
Le 8 août 1788
Louis XVI convoque les États-Généraux pour le 1er mai 1789.

Le 5 décembre 1788
Le Parlement de Paris accepte le doublement du Tiers, défendu par la Reine, mais ne se prononce pas sur la question du vote par ordre ou par tête. Louis XVI se fâche et déclare aux parlementaires :
« c’est avec l’assemblée de la Nation que je concerterai les dispositions propres à consolider, pour toujours, l’ordre public et la prospérité de l’État »
Fin 1788
Parallèlement à l’état de cessation des paiements et de banqueroute du royaume, le climat de l’année 1788 est calamiteux : à un été pourri ravageant les récoltes, l’hiver glacial donne des températures de moins 20 °C qui
Fin 1788
Parallèlement à l’état de cessation des paiements et de banqueroute du royaume, le climat de l’année 1788 est calamiteux : à un été pourri ravageant les récoltes, l’hiver glacial donne des températures de moins 20 °C qui paralysent les moulins, gèlent les fleuves et défoncent les routes. Le blé manque et le peuple a faim.


Le 29 janvier 1789
Lettre de convocation des états généraux à Versailles :
« De par le Roi, Notre aimé et féal.Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour Nous aider à surmonter toutes les difficultés où Nous Nous trouvons relativement à l’état de Nos finances, et pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de Notre royaume. Ces grands motifs Nous ont déterminé à convoquer l’Assemblée des États de toutes les provinces de notre obéissance, tant pour Nous conseiller et Nous assister dans toutes les choses qui seront mises sous nos yeux, que pour Nous faire connaître les souhaits et doléances de nos peuples, de manière que par une mutuelle confiance et par un amour réciproque entre le souverain et ses sujets, il soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l’État, que les abus de tous genre soient réformés et prévenus par de bons et solides moyens qui assurent la félicité publique et qui nous rendent à Nous particulièrement, le calme et la tranquillité dont Nous sommes privés depuis si longtemps. Donné à Versailles, le 24 janvier 1789. »
Parallèlement à ces élections, de grands efforts de concertation et de rédaction sont accomplis dans tout le royaume pour apporter une réponse au Roi sur les dysfonctionnements de son royaume et les doléances de ses sujets.

« Sire, nous sommes accablés d’impôts de toutes sortes ; nous vous avons donné jusqu’à présent une partie de notre pain, et il va bientôt nous manquer si cela continue. […] Nous n’en pouvons plus et qu’il faut nous diminuerons impôts. Ce qui nous fait bien de la peine, c’est que ceux qui ont le plus de bien paient le moins. Nous payons la taille, et le clergé et la noblesse rien de tout cela. Pourquoi donc est-ce que ce sont les riches qui paient le moins et les pauvres qui paient le plus ? Est-ce que chacun ne doit pas payer selon son pouvoir ? Sire, nous vous demandons que cela soit ainsi, parce que cela est juste. »
Extrait du cahier de doléances des paysans de Culmont, 1789



Dès janvier 1789
Dans toutes les paroisses de France, se rédigent les cahiers de paroisses qui, regroupés, mis en forme et résumés lors des assemblées de bailliage deviendront les cahiers de doléances avec lesquels les députés élus monteront à Versailles.
Plus de 60000 de ces cahiers rédigés par des curés, des notaires, des avocats, des membres de corporations ont ainsi été constitués dans toute la France. Des cahiers parvenus jusqu’à notre époque il se dégage un ensemble de points qui semble faire l’unanimité des trois ordres.
- On reste, dans l’ensemble, fidèle au Roi mais on souhaite limiter le pouvoir royal
- On souhaite une constitution garante de la liberté individuelle mais le régime parlementaire est très peu évoqué.
- On veut l’égalité de tous devant l’impôt. Egalité des personnes mais aussi égalité des provinces.
- On demande la suppression des abus de justice et une refonte des institutions judiciaires.
- On demande la suppression de la vénalité des charges
Chaque ordre soulève également un ensemble de points qui lui sont propres.
- Le clergé reproche l’ingérence de Rome dans l’Eglise de France, et un certain nombre de ses membres trouvent à redire sur le Concordat.
- Le bas clergé souhaite également restreindre les pouvoirs de l’épiscopat.
- La principale revendication de la noblesse est la restriction de l’absolutisme royal
- Certains cahiers du Tiers et de la noblesse proposent l’affectation des biens de l’Eglise à des objets ou oeuvres d’utilité publique.
- Les paysans revendiquent le droit de chasse
- Certains demandent la constitution de caisses de secours pour les périodes de disette
Le ton des revendications bourgeoises est donné par la célèbre brochure de l’abbé Sieyès (1746-1836) publiée en janvier 1789.

Notons que pour les cahiers du Tiers, on peut sans peine imaginer les paysans parlant pigeons, gabelle, lapins, chasse, taille et dîme alors que les petits bourgeois tenant la plume rajoutent assemblée représentative et constitution politique.
Les cahiers du Tiers-Etat regroupent cependant l’essentiel des récriminations qui sont :
- Réforme des impôts
- Suppression des droits féodaux
- Affranchissement des terres
- Suppression de la dîme
- Abolition des immunités
L’hôtel des Menus Plaisirs est situé 22 avenue de Paris à Versailles. Il est resté célèbre dans l’Histoire de France pour avoir accueilli les États généraux de 1789, les derniers que connut l’Ancien Régime. L’hôtel, en dehors de ses façades, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 21 mai 1927. Les façades font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 16 septembre 1929.

Cet hôtel fut élevé par Louis XV vers 1745, afin d’abriter les ateliers de décors et le matériel des jeux liés aux réjouissances du roi et de la cour appelés «Menus-Plaisirs». On y entreposera notamment des accessoires de sport (notamment pour le jeu de paume), des décors de théâtre, des instruments de musique… On y trouve également des ateliers pour les maquettes, costumes, peintures et autres sculptures. En 1759, l’hôtel renferme aussi un cabinet de physique installé par l’abbé Nollet pour l’instruction des enfants de France, à commencer par le futur Louis XVI.

L’ensemble architectural s’articule alors autour de deux cours situées à des niveaux différents. La cour basse ouvre sur le n° 22 avenue de Paris, tandis la cour haute se situe au niveau du n° 19 rue des États Généraux. C’est à l’emplacement de cette dernière cour qu’une salle provisoire accueillit une assemblée des notables en 1787, puis fin 1788. Celle-ci sera considérablement agrandie par Pierre-Adrien Pâris, alors architecte du Roi, afin qu’elle puisse accueillir les 1 200 députés convoqués pour les États généraux dont la séance inaugurale s’ouvre le 5 mai 1789 en présence du Roi. Cette immense salle «démontable» à la décoration luxueuse occupera alors la totalité de la superficie de la cour haute.





Louis XVI vient plusieurs fois visiter le chantier; la Reine y vient une fois.

Le 4 avril 1789
Durant le chantier d’aménagement de l’Hôtel des Menus-Plaisirs pour la réunion des États Généraux, Louis XVI se rend sur place à plusieurs reprises. C’est lors d’une de ces visites que le Roi veut « monter sur un échafaud », une planche se rompt sous le poids de Sa Majesté. Le Monarque s’est tenu fortement à un boulin qui s’est trouvé à côté de lui. Il est même un peu blessé à la poitrine, écorché par les nœuds de la poutre à laquelle il se cramponnait. Un garçon charpentier s’est hâté de venir à son secours. Il était fort. Il a tiré le Roi sur la planche qui était à côté de celle qui s’était brisée. Louis XVI a gardé le plus grand sang-froid au milieu de ce péril.
Il avait vécu une mésaventure presque semblable peu de temps auparavant, alors qu’il allait aussi contrôler un chantier sur les toits du château…
Soient deux accidents au cours desquels le Roi faillit périr… en quelques jours seulement !


Le 2 mai 1789
Louis XVI reçoit chacun des représentants de la nation au palais, à tour de rôle ils vont passer devant le Roi s’incliner, le saluer sans que celui-ci ne dise un mot puis tourner les talons et sortir. Les députés sortent du palais très refroidis.



Le 4 mai 1789
Dès sept heures du matin
Les États Généraux s’ouvrent le lundi 4 mai 1789 par une procession dans les rues de Versailles et une messe du Saint-Esprit, au cours de laquelle Mgr de La Fare prononce le sermon d’usage, honneur que briguait Talleyrand. Sous les applaudissements du clergé et de la majorité du tiers, Anne Louis Henri de La Fare, l’évêque de Nancy, prononce le sermon de la messe d’ouverture des états généraux tout en critiquant à la fois le luxe de la cour et les prétentions des réformes.


Images de Louis XVI, l’homme qui ne voulait pas être Roi de Thierry Binisti
On assiste à la procession religieuse du Saint Sacrement à laquelle toute la Cour assiste ainsi que l’ensemble des députés des trois ordres. Avec passablement d’indiscipline, la foule, curieuse, envahit la ville pour voir passer en rangs serrés les 1 139 députés des trois ordres. L’étiquette est de mise pour une telle manifestation et fait ressortir de façon criante l’inégalité des trois ordres et la scission probable du clergé. En effet d’un côté nous trouvons la noblesse dorée et empanachée avec le haut clergé en robe violette et de l’autre le Tiers Etat en habit sombre et les curés en soutane noire. La procession est fermée par Louis XVI.






Henri de La Fare, l’évêque de Nancy, prononce le sermon de la messe d’ouverture des états généraux tout en critiquant à la fois le luxe de la Cour et les prétentions des réformes. Mais l’opinion publique impressionnée par les assertions calomnieuses de Mirabeau évolue rapidement. Des mécontentements ont éclaté dès ce jour à propos du placement des différents ordres.
Le duc d’Orléans… s’est mêlé à la foule vêtue de noir sans épée, laissant son fils, le duc de Chartres, prendre sa place [avec la noblesse]…


Lors du passage de la Reine, des femmes du peuple crient : «Vive le duc d’Orléans!» avec des accents si factieux que Marie-Antoinette pense s’évanouir. On La soutient et ceux qui L’environnent craignent un moment qu’on soit obligé d’arrêter la marche de la procession.
Pour Louis XVI, les acclamations pour son cousin et le manque d’applaudissements pour sa femme sont une double injure ; sa colère est perceptible.



Il faut dire que la Reine n’a de pensées que pour son petit Louis-Joseph qui agonise.







A Marie-Antoinette qui déplore, les yeux gonflés de larmes :
« Ces Français ! Ils sont indignes !»
Madame Adélaïde réplique de sa voix dure :
« Dites plutôt indignés, Madame !»


Le comte d’Osmond, père de la comtesse de Boigne, fut l’un des rares gentilshommes de la Cour à ne pas assister à la cérémonie d’ouverture des états généraux.
« C’est que je n’aime pas les enterrements, Madame, et pas plus celui de la monarchie que les autres », expliqua-t-il à Madame Adélaïde, qui, vantant « le beau coup d’œil de la salle », s’étonne de son absence.
–Eh moi, réplique la vieille princesse piquée au vif, je n’aime pas qu’à votre âge on se croie plus habile que tout le monde !

Or, entourée de Louis XVI, de Necker et des princes du sang, Marie-Antoinette se retrouve pour la première fois mêlée à des personnages qui feront partie bientôt de Son histoire.



Dans les rangs du Clergé, on compte le cardinal Louis-René-Édouard de Rohan-Guéménée (1734-1803), que l’on connaît pour sa triste participation en tant que dupe à l’affaire du collier. Il s’opposera à la constitution civile du clergé promulguée par la révolution et l’abolition de la monarchie.





Ainsi parmi les 270 députés de la Noblesse, arborant des tenues colorées, des bas blancs, des chapeaux à plumes et une étole d’or, peut-on compter le terrible Prince rouge, le duc d’Orléans, le héros des Amériques, La Fayette, le baron de Batz, le duc de Lauzun ,..
A côté, 291 députés du Clergé : les cardinaux sont en rouge (parmi eux se trouve le cardinal de Rohan ), les archevêques en violet, et les autres membres du Clergé en noir.
Et enfin 578 députés du Tiers-Etat, dans leur habit tout noir et à peine égayé d’une cravate de mousseline (ils ont l’allure d’huissiers de justice pale ) parmi lesquels se trouvent Mirabeau (1749-1791), Robespierre et Barnave (1761-1793) …








Le 5 mai 1789
Après ces préliminaires, le lendemain, mardi 5 mai à Versailles, a lieu l’ouverture de la séance royale dans une salle aménagée à l’hôtel des Menus Plaisirs et dénommée pour la circonstance «salle des trois ordres Le discours de monsieur Necker , très vaste, peinte en tons clairs blanc et vert, qui a déjà servi à l’assemblée des notables. Cette date marque le début de la Révolution française.
À l’intérieur, le souverain est alors installé sous un baldaquin, situé devant l’escalier couvert qui assure actuellement la communication entre les deux cours. Les trois ordres sont assis séparément dans les gradins disposés en fer à cheval, tandis de hautes tribunes accueillent le public.




Voici toutes les parties du dais royal en bois richement sculpté et doré : le couronnement, deux parties de côté, quatre casques, quatre encoignures, quatre bouts de massues, une boule fond bleu ciel et la couronne. Le dais en velours violet semé de fleurs de lys en or fin provient du couronnement. Et n’oublions pas le siège du trône.
Le dais est celui qui a été livré dans les années 1750 pour le salon d’Apollon du château. Le décor est donc luxueux, mais pas (entièrement) conçu spécifiquement pour l’événement…


Images de Louis XVI, l’homme qui ne voulait pas être Roi de Thierry Binisti


Conçue à l’origine avec une acoustique défectueuse, la salle a connu dans les deux mois précédant la réunion, un réaménagement intérieur qui permet aux orateurs de mieux se faire entendre et de gérer les débats avec plus d’efficacité. Les bâtiments ayant été occupés à l’époque par des bureaux et des salles de réunion, destinés aux travaux de l’assemblée.









Necker (Guy Tréjean) et sa fille, Germaine de Stael-Necker dans L’été de la Révolution de Lazare Iglésis



Il s’agit de l’entrée dans l’Histoire de Marie-Antoinette, qui pour la première fois n’est plus la Reine de Trianon, ou celle de Sa Cour mais bel et bien la Reine de France : Elle est là sous le dais royal tendu de violet et semé de fleurs de lys d’or, face à 1139 députés venus de toute la France et de tous les milieux sociaux.



« Majestueuse en grand habit tissé d’or et d’argent ornementée des joyaux de la couronne, dont le De Guise et le Miroir du Portugal, des Mazarin en amandes aux oreilles, de hautes plumes blanches flottant sur Sa coiffure piquée du Sancy et mêlée d’une variété de Lys dite couronnes impériales ornant depuis le XVIe siècle les parterres des palais impériaux autrichiens.»
Sylvie Le Bras-Chauvot, Marie-Antoinette l’Affranchie (2020)
Elle se tient d’autant plus droite qu’Elle veut éviter toute défaillance et, comme la veille, tout effet de saisissement.


Ainsi, lors de Sa dernière présentation royale, Marie-Antoinette est-Elle mise en présence de Ses ennemis anciens, actuels et futurs, et de Ses futurs alliés. Ce 5 mai 1789 est donc un virage dans la carrière de Reine de Marie-Antoinette . C’est aussi une sorte de générique de la période qui naît : y sont réunis tous les protagonistes de la Révolution qui commence…






Le discours d’ouverture de Louis XVI, bref et cassant laisse les députés sans réponse sur ce point et surpris tout le monde par son ton. En effet, le Roi précise que les Etats Généraux sont réunis à sa demande et que lui seul sera juge de décider de ce dont ils devront débattre. Barentin (1738-1819), le garde des Sceaux, fait ensuite l’éloge du Roi.













Necker (1732-1804) prononce enfin un très long discours qui fait prendre conscience aux députés de la situation financière désastreuse du royaume.
Il fait apparaître que la situation générale en France est beaucoup plus confuse qu’on ne le pensait ; le gouvernement est totalement désorienté.






Seul le contrôleur des finances aborde les raisons pour lesquelles les états généraux sont réunis : le déficit du budget. Mais il affirme qu’il sera aisé d’y remédier. Il ne parle pas du problème qui préoccupe le plus les députés : le vote par ordre, ou par tête, à l’issue de la séance solennelle, qui conditionne toute réforme.
Cette première séance se clôture de manière décevante pour les députés. Aucun mot sur une possible constitution, aucune allusion aux milliers de revendications exposées dans le cahier remis au Roi, aucune certitude sur le type de vote; Les députés sortent très déçus. Le Roi, quant à lui, vient de perdre une bonne occasion de mobiliser l’ensemble des députés derrière lui. Avec un discours comme celui de son ancêtre Henri IV aux précédents Etats Généraux, il aurait pu à la fois conserver au trône un pouvoir exécutif fort et doter la nation d’une constitution garante des libertés.
Malheureusement Louis XVI n’a su être ce 5 mai ni un Louis XIV qui tranche ni un Henri IV qui concilie.



Le 6 mai 1789
L’ensemble des députés du Tiers Etat se réunit dans cette même salle des menus plaisirs tandis que les deux ordres privilégiés se sont vus attribuer des salles de délibération pour vérifier les pouvoirs respectifs de leurs députés et donc se constituer. Du côté de la noblesse, seule une minorité de 47 députés souhaitent une vérification des pouvoirs commune aux trois ordres. Côté clergé, les avis sont plus partagés puisqu’ils sont 114 pour et 133 contre. Face à cette situation, le Tiers Etat ne doit surtout pas, comme certains voudraient le faire, effectuer la vérification des pouvoirs de ses députés et donc se constituer, ce qui reviendrait à accepter l’ancienne forme de consultation par ordre.
Mirabeau, noble élu dans le Tiers-Etat, l’a bien compris et surgit à la tribune en criant :
« Rien de tout cela, Tant que les pouvoirs n’auront pas été vérifiés en commun nous ne sommes, nous Tiers-Etat, qu’une agrégation d’individus».



Des émissaires, sous la conduite de Jean Mounier (1758-1806), sont tout de même envoyés aux deux autres ordres pour les convaincre de rejoindre le Tiers mais rien n’y fait et les jours passent sans que, ni le Roi ni Necker, n’interviennent pour essayer de lever ce blocage qui s’éternise.
Cependant la désunion s’accentue chez les privilégiés, les quarante-sept nobles font des émules et les curés, menés par Grégoire (1750-1831), combattent à la tribune les hauts prélats. Le Tiers avait connaissance de ces divisions et s’en réjouissait.
Le 15 mai 1789
Quatre-vingts députés du Tiers Etat assistent à la représentation de la tragédie « Gaston et Bayard » de M. Dormont de Belloy. Louis XVI n’est pas présent.

Le 4 juin 1789
Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François (1781-1789), à Meudon.

Le 12 juin 1789
L’abbé Sieyès, député du Tiers dissident de son ordre, prend la parole à la tribune et propose «de sommer les membres des deux chambres privilégiées de se rendre dans la salle des Etats pour assister, concourir et se soumettre à la vérification commune des pouvoirs». La proposition est acceptée par tout le Tiers. Chez les nobles, la proposition est acceptée par 79 voix contre 192. Le clergé ajourne sa réponse.
Le 13 juin 1789
Au matin, seuls trois curés ont rallié les députés du Tiers.
Le 15 juin 1789
Ils sont douze et l’appel des députés étant terminé, l’assemblée se considéra dès lors comme représentant seul la Nation. Il fallait l’affirmer solennellement.
Le 17 juin 1789
Un député propose tout simplement après diverses propositions plus compliquées et alambiquées les unes que les autres (Assemblée des représentants connus et vérifiés de la Nation pour Sieyès, Assemblée légitime des représentants de la majeure partie de la nation agissant en l’absence de la mineure partie (sic) pour Mounier, représentant du peuple Français pour Mirabeau), le nom d’Assemblée Nationale.
Ce même jour, l’Assemblée Nationale proclame que «les impôts quoique illégalement établis et perçus, continueraient d’être levés de la même manière que devant, jusqu’au jour où l’assemblée se séparerait » mais que «passé lequel jour, l’Assemblée entendait et décrétait que toute levée d’impôt qui n’avait pas été nommément, formellement et librement accordée par l’Assemblée, cesserait entièrement dans les provinces du Royaume.»
Ce même jour quatre comités sont formés: subsistance, vérification, rédaction et règlement.

Cette déclaration stupéfie le Roi, son entourage et une partie de la noblesse. Une délégation de celle-ci est envoyée au Roi pour lui demander de réagir à une telle déclaration. Le clergé est profondément remué par cette déclaration faite par l’Assemblée Nationale.
Louis XVI est sonné. Affaibli. Il ne réagit pas immédiatement au décret du 17 juin par lequel le tiers état se constitue en Assemblée nationale. Et ses ministres sont profondément divisés sur la réaction qu’il convient d’apporter. Deux ans avant, Louis XVI était encore un souverain puissant, un roi législateur et un roi de guerre, qui avait damé le pion aux Anglais en venant au secours des insurgés américains. Mais il a horreur de la division et de la discussion, il est jaloux de son pouvoir et accorde difficilement sa confiance. Or à partir de 1787, il n’a plus de ministre auquel il puisse la donner. Les oppositions parlementaires, la banqueroute, les déficits qu’on ne parvient pas à résoudre, la mort de son fils, contribuent à son effondrement psychologique. En 1789, il a trente-cinq ans. Pour la première fois de sa vie, ce prince chrétien élevé dans la tradition du roi de droit divin se rend compte qu’il n’a plus l’approbation de ses sujets. Il voit l’amour de son peuple se briser.
Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier

Le 19 juin 1789
Ils sont 149 (dont six prélats) sur 200 à accepter de vérifier leur pouvoir au sein de l’Assemblée Nationale.
Sur les conseils de ceux qui refusent cette réunion des trois ordres, Louis XVI se résout à la rigueur et décide qu’une séance royale aura lieu le 23 juin où chacun des trois ordres reprendra sa place. D’ici là pour qu’aucune autre réunion de l’Assemblée Nationale n’ait lieu Louis XVI fait fermer la salle des menus plaisirs.

Le 20 juin 1789
La salle de l’hôtel des Menus Plaisirs est fermée par ordre du Roi. Les députés du Tiers-Etat font le serment d’écrire une Constitution dans la Salle du Jeu de Paume.




Sous la proposition de Mounier tous les députés moins une voix, prêtent serment de ne jamais se séparer avant qu’une Constitution soit rédigée et approuvée, en répétant chacun à leur tour
«Je le jure !» .


Le serment est signé par tous les représentants à l’exception de Joseph Martin-Dauch, dont on respecte la liberté d’opinion. Il est représenté en bas à droite du tableau assis les bras croisés en signe d’opposition.
On reconnaît Robespierre, les mains sur la poitrine et Mirabeau vêtu de noir…









Le texte est le suivant :
« L’Assemblée Nationale, considérant qu’appelée à fixer la constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’elle continue ses délibérations dans quelque lieu qu’elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée Nationale. Arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront, à l’instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d’eux en particulier confirmeront, par leur signature, cette résolution inébranlable.»






Cette résolution étant prise les députés se séparent en se donnant rendez-vous pour le lendemain matin.

Quant aux serments, celui du 17 juin et celui du 20 juin, au Jeu de paume, ils sont le signe, en partie réinventé et sublimé par la suite, de l’unanimité de la nation. Celui aussi d’une sacralité nouvelle qui sera bientôt celle de la république. La Révolution s’est faite sur un fantasme : celui du pouvoir absolu du roi, qu’elle a accaparé, au nom de la souveraineté du peuple. Avec la Constitution de la Ve république, nous avons fini par créer un roi républicain. De même, pendant tout le XIXe siècle et jusqu’à la loi de séparation des Églises et de l’État de décembre 1905 qui codifie la laïcité, la république s’est battue contre l’ancienne alliance monarchique du « trône et de l’autel ». Avec la montée en puissance de l’islamisme radical qui fait de Dieu la source unique du gouvernement des hommes, elle est aujourd’hui confrontée à un nouveau défi théocratique.
Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier



Le 21 juin 1789 au matin
La salle du jeu de paume est fermé, réservée par le comte d’Artois frère du Roi pour une partie avec ses courtisans. Les députés parent le coup en se réunissant dans l’église St-Louis que le clergé a mise à la disposition de l’Assemblée. Les 149 membres du clergé rattachés à l’Assemblée sont, ce jour là, longuement acclamés par la foule.


Le 23 juin 1789
Tout est prêt aux yeux de Louis XVI pour une reprise en main vigoureuse de cette assemblée récalcitrante. Des forces armées sont rassemblées autour et dans Versailles et des textes destinés aux députés ont été préparés pour leur faire savoir qu’en cas de non-obéissance aux ordres royaux ils auraient à faire aux hommes d’armes.
Comme lors de la séance d’ouverture, les ordres sont introduits les uns après les autres en prenant soin de laisser le Tiers attendre plus d’une heure dehors, ce qui hérisse la fraction de la noblesse qui, depuis la formation de l’Assemblée, songe à faire cause commune avec celle-ci. Par cette maladresse, le Roi braque encore contre lui une partie de la noblesse, le seul ordre encore unanimement rallié à lui.
Necker est absent, Louis XVI paraît, entouré de toute la Cour, et commence un discours très dur contre l’Assemblée Nationale devant des députés consternés.
Louis XVI lui reproche tout d’abord son inaction depuis bientôt deux mois, puis il proclame que «l’ancienne distinction des trois ordres doit être conservée« , que les députés élus par chacun des trois ordres doivent former trois chambres séparées ne pouvant délibérer en commun qu’avec l’accord du Roi que «toutes les décisions prises depuis le 17 juin par les députés sont nulles, illégales et inconstitutionnelles».
Les Etats pourraient délibérer des impôts, mais il sera interdit de traiter en commun «des affaires qui regardent les droits antiques et constitutionnels des trois ordres, la forme de constitution à donner aux prochains Etats, les propriétés féodales et seigneuriales, les droits utiles et les prérogatives des deux premiers ordres« . Suite à ce discours, il fait distribuer à tous les députés le texte qu’il vient de prononcer ainsi qu’un mémorandum intitulé «Les intentions du Roi » dans lequel il s’efforce de satisfaire certaines demandes du Tiers. Il y presse le clergé et la noblesse de renoncer à leurs privilèges pécuniaires, se prononce pour l’abolition de la taille, l’adoucissement de la gabelle, mais ne recule pas sur les droits seigneuriaux et féodaux. Il promet l’abolition des lettres de cachet, recherche un moyen de concilier la liberté de la presse et le respect de la religion, annonce la création d’états provinciaux (2/10 de clergé, 3/10 de noblesse et 5/10 de Tiers) pouvant délibérer en commun et dont la compétence et les attributions seraient élargies. Il exprime également le souhait que les douanes soient portées aux frontières du royaume, que l’administration de la justice soit améliorée, et que l’on en finisse avec l’usage des corvées pour la confection et l’entretien des chemins.
Il y a un tel écart entre son discours et ses intentions qu’on reste interloqué devant cet homme. Louis XVI cache-t-il derrière une fermeté maladroite et une volonté de s’imposer monarque, un réel souhait de conciliation ou bien est-ce par peur, couardise et faiblesse qu’après avoir manié le bâton il fait marche arrière ayant trop présumé de ses forces ?
Le Roi termine la séance par cette dernière phrase «je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin chacun dans les chambres affectées à votre ordre pour y reprendre vos séances. J’ordonne en conséquence au grand maître des cérémonies de faire préparer les salles.»

Louis XVI dit qu’on devait se séparer, lui-même se lève et sort. La noblesse et le clergé sortent, mais au centre de la salle immobile le Tiers demeure dans le silence.
Le grand maître des cérémonies Dreux Brézé s’avance pour faire évacuer la salle. Derrière lui, un piquet de Gardes Françaises et un piquet de Gardes Suisses se sont arrêtés à la porte.
Alors Mirabeau se dresse et lui dit terrible :
«Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !»
puis Bailly, président de l’Assemblée, lui dit que les débats de l’Assemblée ne peuvent être clos avant que celle-ci «n’en ait délibéré tranquillement. et que la Nation assemblée n’a pas à recevoir d’ordre».


Dreux Brézé transmet la réponse au Roi, qui d’un geste las avoue son impuissance : «Ils ne veulent pas partir ? Eh bien ! Foutre ! Qu’on les laisse !».
Louis XVI s’indigne : « N’y a-t-il aucun père parmi eux? »




Les temps étaient révolus où l’on disait encore « Cy veult le roy, cy veult la loy« .
Laissés seuls, les députés délibèrent, les précédents arrêtés sont maintenus et la personne des députés sera déclarée inviolable. Au cours de cette délibération, les débats sont menés par Sieyès, Barnave, Pétion et Mirabeau. Le Roi recule, Necker ayant menacé de se retirer cela lui sert de prétexte, et le banquier suisse reste ministre.
Louis XVI est un roi nu : son administration lui fait défaut et son armée, soumise depuis deux ans à des réformes drastiques et à des coupes budgétaires, traîne des pieds. Le temps de la Révolution française n’est pas le sien. Louis XVI a l’intelligence de la réforme mais il n’en a pas le tempérament. Lors de la séance du 23 juin 1789 au Jeu de paume, il propose un programme audacieux en matière fiscale et juridique, tout en refusant d’abandonner le principe des ordres et d’une société inégalitaire en droit. Sa tragédie est là. Et puis le 23 juin, déjà, personne n’écoute plus personne. Dans son dernier discours, Louis XVI dit espérer que le peuple n’a pas changé. Mais si. Il a changé.
Emmanuel de Waresquiel dans Télérama à propos de Sept Jours : 17-23 juin 1789. La France entre en révolution, éd. Tallandier
Le 24 juin 1789
Le Tiers reprend ses séances et le clergé en majorité le rejoint.
Le 25 juin 1789
Quarante-sept gentilshommes avec à leur tête le duc d’Orléans les rejoignent, à partir de là c’est la débandade.
Louis XVI pour masquer l’ampleur de cette défaite ou peut être par souhait réel convie le 27 juin le Clergé et la Noblesse à se joindre au Tiers. C’est un soulagement général chez tous les députés de l’Assemblée, qui accueillent ces derniers arrivants avec beaucoup de prévenance. «La révolution est finie» écrit-on ce jour là, «Elle n’aura pas coûté une goutte de sang». Les députés du Tiers quant à eux, ne voient dans ce revirement du Roi que « le retour de Louis XVI à de vrais sentiments».



Sur sa lancée l’Assemblée Nationale désigne un comité constitutionnel où Mounier va jouer un rôle de premier plan et où La Fayette ne tardera pas à poser son projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Cependant le Roi et son entourage, certainement poussé par Marie-Antoinette, désirent une revanche, Louis XVI ne peut accepter une monarchie constitutionnelle. Ils décident donc un nouveau coup de force contre l’Assemblée en regroupant à proximité de Paris et de Versailles d’importantes troupes dans le but de les faire marcher contre le peuple parisien. Necker tente en vain de convaincre Louis XVI que ce n’est pas la bonne solution mais le Roi ne cède pas.
Le 8 juillet 1789
L’Assemblée inquiète de ces concentrations de troupe en demande le retrait au Roi, par l’intermédiaire de Mirabeau.
Le 9 juillet 1789
L’Assemblée Nationale devient Constituante.
Dans la nuit du 4 août 1789
C’est dans cette salle qu’on votera l’abolition des privilèges.


Le 23 août 1789
C’est encore dans cette salle qu’on votera la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.



L’année suivante
Les lieux servent aux réunions des assemblées électorales destinées à la désignation des nouvelles administrations. L’assemblée départementale de la Seine-et-Oise y tient notamment quelques séances. L’hôtel des Menus Plaisirs voit notamment l’élection de Maximilien Robespierre comme président du tribunal du district.
En 1792
Les juges du tribunal criminel s’y installent, en attendant que l’ancien bailliage soit transformé en maison de justice.
Le 25 avril 1792
Le capitaine Rouget de l’Isle compose à Strasbourg un chant patriotique pour l’armée du Rhin.
Repris par les soldats marseillais, la chanson prend rapidement le nom de « Marseillaise ». Elle devient l’hymne français en 1795 et remplace le Te Deum qui était généralement le chant joué au nom de la France au cours des cérémonies officielles.
Conscient de la nécessité d’inscrire la France dans le temps long, de Gaulle fera jouer un Te Deum à Notre-Dame lors de la Libération de Paris. Au cours des guerres de la Révolution, les Vendéens ont également repris l’air de la Marseillaise en y apportant une touche plus personnelle s’agissant des paroles …

Par la suite
L’hôtel sert de magasin de vivres pour l’armée, bien que de nombreux accessoires de théâtre soient encore conservés dans les réserves, ce qui attise d’ailleurs la convoitise de directeurs de salles parisiennes qui y viennent régulièrement se servir…
En 1800
Transformé en caserne pour les volontaires des corps de gendarmerie, il devient un centre de distribution de pain pour les troupes avant d’être finalement vendu à un certain sieur Dubusc.
Un an plus tard
Cependant, le préfet obtient l’annulation de la vente, mais déjà le mal est fait : entre temps, l’acheteur a malheureusement déjà fait démolir une grande partie des locaux historiques dont la fameuse salle des États Généraux…

Sources :
- Antoinetthologie
- BERTIERE, Simone, Les Reines de France au temps des Bourbons, tome 4 : Marie-Antoinette L’insoumise, éditions de Fallois, Paris, 2002, 735 p. + 32 p. de planches illustrées
- FAVIER, Jean, Chronique de la Révolution, 1788-1799, Larousse, Paris, 1988, 704 p.
- GIRAULT DE COURSAC, Paul et Pierrette, Enquête sur le procès du Roi Louis XVI, O.E.I.L F.X. de Guibert, Paris, 1992, 717 p.
- GOUBERT, Pierre, DENIS, Michel, 1789 : les Français ont la parole. Cahiers de doléances des états généraux, Gallimard, coll. « Archives », Paris, 1973, 266 p.
- https://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F5145.js&oid=42&c=&m=&l=&r=&f=pdf
- LEVER, Evelyne, Marie-Antoinette, Fayard, Paris, 1991, 746 p.