de la famille royale est faite en début de séance. M. de Laporte, intendant de la liste civile, apporte à l’Assemblée un document (le «testament politique de Louis XVI», retrouvé en 2009) que le roi a rédigé et dans lequel il explique les raisons de son départ. Le 22 juin à dix heures du soir, on apporte la nouvelle de l’arrestation du Roi. Trois commissaires sont nommés pour ramener la famille royale à Paris : Barnave, Pétion et Latour-Maubourg.

Image de Marie-Antoinette de Jean Delannoy L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-reveil-domestique-2-1024x544.jpg.
…et de L’Evasion de Louis XVI (2009) d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-La-Fayette-2-1024x544.jpg.
Louis XVI's flight from Paris | History Today
Cette enjambée de la sainte famille des Tuileries à Montmédy nous désigne en effet clairement la coupable : c’est Marie-Antoinette, qui porte sur son dos Son Roi et Son Dauphin, tout en entraînant Sa fille et Sa belle-sœur.

En place et lieu de sa personne, Louis XVI a laissé, une lettre expliquant  la volonté du Roi : une monarchie constitutionnelle avec un exécutif puissant et autonome vis-à-vis de l’Assemblée.

On s’amuse de la déconfiture de La Fayette dans L’Evasion de Louis XVI (2009) d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-berline-1-1024x544.jpg.

Par ailleurs, il commente son sentiment sur la révolution, en critique certaines conséquences.

Voici la conclusion de ce manuscrit :

« Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d’une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n’aura-t-il pas d’oublier toutes ces injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu’une Constitution qu’il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l’état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu’enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables.

À Paris, le 20 juin 1791,

Louis. »

Vers dix heures

A Vieilles-Maisons, le Roi est « demeuré assez longtemps hors de la voiture, causant avec beaucoup de monde qui l’entourait sur les moissons. »

Image de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac
Image de Marie-Antoinette de Jean Delannoy

A onze heures

nuit - La Nuit de l'été (Marina Vlady) de Jean-Claude Brialy (1979) - Page 3 Ob_23e10
Images du téléfilm de Jean-Claude Brialy La Nuit de l’Eté 
HENRI TISOT MARINA VLADY "LA NUIT DE L'ETE" JEAN-CLAUDE BRIALY PHOTO TV EM  | eBay

A Montmirail, le Roi se décontracte, et demande à Moustier, l’un des trois gardes-du-corps de ne plus le cacher aux regards des curieux car il ne croit plus cette précaution nécessaire, le voyage lui semblant à l’abri de tout incident… Les voitures royales ont pourtant trois heures de retard sur l’horaire prévu.

Images de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac
Madame Royale dans l’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Relais de Fromentières, où il n’y a plus d’indication.

Le Roi met le pied à terre et bavarde avec les badauds, interrogeant les paysans sur les moissons. Moustier lui conseille de garder l’anonymat:

« Je ne crois plus cela nécessaire, lui répond-il, mon voyage me paraît à l’abris de tout accident. »7

Images de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Pique-Nique-1024x544.jpg.
Un peuple et son roi disruptif | À travers champs
Image d’Un Peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller
Marie Antoinette (Estelle Skornik) à la portière de la berline. L'Evasion  de Louis XVI en streaming,… | Contemporary paintings, Historical figures,  Marie antoinetteImage de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

A deux heures de l’après-midi

Images de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-entree-relais-2-1024x544.jpg.

Relais de Chaintrix. Le maître de poste, J-B de Lagny, et son gendre, Gabriel Vallet s’avancent et, stupéfaits, reconnaissent le Roi. La famille royale veut-elle descendre se rafraîchir? Ils insistent. On est en pleine chaleur – deux heures viennent de sonner – les enfants sont exténués.

Images de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

Louis XVI et les siens acceptent et pénètrent dans le pavillon central de la maison de poste qui servait alors d’hôtellerie. On douterait du fait si les voyageurs n’avaient pas laissé au relais deux écuelles d’argent marquées du chiffre royal.

Relais de Chaintrix (photos d’Eric Demay)

Image de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

Un bon quart d’heure plus tard – il est maintenant deux heures vingt – les voitures sont attelées et l’on reprend place dans la berline.

Image de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

Gabriel Vallet saute en selle – il veut conduire lui-même les fugitifs jusqu’à Châlons – et la voiture s’ébranle.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-berline-accident-1024x544.jpg.
Image de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

A la sortie de Chaintrix. La berline doit passer un pont bordé de douze bornes qui enjambe un ruisseau : la Somme-Tourbe. Mais une des roues de la berline bute contre l’une des bornes. les chevaux s’abattent et les traits se rompent.


Pont de Chaintrix (photo d’Eric Demay)
La fuite à Montmédy et l'arrestation à Varennes Louis_55

A trois heures après midi

La berline repart après quarante minutes de réparations.

La place Saint Pierre avec la nuit de Varennes d'Ettore Scola - La Fée  Caséine
Image de la Nuit de Varennes d’Etorre Scola

Quatre heures après midi

Les voitures arrivent à Châlons par l’avenue de Paris, traversent la Marne et prennent la rue de Marne.

Voici la porte Dauphine (maintenant la porte Sainte Croix), le côté décoré étant celui de l’entrée de Marie-Antoinette le 11 mai 1770 en tant que Dauphine:

Porte Sainte Croix - Ensemble fortifié - Châlons-en-Champagne | Site  officiel du tourisme en Champagne-Ardenne
Porte Dauphine de Châlons (photo d’Eric Demay)
Basilique Notre-Dame de l'Epine | Tourisme dans la Marne en ChampagneLa basilique Notre-Dame de l’Épine de Châlons (Eric Demay)

Avec quatre heures de retard, les voyageurs relaient chez le maître de poste Viet, au 94 rue Saint-Jacques (actuellement rue Léon Bourgeois).Le responsable du relais, Antoine Viet, est renseigné par M. Vallet sur l’identité des augustes voyageurs. Il importe de faire vite.          Un passant surprend le secret. Le maire, magistrat d’une parfaite modération, éconduit le délateur.

….A Châlons sur Marne , on nous reconnut tout à fait. Les habitants paraissaient bien intentionnés , grand nombre d’entre eux étaient charmés de voir leur roi et faisaient des vœux pour le succès de sa fuite.

Madame Royale

Cinq heures du soir

Départ de Châlons.

Quelqu’un crie vers la berline :

 » Vos mesures sont mal prises. Vous serez arrêtés!« 

Les voitures reprennent la direction de Sainte-Menehould.

Image d’Un Peuple et son Roi (2018) de Pierre Schoeller

Six heures du soir

Ils ne trouvent personne pour les attendre à Pont-de-Sommevesle . Pas de Choiseul, pas de hussards …. C’est la stupeur ! Alors que 40 hussards du Régiment de Lauzun, commandés par M. le Duc de Choiseul ayant sous ses ordres M. Boudel, sous-lieutenant étaient censés y attendre le Roi! 

Choiseul et Léonard dans L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

Les hussards du régiment de Lauzun détachés à Pont-de-Somme-Vesle, las d’attendre le passage des voitures royales et menacés par les paysans, reçoivent l’ordre de leur jeune chef, le duc de Choiseul, de se replier à travers champs et de gagner Varennes-en-Argonne en évitant les routes.

Sept heures du soir

On atteint Oberval. Le Dauphin s’endort. Il faut attendre un peu : les chevaux tardent à rentrer des champs.

Marie Antoinette (Estelle Skornik) à la portière de la berline. L'Evasion  de Louis XVI en streaming,… | Contemporary paintings, Historical figures,  Marie antoinetteEstelle Skornik (Marie-Antoinette), Antoine Gouy (Louis XVI) et  Adélaïde Bon (Madame Elisabeth) dans L’évasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac (2009)
Image de L’Evasion de Louis XVI (2007) d’Arnaud Sélignac

A huit heures moins dix

Au relais de Sainte-Menehould, on devait trouver quarante dragons du Régiment royal, commandés par M. d’Andoin, capitaine. En vain.

Le cabriolet, suivi de la berline royale, s’arrête devant le relais de Sainte-Menehould.

Le maître de poste, Jean-Baptiste Drouet, qui a séjourné à Versailles, reconnaît le Roi mais ne réagit pas.

Dans son témoignage devant l’Assemblée constituante, le 24 juin 1791, il affirme :

« Je crus reconnaître la reine ; et apercevant un homme dans le fond de la voiture à gauche, je fus frappé de la ressemblance de sa physionomie avec l’effigie d’un assignat de 50 livres. »

Daniel Ceccaldi incarne Drouet dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-piece-louis-1024x774.jpg.Il reconnaît le profil du Roi sur un louis d’or alors qu’historiquement c’est sur un assignat .

Quand Jean-Baptiste Drouet prétendra devant l’Assemblée Constituante, avoir reconnu Louis XVI en comparant sa figure avec celle de l’assignat de 50 livres, les députés, qui connaissent le Roi, éclateront de rire comme à une bonne plaisanterie.

Louis XVI en 1790 ; médaillon de l’assignat de 50 livres (gravure de Gatteaux) / Louis XVI en 1790 ( dessin de L.-A; Brun )
Le costumier de Jean Delannoy, Georges Benda, semble s’être inspiré de cette gravure pour créer la robe grise, le mantelet noir et le large chapeau d’où retombe un voile que porte Michèle Morgan dans l’épisode de Varennes de son film.
Michèle Morgan est Marie-Antoinette pour Jean Delannoy

Il ne se lance à la poursuite de la berline royale que lorsque la municipalité le mandate après délibération.

A huit heures et demie

Les véhicules atteignent la forêt, gravissent au pas la côte et redescendent jusqu’à Clermont.

Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac, la sportive Elisabeth prête subtilement main forte à son frère lorsqu’il s’agit d’aider la voiture à franchir cette montée…

Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

A neuf heures vingt du soir

A Clermont, devaient être cent dragons du Régiment de Monsieur, et quarante du Régiment royal, commandés par M. le comte Charles de Damas.

A Clermont , un des officiers reconnaissant le roi , s’approcha de la voiture et lui dit tout bas qu’il était trahi. Nous continuâmes notre route dans l’agitation et l’inquiétude. Ainsi chaque étape sera marquée par un nouvel incident. Puis ce fut Varennes où tout va se jouer.

Madame Royale

A neuf heures trente-cinq

Les équipages abandonnent la route de Verdun pour celle menant à Montmédy via Dun et Stenay.

Détail des distances du voyage :

De Châlons à Pont Sommervesle : 4 lieues ( 15 bons km)
Pont Sommervesle à Orbaval : 4 lieues         ( idem )
Orbaval à Ste Menehould:2 lieues (soient presque 8 km)
Ste Menehould à Clermont : 4 lieues        (soient 15 km)
Clermont à Varennes : 3 lieues    (soient presque 12 km)
Varennes à Dun : 5 lieues            (soient presque 20 km)
Dun à Stenay : 3 lieues                 (soient presque 12 km)
Stenay à Montmédy : 3 lieues                       ( idem )

( car une lieue correspond à 3,898 km)

A dix heures moins un quart

On roule vers Neuvilly.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-berline-de-nuit-1024x544.jpg.
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

A dix heures du soir

Traversée du hameau de Boureuilles.

Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Dix heures cinquante du soir

Varennes, ville basse
Varennes, ville haute
Fuite de Louis XVI à Varennes – Tourisme Moulin le Cygne
L’entrée dans Varennes

Arrivée de la berline royale à Varennes où devaient les attendre soixante hussards du Régiment de Lauzun, commandés par M. de Rodewels, sous-lieutenant, de Bouillé fils et de Raigecourt.

Entrée de Varennes dans La Nuit de Varennes (1982) d’Etorre Scola
La tour de l'Horloge dite Tour Louis XVI � #Varennes-en-Argonne #55 #55270
Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont212
Jane Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont12
Que savez-vous de l'arrestation de Louis XVI à Varennes en 1791?
Image de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
Arrestation de Louis XVI et de sa famille à Varennes – Média LAROUSSE

Louis XVI trouve à onze heures du soir, le 21, la commune de Varennes en émoi. En ne rencontrant pas sur la hauteur de Varennes le relais attendu, il a compris le danger et envoyé chercher le commandant des hussards. Celui-ci ne vient pas. Il faut composer pour se faire ouvrir la porte de la ville, exhiber des passeports ; bien que ces papiers soient reconnus en règle, les jacobins de la commune ameutés par Drouet s’opposent au départ, le tocsin sonne. On connaît la ruse de Sauce, procureur de la commune, faisant entrer la famille royale dans sa maison, tandis que le conseil municipal délibère ; les passeports sont saisis, le Roi, reconnu officiellement, est arrêté. En ce moment accourent MM. de Choiseul, de Damas et de Goguelat à la tête d’un détachement de hussards. Ils tentent de dégager le Roi. Il est trop tard. La première parole de Louis XVI à Goguelat est :

 « Eh bien! quand partons-nous?

— Sire, nous attendons vos ordres. » 

Image des Années Lumière de Robert Enrico
Images des Années Lumière de Robert Enrico Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont312
RARE GRAVURE 1791 Fuite de Varennes Arrestation de Louis 16 Marie Antoinette  - EUR 65,00 | PicClick FR
Il y a 230 ans, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, le roi Louis XVI fuyait  vers la Lorraine
Varennes aujourd’hui
tiny-librarian:
“Detail of a contemporary engraving entitled “The arrest of the King and the Royal Family at Varennes.” ”

Les deux voitures de la famille royale sont immobilisées à quelques encablures de la barricade, devant la voûte de l’église Saint-Gengoult qui enjambe la rue.


Jean-Louis Trintignant est Sauce dans La nuit de Varennes (1982)
vivelareine:
“ “Accuser. Why did you travel [during the flight to Montmedy] by the borrowed name of a Russian baroness?
Queen. Because we could not get out of Paris without changing name.
”
–excerpt from the pre-trial interrogation of Marie...
Norma Shearer (1938)
tiny-librarian:
“ Still from the documentary “Marie Antoinette-Queen Under the Guillotine”.
I’m assuming this still is from Varennes, but I’ve never seen the documentary so I don’t know for sure. I’m going to have to hunt it down now!
”
Docu-fiction Marie-Antoinette de David Grubin (2009)
Devanture de la boutique de Sauce dans La Nuit de Varennes (1982) d’Etorre Scola

A dix heures cinquante-cinq du soir

Jean-Baptiste Drouet et Jean-Chrisosthome Guillaume arrivent à Varennes, passent devant la berline arrêtée et avertissent le procureur de la commune, Jean-Baptiste Sauce, épicier chandelier, qui oblige les voyageurs à descendre et les fait entrer dans sa maison qui est à quelques pas.

Monsieur et madame Sauce se démènent pour recevoir les voyageurs qui seraient la famille royale dans leur modeste boutique.
Image de La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola
Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont510
Seymour - Les Années Lumières (Enrico) et Les Années Terribles (Heffron), avec Jane Seymour - Page 4 Zmont610

Le tocsin sonne, la garde nationale est mise en alerte. Bayon et Romeuf, qui depuis Paris portent l’ordre d’arrêter la famille royale, arrivent peu de temps après, ainsi que les hussards errants de Choiseul et Goguelat.

Les Années Lumières de Robert Enrico (1989)
Jean-Louis Trintignant est Jean-Baptiste Sauce dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola

Entre onze heures et onze heures trente

La Nuit de l'été (Marina Vlady) de Jean-Claude Brialy (1979) - Page 2
HENRI TISOT MARINA VLADY "LA NUIT DE L'ETE" JEAN-CLAUDE BRIALY PHOTO TV EM  | eBay

Choiseul et Goguelat arrivent avec le détachement de Boudet, soit quarante hussards .

Les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

Le tocsin commence tout juste à sonner et appeler la population de Varennes au branle-bas de combat … Les municipaux évaluent la foule à dix mille personnes.

Varennes, la berline royale, le peuple éveillé, dans le film d’Ettore Scola (1982)
tiny-librarian:
“  One word of command from Louis to clear the way for him at the sword’s point would yet have been sufficient; but he had still the same invincible repugnance as ever to allow blood to be shed in his quarrel. He preferred peaceful...

En quelques instants, la charge des hussards fait le vide dans la rue sans qu’il y ait le moindre blessé. L’épée à la main, Choiseul escorté du colonel de Damas, fait irruption chez les Sauce. »

enfant -roi - L'Enfant-Roi de Jean Kemm (1923) Enfant15
L’attente chez Sauce vue par Jean Kemm dans l’Enfant-Roi (1923)

Le Dauphin dormant chez les Sauce, dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola

L’intérieur de la pièce où la famille royale a été retenue à Varennes

Mercredi 22 juin 1791

A minuit et demi

Le juge Destez qui a vécu assez longtemps à Versailles   (il est gendre d’un officier de bouche de la Reine), et que Jean-Baptiste Sauce est allé chercher, reconnaît formellement le Roi.

Il s’incline :  » Bonjour, sire« .

Dans Les Années Lumières de Robert Enrico (1989), c’est Drouet (Dominique Pinon) qui reconnaît le Roi par ces mots du juge
Le juge Destez dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Louis XVI marque un temps , puis embrassant l’épicier Sauce :  « Oui, mes amis, je suis votre roi : placé dans la capitale au milieu des poignards et des baïonnettes, je viens chercher en province et au milieu de mes fidèles sujets la liberté dont vous jouissez tous. Je ne puis plus rester à Paris sans y mourir, ma famille et moi. »

Louis XVI tente de rassurer ses nouveaux geôliers dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

Les hussards de Lauzun, cantonnés au Couvent des Cordeliers, n’ayant pas été rassemblés par leurs officiers (dont le lieutenant Bouillé, fils du marquis de Bouillé), pactisent avec la foule. Le chirurgien Mangin monte à cheval pour porter la nouvelle à Paris.

Un journal de princesse sur la fuite à Varennes (1791)

« Un homme aborda le Roi à la façon de Judas en disant : Bonjour Sire…
Il y avait cinq personnes royales dans la voiture ; le misérable , avec un mot, les frappa toutes les cinq. Ce « Bonjour Sire » , ce fut pour Louis XVI, pour Marie-Antoinette et pour Madame Elisabeth la guillotine ; pour le Dauphin l’agonie du Temple ; pour Madame Royale l’extinction de sa race et l’exil.
« 

Victor Hugo
VARENNES, UNE CAVALE LOURDE DE CONSÉQUENCES | historia.fr

A son exploit douteux, ce Drouet devra de devenir député de la Marne à la Convention, régicide, d’être emprisonné par les Autrichiens, échangé contre Marie-Thérèse de France (le 19 décembre 1795), condamné comme babouviste à l’échafaud auquel il échappera en s’évadant par un conduit de cheminée, avant de devenir plus tard sous-préfet de Sainte-Menehould, décoré par Napoléon, pour être enfin réduit par la Restauration à vivre caché dans une grotte.

Mona Ozouf
Drouet vantant son exploit au rez-de-chaussée de la maison Sauce dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola
J.-B. Sauce face à J.-B. Drouet dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola

Les caricaturistes s’empareront de l’événement :

Use this image 97814001 - | British Museum
Fuite du Roi : Louis XVI déguisé en cuisinier, s'avance precede de la  Reine, qui elle meme s'appuye sur le Comte Fersen... : [estampe] / [non  identifié] | Gallica
Anonyme, Anonyme français | Enjambée de la sainte famille des Tuileries à  Montmidy | Images d'Art
Flight to Varennes 1791 | History Forum
Avant Carlos Ghosn, cinq autres fuites rocambolesques
Fuite et arrestation de Varennes caricaturées par les Britaniques -
maldon on Twitter: "Toujours sans nouvelles des Macrons... En fuite à  Montmédy ? (Episode de la Révolution française, au cours duquel Louis XVI &  Marie-Antoinette tentèrent de rejoindre le bastion royaliste de

Vers une heure du matin

Images de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac : l’arrivée de Goguelat
Le baron de Goguelat est un expert , ingénieur géographe qui a établi l’horaire que devait avoir la berline du Roi et sa famille. L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Goguelat-2-1024x544.jpg.

Un cri retentit : « Les hussards ! ». Ce sont les hussards de Choiseul qui auraient dû escorter la berline au-delà de Pont-de-Somme-Vesle. Après avoir vainement attendu le passage de la voiture, Choiseul avait donné l’ordre à ses hommes de se replier. Il était, en effet, persuadé que l’évasion du roi était manquée. Pour éviter les troubles que risquaient de causer ces mouvements de troupes, il avait pris un autre itinéraire pour regagner Montmédy. Ameuté par les lumières et le tocsin de Varennes, il venait de deviner le drame qui s’y déroulait et avait foncé sans plus tarder sur la bourgade.

Demander des ordres à Louis XVI, c’était lui laisser le temps de l’indécision. Il eut peur du sang versé si la foule offrait quelque résistance au passage de la troupe royale… La populace commençait à gronder, on laissa le temps aux barricades de s’élever, plusieurs heures furent ainsi irrémédiablement perdues. Quand, à cinq heures du matin, le détachement de Dun commandé par M. Deslon demanda les ordres du Roi :

Le baron de Goguelat, fort de sa garnison, sait s’imposer le passage pour accéder au Roi
C’est Frédéric Bouraly qui interprète Goguelat dans L‘Evasion de Louis XVI (2009) d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Goguelat-35-1024x544.jpg.

« Mes ordres? répond Louis XVI avec amertume, je suis prisonnier et n’en ai point à donner. » 

Le capitaine Goguelat qui a ses hussards avec lui pense pouvoir sauver le Roi et sa famille en intimidant simplement les habitants de Varennes et surtout les gardes françaises qui occupent la ville. Il sort de chez Sauce pour annoncer le départ du Roi mais ne reçoit pas l’accueil qu’il espérait provoquer. Cela provoque du mouvement dans Varennes, Drouet et  Guillaume célébreront l’exploit d’un pistolet posé sur la poitrine de Monsieur de Goguelat qui  est blessé  assez grièvement. Le baron est alors arrêté.

Images de L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Goguelat-blesse-1-1024x544.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Goguelat-blesse-2-1024x544.jpg.

Le raisonnement de Louis XVI est simple en tant que Très-Chrétien:  « Que ferait le Christ s’il était à ma place ? ».

Ainsi le Roi renonce-t-il à faire tirer sur la foule.

Dehors, la foule gronde de plus en plus fort.

Vers quatre heures du matin

Le Roi et la Reine paraissent à la fenêtre de la maison Sauce. Il y a dans le peuple une acclamation générale, mais en sens divers: certaines gens crient  » à Verdun! » d’autres « à Paris! ».

LA NUIT DE Varennes" Ettore Scola Photo De Tournage Vintage Em - EUR 35,00  | PicClick FR
La nuit de Varennes d’Ettore Scola (1982)

Partie à deux heures du matin, la lourde berline a parcouru 226 kilomètres quand elle s’arrête à onze heures du soir : 10,750 kilomètres/heure, ce n’est pas très lent tout de même. En fait, jusqu’à Chaintrix, dernier relais avant Châlons, la vitesse s’est maintenue à douze kilomètres/heure ; divers incidents ont provoqué ensuite du retard…

Le Dauphin assoupi sur le lit chez les Sauce dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola

A cinq heures et demie du matin

Le chef d’escadron Deslon, responsable du poste de Dun-sur-Meuse, ayant vu passer le chevalier de Bouillé vers trois heures du matin, puis le sous-lieutenant Röhrig, comprend ce qu’il se passe à Varennes, fait monter son escadron de hussards, et arrive à Varennes vers cinq heures et demie. S’il ne peut entrer dans le village mis en alerte avec sa troupe.  Le baron de Goguelat a alors l’idée de faire évader les voyageurs à cheval : le Dauphin dans les bras de son père et les femmes en selle… Encore eut-il fallu qu’elles puissent monter en amazone car elles n’avaient pas la tenue adéquate pour monter en homme… Louis XVI répugne à exposer sa famille et refuse cette idée de fuir, il refuse donc et souhaite attendre l’arrivée des troupes du marquis de Bouillé.

akg-images - Arrestation de Louis XVI.

À la Reine qui croyait abusivement pouvoir compter sur son soutien, la réplique de madame Sauce, épouse de l’aubergiste, montre clairement le changement des mentalités qui s’opérait chez les Français : « Madame, vous vous souciez des intérêts de votre mari, souffrez que je me soucie des intérêts du mien ».

Estelle Skornik est Marie-Antoinette dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-la-Reine-et-madame-Sauce-1024x544.jpg.
Goguelat face à Louis XVI chez Sauce dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Pour tenter de ralentir, voire empêcher, le départ, Madame de Neuville, la première femme du Dauphin, feint de souffrir d’une colique violente se jette sur un lit en pleurant et en demandant du secours. Le Roi et la Reine refusaient d’abandonner à ses souffrances une femme qui s’était dévouée à les suivre.

Le subterfuge ne fait pas effet longtemps…

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Zparis11
L’arrestation de Louis XVI par Joseph Navlet 

A six heures du matin

La Reine en apercevant le capitaine d’Eslon pénétrer dans l’épicerie, reprend un moment espoir car avec l’officier, ce sont une soixantaine de hussards qui viennent d’entrer dans la ville. En effet ce dernier vient se présenter au Roi et attend ses ordres ; Marie-Antoinette lui demande d’aller expliquer sans tarder la situation à Bouillé qui ne tardera pas à venir elle en est certaine. Pour montrer un signe d’apaisement ce dernier va se poster à la Porte de Varennes et attendra.

Le baron de Goguelat dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-Nuit-de-Varennes-Goguelat-2-1024x640.jpg.

A six heures et demie

Plus d’un millier de personnes a envahi le bourg, ce ne sont plus des cris mais des hurlements, la peur de l’arrivée des hommes de Bouillé décuple leurs forces.

On commence à entendre « Nous les traînerons par les pieds dans la voiture – A Paris, A Paris ».

De son côté, Louis XVI essaie de gagner du temps, demandant à pouvoir partir à onze heures mais un vieux paysan l’entendant lui lance à la figure «Sire je ne m’y fiâmes pas »

On va même jusqu’à faire miroiter au Roi que son retour serait un gage de bonheur pour le peuple et qu’un tribut d’amour de Paris les attend !

Puis c’est au tour de Madame Sauce de s’en mêler : elle interpelle les souverains en leur lançant : « La Nation en vous donnant vingt quatre millions paie bien votre place ! Elle est assez bonne pour vous garder ! Il est fort singulier que vous cherchiez à la quitter ! »

tiny-librarian:
“ Louis XVI and his family, dressed as bourgeois, arrested in Varennes, painted by Thomas Falcon Marshall.
”

A sept heures du matin

Arrivée chez Sauce des gardes françaises venus de Paris, , Bayon et Romeuf, porteurs d’un décret d’arrestation concernant le Roi.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-Nuit-de-Varennes-Romeuf-1024x640.jpg.
Arrivée de Bayon et Romeuf chez Sauce dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est La-Nuit-de-Varennes-Romeuf-2-1024x640.jpg.
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-Les-gardes-nationaux-1024x544.jpg.
L’arrivée de Romeuf et Bayon dans L’Evasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Romeuf-1024x774.jpg.
Romeuf face au Roi dans Marie-Antoinette de Jean Delannoy
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Romeuf-2-1024x774.jpg.
La Reine apostrophe Romeuf comme un traitre dans Marie-Antoinette de Jean Delannoy

En voyant Romeuf, Marie-Antoinette reconnaît Son ancien écuyer :  » Vous, Romeuf ? Je ne l’aurais pas cru ! « 

Le Roi soupire : « Il n’y a plus de roi en France« .

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-Varennes-lecture-1024x640.jpg.
Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Abasourdie, Marie-Antoinette lit à Son tour le décret. Le Roi le reprend, le relit et le dépose sur le lit. Aussitôt Marie-Antoinette s’en saisit et le jette. « Je ne veux pas qu’il souille mes enfants !« 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Delannoy-decret-assemblee-chiffon-1024x774.jpg.
Image de cette réaction de la Reine dans Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy
La même scène relatée dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola : à l’instar de madame de La Borde,
suivante de la Reine, qui L’a suivie jusque là, nous ne voyons que les pieds des protagonistes.

A huit heures moins le quart

Les patriotes de Varennes, avec les envoyés de l’Assemblée législative, Bayon et Romeuf, officiers de la garde nationale de Paris, arrivés vers sept heures, décident de renvoyer la famille royale à Paris. Alertée par le tocsin qui sonne partout une foule énorme vient border la route suivie par le cortège des « prisonniers », encadré par la garde nationale varennoise et les dragons ralliés aux patriotes.

Louis XVI s’incline enfin, il accepte de partir mais pour Fontainebleau, puis avec l’espoir de gagner encore un peu de temps demande qu’on lui serve un repas. Les plats arrivent, la famille mange en silence et Louis XVI à la fin du repas feint de s’endormir ! Louis-Charles et sa sœur que la Reine a réveillés pour le repas se rendorment eux aussi.

La famille royale sortant de chez les Sauce

La voiture vient se placer devant la porte de la maison Sauce et enfin la famille royale s’y engouffre. Choiseul en fermant la porte dira « Je crus voir Charles Ier livré par les Ecossais ! ».

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-depart-de-Varennes-4-1024x544.jpg.
La famille royale se fraye un passage entre chez les Sauce et la berline au milieu de la foule de Varennes devenue haineuse.
Là commence la marche funèbre de la monarchie L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Levasion-de-Louis-XVI-depart-de-Varennes-6-1024x544.jpg.

Route de Montmédy ordonne une dernière fois Louis XVI mais rien n’y fait la voiture prend la direction de Paris.

Louis XVI tente en vain, une dernière fois, d’ordonner la route de Montmédy
Dans La nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola, la comtesse de la Borde transportait le costume d’apparat
que le Roi avait porté à Cherbourg en 1786 et qu’il devait revêtir devant ses troupes à Montmédy
Mais on sait que ce n’est pas Jacob, le coiffeur de la comtesse de la Borde, incarné avec panache par Jean-Claude Brialy dans La Nuit de Varennes, mais Léonard Autié, celui de la Reine, qui transportait ce précieux costume pour le remettre au Roi à Montmédy.

A huit heures

La berline royale reprend la route de Paris. Marie-Antoinette et les siens reprennent la route qui les ménera à Paris, ils ont mis moins de vingt quatre heures pour se rendre à Varennes, il vont mettre quatre jours pour rentrer dans Paris, quatre jours durant lesquels ce ne seront qu’injures, insultes, menaces pour toute la famille, même la présence des représentants de la Nation venus à leur rencontre n’arrêteront pas cette folie qui a envahi les hommes. Encore aujourd’hui on se demande comment ils sont arrivés en vie à Paris.

Le duc de Choiseul et le comte de Damas sont arrêtés par la foule. Le chef d’escadron Deslon essaye en vain de combiner une opération de la dernière chance avec les hussards présents à Varennes et son détachement bloqué devant le village, mais sans carte, il ne trouve pas un gué pour passer la rivière l’Aire avec son escadron, ils sont happés et entraînés vers l’Hôtel de Ville où ils seront emprisonnés.

A neuf heures

Pour la dernière fois la malchance va s’acharner sur eux. En effet moins d’un quart d’heure après leur départ, Bouillé et le régiment du Royal Allemand arrivent enfin dans Varennes, hélas, la rivière étant trop profonde pour passer à gué ils voient sur l’autre rive la berline qui s’éloigne : comble de malchance Bouillé ignore que la route, un peu plus loin passe sur la rive droite de l’Aire. Il aurait suffit au régiment de galoper durant quelques minutes pour bousculer la populace et sauver le Roi.

Du hameau de Ratantout, Bouillé fait sonner la retraite !

Il ne reste plus que l’émigration pour les officiers compromis dans cette aventure.

Le comte de Dampierre, baron de Hans, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel d’infanterie (né en 1745)  est assassiné près la voiture du Roi à Chaudefontaine, alors qu’il ne s’approchait que  pour offrir ses hommages à son digne maître.

Les Varennois escortent la berline jusqu’à Clermont ; à Clermont ce sont les clermontois qui prennent la relève, il fait extrêmement lourd, la berline roule au pas, Louis-Charles pleure, il a peur.

A dix heures du soir

Le cortège arrive à Châlons où tout n’est pas perdu. En effet, le maire Chorez et le procureur du département, monsieur de Roze, sont d’ardents royalistes. Ils s’entretiennent avec Louis XVI et lui propose de s’enfuir en empruntant la porte qui se trouve dans une cloison dans la chambre où dort Charles puis d’emprunter l’escalier, il pourrait ainsi sortir et se perdre sous les arbres du cours. L’idée est louable mais seul Louis XVI aurait pu s’enfuir aussi ce dernier refuse de s’évader ne voulant pas laisser sa famille.

A onze heures du soir

La famille arrive à Châlons-en-Champagne, par la porte Sainte-Croix, où elle passe la nuit à l’hôtel de l’Intendance.

La famille royale passe la nuit du 22 au 23 juin à l’hôtel des intendants de Champagne :


Ancien hôtel des intendants de Champagne (photo d’Eric Demay)

À Paris, l’Assemblée constituante prévenue par Mangin de l’arrestation de la famille royale nomme trois commissaires, Antoine Barnave, Jérôme Pétion et Charles César de Fay de Laz Tour-Maubourg, pour ramener la famille royale à Paris. Pétion et Barnave montent dans la voiture de la famille royale. Aux abords de Paris, selon Michelet, Pétion (très populaire alors) se place entre le Roi et la Reine afin de décourager un éventuel tir de mousquet dans leur direction.

Jeudi 23 juin 1791

A dix heures

La Famille Royale assiste à la messe qui sera interrompue par une délégation du directoire.

A midi

Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Zzztem10
Le passage de la berline royale devant l’Hôtel de ville de Châlons, tableau de Joseph Navlet 

… commence le retour de la famille royale à Paris.

Il faut repartir c’est alors qu’on annonce l’arrivée d’une délégation venue de Reims ; c’est une horde encore plus furieuse que celles qui va les accompagner.

C’est à la Ferme du chêne Fendu entre Dormans et Epernay que les trois commissaires envoyés par l’assemblée rejoignent le cortège.

« Nous arrivâmes à la portière de la voiture, a raconté Pétion, elle s’ouvrit sur le champ ; des bruits confus en sortaient, la Reine et Madame Elisabeth paraissaient vivement émues, éplorées » .

« Messieurs, dirent-elles, avec des larmes aux yeux, qu’aucun malheur n’arrive, que les gens qui nous accompagnés ne soient pas victimes, qu’on n’attente pas à leurs jours, le Roi n’a pas voulu sortir de France »

« Non Messieurs, dit le Roi, je ne sortais pas, je l’ai déclaré et cela est vrai ».

Vu le manque de place dans la berline La tour Maubourg va s’installer avec Mesdames de Neuville et Brunier quant à Pétion et Barnave ils s’installent dans la berline, pour gagner de la place Marie-Antoinette prend Charles sur Ses genoux afin que Barnave puisse s’asseoir à côté d’Elle quant à Pétion il s’installe à côté de Madame Elisabeth.

                          Antoine Barnave                  et               Jérôme Pétion
Images de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Casile-retour-Varennes.jpg.

A quatre heures après midi

Le cortège arrive à Épernay où dîne la Famille Royale.

L’évasion de Louis XVI d’Arnaud Sélignac

A cinq heure et demi après midi

Ils couchent à Dormans.

À Paris, le club des Cordeliers demande l’établissement de la République.

Vendredi 24 juin 1791

A six heures du matin

Le cortège part pour Paris et s’arrête à La Ferté-sous-Jouarre pour déjeuner puis à Meaux pour la nuit.

Fuite à Varennes, 1791 : l'arrestation du roi | RetroNews - Le site de  presse de la BnF

La famille royale reprend la route, la berline roule lentement devant dix mille gardes nationaux présentant les armes au dessus d’eux vole le drapeau tricolore…. Cette fois ci Pétion s’installe entre le couple royal, Louis-Charles fort gai et remuant vient se mettre sur ses genoux, la conversation reprend et encore une fois le Roi assène sa vérité « je n’ai pas voulu quitter la France ». « Certes, lui répond Pétion, je suppose que le Roi se fut arrêté d’abord sur la frontière -et son hypothèse est juste- mais il se serait mis dans la position à passer d’un l’instant à l’autre chez l’étranger, il se serait peut être trouvé forcé de le faire ». On sait aujourd’hui que la famille royale était prête à passer en territoire belge et que des préparatifs en ce sens avaient été faites.

La Reine, le Dauphin, Barnave et le Roi dans la berline du retour de Varennes

« Le visage ruisselant, le roi reste impassible, inanimé d’une manière vraiment désolante » rapportera Pétion.

Madame Elisabeth, Pétion, Madame de Tourzel et Madame Royale

A onze heures du matin

Ils arrivent à  Château-Thierry, en signe de bienvenue on entend « Toinette montre ta figure ».

Les habitants de cette ville prennent du plaisir à demander à Louis-Charles qui n’a que six ans, de crier « Vive la Nation » et l’enfant tout souriant, passe la tête par la portière et crie de bonne grâce !

À Paris, une pétition, signée de 30 000 noms, réclame la République.

 Samedi 25 juin 1791

A sept heures

La famille royale quitte Meaux.

Inquiète Marie-Antoinette fait appeler Dumas : « Savez-vous quelles dispositions Monsieur de La Fayette a prises pour l’entrée du Roi dans Paris ? Par où doit-on passer pour rejoindre les Tuileries ? ».

Dumas lui répond : « La voiture du roi suivra les boulevards extérieurs pour entrer par la barrière de l’Etoile, les Champs-Elysées et le jardin ».

Durant ce voyage du retour, Antoine Barnave est étonné de la simplicité de la Famille Royale. Malgré Ses angoisses et Sa fatigue, le charme de la Reine opère et dès leur retour, Barnave entreprendra une correspondance secrète avec la Reine.

Résultat de recherche d'images pour "Barnave"

De son côté, Pétion croit avoir gagné le cœur de Madame Élisabeth…la sœur du Roi épuisée s’est endormie en laissant tomber sa tête sur l’épaule de l’émissaire de l’Assemblée constituante… Il a laissé un témoignage de cet épisode, dans lequel il prétend que « si nous eussions été seuls, elle  se serait abandonnée dans mes bras aux mouvements de la nature ». Cette stupide suffisance le fait souvent voir comme plus sot qu’il n’était en réalité.

Pétion se prononce en faveur de la suspension, voire de la déchéance, de Louis XVI.

Antoine Barnave, quant à lui, fera tout pour sauver Marie-Antoinette.

On note ainsi la différence entre celui qui est guidé par son cœur, et l’autre par son nombril…

C’est dans la forêt de Bondy qu’a lieu le premier choc entre Paris et la famille royale, une foule de forcenés (l’expression est de Mathieu Dumas) sort du bois et se jette sur les gardes nationaux, vainement on essaie de les repousser mais il en vient de partout, cela eut pour effet de provoquer un immense nuage de poussière tel qu’on ne peut au delà de cent pas. Par contre les cris eux s’entendent, ils ont pour cible les gardes du corps et bien sûr la Reine : « la bougresse, la gueuse, la putain », et comme Marie Antoinette, pour apaiser cette horde sauvage soulève le Dauphin qui s’est mis à pleurer dans Ses bras, une voix vient La flageller : « Elle a beau nous montrer son enfant, on sait bien qu’il n’est pas du gros Louis ».

Le Roi  entend l’insulte, il blêmit, mais ne dit rien, des larmes roulent des yeux de Marie-Antoinette tandis que Louis-Charles jette des cris d’effroi. En l’entendant les mégères n’ont pour toute réponse que des rires !

À Paris, dès l’aube, une foule immense prend la direction de Meaux. La ville est inondée de pamphlets violents, injurieux pour le roi et la reine.

A deux heures après midi

Les premiers Parisiens rencontrent la Famille Royale à Villeparisis.

Retour de Varennes à Paris | Histoire et analyse d'images et oeuvres

L’Assemblée nationale décrète la suspension de Louis XVI.

La Famille Royale termine ce retour de Varennes par un trajet long et difficile, ralenti ou interrompu par des manifestants qui lancent aux fugitifs injures et quolibets.

A Paris, on a affiché dans les rues :

«Quiconque applaudira Louis XVI sera bâtonné ; quiconque l’insultera sera pendu».

Aucune description disponible.
Fichier:Retour Varennes 1791.jpg — Wikipédia

C’est donc dans un lourd silence que le roi retrouve la capitale dans la soirée du 25 juin. Le cortège passe au milieu d’une haie de gardes nationaux portant leurs crosses de fusils à l’envers, comme pour un enterrement.

A six heures du soir

Le cortège royal arrive sur les « nouveaux boulevards » (actuels boulevards de La Chapelle, Rochechouart, Clichy, etc. ). Pour éviter de trop violentes manifestations, la municipalité a décidé que les fugitifs feraient le tour de Paris et rentreraient aux Tuileries par les Champs-Élysées et la Place Louis XV.

Le Retour de Varennes par Joseph Navlet sur artnet

A dix heures du soir

Lorsque la voiture royale arrive aux Tuileries, la fureur de la foule éclate. Il s’en faut de peu que Marie-Antoinette ne soit écharpée.

Le duc d’Aiguillon et Louis-Marie de Noailles La sauvent de justesse.

Le Roi sort de la voiture le premier, calme et souriant. Il semble presque heureux de rentrer chez lui nous dit un contemporain, la Reine, hautaine et fière est accueillie par quelques cris. Lorsque par la portière, Louis-Charles apparut avec sa sœur on applaudit, une voix crie :

« Voici l’espérance et le soutien des français ».

tiny-librarian:
“Detail of a print depicting the return of the Royal Family to Paris after the Flight to Varennes. Louis XVI is shown exiting the carriage, with Marie Antoinette standing in front of it, and Louis Charles is in the arms of an...
FUITE DE VARENNES 1791 Le Retour du roi Louis 16 aux Tuileries Révolutions  Paris - EUR 55,00 | PicClick FR

En arrivant dans Ses appartements des Tuileries, Marie-Antoinette se décoiffe de Son chapeau et Elle découvre l’outrage des angoisses intenses vécues pendant le retour de Varennes : Ses cheveux « sont devenus blancs comme ceux d’une femme de soixante-dix ans. »

Mickaël Lonsdale et Charlotte de Turckheim dans Jefferson à Paris  (1995) de James Ivory qui situe les cheveux blancs de la Reine lors des journées d’octobre 1789, alors qu’on sait que cela a été causé par le retour de Varennes…
Retour aux Tuileries dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Barnave et Pétion accompagnent la famille royale jusque le château des Tuileries
dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc
Image de Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc : la Reine rentre dans Ses appartements L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Casile-retour-Varennes-3.jpg.
… et Elle découvre avec effroi la conséquence que les angoisses de ces derniers jours ont eue
sur sa chevelure devenue blanche comme celle d’une personne de soixante-dix ans L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Casile-cheveux-2.jpg.

Dimanche 26 juin 1791

Le lendemain du retour de Varennes, le Dauphin dit en se réveillant:
« J’ai fait un rêve affreux : J’étais entouré de loups, de tigres, de bêtes féroces qui voulaient me dévorer.« 
Ce n’était pas seulement l’enfant , c’était la famille royale tout entière qu’ébranlait violemment la secousse du fatal voyage.Elle se réveilla captive aux Tuileries. On ne pouvait se faire d’illusions. Le château était une prison.

Madame Élisabeth écrit le 10 juillet 1791 à Madame de Bombelles:

« On a établi une espèce de camp sous les fenêtres du Roi et de la Reine , de peur qu’ils ne sautent dans le jardin, qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de soldats.« 

On y voyait un véritable camp , avec des tentes et tout ce qui est nécessaire pour l’installation des troupes. Il y avait partout des factionnaires, même sur les toits.
Les femmes de la Reine éprouvaient de grandes difficultés pour arriver jusqu’à Son appartement…

Madame Campan raconte  dans ses Mémoires :

Tout dans cette affaire manque du plus élémentaire sens commun. La crainte d’être privée des services de son coiffeur fait oublier à la reine toute autre considération et elle n’hésite pas à confier à Léonard, en plus de ses diamants, les destins de la monarchie. Parti de Paris avec le duc de Choiseul, il est chargé par ce dernier d’avertir les détachements de Sainte-Ménéhould et de Clermont que le roi ne passerait pas. Léonard, après avoir averti les chefs des détachements de Sainte-Ménéhould et de Clermont, comme l’avait commandé M. de Choiseul, va prendre de sa propre initiative une décision qui aura des conséquences fatales. Arrivé à Varennes, il dit à MM. de Bouillé et de Raigecourt que le roi et la reine, après avoir quitté Paris, n’avaient pu continuer leur voyage et conseille aux deux officiers de partir. Conséquence : les deux officiers ne placent pas de relais à l’entrée de la ville comme il en avait été convenu.

Sarah Bernhardt en Marie-Antoinette
Sarah Bernhardt a joué Marie-Antoinette dans une pièce sur la Fuite vers Montmédy : une berline et des chevaux étaient sur la scène du Théâtre du ChâteletSarah Bernhardt en Marie-Antoinette

Voilà comment André Castelot explique l’échec qu’on appellera de Varennes :

Il y eut des imprudences
Tout au long de cette équipée, de la part de la famille royale et de ses fidèles, les imprudences ont été multipliées :
– dans sa préparation d’abord : bavardages, taille inhabituelle de la voiture, choix d’un mauvais itinéraire, personnel superflu, méconnaissance de la route choisie, date de départ constamment repoussée ;
– dans son exécution ensuite : impréparation des accompagnateurs habillés de livrées provocatrices et peu habitués à ce genre de voyage, dispositif de protection trop lourd et trop voyant, retards accumulés au cours du voyage, insouciance de la famille royale, utilisation comme messager d’un homme certes dévoué (Léonard) mais incapable, légèreté du comportement des officiers (Choiseul, Röhrig).

Incompétence et indiscipline militaires
On doit aussi noter de la part des militaires des comportements qui relèvent soit de l’incompétence, soit, ce qui est encore plus grave, de l’abandon de poste pur et simple.

Fersen, qui est un militaire, s’était plusieurs fois montré inquiet du dispositif conçu par le marquis de Bouillé : Si vous n’êtes pas bien sûr de vos détachements, il vaudrait mieux de n’en placer que depuis Varennes pour ne pas exciter quelques attentions dans le pays. Le Roi passerait alors tout simplement ! . Sage conseil qui n’avait en rien modifié les dispositions prises. Qui plus est, comme nous l’avons vu, le départ fut retardé de vingt-quatre heures au dernier moment. Bouillé s’en plaignit dans ses Mémoires : Ce retard du Roi me contraria beaucoup ; mes ordres avaient déjà été donnés pour le départ de plusieurs troupes, principalement pour les deux escadrons qui devaient se trouver à Clermont le jour de son passage et dont je fus obligé de doubler le séjour dans cette ville : ce qui donna des soupçons.

Selon de nombreux passionnés de cet événement, comme Napoléon Bonaparte,  le grand responsable de cet échec est le duc de Choiseul ( il avait alors à peine vingt-deux ans! ) . Ce dernier n’a pas, d’une part, respecté les directives de Bouillé, et qui s’est même permis de désorganiser le plan initial. Ainsi, il a autorisé des officiers (qui attendaient un « trésor » à escorter) à quitter leur poste, en raison du retard du cortège royal. Pour ce faire, il a confié ces instructions au coiffeur de la Reine, Léonard Autier, qui les appliqua avec trop de zèle. Sans cela,  selon le mot de Napoléon, la face du monde aurait été changée.

Carte éditée par les Girault de Coursac qui compare les itinéraires et les horaires
de chaque équipage de l’événement qui s’interrompt à Varennes-en-Argonnes.

Sources :

  • Le rendez-vous de Varennes ou les occasions manquées (1971) d’André Castelot ; éditions Perrin
  • Le Drame De Varennes  d’André Castelot
  • Sur la Route de Varennes de Paul et Pierrette Girault de Coursac La Table Ronde (1984), F.X. de Guibert (2000), (2007) ; (ISBN 978-27554-00625)
  • Varennes, la mort de la Royauté (2009) de Mona Ozouf ; Gallimard
  • L’Evasion de Louis XVI (2009) d’Arnaud Sélignac
  • La Nuit de Varennes (1982) d’Etorre Scola
  • Le Roi d’enfuit de Thimoty Tackett
  • La Fuite en Belgique de Dominique Zachary
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!