Le
Naissance de Marie Josèphe Caroline Éléonore Françoise Xavière de Saxe (en allemand : Maria Josepha Karolina Eleonore Franziska Xaveria von Sachsen), huitième enfant de Auguste III (1696-1763) et de Marie-Josèphe d’Autriche (1699-1757), fille du défunt Empereur Joseph Ier (1676-1711), à Dresde.
Marie-Josèphe est la sœur cadette de Marie-Amélie de Saxe (1724-1760), qu’elle a peu connue personnellement puisque cette princesse est mariée dès 1738 au Roi de Naples (qui deviendra Roi d’Espagne en 1759). Le plus jeune de ses frères, Clément Wenceslas de Saxe, devient archevêque-électeur de Trèves. Oncle maternel de Louis XVI et de ses frères et sœurs, il accueillera sur ses terres le comte d’Artois puis les émigrés français opposés à la Révolution française.
Selon Voltaire, la Cour de Saxe est « la plus brillante d’Europe après celle de Louis XIV ».
Auguste II, dit Auguste le Fort (1670-1733), a en effet une Cour aussi fastueuse que raffinée. Fêtes, divertissements, joutes et jeux marquent son règne. Mais cet admirateur de Louis XIV et de Versailles est aussi un collectionneur exceptionnel : peintures, armes, pièces d’argenterie et d’orfèvrerie, ivoires et cristaux précieux ornaient à profusion son château de Dresde. Ce prince a une passion particulière pour la porcelaine -c’est sous son impulsion qu’est mis au point de procédé de fabrication de la porcelaine en Europe -qui inspira aux artistes de ce temps des pièces d’une fantaisie et d’un luxe éblouissants. L’exposition présentée au château de Versailles en 2006 réunissait les fleurons des Musées de Dresde, provenant notamment des splendides collections de la « Voûte verte », pour évoquer ces fastes ainsi que les échanges qui se développèrent alors entre la Cour de Saxe et la Cour de France, dans le cadre même où ils se sont noués.
En septembre 1732
Prévoyant la mort prochaine d’Auguste II, la Russie, la Prusse et l’Autriche se sont mises d’accord (traité de Berlin, dit « Traité des Trois Aigles noirs ») pour exclure de l’élection à la fois Frédéric Auguste et Stanislas Leszczyński (1677-1766), qui a déjà été Roi de Pologne de 1704 à 1709 sous la protection de Charles XII de Suède (1682-1718). vit en exil en France où sa fille Marie Leszczyńska (1703-1768) est devenue Reine de France en épousant Louis XV, en 1725.
En 1733
À la mort de son père Frédéric-Auguste (1670-1733), Auguste III hérite sans difficulté de l’électorat de Saxe et des autres possessions héréditaires.
En revanche, la succession au trône de Pologne va être difficile, puisqu’il s’agit une royauté élective sous influence des puissances européennes.
Dans les premiers mois de 1733
La candidature de Stanislas est soutenue par la France, notamment l’ambassadeur Monti et le ministre des Affaires étrangères Chauvelin.
Le
Naissance de son frère Charles-Christian (1733-1796), à Dresde.
En août 1733
Stanislas rentre à Varsovie et sa victoire paraît certaine. La Russie et l’Autriche décident alors de soutenir la candidature de Frédéric Auguste (traité de Löwenwolde, 19 août 1733).
Le 12 septembre 1733
Stanislas est élu mais une minorité de la noblesse reste favorable à Frédéric Auguste. L’armée russe entre en Pologne (c’est le début de la guerre de Succession de Pologne) et se dirige vers Varsovie. Stanislas se réfugie à Dantzig, ville alors polonaise.
Le 10 octobre 1733
La France, alliée à la Sardaigne, déclare la guerre à la Saxe et à l’Autriche (mais pas à la Russie) ; les opérations militaires françaises vont principalement avoir lieu dans la vallée du Rhin et en Italie, mettant l’Autriche en position difficile.
En mai 1734
En revanche, l’armée russe ayant mis le siège devant Dantzig : la ville résiste courageusement mais une petite expédition de secours française commandée par Louis de Plélo, tourne au désastre Quelques jours avant la chute de Dantzig, Stanislas s’enfuit en Prusse, où le Roi Frédéric Guillaume (1688-1740) accepte de le recevoir comme hôte.
Le 17 janvier 1734
Frédéric-Auguste est couronné Roi et devient Auguste III.
La situation n’est cependant pas complètement réglée, la Pologne ayant deux rois, dont un en exil. La supériorité française sur l’Autriche va permettre de trouver une solution.
Le 12 février 1735
Naissance de sa soeur, Christine de Saxe (1735-1782), future abbesse de Remiremont (à partir de 1773), à Varsovie.
En décembre 1735
Stanislas réside toujours en Prusse, à Königsberg. À la suite des négociations de paix entre la France et l’Autriche (préliminaires de paix de novembre 1735), il lui est proposé de recevoir le trône ducal de Lorraine en échange de celui de Pologne (il conserverait cependant le droit de porter le titre de Roi de Pologne) ; il fait alors une déclaration publique de renonciation.
En 1736
Au cours d’une diète de pacification, les partisans de Stanislas reconnaissent formellement Auguste comme Roi de Pologne.
Le 2 février 1736
Naissance de sa soeur, Marie-Elisabeth de Saxe (1736-1818), au palais de Wilanów en Pologne.
Le
Naissance de son frère, Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), futur beau-frère de Marie-Antoinette par son mariage avec Sa soeur, Marie-Christine de Hazbsbourg, au château de Moritzburg, près de Dresde.
Le 28 septembre 1739
Naissance de son frère Clément Wenceslas de Saxe (1739-1812), futur archevêque et électeur de Trèves.
Le
Naissance de sa soeur, la benjamine de la fratrie, Cunégonde de Saxe (1740-1826), future abbesse à l’abbaye de Thorn et Essen.
Eté 1746, en France
Veuf inconsolable de sa première épouse, le Dauphin de dix-sept ans ne convole une seconde fois qu’avec la plus grande réticence. Le Roi d’Espagne propose sa plus jeune sœur, Louis XV (1710-1774), dont la mère Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712) avait été les délices de la Cour, inclinait pour une princesse de cette maison : Éléonore ou Marie-Louise de Sardaigne.
Vers 1746
« Sa piété est éclairée, et d’un caractère qui doit faire espérer qu’elle sera solide, mais l’enfance est grande en lui, et lorsqu’on lui tient quelques discours de médisance, ce qui n’arrive que trop souvent, il les répète avec peu de discrétion. Il est fort fâcheux que la raison ne soit pas encore assez avancée en lui pour lui faire sentir les conséquences ; ce n’est pas cependant qu’il manque d’esprit, mais il est vif et ne fait pas assez de réflexions. (…)Le caractère de monsieur le Dauphin est de passer promptement d’une chose à une autre. Il n’aime aucun amusement ; la chasse à courre et à tire l’ennuie ; il ne peut pas souffrir le jeu ; il n’aime point les spectacles. Jusqu’à présent il parait qu’il n’y a que la musique pour laquelle il a passez de gout ; il joue du violon, il chante, il joue de l’orgue et du clavecin ; il lit des livres de piété ; mais il parait qu’en tout il ne s’occupe pas assez. D’ailleurs comme je viens de le dire, toujours extrêmement enfant. (…)Le Dauphin est capable d’amitié ; il est caressant et gai, et se montre tel qu’il est ; il a l’imagination vive et des saillies assez plaisantes.»
Le duc de Luynes
À peine la jeune Dauphine a-t-elle expiré que la Cour songe au remariage du Dauphin accablé de tristesse.
La Cour de Madrid, qui tenait à l’alliance française, proposa immédiatement l’infante Marie-Antoinette, sœur cadette de Marie-Thérèse ce que le Dauphin souhaitait espérant trouver chez sa belle-sœur les qualités qu’il révérait chez son épouse défunte.
Alors que la guerre de succession d’Autriche fait rage, que les troupes françaises ont conquis les Pays-Bas autrichiens mais que la « Reine de Hongrie » (Marie-Thérèse) avait fait élire et couronner son époux empereur, les données changent. Si la Reine Marie Leszczsyńska et le clan Choiseul penchent pour l’alliance Espagnole, le Roi préfère une princesse de Savoie tandis que l’héroïque maréchal de Saxe, soutenu par la marquise de Pompadour, propose une princesse de Saxe, nièce du maréchal, qui serait forcément reconnaissante envers la favorite.
Grâce à l’entremise de son oncle, le maréchal Maurice de Saxe (1696-1750), le vainqueur de Fontenoy (le 11 mai 1745) qui a circonvenu la marquise de Pompadour (1721-1764), Marie-Josèphe est pressentie pour devenir Dauphine.
Le maréchal de Saxe — qui a donné à la France des victoires et à Lyon et Paris une avenue portant son nom — est un demi-frère adultérin du Roi de Pologne (et, par conséquent, un oncle «de la main gauch » de Marie-Josèphe). Il s’est mis au service de la France. Auréolé des lauriers de vainqueur de la bataille de Fontenoy, il a su s’appuyer sur les bonnes dispositions de la marquise de Pompadour, favorite royale, et peut faire prévaloir ses intérêts et ceux de sa maison. La Saxe-Pologne est opposée à la France pendant la guerre de Succession d’Autriche qui dévaste l’Europe centrale depuis sept ans, le mariage saxon permettra une réconciliation entre la Saxe-Pologne et la France. La France, alliée de la Pologne, retrouvera son influence dans l’est de l’Europe dominée par l’Autriche et la Russie qui devient une grande puissance.
La favorite pense avec raison qu’en favorisant ce mariage, elle évitera de la part de la nouvelle Dauphine les avanies que lui a fait subir la précédente. La seconde Dauphine ne pourra que lui être reconnaissante de son « élévation » et sera un appui dans cette Cour où la favorite rencontre tant d’hostilité et… de concurrentes. Cependant, le mariage du Dauphin Louis et de Marie-Josèphe pose un problème épineux : le grand-père de Marie-Josèphe a été élu Roi de Pologne en 1697 grâce au soutien de l’Empereur et du Tsar de Russie. Il a été détrôné par le Roi Charles XII de Suède (1682-1718) en 1704. Le Roi de Suède a remplacé le Roi saxon par un noble polonais à sa dévotion, Stanislas Leszczynski (1677-1766), père de la Reine de France Marie Leszczynska (par conséquent grand-père du Dauphin Louis-Ferdinand). Stanislas est rapidement chassé par les troupes russes ; le grand-père de Marie-Josèphe retrouve son trône et meurt en 1733. Stanislas, devenu entretemps le beau-père de Louis XV, revendique alors le trône polonais. Le fils du Roi défunt, père de Marie-Josèphe, en fait de même. Les deux prétendants sont élus par des factions rivales, ce qui déclenche la guerre de Succession de Pologne. Vaincu, poursuivi par les sbires du père de Marie-Josèphe qui tentent de l’assassiner, Stanislas regagne la France après une traversée épique du continent européen. De subtiles tractations diplomatiques mettent fin à la guerre en remodelant la carte de l’Europe. Stanislas reçoit à titre de compensation et en viager les duchés de Lorraine et de Bar tandis que Frédéric-Auguste II de Saxe conservait sous le nom d’Auguste III le trône de Pologne qu’a détenu son père sous le nom d’Auguste II. Il subsiste un sérieux contentieux entre la famille Leszczynski et la maison de Saxe.
Le remariage de son unique fils avec une princesse de Saxe ne peut qu’être ressenti comme une humiliation supplémentaire par la Reine de France, Marie Leszczyńska (1703-1768) qui se recroqueville déjà sur les blessures causées par ses déboires conjugaux. Il ne peut qu’indisposer Stanislas, grand-père du Dauphin, qui, toujours gaillard à soixante-dix ans, passe des jours paisibles à Lunéville et Commercy. Aussi le cortège qui mène Marie-Josèphe de Strasbourg à Versailles évite-t-il soigneusement la Lorraine et le Barrois, passant par la Franche-Comté ce qui rallonge d’autant le voyage. La jeune princesse ne reçoit pas un accueil chaleureux de sa pieuse belle-mère ni de son très jeune mari.
Quant à Louis XV, seul maître depuis la mort du cardinal de Fleury (1653-1743) et aux prises avec la guerre de Succession d’Autriche, il vient également d’imposer sa nouvelle favorite dont les origines sociales indisposent très fortement la Cour. Madame Lenormant d’Étiolles, jolie, ambitieuse et amie de la philosophie des Lumières, est certes très riche mais elle n’est pas noble. Aussi le Roi lui octroie-t-il, avant de repartir vers le champ de bataille, un titre qui lui permet d’être présentée officiellement à la Cour. Ainsi, madame d’Étiolles deevient-elle marquise de Pompadour. La favorite ayant du subir les avanies de la défunte Dauphine, une infante d’Espagne, hautaine et rigoriste qui, avec le Dauphin et ses sœurs, l’a surnommée « Maman Putain », profite de son influence sur son royal amant pour favoriser une princesse moins fière qui ne pourra que lui être reconnaissante de son « élévation ».
Marie-Josèphe passe par le col de Porrentruy en Suisse. Voici l’itinéraire qu’elle emprunte ensuite :
Dresde – Hubertsbourg – Leipzig – Mersebourg – Eisenach (maison de poste de la ville) – Grunberg – Friedberg – Francfort – Heidelberg – Bruchsal – Durlach et en Alsace, Bischoffsheim, où a lieu la remise officielle dans la maison de la dame Lousteau – la Dauphine change alors de vêtements mais n’est pas dénudée – puis départ pour Strasbourg.
Louis XV charge le maréchal de la Fare (1687-1752)et la duchesse de Brancas (1711-1784), dame d’honneur, d’aller recevoir la Dauphine à son arrivée à la frontière. Elle devient dame d’honneur en titre jusqu’à la mort de Marie-Josèphe de Saxe. Selon l’étiquette, aucune des personnes de la suite de la princesse ne devait l’accompagner au-delà de la frontière ; Marie de Silvestre (1708-1798), sa lectrice, est seule autorisée à la suivre en France et à rester à son service
Le 27 janvier 1747
Arrivée de Marie-Josèphe à Strasbourg d’où elle repart, le 29 janvier,
pour Colmar où elle couche puis Belfort – Vesoul – Langres – Chaumont-en-Bassigny- Bar-sur-Aube
Le 4 février 1747
Elle arrive à Troyes.
Le 5 février 1747
Départ vers Nogent – Nangis – Corbeil, où Marie-Josèphe couche.
Le 5 février 1747
Les carrosses roulent vers Nogent et Nangis. Louis XV arrive à Choisy et s’engage sur la route de Corbeil jusqu’à Cromazel où est fixé le rendez-vous avec Marie-Josèphe.
Le 7 février 1747
Elle atteint vers Cromazel, où se fait la rencontre avec le Roi et le Dauphin.
Marie-Josèphe s’agenouille devant le Roi, qui la relève, l’embrasse et la présente au Dauphin, Louis-Ferdinand.
Le 8 février 1747
Marie Leszczyńska, accompagnée de Mesdames Henriette et Adélaïde, de la duchesse de Chartres, de la princesse de Conti et de mademoiselle de Charolais, quitte Versailles pour se rendre au-devant du cortège qu’elle rejoint près de la croisée du pavé de Choisy. Marie-Josèphe s’avance, avec émoi, vers la Reine et s’incline profondément devant elle. La fille du Roi détrôné embrasse la fille du Roi détesté, comme une mère. C’est pourtant un baiser d’étiquette où le cœur n’a nulle part. La sensible Marie-Josèphe le ressent, mais n’en est pas surprise. Elle sait bien qu’il lui faudra conquérir la Reine et que ce ne sera pas chose aisée.
Le 9 février 1747
Départ de Choisy pour arriver incognito à Versailles afin de se préparer pour la cérémonie.
A son arrivée à la Cour, la timide jeune fille charme tout le monde, sauf le Dauphin Louis-Ferdinand, veuf éploré. Lors de leur nuit de noce, après que les témoins ont quitté leur chambre, le jeune homme de dix-sept ans pleure au souvenir de sa première épouse. Marie-Josèphe, avec douceur, lui répond :
« Donnez, Monsieur, donnez libre cours à vos pleurs, et ne craignez pas que je m’en offense : ils m’annoncent ce que j’ai droit d’espérer moi-même si je suis assez heureuse pour mériter votre estime ».
À quinze ans, Marie-Josèphe devient après la Reine la femme la plus importante de la Cour la plus brillante mais aussi la plus cancanière d’Europe et intégre une famille déchirée. À l’époque du mariage, le Roi et la Reine vivent séparément depuis près de dix ans. Louis XV est un homme de trente-huit ans timide et blasé mais dont la beauté est célèbre. La pieuse Reine Marie Leszczyńska, mère de dix enfants et de sept ans plus âgée que le Roi, a depuis longtemps interdit sa porte à son mari pour préserver sa santé (un énième accouchement lui serait fatal d’après les médecins). Elle s’ezt résignée à l’échec de son mariage (qui n’était pas une alliance entre deux puissances mais l’aboutissement d’une intrigue de Cour dont le Roi et elle étaient l’objet). Par naïveté et méconnaissance des usages de la Cour, elle a très rapidement perdu l’estime de son mari. Recluse au milieu d’amis vieillissants, elle pratique les arts d’agréments et la charité mais n’oublie pas que sa nouvelle belle-fille ezt issue d’une maison ennemie de la sienne.
Les jeunes époux sont unis, dans la chapelle du château, par le cardinal de Soubise, en l’absence du cardinal de Rohan, grand aumônier de France, alors malade. Marie-Josèphe de Saxe, princesse intelligente de quinze ans saura, malgré sa jeunesse, apprivoiser l’inconsolable veuf de dix-neuf ans qu’on lui donne pour mari.
Acquises à l’instar de leur frère, à la cause de leur mère, les filles du couple royal présentes à la Cour (leurs cadettes sont élevées à l’abbaye de Fontevrault), Mesdames, âgées de dix-neuf et quatorze ans, ne cessent de blâmer le mode de vie de leur père et souhaitent le voir revenir à une vie plus chrétienne et moins déréglée. Le Dauphin Louis-Ferdinand, veuf de dix-sept ans, souffrant des souffrances de sa mère et «divinisé» par ses sœurs, ne sait dissimuler sa désapprobation et ne s’entend pas non plus avec son père.
La nouvelle Dauphine, surnommée Pepa, sait se concilier à la fois madame de Pompadour, son beau-père Louis XV et sa belle-mère la Reine Marie Leszczyńska mais doit aussi compter avec la haine de son mari et de ses belles-sœurs pour la favorite.
C’est dans ce contexte difficile que la Dauphine parvient à se faire aimer de tous, tant elle est intelligente, douce et aimante.
Très affecté par la séparation officieuse de ses parents, l’adultère du Roi et la résignation doloriste de sa mère, il s’escrime à ne pas ressembler à son père, optant dès son enfance pour une dévotion profonde et assumée.
Charlotte de Turckheim incarne magistralement Marie Lezsczyńska
dans Jeanne Poisson, marquise de Pompadour (2006), qu’interprète Hélène de Fougerolles dans le téléfilm de Jean-Marie Sénia
Il est de tradition que trois jours après les noces, la Dauphine porte un bracelet à l’effigie de son père. La Reine, souvent humiliée par les maîtresses de son mari, devra-t-elle subir cet affront imposé grâce au protocole par sa belle-fille ? Le jour dit, avisant le bracelet, elle demande à sa jeune belle-fille si c’est bien là le portrait de son père. La jeune fille acquiesçe et lui montre le bijou : il représente le portrait de Stanislas qui, depuis le mariage, est devenu le grand-père par alliance de la princesse. La Reine et la cour sont fortement impressionnées par le tact de cette jeune fille de quinze ans.
Marie-Josèphe aurait encore à faire montre de tact et de diplomatie dans sa nouvelle famille et cette cour où régnaient toutes sortes d’inimitiés et d’intrigues.
En effet, son mari, déjà veuf à dix-sept ans, adolescent immature et d’une moralité des plus exigeantes héritée de sa défunte épouse, morte en couches après lui avoir donné une fille, et qui ne peut oublier sa première épouse, traite avec froideur la seconde Dauphine imposée par la raison d’État. À force de tact, de douceur et soutenue par sa belle-sœur Madame Henriette (1727-1752), elle conquit peu à peu son époux et son couple et un des plus solides de l’histoire de France.
L’appartement du Dauphin en 1745.
Au premier étage de l’Aile du Midi
( texte et illustrations de Christophe Duarte ; Versailles-passion )
On pénètre dans l’appartement du Dauphin par une porte ouverte sur le palier de l’escalier des Princes. La salle des gardes dans laquelle on pénètre était une grande salle à deux fenêtres sur le parterre du Midi. On a ouvert une cheminée neuve dans le mur qui la séparait de la première antichambre. Les murs sont recouverts d’une tapisserie de tenture en cuir fond gris perlé à décor doré.
On passe ensuite dans la première antichambre, pièce ayant également deux fenêtres sur le parterre. Les murs sont couverts d’une tenture d’étoffe. Une petite porte dans le fond menait à une série de petites pièces avec entresols au-dessus . Derrière les deux antichambres du prince se trouvent les deux pièces de Binet, son premier valet de chambre, pièces éclairées sur la Galerie de Pierre, lui permettant de sortir sur cette galerie, d’aller dans les deux antichambres, la salle de bain commune au Dauphin et à la Dauphine, à un escalier menant à l’entresol et à des petites pièces où logent les garçons de la chambre qui sont sous ses ordres.
Après la seconde antichambre, venait la chambre du Dauphin, deux fenêtres avec console de bois sculpté et doré entre elles. Le lit est placé au fond. Face à la cheminée, Gaudreaux avait placé une grande commode plaquée de bois de violettes, bombée et chantournée.
Après la chambre, on entre dans le Grand Cabinet à deux fenêtres, avec une cheminée neuve dans le mur de la chambre. Ce cabinet était meublé suivant l’usage du temps de la même étoffe que la chambre. On y avait placé un très beau bureau de marqueterie au-dessus en maroquin noir. Le Dauphin avait à l’entresol, donnant sur la Galerie, deux petites bibliothèques.
À la suite de l’appartement du Dauphin, celui de la Dauphine se visite dans le sens inverse de l’ordre normal de succession des pièces, à savoir : première et seconde antichambres, grand cabinet, chambre et enfin cabinet intérieur. Dans le grand cabinet, dont les dimensions remontent à l’époque où la pièce servait de salle des Gardes au fils de Louis XIV, Marie-Josèphe de Saxe réunit les dames de son entourage pour la conversation ou pour le jeu. Comme dans tout l’appartement, un nouveau décor a été réalisé pour elle, mais il est disparu au XIXe siècle sur ordre de Louis-Philippe. Seule la grande console a été épargnée et replacée sous un miroir dont la bordure a été restituée ; elle supporte désormais un baromètre exécuté pour le futur Louis XVI qui, jusqu’à son avènement en 1774, occupera cet appartement. Sur la tenture « couleur de feu », évocation moderne de celle signalée par les inventaires, ont été accrochés des portraits de ministres et de membres de la famille royale du début du règne de Louis XV.
Dans sa première antichambre de son appartement du rez de chaussée au château de Versailles, lieu de passage ouvert à tout le monde, la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe, incommodée par le froid de l’hiver, demandera l’installation d’une cloison vitrée avec une porte à deux ventaux.
C’est ici qu’avait d’abord été prévue la chapelle, aménagée finalement dans la salle précédente. Divisée à l’origine en quatre pièces, cette salle fit partie jusqu’en 1693 de l’appartement de la Grande Mademoiselle. Elle devint ensuite le vestibule de l’appartement de Monseigneur, puis de son fils aîné le duc de Bourgogne. Antichambre du duc de Berry de 1712 à 1714, elle fit ensuite partie de l’appartement du maréchal de Villars et devint enfin, en 1747, la seconde antichambre de la Dauphine.
En dessus-de-porte, les portraits de Marie Leszczyńska en costume royal et d’une duchesse inconnue, ainsi que de deux tableaux de fleurs par Blain de Fontenay. Sur la belle cheminée de sérancolin, qui provient peut-être de la chambre de Marie Leszczyńska au premier étage, un buste du Régent par Jean-Louis Le Moyne.
Cette petite pièce et la suivante n’en formèrent longtemps qu’une seule, qui fut d’abord l’antichambre de Monsieur, puis de Monseigneur, avant de devenir en 1693 la chambre de ce dernier. Elle fut également la chambre du Régent, puis du Dauphin enfant, mais fut divisée en 1747 pour former un cabinet intérieur pour la Dauphine et un cabinet de retraite pour le Dauphin : les appartements du jeune couple communiquaient donc par leurs pièces les plus retirées, ce qui préservait, dans une certaine mesure, leur intimité conjugale.
Le charmant décor de boiseries au naturel en « vernis Martin » subsistait en partie ; il a été complété et l’on a pu également replacer les dessus-de-porte représentant les Quatre Saisons que Jean-Baptiste Oudry avait peints pour cette pièce en 1749.
Antoine Gaudreaux est l’auteur de la commode, et Bernard Van Rysenburgh celui du bureau à pente : ces deux meubles admirables on été exécuté en 1745 pour la première Dauphine et ils ont ensuite servi à la seconde.
A droite de la niche, qui abritait autrefois un sofa, une porte vitrée donne accès aux arrières-cabinets.
Chinoiseries du cabinet intérieur de la Dauphine
La chambre de la Dauphine
La menuiserie est sculptée par Verberkt.
Le lit aurait été donné par Louis XV à Marie-Marguerite-Adélaïde de Bullioud, Comtesse de Séran, Dame d’atours de Mesdames puis de Madame Elisabeth. Il est entré dans les collections du château en 1962 grâce au don du comte Guy du Boisrouvray.
La cheminée, livrée par Trouard, était en marbre Sarrancolin sculpté par Verberkt, enrichie de bronzes dorés par Caffieri. La cheminée fut celle de Marie Leszczyńska dans la chambre de la Reine au premier étage. Changée en 1786 par Marie-Antoinette, elle est aujourd’hui présentée dans cette chambre à titre d’équivalence.
Livrée en 1745 par BVRB pour la chambre de la première Dauphine Marie-Raphaëlle d’Espagne, c’est la seconde femme du Dauphin, Marie-Josèphe de Saxe qui profitera le plus de la commode. C’est encore elle que Marie-Antoinette pourra contempler lors de Son arrivée à la Cour de France logeant provisoirement dans les appartements du rez-de-chaussée. C’est enfin celle que s’appropriera la comtesse de Provence lorsqu’elle s’installera à son tour dans l’appartement de la Dauphine. En 1787, la commode y sera toujours inventoriée.
Les deux dessus de porte sont peints par Jean Restout et étaient dans cette pièce. Ils représentent « La toilette d’Hermine » et « Psyché implorant le pardon de Vénus ».
Le tapis de 9m sur 9.50m, a été commandé pour cette chambre pour Marie-Josèphe de Saxe. Il a coûté la somme de 13 700 livres et plus de trois années ont été nécessaires à sa réalisation. Il n’a été livré qu’en juillet 1757. Par la suite, le tapis sera en usage dans le salon des jeux de Marie-Antoinette, l’actuel salon de la Paix.
Après les félicitations d’usage chez le Roi et chez la Reine, le Dauphin et la Dauphine vont dîner dans l’intimité avec Mesdames Henriette et Adélaïde.
A six heures et demie
Dans l’ancien manège de la Grande Ecurie splendidement décoré de glaces, a lieu un bal. Marie-Josèphe, souffrant d’une engelure au pied due au froid éprouvé au cours du voyage, ne peut ouvrir le bal et c’est Madame Henriette qui la remplace au bras du Dauphin. Il danse une vingtaine de menuets, fort gracieusement malgré sa silhouette déjà alourdie.
A neuf heures
Le Roi se lève pour marquer la fin du bal et se dirige vers la salle du souper à travers une foule si dense à la porte qu’il a peine à entrer. A table, Louis XV a à sa droite le Dauphin, la princesse de Conti, Mademoiselle, Madame de La Roche-sur-Yon. A la gauche de la Reine, Marie-Josèphe, Madame Adélaïde, madame de Molène , mademoiselle de Sens.
Le long repas terminé
La Dauphine s’entretient avec la duchesse de Brancas qui lui parle de sa nuit de noces.
Ensuite, vient la cérémonie de la remise de la chemise de nuit, toute ornée de dentelles et de rubans. La première femme de chambre, en s’inclinant, la donne à la duchesse de Chartres qui, à son tour, la présente à la Reine en une profonde révérence. La souveraine aide alors sa bru à passer la virginale chemise.
Chez le Dauphin, il en est de même, le Roi passe la chemise à son fils. Les deux groupes se dirigent alors vers la chambre nuptiale. L’évêque de Ventadour bénit la couche. Plus de cent personnes s’écrasent dans la pièce.
La Dauphine est trouvée «assez bien en bonnet de nuit». Le Dauphin, revit une scène jouée si peu de mois auparavant, il a du mal à retenir ses larmes. Tous deux ayant escaladé le lit, les rideaux sont tirés afin que l’assistance puisse contempler le couple à loisir. Seule d’ailleurs la Dauphine est visible car le Dauphin ramène la couverture sur son visage «pour pouvoir pleurer à son aise». Marie-Josèphe comprend les sanglots de son mari et , avec une délicatesse rare, elle lui murmure avec autant de compassion que d’intelligence de donner libre cours à ses pleurs, sans craindre qu’elle s’en offense car ils lui annoncent ce qu’elle a droit d’espérer elle-même.
« Jeudi, 9, jour du mariage de Monsieur le Dauphin, le corps de Ville de Paris a donné pour fête au peuple de Paris, cinq chars peints et dorés qui depuis dix heures du matin jusqu’au soir, ont fait le tour des différents quartiers de Paris.
Le premier, représentait le dieux Mars avec des guerriers, le second était rempli de musiciens, le troisième, représentait un vaisseau, qui sont les armes de la ville; le quatrième, Bacchus sur un tonneau, et le cinquième, la déesse Cérès. Ils étaient tous attelés de huit chevaux assez bien ornés, avec des gens à pied qui les conduisaient. Tous les habillements, dans chaque char, étaient de différentes couleurs et en galons d’or ou d’argent. Le tout faisait un coup d’œil assez réjouissant et assez magnifique, quoique tout en clinquant, mais les figures, dans les chars, étaient très-mal exécutées. Dans certaines places, ceux qui étaient dans les chars jetaient au peuple des morceaux de cervelas, du pain, des biscuits et des oranges. Il y avait dans ces places des tonneaux de vin pour le peuple, et le soir toute la ville a été illuminée.»
En raison de son chagrin, de la fatigue de la journée, de l’énervement, Louis-Ferdinand n’est pas en mesure de faire ce que l’on attend de lui :
« Il ne s’est rien passé cette nuit malgré les entreprises de Monsieur le Dauphin et tout a abouti à beaucoup se tracasser et à ne point dormir.»
Maurice de Saxe
Le 10 février 1747
« Il y eut le vendredi 10, un très-grand concours de masques de Paris, au bal dans les appartements de Versailles. Au retour, sur les huit heures du matin, il y avait, dit-on, une file de carrosses depuis Versailles jusqu’à Paris. Tous les appartements et la galerie étaient magnifiquement éclairés; mais on n’a pas été content des buffets. Il n’y avait que du vin, des brioches, du pain, quantité d’oranges et des paquets de sucreries, et point de pâtés de truites, de saumon et de poisson au bleu, comme à l’autre mariage. Il y avait eu aussi alors des gens qui s’étaient attablés sur les buffets, et qui avaient bu et mangé toute la nuit. On n’a pas plus mal fait de retrancher une pareille dépense.»
Le 13 février 1747
Quelques jours après le mariage , une «fête publique» est donnée par la Ville de Paris.
La Dauphine peut se reposer à la représentation du ballet-comédie : l’Année Galante, un joli succès du poète Roy.
Le 14 février 1747
Jour du Mardi gras, son engelure au pied heureusement guérie, Marie-Josèphe peut faire admirer sa grâce en dansant au bal masqué.
Le 18 février 1747
Marie-Josèphe suit en calèche la chasse du Roi:
«Le temps est beau et d’une douceur étonnante, Madame la Dauphine, étant fort vive et enfant, para(ît) s’amuser de tout.»
Le duc de Croÿ
Le 27 juin 1747
Marie-Josèphe fait sa «joyeuse entrée» dans Paris. Les Parisiens l’acclament avec enthousiasme. Les canons de l’Arsenal et de la Bastille tonnent à intervalles réguliers. La compagnie du guet et les brigades font la haie tout au long du parcours. Le corps de la ville en grand apparat vient souhaiter la bienvenue à l' »auguste princesse ». Le couple assiste d’abord à une messe solennelle en musique à Notre-Dame, puis ils se rendent à la très ancienne abbaye de Sainte-Geneviève.
Ensuite, ils vont déjeuner à deux heures aux Tuileries. Après le repas, la Dauphine fait une promenade digestive à pied dans le jardin où la foule l’escorte et l’ovationne longuement.
En 1748
Marie-Josèphe accouche d’un fils mort-né.
Le 27 avril 1748
La petite Marie-Thérèse de France suit bientôt sa mère dans la tombe. Elle meurt âgée de vingt-et-un mois. On voit Marie-Josèphe pleurer sincèrement la mort de la petite Madame. Elle fait faire un portrait posthume de la petite Madame, mais il a aujourd’hui disparu.
En janvier 1749
Marie-Josèphe fait une fausse couche.
En avril 1749
Nouvelle fausse alerte. Le Roi convoque alors les trois plus fameux accoucheurs de Paris. La Faculté préconise pour la Dauphine les eaux de Forges, près de Rouen. Ces eaux ont la réputation de guérir la stérilité. Anne d’Autriche y avait eu recours…
La Dauphine Marie-Josèphe de Saxe avoue aimer le jeu et même le gros jeu, au contraire de la première épouse du Dauphin Marie Thérèse d’Espagne. Elle apporte en France le minchiate, sorte de tarot italien, dont la Cour va s’enticher.
Cette inclination pour le jeu de son épouse offusque le Dauphin.
Le 25 juin 1749
Marie-Josèphe prend le départ. Le couple se sépare les larmes aux yeux. Le Dauphin semble maintenant bien attaché à son épouse.
Le 26 juin 1749
Marie-Josèphe atteint Forges où elle s’installe Grande Rue par un temps abominable.
Le 26 juillet 1749
Marie-Josèphe est de retour à Versailles.
En deux ans, Pépa est parvenue à transformer le grand adolescent maussade, boudeur, égoïste, gâté, imbu de son érudition livresque, en un homme amoureux, attentionné, gai, bien dans sa peau. Grâce au caractère égal de Marie-Josèphe, à sa douceur, à son sourire, à son amour attentif, son oubli total d’elle-même, elle a réussi à en faire un mari … et un bon mari.
Le père et le fils ne sont pas proches… malgré un amour mutuel : Louis XV a une vie privée immorale qui fait souffrir la Reine et qui ne plaît pas au Dauphin, ce qui les éloigne pendant longtemps. Très proche de sa mère, qui souffre des adultères du Roi avec une dignité ostentatoire, Louis-Ferdinand est le centre du parti dévot, qui condamne autant la politique que la vie privée du Roi. Le prince et ses sœurs ne se gênent pas pour montrer leur mépris à la marquise de Pompadour qui, elle, soutient le parti des philosophes. Si la Dauphine Marie-Thérèse s’était associée avec ardeur à la hargne des enfants royaux, la Dauphine Marie-Josèphe, qui devait son mariage à la marquise, mais est aussi une jeune femme intelligente et délicate, sait garder une certaine contenance et éviter des tensions au sein de la famille royale.
Marie-Josèphe a aussi à conquérir son mari, le Dauphin Louis-Ferdinand qui, tout à son veuvage, la fuit voire la méprise. À force de patience et d’attentions, mais aussi avec la complicité de sa belle-sœur, Madame Henriette, dite «Madame», car elle est la fille aînée du Roi, elle réussit à former avec son époux un couple très uni.
À l’étonnement de tous, le Dauphin n’apprécie pas la chasse, considérée comme le sport des rois et des nobles. En 1756, il tue accidentellement un de ses écuyers. Bouleversé, il renonce définitivement à ce sport et se consacre aux travaux de ferme et au jardinage. Il prend à sa charge l’éducation des enfants et des descendants du défunt. Une rente leur est versée jusqu’à l’extinction de la famille sous la Troisième République. À un proche qui lui fait remarquer que ce n’est pas l’usage, le prince réplique :
« Il n’est pas d’usage non plus que le Dauphin tue un Français. »
Le 26 août 1749
Dans une lettre du maréchal de Saxe, il est parlé « des sages conseils de mademoiselle de Silvestre, et de la confiance dont Marie-Josèphe honor(e) cette jeune artiste distinguée sous tous les rapports. Trop en heureuse de posséder auprès d’elle une amie d’enfance, la Dauphine oubli(e) dans l’intimité l’humble position que l’étiquette assign(e) à sa jeune lectrice. »
En 1751, Jean-Marc Nattier réalisa ce portrait ovale de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe. Offert à la duchesse de Brancas, dame d’honneur de la Dauphine jusqu’en 1762, il représente exactement le même visage que celui peint par Nattier pour le grand portrait de la Dauphine en tenue de Cour.
Mais le costume est tout à fait différent : la jeune héritière du trône porte une « marmotte », un foulard noué sous le menton. C’était le style des Savoyardes , Parisiennes originaires de Savoie, et il était très en vogue entre 1740 et 1750. D’abord perçu comme un signe de pauvreté vertueuse, ce style prit peu à peu une connotation plus impertinente. À partir des années 1760, il devint ambigu : tantôt vertueuse montagnarde, tantôt citadine effrontée, la Savoyarde pouvait aussi bien être une mendiante ou une femme, surtout si elle était jolie, que l’on soupçonnait de vendre autre chose que ses chansons.
Le portrait de la Dauphine vêtue d’une marmotte est iconographiquement unique, aucun autre portrait de dame de la famille royale dans ce style ne nous soit parvenu. La Dauphine adopta donc cette mode, et ce portrait semble avoir été peint alors qu’elle était enceinte de son troisième fils. Le costume savoyard évoque ainsi une fertilité vertueuse, bien que ce style puisse paraître choquant. Offert à une dame d’honneur, ce petit portrait s’éloigne des représentations officielles et témoigne des liens étroits unissant la Dauphine aux dames de sa maison.
Dans le cabinet des poètes, un arrière cabinet qui jouxte le grand cabinet, Marie-Antoinette fera remonter des boiseries en vernis Martin datant des années 1750 et provenant de l’appartement de Sa belle-mère, Marie-Josèphe de saxe.
En 1728, les frères Martin de Paris mettent au point une imitation de laque à base de copal, le vernis Martin, conçu pour concurrencer les laques de Chine et du Japon. Ils travaillaient selon le même principe de couches superposées que la laque d’Extrême-Orient, ce vernis est néanmoins bien différent dans sa composition. L’inclusion de la couleur constitue en outre l’une des spécificités de la laque française. Désormais, aux fonds noirs et rouges, s’ajoutent des fonds bleu, vert, jaune, blanc ou or. Si les frères martin ne furent pas les seuls peintres vernisseurs de leur époque, ils incarnèrent l’excellence, au point que le « vernis Martin » devint synonyme de « laque française du XVIIIe siècle ».
Marie-Josèphe fait venir à la Cour de Versailles son frère préféré François-Xavier de Saxe (1730-1806). Espérant lui donner quelques chances d’être élu roi de Pologne après leur père, la Dauphine songe à lui faire épouser Madame Adélaïde (1732-1800), seconde fille de Louis XV (1710-1774). Le prince de Saxe, fils puîné du Roi de Pologne (l’aîné est infirme) n’est pas jugé digne d’une Fille de France et « Xavier » ne sera jamais Roi de Pologne mais profitera des largesses de sa sœur. Il se montrera cependant un régent compétent de 1763 à 1768 pour leur neveu Frédéric-Auguste III. Cependant Marie-Josèphe, par ses conseils permanents, finira par s’aliéner Xavier et le frère et la sœur seront brouillés pendant quelque temps ce dont la Dauphine souffrira beaucoup. La princesse Christine de Saxe, sœur cadette de Marie-Josèphe, sera nommée par le Roi abbesse du prestigieux chapitre des Dames Nobles de Remiremont.
Le rôle historique du Dauphin est d’avoir apporté une grande attention à l’éducation de ses fils notamment celle du duc de Bourgogne son fils aîné ainsi que celle du futur Louis XVI et de ses frères.
Il est particulièrement soucieux de leur éducation morale. Ainsi, ses fils notamment l’aîné, se montrant trop imbu de leur naissance, il leur fait montrer le registre de leur baptême, soulignant que l’acte les mentionnant est le même que ceux des enfants des classes moins favorisées, le dauphin enseigne à ses fils :
« Nous sommes tous égaux devant Dieu dans la naissance et dans la mort. Seuls nos actes nous diffèrent les uns des autres. Vous serez un jour plus grand que ces enfants dans l’estime du peuple; mais ils seront eux-mêmes plus grands devant Dieu s’ils sont plus vertueux. »
Le 26 août 1750
Naissance de Marie-Zéphirine, qu’on appellera la Petite Madame.
«Elle est fort petite et encore plus délicate, elle est fort laide, on dit qu’elle me ressemble comme deux gouttes d’eau, du reste fort volontaire et méchante comme un petit dragon.»
Marie-Josèphe au comte Wackerharth-Salmour
Excepté le Dauphin, personne ne cache sa déception à la jeune accouchée qui pleure, épuisée.
Il n’est d’abord question que de copier, en les agrandissant pour les places à remplir, les portraits déjà existants ; M. de Tournehem, vu l’importance de la destination, décide que ces copies doivent être de la main de Nattier lui-même. Voici un modèle de ces sortes d’ordres de service ; (Ordre. — M. le Dauphin a demandé pour dessus de porte de son cabinet les portraits de Mesdames d’après Nattier. M. Lécuyer enverra audit Nattier les châssis afin qu’il puisse faire les copies dans la forme que M. le Dauphin a demandée. — A Versailles, le 11 janvier 1750. — Lenormant. » Bientôt on s’avise qu’il serait plus intéressant d’avoir des compositions nouvelles; l’artiste est invité à fournir les dessins d’une série des quatre Éléments, avec l’espoir d’être payé en conséquence. La commande faite, il ne peut la livrer que l’année suivante, et présente le mémoire ci-dessous :
« Mémoire de quatre tableaux représentant quatre de Mesdames de France sous la figure des quatre Eléments, peints par ordre de M. de Tournehem, par le sieur Nattier, en l’année 1751. Ces portraits sont de grandeur naturelle avec les attributs convenables aux quatre Éléments. Ils sont placés dans le grand cabinet de M. le Dauphin à Versailles et ont chacun 3 pieds 3 pouces de haut sur 4 pieds 3 pouces de large. Lesdits quatre tableaux estimés à la somme de 4,800 livres. »
J.-M. Nattier, peintre de la cour de Louis XV , Pierre de Nolhac
En 1751
Marie-Josèphe est à nouveau enceinte.
Le 13 septembre 1751
Marie-Josèphe sent les contractions au milieu de la nuit, et calmement appelle le Roi et les témoins, selon l’étiquette. Le Dauphin ne trouve que deux porteurs de chaise et six gardes du corps, premiers témoins pour constater que l’enfant – appelé «duc de Bourgogne» – est bien «attaché» à sa mère, calme et sereine. Ces témoins sont indispensables pour éviter les substitutions.
« La cour, tout à la joie, continue d’encombrer la chambre de l’accouchée qui, en dépit du bruit des conversations et des exclamations, continue à dormir le plus paisiblement du monde. »
Naissance de Louis-Joseph-Xavier, duc de Bourgogne, à quatre heures du matin à Versailles.
Sur ce portrait officiel et plutôt solennel, Marie-Josèphe est représentée devant la fontaine de Latone, vêtue d’un manteau à fleurs de lys doublé d’hermine et d’une somptueuse robe de soie brodée de fruits et de lamé d’or, et tenant un éventail fermé dans ses mains.
Le Dauphin attire alors dans la chambre de son épouse plusieurs domestiques pour constater la naissance du bébé, toujours attaché à sa mère par le cordon ombilical. L’enfant est titré duc de Bourgogne et est promis à régner un jour. Les cloches des églises de Paris se mettent à sonner et le Roi Louis XV décrète trois jours de chômage et d’illuminations, le nouveau-né étant héritier de la couronne de France.
Enfant intelligent, il sera adulé par ses parents.
Le 23 octobre 1751
Le Dauphin entre au Cabinet des dépêches mais il n’est pas encore autorisé à donner son avis. On commence à remarquer qu’il a de l’esprit.
Le 29 novembre 1751
Mesdames, le Dauphin et son épouse soupent dans les délicieux petits appartements du Roi. C’est la première fois qu’il prend ce repas en ces lieux avec ses sept enfants réunis.
En France, la situation est grave. Sournoisement, la révolution se prépare. Le Dauphin fait distribuer de l’argent, mais on lui réclame du pain plutôt ! Ce que Marie-Josèphe ne craint pas de rapporter au Roi, qui ému par ses larmes, fait baisser le prix du pain. La Dauphine a un fort caractère, et lutte contre ses emportements de colère, qui ne durent jamais. Mais soutenue par la religion, elle se veut pleine de bonté pour tous. Elle est aussi souvent jalouse, et non sans raison : le Dauphin, malgré sa grande piété, est bien le fils de son père et convoite parfois même les cibles paternelles. Marie-Josèphe le sait.
« Elle se dit qu’il lui faut suivre le digne exemple de la reine, bien que cette résignation ne soit guère dans son caractère. Elle souffre dans son orgueil de femme, d’amoureuse, de princesse, et redoute surement que le fils ne devienne comme le royal père. »
Le 10 février 1752
Décès de Madame Henriette, sa douce sœur, à l’âge de vingt-quatre ans. Le Roi, dont Henriette était la fille préférée, est anéanti comme toute la famille royale. Le peuple maugrée que le décès de la jeune princesse est une punition divine.
La Dauphine confie à sa mère, la Reine de Pologne :
« Outre la douleur où j’étais plongée par la perte de Madame, j’étais encore obligée d’en cacher la moitié pour ne pas augmenter celle du roi et de Monsieur le Dauphin… C’est moi malheureuse, que le roi a chargé de tout, si bien que j’ai été obligée d’ordonner tout pour le transport de son corps, et pour le deuil… Vous connaissez la tendresse et la sensibilité de mon cœur. Vous pouvez juger en quel état il est réduit… Depuis la mort de ma sœur j’ai des rages de tête affreuse… »
Peu après la mort d’Henriette, le Dauphin est atteint de la petite vérole, maladie fréquente et qui peut mener à la mort. Marie-Josèphe soigne son mari avec dévotion, le veille jour et nuit, négligeant de s’habiller et mangeant très peu, ne refusant pas les baisers du malade dont le visage et les mains sont couvert de pustules, et qui cherche, par ce stratagème, à connaître la nature de son mal.
« Je ne suis plus Dauphine, je suis garde-malade »
Le docteur Pacerre, venu de Paris au chevet du Dauphin, et qui ne la connait pas, voit tous les jours dans la chambre cette jeune femme très simplement habillée, qui pourvoit à tous les besoins du malade. Pacerre recommande «qu’on suive exactement ce que cette petite femme ordonnera, car elle entend à merveille tout ce qu’il faut ». Mais lorsqu’il apprend qui elle est, le docteur s’exclame : «quand je vois nos petites dames de Paris faire leurs précieuses et craindre d’entrer dans la chambre de leurs maris quand ils sont malades, comme j’aimerais les envoyer à cette école» !
Louis-Ferdinand guérit, enfin.
Le 8 septembre 1753
Naissance de son fils Louis Xavier Marie Joseph de France, duc d’Aquitaine, à Versailles.
Le 22 février 1754
Louis Xavier Marie Joseph meurt d’une coqueluche.
Rapidement la dépouille de l’enfant quitte Versailles par l’escalier du Grand Commun sous le regard de Mesdames de Marsan et Butler, la gouvernante et la sous-gouvernante, ni l’une ni l’autre en grand habit car il n’était pas l’aîné. L’ouverture du corps se fait aux Tuileries.
Ayant conquis son mari, Marie-Josèphe souffre avec lui de la politique que le Roi, en butte aux protestations permanentes des parlements, doit mener, tout comme du gallicanisme dont ezt empreint le clergé de l’époque. D’une foi profonde, Marie-Josèphe, soutenue par son premier aumônier, Aymar de Nicolaï, est, comme Louis-Ferdinand, proche du parti des dévôts. L’abbé de Nicolaï est redouté du Roi pour sa franchise un peu rude et ce n’est qu’à l’affection que le souverain porte à sa belle-fille qu’il doit d’être nommé évêque de Verdun.
La gouvernante met le cœur dans une boîte de plomb puis la tête dans un autre cercueil. Le corps prend la direction de Saint-Denis accompagné par un détachement de toute la maison du Roi-Cavalerie. Le cœur est porté au Val-de-Grâce suivi de nombreux carrosses de la noblesse dans une Cour qui, normalement, ne prend pas «le deuil des maillots». La famille royale en deuil s’abstient de jeux et de soirées jusqu’à la fin du mois de février.
Le 23 août 1754
Naissance de Louis-Auguste, futur Louis XVI à six heures vingt-quatre du matin.
En 1754
La salle de la comédie occupe le passage entre la cour des Princes et les jardins. Pour aller de la cour Royale au parterre du Midi, les courtisans doivent passer obligatoirement par l’antichambre de l’appartement de la Dauphine, qui s’en plaint ouvertement car son antichambre est devenue le repaire des mendiants. Malheureusement, elle n’est pas entendue. Le rétablissement du passage entre la cour des Princes et le parterre du Midi n’est fait, qu’en 1770, à la demande de Louis XV.
Fin août 1755
La petite Madame se réveille un jour avec de violentes douleurs au ventre.
Le 13 août 1755
« Elle est grasse, blanche, belle et de la meilleure humeur du monde… Le plan de vie du dauphin et de la dauphine est si beau, leur union si tendre, que tous leurs bons serviteurs désireraient qu’il y eût sans cesse cent témoins…»
Mademoiselle Sylvestre
Le 21 août 1755
Le Dauphin tue accidentellement à la chasse le marquis Yves de Chambors, son écuyer. Il en est profondément bouleversé et jure de nue plus jamais se livrer à ce divertissement. Il préférera désormais s’adonner au jardinage et aux animaux de la ferme.
Le 31 août 1755
Malgré les soins du nouveau médecin des Enfants de France Lieutaud, la fièvre augmente considérablement.
Le Dauphin passe la soirée à ses côtés. Madame de Marsan qui l’avait veillée se trouve mal ; madame Butler la remplace donc.
Le 2 septembre 1755
Mort de Marie-Zéphyrine : à l’âge de cinq ans, elle est atteinte d’une péritonite aiguë qui lui cause des convulsions. La maladie devient de plus en plus dangereuse si bien que, sur ordre de la Reine Chabannes, aumônier du Roi, supplée aux cérémonies du baptême. Elle est baptisée à la hâte Marie-Zéphyrine, du nom du Saint de son jour de naissance, avant de mourir. Enfant joyeuse, vive et douée pour la danse, elle était la compagne de jeux de son petit frère Louis-Joseph-Xavier, qui se montre très affecté par son décès.
Le 17 novembre 1755
Naissance de Louis-Stanislas Xavier de France, comte de Provence, futur Louis XVIII.
Le 30 janvier 1756
Marie-Josèphe écrit à Madame de Chambors :
« J’ai ressenti, Madame, une affection bien sensible en apprenant que vous étiez heureusement accouchée ; ses intérêts me seront toujours bien chers et je n’aurai rien de plus à cœur que de vous témoigner, dans toutes les occasions de ma vie, la sincère estime que j’ai pour vous.»
Le 20 février 1756
Le Dauphin et la Dauphine, en personne font l’honneur à madame de Chambors d’être le parrain et la marraine de son enfant posthume. L’abbé de Raigecourt, aumônier du Roi pour le quartier d’octobre, fait la cérémonie du baptême en l’église Notre-Dame à Versailles. Le Dauphin et la Dauphine le nomme : Louis Joseph Jean Baptiste.
Le 29 août 1756
La guerre de Sept Ans éclate lorsque la Saxe, sa patrie natale, est envahie par la Prusse. La Dauphine écrit à un ami que
« le Bon Dieu fait pour le mieux ; Puissent ce malheur et la peine qu’il me cause servir d’expiation pour mes péchés, mais je vous prie de vous souvenir dans vos prières de ma famille et de ma patrie… »
Elle commence toutes ses lettres par une petit signe de croix en haut des pages. Comme la réponse de ce prélat ami lui parle du Ciel, elle répond
« Demandez Lui surtout qu’Il me fasse la grâce d’en bien profiter, car que me servira de vivre longtemps malheureuse (car désormais ma vie ne peut plus être heureuse) si je ne sais profiter de mes malheurs pour obtenir de la miséricorde de Dieu un bonheur qui ne finira jamais » !
Le 5 janvier 1757
À partir de l’attentat de Damiens (1715-1757) contre le Roi, au cours duquel Louis et ses compagnons maîtrisèrent le régicide, Louis-Ferdinand est invité à participer aux séances du Conseil du Roi, où il se fait remarquer par ses positions cléricales, conseillant la fermeté face au conservatisme des parlementaires.
Suite à l’attentat, le Roi appelle le Dauphin auprès de lui :
« Je ne me serais jamais consolé si cela vous était arrivé, j’en serais mort de douleur.»
A Paris, tout le monde est en pleurs, il n’est plus question de fêter joyeusement les rois. Des soupers sont décommandés.
Depuis le 5 janvier au soir, le Dauphin est traité en Roi et préside tous les conseils de ministres. Il y fait preuve d’une «intelligence», d’une dignité et d’une éloquence qu’on ne lui soupçonnait pas.
La jeune princesse, retenue à Versailles, est confrontée aux horreurs de la guerre.
En 1757
Son pays natal, la Saxe, est envahi et pillé par les armées du Roi Frédéric II de Prusse. La mère de la Dauphine, Marie-Josèphe d’Autriche, fille de l’empereur Joseph Ier, brisée par la douleur et les mauvais traitements de la soldatesque prussienne, en meurt.
Le 9 octobre 1757
Naissance de Charles-Philippe, comte d’Artois, futur Charles X.
Louis-Ferdinand est réputé pieux, il a pourtant, en bon Bourbon qu’il est, une aventure avec Marie-Anne Françoise de Vidal ( rencontrée à Versailles chez le peintre Frédou ). Cette femme est la fille d’André de Roinvilliers, mariée en 1748 ( à François d’Adonville , Chevalier , Seigneur du Grand Tourneville et à Praville en Parisis , Officier du Régiment de Rohan ).
Il résulte de cette aventure un fils :
Le 2 octobre 1758
Auguste Dadonville , né à Roinvilliers ( district d’Etampes ), ex-noble, ci-devant page du Roi ( en Vénerie ), chanoine de Lille en Flandre, abbé d’honneur à la cérémonie du canonicat de son oncle, l’abbé de Bourbon à Notre-Dame de Paris, soldat au régiment de Neustrie jusqu’en 1783, soldat au régiment des colonies jusqu’en 1790, Sergent-Major de la Garde Nationale , Commandant du bataillon de Roinvilliers. Exécuté à la Barrière du Trône le 7 Messidor de l’an II ( 25 juin 1794), à trente-six ans .
La Dauphine parle de visites dans ses cabinets qui lui déplaisent (lettre de 1757 au général de Fontenay) :
« Il y a longtemps que je suis informée de la mauvaise conduite de M. le Dauphin et des visites matinales qu’il reçoit ; cela est scandaleux, et j’en suis tout à fait inquiète. Je ne l’en recevrai cependant pas plus mal demain, car il faut dissimuler.»
Le 17 novembre 1757
La mère de la Dauphine, Marie-Josèphe d’Autriche (699-1757) meurt à Dresde, victime des mauvais traitements reçus des Prussiens, prisonnière dans son château. Marie-Josèphe prend les souffrances de la Saxe pour un châtiment divin lié à ses propres péchés et à son caractère trop enjoué, et ne cesse de prier pour son pays et de solliciter Louis XV.
On entend la Dauphine s’exclamer entre deux sanglots :
« Ah ! qu’elle est heureuse ! »
Après que la guerre qui porte la dévastation dans toute la Saxe a causé la ruine de sa famille, Marie de Silvestre use du crédit qu’elle a à la Cour et surtout auprès de la Dauphine, pour parer, autant que possible, aux suites de ce terrible événement. Elle parvient à faire entrer au couvent de Saint-Cyr six filles que sa sœur mourante a amenées de Dresde à Paris ; et elle peut soutenir encore le reste de sa nombreuse famille, grâce à son énergie, à son héroïque dévouement, et grâce aussi aux bienfaits du Roi et de la Dauphine. Voici ce que dit le général de Fontenay, envoyé de Saxe à Paris, dans une lettre adressée au comte de Brühl, en date du 24 août 1757 :
« Mademoiselle de Silvestre vient de perdre sa sœur qui était arrivée ici mourante. Cette dernière lui laisse six filles sur les bras. Elle était déjà chargée de l’entretien de son frère, de sa belle-sœur et de leurs enfants. La mère la plus tendre ne pourrait faire plus pour eux qu’elle ne fait. Elle se dépouille de tout pour fournir à leurs besoins, et s’y résigne de la meilleure grâce, sans leur faire sentir le prix de ses bienfaits. Il faut assurément qu’elle ait la tête bonne pour avoir soutenu toutes les peines d’esprit et de corps qu’elle a essuyées. Il est vrai que M.me la Dauphine lui a procuré un petit intérêt dans les fermes, mais qui n’est pas, à beaucoup près, aussi considérable qu’on l’a publié, et dont elle ne pourra jouir que dans un an. Cette respectable princesse vient de lui écrire la lettre la plus consolante, en lui promettant de ne pas l’oublier dans ses détresses.
De Fontenay. »
Dans tous ces courriers, Marie-Josèphe fait référence à Dieu. Les bonnes nouvelles de Saxe sont pour elle à attribuer à l’intercession de la Sainte Vierge et de Saint Joseph sous la protection desquels elle prie.
Bague en diamant et cheveux tressés, XVIIIe siècle
Appliqué avec un monogramme en diamant rose MD pour Monseigneur le Dauphin, Louis-Ferdinand de Bourbon (1729-1765) dans la collection de Marie-Josèphe de Saxe
Au sein de la famille royale, Pépa sait être celle qui écoute, elle ressent vivement les souffrances des autres, et veut être attentive à chacun. Louis XV l’aime beaucoup. La Saxe est toujours occupée par les Prussiens. La reine de Saxe, mère de Marie Josèphe, prisonnière dans son palais, communique avec sa fille qui admire son courage : « Ah ! Mon Dieu, quelle sainte ! Que ne puis je avoir la même résignation et la même conformité à la volonté du Seigneur ». Elle prie tous les jours pour son pays, en récitant la prière du roi Josaphat : « Ô mon Dieu ! ne ferez vous point justice de ces agresseurs ? Je reconnais que nous n’avons pas assez force pour résister à la multitude d’hommes qui fond sur nous, aussi, dans notre impuissance à connaître le parti que nous devons prendre, il ne nous reste autre chose que de tourner les yeux vers vous-même, Seigneur. »
En 1759
Son fils aîné, Louis-Joseph, est victime d’une mauvaise chute dont il tait la cause sans doute pour éviter au coupable d’être châtié (chute de cheval ou chahut avec un camarade dont on aurait rendu responsable son entourage), les chirurgiens l’opèrent pour extirper la tumeur qui s’est installée sur le fémur. Le manque d’asepsie de l’époque entraîne une tuberculose osseuse qui sera la cause du décès de l’enfant de neuf ans.
Diplomate et ne partageant pas l’animosité ouverte de la première Dauphine à l’égard de la marquise de Pompadour (à qui elle doit son mariage), elle contribue également à rapprocher le Roi de son fils. Louis XV adore sa belle-fille, en qui il a grande confiance. Réputée pour son intelligence, sa douceur et sa droiture, elle forme avec son mari un couple dont les débuts furent difficiles mais qui devient très harmonieux.
Le 23 septembre 1759
Naissance de Marie-Clotilde de France, qu’on appellera Madame Clotilde, ou plus trivialement Gros Madame, future Reine de Sardaigne. Marie-Josèphe accouche de façon si rapide que Louis-Ferdinand est le seul témoin avec la première femme de chambre et la sage-femme. Pour Pépa,
« jamais elle n’a eu de couches si heureuses » !
Le 29 novembre 1760
Louis-Joseph reçoit le sacrement de confirmation et il est confessé. «On lui administre les quatre sacrements de suite. On accuse les médecins de la Cour de l’avoir mal gouverné par contradiction et jalousie les uns des autres car on ne peut guère espérer qu’il en revienne.»
Marie-Josèphe, souffrante, ne peut y assister. Offrant ce sacrifice pour la guérison de son fils, elle déclare :
« puisqu’il plait à Dieu de me refuser la consolation de l’âme, il est juste qu’entrant dans ses vues, je me prive même de celle de son cœur ».
Pendant de longs mois, le duc de Bourgogne fait l’admiration de tous dans sa résignation contre la douleur.
« Regrettez-vous la vie ?
– oui, j’avoue que je la perds à regret, mais j’en ai fait depuis longtemps le sacrifice à Dieu. »
Marie-Josèphe a beaucoup maigri, et veille son fils. Elle confie à son frère :
« Le Bon Dieu me donne bien de la consolation par la piété d’ange de ce pauvre enfant. Il demande l’extrême onction, il dit qu’on peut la lui donner quand on voudra parce qu’il a fait le sacrifice de sa vie. Si ces sentiments me font plaisir, ils me couvrent en même temps de honte en voyant une piété si tendre dans un enfant qui n’a pas dix ans… Les larmes me suffoquent, je ne puis vous le dire davantage… »
Dans la nuit du 20 au 21 mars 1761
Le jour de Pâques, après avoir crié « Maman », le duc de Bourgogne meurt, en l’absence de son petit-frère, Louis-Auguste, alité lui aussi par une forte fièvre. Avant de décéder, le jeune prince a un moment de faiblesse – mais peut-on lui reprocher à son âge ? – et laisse échapper dans un cri «maman». La mort du duc de Bourgogne est vécue comme un drame pour le Dauphin et la Dauphine. Marie-Josèphe déclarera :
« rien ne peut arracher de mon cœur la douleur qui y est gravée à jamais ».
A la Cour, la trace d’un enfant décédé, s’efface vite, mais dans le cœur du Dauphin et de la Dauphine, la trace du duc de Bourgogne ne devait jamais s’effacer. Marie-Josèphe et son époux restent longtemps prostrés, ne pouvant y croire.
« Mon fils est dans le ciel, mon cher frère. J’espère qu’il priera pour moi et m’obtiendra la grâce d’y arriver aussi… »
C’est la vue de leurs autres enfants qui les rendent à la vie.
Images de La Guerre des Trônes (2022) de Vanessa Pontet et Eric Le Roux (Agathe Mourier est Marie-Josèphe de Saxe)
Leur fils aîné comblait Louis-Ferdinand et Marie-Josèphe de fierté. Ils n’ont pu s’empêcher de le préférer à leurs autres enfants. Sa mort est pour eux une épreuve que, seule, leur piété leur permet d’accepter.
Le 1er avril 1762
Marie-Josèphe et Louis-Ferdinand sont bouleversés par l’obligation des jésuites de fermer leurs quatre-vingt-quatre maisons et collèges et les établissements sont mis sous séquestre. Les vœux prononcés par les jésuites sont déclarés nuls : ils n’ont plus droit à aucune charge civile ou municipale, ils doivent prêter un serment spécial garantissant leur fidélité au Roi et leur répudiation de la doctrine de saint Ignace de Loyola. Le Parlement met le Roi devant le fait accompli. C’est une grave défaite de l’autorité royale.
Les jésuites sont contraints d’abandonner leurs habits et ont l’ordre de se disperser.
« Je ne vous en parle pas, cela me fait trop de mal.»
Marie-Josèphe à Xavier de Saxe
En 1761
Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) choque la Cour en refusant de peindre le portrait de la Dauphine, déclarant qu’il n’a pas pour habitude de peindre des «visages plâtrés». Le Dauphin s’exclame alors :
« Vous m’aviez donné ce peintre comme un homme particulier, mais vous ne m’aviez pas dit qu’il était fou ».
Le couple delphinal voit avec justesse dans les parlements non les défenseurs du peuple contre l’arbitraire royal mais une caste de privilégiés égoïstes et démagogues. Aussi, l’expulsion des jésuites est-elle un coup très rude..
« Il serait difficile dans les temps malheureux où nous vivons que notre âme pût jouir de quelques calme… L’avenir ne nous promet que de plus grands malheurs. Dieu veuille les détourner de dessus ce royaume…»
Marie-Josèphe au cardinal de Luynes
Des pamphlets accusent les jésuites de tous les crimes imaginables et de toutes les hérésies. Voltaire lui-même en est choqué et n’hésite pas à prendre leur défense. D’Alembert, défenseur de la tolérance écrit :
« Si l’on était forcé de choisir entre ces deux sectes ( les jésuites et les jansénistes), en leur supposant le même degré de pouvoir, la Société de Jésus qu’on vient d’expulser serait la moins tyrannique… Les jansénistes, sans égard comme sans lumières, veulent qu’on pense comme eux ; s’ils étaient les maîtres, ils exerceraient sur les ouvrages, les esprits, les discours, les mœurs, l’inquisition la plus violente.»
Jean Le Rond d’Alembert
Au Conseil du Roi, le Dauphin plaide la cause des jésuites sans succès.
En 1763
L’année 1763 commence mal : Louis-Ferdinand perd du poids à vue d’œil.
Le 20 juin 1763
Souper à Saint-Hubert.
Fin juin 1763
La Cour se rend à Compiègne que Marie-Josèphe n’apprécie pas.
« On peut voir à l’église la reine, le dauphin et son épouse, ainsi que Mesdames, assis dans les stalles, à la messe et aux prônes de la grand-messe, comme de bons seigneurs particuliers.»
Marie-Josèphe de Saxe
Le 5 octobre 1763
Décès du Roi Auguste III (1696-1763), son père.
Louis-Ferdinand revient alors à Versailles.
Le 28 octobre 1763
Le Dauphin repart pour Fontainebleau.
Le 15 avril 1764
Mort de la marquise de Pompadour, emportée par la tuberculose.
Son vieil ennemi, le Dauphin, écrit à Mgr Nicolay, évêque de Verdun :
« Elle meurt avec un courage rare à tout sexe. Son mal est la poitrine qui se remplit d’eau ou de pus et le cœur engorgé ou dilaté. C’est une de ces fins les plus douloureuses et les plus cruelles qu’on puisse imaginer. Que vous dirais-je de son âme? Elle désirait, dès Choisy, de s’en aller mourir à Paris… Le roi ne l’a pas vue depuis hier : elle a été administrée cette nuit. Le curé de la Magdeleine de La-Ville-l’Evesque ne la quitte pas. Voilà des sujets d’espérer de la miséricorde pour elle.»
Le 7 septembre 1764
En Pologne, c’est un Polonais qui est élu, avec le soutien de la Russie, Stanislas Antoine Poniatowski, Roi de Pologne sous le nom de Stanislas II Auguste (1732-1798).
Le 3 mai 1764
Naissance de Madame Élisabeth, future martyre de la révolution.
Fin juin 1764
La Cour s’installe à Compiègne.
Marie-Josèphe désapprouve le projet de mariage de sa sœur benjamine Cunégonde de Saxe (1740-1828) avec Louis-Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres (1725-1785) : fille de Roi ne saurait épouser un simple prince du sang.
Son père envisagera de la marier au futur Joseph II du Saint-Empire (1741-1790), la première épouse de Joseph, Isabelle de Bourbon-Parme, étant décédée sans avoir laissé d’héritier ; de plus, l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) presse son fils de se remarier pour avoir un héritier. Joseph envisage d’abord d’épouser la sœur d’Isabelle, Marie-Louise de Bourbon-Parme, mais celle-ci est déjà fiancée au futur Roi Charles IV d’Espagne. Il demande à Charles III d’Espagne, le père de Charles IV, de rompre les fiançailles, mais cela lui est refusé. L’Impératrice et son chancelier envisagent alors de marier Joseph à une princesse de Bavière ou de Saxe. En 1764, Joseph quitte Vienne à la rencontre de prétendantes.
La Cour de Saxe à Dresde souhaite que Joseph épouse Cunégonde, pour pallier les difficultés financières de la Saxe. Un dîner est «secrètement» arrangé entre eux à Teplice en Bohême. Cependant Cunégonde ne parvient pas à prononcer un mot pendant le repas, et Joseph la trouve trop timide pour devenir son épouse. Il épouse finalement la cousine de Cunégonde, Josépha de Bavière, qu’il ne trouve pas belle, mais plus sûre d’elle. Le mariage de Josépha est des plus malheureux, ce qui est épargné à Cunégonde ; cependant, les rumeurs de son rendez-vous « secret » manqué se répandent dans les cours d’Europe, lui ôtant pratiquement toute chance de faire un bon mariage.
La Cour de Dresde demande alors à celle de Vienne de nommer Cunégonde princesse-abbesse d’un prestigieux couvent de dames nobles, en compensation de ses projets de mariage avortés. Cependant, les deux cours ont du mal à s’entendre sur l’abbaye qui conviendrait. Vienne propose d’abord de nommer Cunégonde coadjutrice et héritière désignée de l’abbaye de Hradčany, fondée par l’impératrice Marie-Thérèse au château de Prague. Mais Dresde s’y oppose, considérant que l’abbaye, qui appartient aux pays de la Couronne de Bohême, est en dessous de la condition d’une princesse de Saxe. Dresde demande pour elle une abbaye jouissant de l’immédiateté impériale, donnant ainsi à Cunégonde le titre de princesse impériale et un rang égal aux princes régnants. En 1766, ils demandent pour elle les abbayes de Bilzen, Essen et Thorn.
Été 1765
Jusqu’au printemps 1765, la santé du Dauphin ne donne pas de signe d’inquiétude.
En juillet 1765
La Cour se rend à Compiègne pour assister aux manœuvres militaires annuelles. Le prince chevauche avec prestance à la tête du régiment Dragons-Dauphin dont il est colonel.
Louis-Ferdinand a beaucoup minci et cela lui va bien. Tous attribuent cette minceur à sa stricte observance du carême : un coeur de laitue nature et quatre ou cinq verres d’eau. Et maintenant il se surmène. Levé à l’aube, tous les jours, pour aller ranger ses troupes en ordre de bataille.
« Il n’a manqué à Monsieur le Dauphin que l’occasion pour se montrer un des plus grands héros de sa race.»
Le duc de Broglie
Marie-Josèphe, accompagnée de Mesdames de France, vient voir l’armée en bataille pour la petite guerre. Toutes cinq pénètrent dans la tente du duc de Coigny où se trouve le Dauphin. Il les accueille avec joie, prend sa femme par le bras et lui présente ses officiers en les nommant tous par leur nom. Puis il sort de la tente avec Pépa, toujours à son bras, et lance aux troupes rassemblées :
« Approchez-vous, mes enfants. Voilà ma femme !»
Un tonnerre d’acclamations salue le couple si visiblement uni.
Ce tableau a été peint vers la fin de sa vie. Comme on peut le constater, il a énormément minci à cause de sa maladie.
Bientôt la princesse est à nouveau confrontée à la maladie de son mari. Mais elle ne s’en inquiète pas tout de suite. Elle se réjouit même de son amaigrissement et le 24 juillet 1765, elle écrit à son frère Xavier qu’elle n’a jamais vu son mari «si fort en beauté».
Au mois d’août 1765
Le Dauphin s’enrhume après s’être échauffé au cours d’un de ces exercices guerriers alors qu’il rejoint le Conseil sans avoir pris le temps d’ôter ses habits mouillés. Pris de fièvre, il doit s’aliter. Guéri quelques jours plus tard, il ne cesse cependant de tousser.
Dans la nuit du 8 au 9 août 1765
Louis-Ferdinand a un accès de fièvre. Pépa est de nouveau aux petits soins pour son époux.
Le 15 août 1765
Elle écrit à son frère Xavier :
« Vous me pardonnerez si je ne vous écris qu’un mot, mais je suis garde-malade. Monsieur le Dauphin a un peu de fièvre depuis trois jours, d’une transpiration arrêtée. Il est infiniment mieux aujourd’hui, mais comme je ne sors pas d’auprès de lui, je n’ai que le temps de vous embrasser de tout mon cœur.»
Le 18 août 1765
Sauf une petite toux qui le secoue parfois, le Dauphin se porte mieux et supporte le voyage de retour à Versailles sans fatigue.
En septembre 1765
De retour à Versailles, le Dauphin est en proie à une crise de dysenterie et toujours sujet à une forte toux. Louis XV lui envoie son premier médecin, le docteur Sénac, mais ce dernier est éconduit par le prince. Pendant des manœuvres militaires, le Dauphin prend froid et contracte la tuberculose. Louis-Ferdinand tousse sans arrêt, crache du sang, respire avec une difficulté croissante. Il semble condamné à court terme. Marie-Josèphe soigne et veille elle-même son mari jusqu’à la fin.
Le 3 octobre 1765
« En vérité, pauvre créature, on dirait un fantôme ; il n’est pas possible qu’il dure encore trois mois.»
Horace Walpole
Le 4 octobre 1765
Louis-Ferdinand s’affaiblit mais il tient à suivre la Cour pour le séjour à Fontainebleau.
Le 10 octobre 1765
Louis-Ferdinand est suffisamment bien pour que sa femme se rende à une chasse où le cerf passe si près d’elle qu’elle pourrait le caresser., «mais n’en a pas eu la moindre tentation car, quoiqu ‘ (elle) ne soi(t) pas poltronne, le danger était si gros qi’ (elle) a eu une frayeur horrible.»
Le 18 octobre 1765
Louis-Ferdinand communie en viatique pour la première fois. Il demande qu’on élève un autel dans sa chambre.
« La messe est de tous les actes de la religion le plus sacré, le plus agréable à Dieu. C’est en communiant souvent qu’on apprendra à communier plus dignement.»
Le 19 octobre 1765
Le duc de Berry est prévenu du danger de mort où se trouve son père : on amène au Dauphin ses trois fils à qui on vient d’annoncer la mort imminente de leur père. En voyant la pâleur du duc de Berry et les larmes qu’il ne peut retenir, le Dauphin se met en devoir de le consoler avec une cruauté qu’on espère inconsciente:
« Dans la conversation, Louis-Ferdinand dit au duc de Berry:
Marie-Josèphe de Saxe
–He bien, mon fils, vous pensiez donc que je n’étais qu’enrhumé?
Puis en riant et en plaisantant:-Sans doute, ajouta-t-il, que quand vous aurez appris mon état, vous aurez dit : tant mieux, il ne m’empêchera plus d’aller à la chasse.»
Le 13 novembre 1765
Le Dauphin est au plus mal et demande à recevoir les derniers sacrements.
« Au milieu de ses souffrances, il conserv(e) toute sa gaieté naturelle, ou pour mieux dire, il l’a reprise depuis qu’il a reçu les sacrements. Dans les commencements de sa maladie, il li(t) des livres de différentes sciences ; quand il s’aperç(oit) que ses lectures le fatigu(ent), il en cherche d’autres qui puissent l’amuser sans le fatiguer.»
Marie-Josèphe de Saxe
Il ne sera délivré de ses souffrances que plus d’un mois après.
« Un autre jour, pendant la conversation, le propos tomba sur la rapidité avec laquelle le temps passe ; le duc de Berry dit que le temps de la journée qui lui passait le plus promptement était celui de l’étude. Monsieur le Dauphin, transporté de joie, lui dit:
-Ah que vous me faites de plaisir ! Car puisque le temps de l’étude vous passe vite, cela me prouve que vous vous y appliquez.
Je le fis approcher de son lit ; il l’embrassa tendrement… Le duc de Berry lui avoua pourtant que quand l’étude n’allait pas si bien, le temps lui passait plus lentement. Monsieur le Dauphin prit là l’occasion de peindre l’avantage et le bonheur d’un homme qui sait faire un bon usage de son temps et au contraire le malheur de ceux qui aiment l’oisiveté ou qui ne savent pas s’occuper eux-mêmes. Après que les enfants furent sortis, il me répéta encore le plaisir qu’il ressentait de ce que le duc de Berry lui avait dit.»
Marie-Josèphe de Saxe
Le 12 novembre 1765
Le Dauphin va être administré : Marie-Josèphe éclate en sanglot.
Le 13 novembre 1765
L’abbé Collet entend le Dauphin en confession le matin.
Le 2 décembre 1765
Louis-Ferdinand se plaint d’hémorroïdes. Le mal augmente rapidement. Il se forme une tumeur qui grossit et le fait beaucoup souffrir, sans qu’il veuille en convenir. Pourtant, il ne peut rester totalement allongé sur le dos, ni sur le côté gauche, et , au bout d’un moment qu’il est tourné du côté droit, il en est fatigué. En dormant, il lui arrive de gémir et même de pousser des cris.
Le 13 décembre 1765
Louis-Ferdinand consent à ce que son abcès soit ouvert. L’incision d’un coup de lancette a lieu le soir ; le seul soulagement de l’opération : il peut à nouveau se tenir assis dans son lit.
Le 14 décembre 1765
Il demande à Pépa de lui lire des canons du bréviaire. Les paroles sacramentelles qui vont de la Préface au Pater. Souvent elle lui arrange ses oreillers.
Le 15 décembre 1765
Il étouffe, a du mal à respirer. Louis-Ferdinand se fait souvent prendre le pouls, c’est la coutume, et tous les médecins le tâtent à tour de rôle.
Depuis le 13 décembre 1765
Les douleurs sont atroces. Le Roi et la famille royale ne le quittent pas et les courtisans en sont attendris. Le Roi est écroulé dans un fauteuil, «pénétré de douleur».
Le Roi passe rarement une heure sans venir voir son fils.
Devant Sainte-Geneviève, à Paris, des carrosses arrivent dès cinq heures du matin. L’église est pleine d’une foule en prière.
Louis-Ferdinand a fait le sacrifice de sa vie. Il ne regrette rien, sauf sa bien-aimée Marie-Josèphe, et surtout pas la royauté promise.
«Si j’ai le malheur d’être roi...» disait-il fréquemment.
« Ah ! Si vous saviez, Monsieur le Cardinal, combien ce sacrifice me coûte peu !»
Louis XV à Mgr de Luynes
Le 19 décembre 1765
En raison de l’Etiquette, la chambre du Dauphin n’est plus autorisée à Marie-Josèphe. L’agonie de Louis-Ferdinand dure encore vingt-quatre heures. Il cesse enfin de souffrir…
Agonie de Louis-Ferdinand dans Louis XV, le Soleil Noir (2009) de Thierry Binisti
Le 20 décembre 1765
Vers huit heures du matin, mort de Louis-Ferdinand à Fontainebleau.
Le Dauphin étant mort prématurément, Marie-Josèphe ne devient pas Reine.
Selon les dernières volontés du prince, sa dépouille fut inhumée à la cathédrale de Sens, tandis que son cœur était porté à Saint-Denis. Sa femme, qui l’a veillé pendant sa maladie, contracte son mal et le suivra deux ans plus tard dans la tombe.
« C’est, je crois, la plus grande perte que la France ait faite depuis Henri IV»
Horace Walpole
«Maintenant un tombeau que couvre un peu d’argile
De l’espoir des Français est le dernier asile,
Et la mort elle-même en voyant tant de gloire
Pour la première fois a pleuré sa victoire.»
Le 1er mars 1766
Service solennel célébré à Notre-Dame de Paris pour le repos de l’âme de Louis-Ferdinand, avec messe de Requiem «chantée en musique à grande symphonie» et oraison funèbre.
Marie-Josèphe ne se remettra jamais de la mort du Dauphin qu’elle a soigné elle-même jusqu’à la fin.
Elle est totalement déprimée et ne vit plus que dans le noir après la mort de son mari. L’ambiance dans ses appartements est lugubre. Tout est tendu de noir, volets fermés. Elle abandonne ses enfants. Cependant, Elle n’abandonne pas totalement le nouveau Dauphin, futur Louis XVI, bien que dépressive car elle décide de s’occuper personnellement de son éducation politique et religieuse, se voyant devenir une nouvelle Blanche de Castille. Elle rédige donc à cette époque tout un plan d’éducation, sous la forme de questions et réponses. Elle ne l’épaule certainement pas de la meilleure façon et ce ne doit pas être drôle pour un enfant de onze-douze ans de se retrouver en face d’une mère dépressive, dans l’obscurité, lui qui est plutôt habitué à des études aux méthodes plus modernes.
« Je n’ai gardé mes cheveux que parce que mon mari aimait ça ; je n’ai plus besoin de ce plaisir.»
« Que mon âme soit libérée du péché car mon visage sera libéré de la beauté désormais.»
En janvier 1766
Louis XV loge sa belle-fille, Marie-Josèphe de Saxe, veuve, dans un appartement au-dessus de ses cabinets à l’attique du corps central, qui prend jour tant sur la cour de marbre que sur la cour des Cerfs, à proximité immédiate des petits appartements du Roi, là même où il logera quelques années plus tard sa dernière maîtresse, Jeanne du Barry. Dans ce nouvel appartement, Marie-Josèphe de Saxe fait accrocher plusieurs portraits du feu Dauphin son époux, dont celui qui le représente en colonel-général des Dragons-Dauphin, qu’elle affectionne particulièrement. Il avait été réalisé, en 1765, par le peintre Alexandre Roslin.
Chaque matin, Louis XV vient s’entretenir avec sa belle-fille en prenant le café. Pour l’occasion, elle ouvre les stores des fenêtres, qui, sinon, restent toujours fermés pour le reste de la journée.
Le grand cabinet de la Dauphine
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Versailles – passion )
Le grand cabinet de Marie-Josèphe de Saxe occupe la partie orientale de l’ancienne galerie des chasses exotiques de Louis XV. L’ensemble des élévations est habillé par des lambris composés de travées courantes alternant avec des parcloses sculptées de largeur variable, le motif sculpté des parcloses les plus étroites étant condensé.
La belle cheminée en marbre griotte à décor de palmiers est d’un modèle exotique tout à fait original. Elle subsiste de la galerie des chasses et atteste, elle aussi, du raffinement du décor de 1735.
Le grand cabinet débouche sur la chambre-à-coucher. Cette pièce donne directement sur la Cour de marbre.
La dernière chambre-à-coucher de Marie-Josèphe de Saxe
( texte et photographies de Christophe Duarte ; Versailles-passion )
Cette chambre-à-coucher est créée en 1738. De cette date, il reste le décor des voussures des fenêtres : elle servait alors de salle-à-manger d’hiver à Louis XV, qui en avait une autre pour l’été à l’étage supérieur. A partir de 1751, elle sert d’antichambre à la salle-à-manger voisine, avant de devenir, en 1763, la chambre-des-Bains du Roi. La Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, en fait sa chambre et elle y mourra le 13 mars 1767.
A l’arrière,les bains sont entièrement frefaits, tandis qu’un oratoire est aménagé, s’éclairant sur la cour des Cerfs, légèrement surélevé et accessible par un repos de l’escalier des cuisines.
Marie-Maximilienne de Silvestre jouit, non-seulement auprès de la Dauphine, mais encore auprès des princesses de la famille royale de France, d’une affection et d’une influence que sa bonté, ses vertus et la solidité de son esprit lui méritent. Conseillère intime et préférée de la Dauphine dont elle a toute la confiance, elle est souvent chargée par elle de plusieurs missions délicates et confidentielles. Elle entre, soit au nom de la Dauphine, soit en son propre nom, en correspondance avec les principaux personnages de la Cour de Saxe ; il se trouve, aux archives de Dresde, des lettres concernant la Dauphine, adressées par elle au comte de Brühl, premier ministre du Roi de Pologne, et au comte de Vackerbarth, ministre du cabinet du Roi, avec les réponses de ces divers personnages. Marie de Silvestre sert, le plus ordinairement, d’intermédiaire entre la Dauphine et sa royale famille. Un certain nombre de lettres intéressantes sous plusieurs rapports témoignent de la confiance et de l’affection qu’on porte à Marie, tant à la Cour de Saxe qu’à celle de France.
Marie-Maximilienne de Silvestre n’use jamais de l’influence que lui donne sa position que pour concilier et pour faire le bien.
Monsieur Le Roi, dans sa très-intéressante Histoire de Versailles, en parlant de mademoiselle de Silvestre, lectrice de la Dauphine, cite ce passage des mémoires de Goldoni :
« Mademoiselle de Silvestre qui savait « bien l’italien, et qui était foncièrement bonne, serviable, obligeante, eut la bonté de s’intéresser à moi. Je lui avais parlé de mon attachement pour Paris et du regret avec lequel je me voyais forcé de l’abandonner ; elle se chargea de parler de moi à la cour où je n’étais pas inconnu, et huit jours après elle me fit partir pour Versailles. Je m’y rends immédiatement ; je descends aux Petites Écuries du Roi, où mademoiselle de Silvestre vivait en société avec ses parents, tous employés au service de la famille royale. »
Et monsieur Le Roi ajoute :
« Goldoni installé à Versailles, mademoiselle de Silvestre s’empressa de à parler de lui à la Dauphine. Cette princesse, qui avait souvent vu représenter à Dresde les pièces de Goldoni, s’y intéressa, et n’ayant pas de place à lui donner dans sa maison, parvint à l’attacher au service de Mesdames, filles du roi, en qualité de « lecteur et de maître de langue italienne. Placé ainsi à la cour, Goldoni se fixa définitivement en France, où il mourut le 8 janvier 1793, âgé de quatre-vingt-six ans.
La bibliothèque de Versailles possède un portrait de Goldoni dessiné par mademoiselle de Silvestre et donné par Mme André, sa petite-nièce. »
Marie-Maximilienne de Silvestre, qui, depuis l’enfance de la Dauphine, n’a pas cessé de suivre Marie-Josèphe de Saxe et de la servir avec tout le zèle et tout l’attachement d’un cœur dévoué, ne la quitte que quand ses forces la trahissent, quand l’âge et les infirmités l’obligent enfin à demander sa retraite ; et la princesse, sa maîtresse et sa bienfaitrice, lui accorde, à ce moment, d’être remplacée par une de ses nièces dans l’emploi de sa charge.
Marie-Maximilienne de Silvestre mourra en 1798, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, au 47 rue des Bourdonnais, à Versailles.
Son portrait a été fait un assez grand nombre de fois ; particulièrement un qui a été peint à l’huile par Largillière, qui la représente jeune, jusqu’aux genoux, et qui est un chef-d’œuvre ; malheureusement il est passé en Angleterre. Un autre, très-belle miniature, également jusqu’aux genoux, et richement étoffé, n’est pas sorti de la famille, et appartient, aujourd’hui, à monsieur Ravaisson, membre de l’Institut, qui a épousé une petite-nièce de Marie-Maximilienne de Silvestre.
Le 5 février 1766
Stanislas Leszczyński, son grand-père par alliance, trébuche, lorsque sa robe de chambre que lui a offerte sa fille, la Reine Marie, prend feu accidentellement, au moment où il veut raviver la braise et il tombe dans la cheminée de sa chambre du château de Lunéville. Grièvement brûlé, le duc de Lorraine de quatre-vingt-sept ans va souffrir une douloureuse agonie de dix-huit jours.
Le 23 février 1766
Décès de Stanislas Leszczyński.
Le 8 avril 1766
Mariage de son frère Albert de Saxe-Teschen (1738-1822), avec l’Archiduchesse Marie-Christine d’Autriche (1742-1798), soeur de Marie-Antoinette, au château de Hof.
Le 25 avril 1766
«Madame la Dauphine a été attaquée ces jours derniers par une toux opiniâtre à la suite de laquelle est survenu un crachement de sang. Cette princesse a été saignée deux fois...»
lit-on dans la Gazette de France.
La santé de Marie-Josèphe s’aggrave : elle souffre d’une toux persistante, sèche, brutale et étouffante ; respiration sifflante et elle crache du sang. Elle rejoindra son mari dans la tombe seulement deux ans plus tard, consumée par le même mal. La maigreur de Marie-Josèphe, dont la santé dépérit de jour en jour, est telle que pour parler sa bouche se contracte en une grimace. Le docteur Tronchin ne sait plus qu’inventer. Son frère Xavier lui fait parvenir du vin de Hongrie et de la farine de gruau qui, paraît-il, engraisse. C’était une envie, un souvenir de son enfance.
Le 4 mars 1767
Marie-Josèphe reçoit les cendres ; elle communie et commence une neuvaine à saint François-Xavier, protecteur de la Maison de Saxe.
Le 8 mars 1767
Marie-Josèphe de Saxe reçoit les derniers sacrements.
Le 9 mars 1767
Marie-Josèphe fait appeler ses trois fils.
« Elle leur donna sa bénédictions en versant des larmes. Son confesseur (l’abbé Soldini) s’acquittant en son nom de devoir que son attendrissement ne lui permettait pas de remplir, leur dit :
_Monseigneur, Madame la Dauphine m’ordonne de vous dire qu’elle vous donne sa bénédiction de tout son cœur et qu’elle prie le Seigneur de vous combler de toutes les siennes. Elle vous recommande de marcher devant Dieu dans la droiture de votre cœur, d’honorer le Roi et la Reine, de les consoler en retraçant à leurs yeux les vertus de votre auguste père ; de ne vous écarter jamais des sages avis que vous donnent les personnes qui sont chargées de votre éducation, et de vous souvenir de Dieu pour elle.»L’abbé Soldini
Les trois enfants sortent en larmes d’auprès de leur mère.
Le 10 mars 1767
Atteinte de tuberculose, comme son défunt mari, Marie-Josèphe de Saxe veut voir à son chevet ses filles pour la dernière fois. Peut-être leur mère leur dit-elle qu’elle ne pourra plus les voir, car Clotilde qui approche de ses huit ans, perçoit intuitivement le drame et remplit la chambre de ses cris. On doit l’arracher à sa mère pou ne pas augmenter au déchirement des adieux.
Le 11 mars 1767
Marie-Josèphe de Saxe revoit ses fils pour la dernière fois. Elle confie ses enfants à Madame Adélaïde, qui est la marraine du Dauphin :
«Voilà mes orphelins, soyez, pour eux le père et la mère…»
Les soins pénibles et assidus qu’elle avait donnés à feu Mgr le Dauphin, pendant sa dernière maladie, et les larmes qu’elle n’avait arrêté de propager depuis la mort de ce prince, sont des preuves bien touchantes de la tendresse d’autant plus forte que la vertu la plus pure en resserre les liens. Son amour pour les princes et les princesses, ses enfants ; l’attention qu’elle donne jusqu’au dernier moment de sa vie, à toutes les parties de leur éducation, et surtout son application aux fortifier dans les principes de la religion, et à leur inspirateur le plus grand respect et la soumission la plus entière ; sa constante amitié avec ses belles-sœurs.
Le 13 mars 1767
Marie-Josèphe de Saxe se lève pour prendre son dîner et y montre bon appétit.
Vers quatre heures du soir
Louis XV vient la voir, et ils s’entretiennent. Il sort en hâte de la chambre, et prévient le service que Madame la Dauphine et en train de s’en aller.
Le 13 mars 1767
Vers huit heures du soir
Madame la Dauphine succombe, malgré les secours de la médecine, à la maladie dont elle était attaquée depuis près d’un an, la tuberculose, contractée lors de la veille du Dauphin. Elle meurt, avec toute la résignation qu’inspirent la religion et la vertu. Elle est âgée de trente-cinq ans et laisse orphelins ses enfants, dont le petit et timide duc de Berry, futur Louis XVI.
Aussitôt après la mort de la Dauphine
Mgr de Nicolaï, évêque de Verdun, remet au Roi, un paquet que Marie-Josèphe lui a confié, et qui contient un testament par lequel elle renouvelle mon désir d’être enterré dans le même caveau que son défunt époux, le Dauphin Louis-Ferdinand, à Sens. Elle veut que son anneau nuptial soit déposé dans la cathédrale de Chartres, et elle recommande, au Roi, Mgr de Nicolaï, évêque de Verdun, son premier aumônier en survivance, M. Pautier de la Bréville, son médecin, et M. d’Artez, valet de chambre de feu Mgr le Dauphin. Par un codicille, elle donne un tableau de Corrège, représentant la nuit, à Mgr de Nicolaï, évêque de Verdun ; un portrait de feu Mgr le Dauphin, en habit de dragon, au duc de La Vauguyon, et une belle tabatière à chacune de ses dames. Elle marque aussi ses intentions au sujet de toute sa Maison.
A Madame Adélaïde, Marie-Josèphe lègue une boîte bleue émaillée ornée du portrait du Dauphin, une boîte de ses cheveux également avec son effigie, et la cassette où est contenu le «trésor», c’est-à-dire tous les papiers de Louis-Ferdinand.
L’autopsie du corps ne révèle aucune trace de poison, comme on l’a un moment redouté, en voyant la Dauphine tomber en syncope, après avoir pris sa tasse de chocolat matinale, et subir une « perte effroyable ».
Le 21 mars 1767
Les restes de Marie-Josèphe de Saxe sont transportés à Fontainebleau, où ils sont exposés dans la chapelle du château.
Le 22 mars 1767
Le convoi funèbre prend le chemin de Sens.
En dépit du désir exprimé par la Dauphine d’avoir des obsèques aussi simples que celles de Louis-Ferdinand, Louis XV ordonne qu’elles aient un caractère grandiose.
Marie-Josèphe est inhumée avec son mari dans la cathédrale Saint-Étienne de Sens, dans l’Yonne.
Détails d’une allégorie pour le deuil de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France ; 1767
[crédit : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie ]
Le 5 juin 1794
« Une députation de la commune de Sens annonce que les corps des père et mère de Capet ont été exhumés du temple où ils étaient déposés et rappelés, après leur mort, à une égalité qu’ils n’avaient pas pu connaître pendant leur vie ; la députation a présenté les plaques qui étaient sur les cercueil qui, converties en balles, serviront à détruire nos ennemis.»
Moniteur du septidi 17 prairial an II
Les pauvres restes ne sont heureusement pas dispersés. La commune de Sens les fait enfouir au cimetière.
En 1814
Sous Louis XVIII, leurs corps sont ramenés à la cathédrale de Sens, où l’abbé de La Tour, vicaire général du diocèyse de Troyes, prononce l’éloge du prince et de la princesse en présence de Monsieur, comte d’Artois, leur dernier fils.
Le 20 décembre 1814
Le futur Charles X vient assister au service anniversaire de la mort du Dauphin , son père.
« Monsieur l’évêque, puisqu’il y a tout lieu de croire, comme vous l’avez dit, que mes parents n’ont plus besoin de prières et qu’ils jouissent maintenant de la récompense qui était due à leurs grandes vertus, il est également doux de penser que c’est à leur protection et à leur intercession dans le ciel que nous devons tous les miracles dont nous avons été témoins, rétablissement de la monarchie, retour de l’ordre et de la paix, et la cessation de tous les maux qui affligeaient la France. N’oublions jamais que nous ne parviendrons au bonheur que nous désirons que quand nous nous montrerons bons Français et bons chrétiens.»
Charles d’Artois
Sources :
- Antoinetthologie
- Christophe Duarte, Versailles- passion, groupe Facebook
- L’Education du Roi _ Louis XVI (1995), de Pierrette Girault de Coursac , chez François-Xavier de Guibert.
- La Vertu et le Secret : le Dauphin, fils de Louis XV, de Bernard Hours, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque d’histoire moderne et contemporaine » (no 22), 2006, 408 p.
- Monique de Huertas, Marie-Josèphe de Saxe, Pygmalion, Paris, 1995