Qui était cette femme brune, à la beauté mélancolique, que toute la petite ville d’Hildburgausen prenait pour la fille de la défunte reine Marie Antoinette, tant leur ressemblance était frappante ?                                    De 1807 à 1837, elle a vécu terrée au château d’Eishausen, avec pour seule compagnie réelle un mystérieux comte qui recevait des lettres au nom de Louis Charles Vavel de Versay ? Même ses domestiques ne la voyaient que dans des circonstances exceptionnelles, et elle ne semble éprouver le besoin d’aucune compagnie. La ville l’a surnommée “La Comtesse des Ténèbres.”                                                                                      Tout commence un soir de février 1807, quand une élégante voiture aux rideaux tirés s’ arrêtée devant la Cour d’Angleterre, le plus riche hôtel de la ville. Si l’on en juge par les lanternes du perron, demeurées allumées, elle est attendue. En sort un couple distingué, vêtu de longs manteaux d’hiver, et aux visages cachés. Dès le lendemain, le personnel de l’hôtel est informé que les nouveaux arrivants souhaitent une particulière discrétion, et il n’en faut pas plus pour faire jaser la petite bourgade. En septembre 1810, las d’être espionnés, les inconnus emménagent à Eishausen, une grande bâtisse sans caractère entourée de marronniers. Même après le décès de la belle inconnue, en 1837, son compagnon se refuse à dévoiler sa véritable identité. “Elle n’était pas ma femme” se contente-t-il de confier à la veuve d’un pasteur. Face aux autorités insistantes, il finit par la déclarer sous le nom de Sophie Botta, originaire de Westphalie, âgée de 58 ans. Mais les témoins qui ont pu contempler le visage de l’habitante du château ont parlé, et dans l’inventaire de la succession, on retrouve des chemises marquées du sceau de France, ainsi qu’un livre d’heures qui aurait appartenu à la défunte Reine. On le sait, officiellement, l’orpheline du Temple, Madame Royale, avait été échangée en 1795 à Bâle, avant d’épouser son cousin le duc d’Angoulême. Mais, selon la légende, la jeune fille aurait été alors enceinte, abusée par un gardien du Temple, et son état aurait interdit un mariage solennel. Une fille adoptive de la Reine, Marie Ernestine Lambriquet, lui aurait été alors substituée. En 1814, à la Restauration, les Parisiens ont du mal à reconnaître dans la femme hautaine et vieillie qui se présente à eux la charmante princesse, “Mousseline la Sérieuse”, comme la nommait sa mère. Cette thèse ayant été depuis longtemps réduite à néant, le mystère ne trouve quelque éclaircissement que dans une histoire confuse tirée des Mémoires de la baronne d’Oberkirch. Avant la Révolution, vivait aux alentours de Versailles une enfant née des amours de l’Empereur Joseph II, frère de Marie Antoinette, et de son épouse morganatique. “Par un hasard inexplicable, cette petite fille était le portrait frappant et calqué” de la Reine de France. On ignore ce que devint cette enfant, mais il est certain que l’existence d’une fille légitime de l’Empereur, héritière potentielle, ne pouvait qu’embarrasser la famille impériale. Serait ce l’explication de cet ancien mystère ?