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Marie-Antoinette… muse de la Mode ou fashion victim?

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On associe facilement Marie-Antoinette à la fascination de la Mode tant Mademoiselle Bertin, Sa “marchande de modes” a su s’imposer dans l’Histoire à Ses côtés…  Ainsi allons-nous voir qu’au début du règne la Reine est sans doute victime de Sa liberté mais qu’en suite Elle s’en libère, justement, et guide davantage la mode qu’Elle ne la suit…

Lorsque Antonia devient Marie-Antoinette, le 7 mai 1770, Elle revêt une tenue à la française qui tient tout-à-fait des robes que portait Madame de Pompadour sur les si beaux portraits de Boucher .

Portrait de Madame de Pompadour — WikipédiaLa marquise de Pompadour (1759) par François Boucher
                                                                                               Glenn Close est la sublime marquise de Merteuil des Liaisons Dangereuses (1989) de Stephen Frears

Cette tenue de cérémonie est la robe à la française qui est née sous la Régence (1715-1723) :                                                                                 sur un panier articulé          repose la jupe, pouvant atteindre jusque quatre ou cinq mètres à la base de sa circonférence,  au-dessus de laquelle est porté le manteau de robe à plis Watteau dans le dos

                                              Plis Watteau

fashionsfromhistory:
“ Robe a la Francaise
Italian
c.1775
Museum of Fine Arts, Boston
”

…une  pièce de toile fendue était cousue aux deux premiers plis formant un faux dos de corsage.

Les œillets de cette pièce permettaient de lacer et de tendre les côtés de corsage sur le corps à baleine ( ce qu’on nomme communément le corset) après avoir boutonné ou lacé les compères, de petits devants de corsage qui forment une sorte de faux gilet cousu dans l’échancrure de la robe, sous les devants.

Ainsi que nous le montre l’habillage de la Marquise de Merteuil que joue superbement Glenn Close dans Les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, 1989:

Ces compères sont ornées échelles de rubans ou échelles de nœuds. Les manches ont la forme d’un cornet double : court à la saignée où il est froncé et long sous le coude se terminent par des manchettes à trois rangs …

Pour les jambes et les pieds, le bas blanc triomphe avec ses coins brodés et son soulier blanc à boucles portant deux longues oreilles avec émaux et pierres vraies ou fausses :
ce soulier se hausse sur les plus incommodes talons du monde, dont la mode est maintenue par la corporation nouvelle des talonniers, à qui elle assure le gagne-pain.

Ensemble bas/chaussures/boucles

Tenue jusqu’alors basse, la coiffure remonte à partir de 1750, les cheveux se relevant sur le sommet de la tête en cimier agrémenté de nombreuses boucles et deux grandes anglaises tombant sur les épaules , avec une crête de ruban dite huppe , et, bien entendu, la poudre.


Et cette coiffure prend de telles proportions qu’il faut en revenir à mettre des perruques qui s’appellent des chignons .

Jeanne-Antoinette de Pompadour
Marie-Antoinette Dauphine par Philipp Jacob Nicodemo, 1770

Voilà donc comme apparaît la jeune Dauphine :

Portraits de Marie-Antoinette, Dauphine - Page 2 Ma_dau10Portrait de la petite Antonia (1770) par Hauzinger  

… silhouette à laquelle Milena Canonero, costumière de Sofia Coppola, est fidèle dans le film de 2006 :

Léonard Autié – Marie-Antoinette Antoinetthologie

ÉPOQUE LOUIS XVI… ou plutôt MARIE-ANTOINETTE     (1774-1789)

La disparition du Roi Louis XV, qui n’était plus le Bien-Aimé depuis longtemps, est marquée _résultat de sa vie dissolue, de ses fautes nombreuses, et des maladresses de ses ministres par une explosion de joie. Et ce mouvement populaire se traduit immédiatement dans la Mode, principalement chez les femmes, qui, croyant au retour de l’abondance prochaine, se coiffent de symboliques épis de blé…

Fichier:Pouf aux sentiments.jpg — Wikipédia

Une vague de luxe vestimentaire passe sur la France entière; et, se dégageant avec une sorte de fièvre des principes d’austérité dans lesquels Elle avait été élevée par Sa mère Marie-Thérèse, Marie-Antoinette, semble vouloir compenser des privations antérieures imposées par Madame l’Étiquette, en déployant un faste qui contraste étrangement avec les goûts très simples de Louis XVI.

La conseillère favorite, celle qui a ses grandes et ses petites entrées à toute heure auprès de la Reine, est Mademoiselle Bertin , modiste rue Saint-Honoré, qui, de cette intimité et de cette autorité prise sur la Souveraine, tire le titre sous lequel les uns sérieusement, les autres par moquerie, la surnomment “le ministre de la Mode“.

Mademoiselle Marie-Jeanne Bertin, dite Rose, au XIXe siècle

Ministre dont l’influence, d’ailleurs, s’étendait hors des frontières puisqu’elle avait pris coutume d’envoyer chaque année dans les cours étrangères son ambassadrice chargée de mission : une poupée vêtue des dernières modes inventées par son imagination.

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Les modes des années 1775 à 1778 sont, pour la plupart, le produit des fantaisies de la Reine combinées avec les imaginations de Mademoiselle Bertin_et Louis XVI ne réagit que mollement contre les extravagances dont il est entouré.

Je ne peux que vous recommander l’excellent ouvrage de Michelle Sapori, aux Éditions du Regard,

Rose Bertin, Ministre des modes de Marie-Antoinette,2003…

La Reine apprécie les tons pastel, le vert d’eau, le bleu, le lilas, le rose également mais privilégie le blanc.

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Elle inspire des tonalités nouvelles, telles la couleur « cheveux de la reine » une nuance blond cendré de sa chevelure ou encore « puce » que Louis XVI baptise d’après un habit violet-brun de son épouse, rapidement déclinée en d’infinies nuances : cuisses de puce, ventre de puce, dos de puce, puce effrayée…

A cette époque, certaines couleurs sont très imagés ; soupirs étouffés, plaintes amères, cuisse de nymphe émue ou de l’actualité telles que les couleurs de boue de Paris.

Fichier:Gazette des atours de Marie-Antoinette 4 sur 43 - Archives  Nationales - AE-I-6 n°2.jpg — WikipédiaMarie-Antoinette affectionne les tissus fleuris sur fond unis et les motifs rayés dits « au zèbre » très à la mode

Petite parenthèse pour goûter à la saveur de ces noms de couleurs XVIIIe grâce à cet extrait du catalogue d’exposition Modes et Révolutions du musée Galliera, 1989:

Les couleurs avec un astérisque sont considérées comme foncées:
aurore (orangé)
bleu de ciel *
bleu noir*
boue de Paris *
café
capucine
carmélite * (bleu très foncé avec teinte violette)
cédrat (écarlate)
chair
chocolat
citron
col de canard*
coquelicot
cramoisi
cuisse de nymphe émue
cul de bouteille*
écarlate*
fauve
gorge-de-pigeon
gris américain*
gris d’ acier
gris d’ardoise*
gris de perle
gris de more ou de maure
lilas
loup*
merde d’oie
mouche cantharide (vert doré très brillant de l’insecte méditerranéen)
nakarat (rouge tirant sur l’orange)
noisette
œil-du-roi
paille foncée
pistache
ponceau
puce
puce foncé
prune de monsieur
queue de serin
ramona (violet-marron)
sang-de-bœuf
souffre
souci de hanneton (gris havane)
suie brûlée (marron)
suie des cheminées de Londres
vert (gros)
vert naturel *
vert dragon*
vert pomme*

Le vêtement fait tous ses efforts, sous la direction du costumier royal pour ressembler à une robe de théâtre :

Résultat de recherche d'images pour "Marie-Antoinette Gautier d'Agoty"Marie-Antoinette par Gauthier d’Agoty (1778)

Les paniers ont jusqu’à cinq mètres de tour, et se couvrent d’une nuée de bouquets, bouillonnés, coques, nœuds de gaze, guirlandes, falbalas, cousus dans tous les sens.

Aucune description disponible.Image de Marie-Antoinette (1956) de Jean Delannoy

Dans ses Mémoires, le marquis de Valfons énumère les deux cent cinquante manières de garnir une robe, et chaque garniture reçoit un nom sentimental :
doux sourire, ou composition honnête, ou désir marqué par exemple…
L’étoffe à la mode est le tulle, tissu aérien et fragile.

Plate 103 from Gallerie des Modes et Costumes Français. 18e. Cahier des Costumes Français, 12e Suite d'Habillemens à la mode en 1779.Modèle de robe de la Cour de Louis XVI (1779)

Les modèles les plus courants de robe sont :
– la polonaise, très ouverte au corsage avec une jupe courte qui laisse entrevoir les chevilles et petite veste sous la polonaise. C’est une variante de la robe à la française, qui s’ouvre donc en V renversé sur la jupe, mais qui est séparée en trois pans (on a évoqué la raison du nom de ce modèle comme émanant du partage de la Pologne…) : les deux ailes et la queue, qui ont un jeu de rubans intérieurs qui permettent de retrousser à la mesure du désir de la dame chaque pan de sa robe…qui repose sur l’arrière sur un petit panier , le faux-cul, ancêtre de la tournure, qu’on appelle le polisson, qui galbe les hanches sur l’arrière. En bas de jupe se trouve un volant à tête bouillonnée (très froncé). Sous la poitrine, un nœud souligne le décolleté, c’est le bien nommé parfait contentement. Les manches sont en sabot.

  • le caraco, emprunté à un costume provincial, c’est essentiellement une robe à la française, jupe coupée à la hauteur des hanches et formant une sorte de petite veste d’allure paysanne, qui fera l’enthousiasme de Marie-Antoinette à Trianon…


Une formule analogue l’avait précédé : le casaquin , robe volante coupée à la hauteur des hanches ; plus tard il en sera de même de la robe à l’Anglaise , par rapport au juste.

  • La robe à l’Anglaise, en redingote largement ouverte que les clientes du docteur Tronchin portent afin de tronchiner, c’est-à-dire d’effectuer des marches à pied prescrites par ce médecin à la mode; ce modèle apparaît donc vers 1778-1785 : c’est une robe sans corps baleiné et sans paniers, caractérisée par une longue pointe baleinée descendant au milieu du dos jusqu’au dessous de la taille ; elle ferme devant sur un gilet ; les côtés de la jupe s’ouvrent sur un jupon généralement de même étoffe.

  • et encore à la lévite longue , traînante et tenue par une ceinture.

A Most Beguiling Accomplishment: The Lévite             A Most Beguiling Accomplishment: The Lévite             "LÉVITE A LA PRUSSIENNE. 1779 The Gown and the petticoat trimmed with brandenburgs. Belt in drapery over the Gown, busquée in front,* to free the waist and give it grace. Sleeves and parements à la cavaliere, opening underneath, following the ancient method abandoned by the Military, because it was inconvenient and because the Minister recognized that it was not economical."Galerie des Modes,(1780)
-Vient ensuite la mode des indiennes blanches à bouquets et rayures produites sur la machine à rouleau par la fabrique qu’Oberkampf installe à Jouy en 1750.

Belle robe à l'anglaise en indienne des Indes, vers 1780. Beautiful dress  in Indian Cotton, painted and … | Mode du xviiie siècle, Robe du 18ème  siècle, Mode rococo

Enfin , sur les épaules se jettent les chats ou palatines de duvet de cygne, et diverses dentelles, qui se nomment médicis , archiduchesse, henri-quatre et collet-monté.

La description de la toilette d’une Reine de la mode en 1778 tourne au rébus:

Mademoiselle Duthé était dernièrement à l’Opéra avec une robe de soupirs étouffés, ornée de regrets superflus, un point au milieu de candeur parfaite, garnie en plaintes indiscrètes, des rubans en attentions marquées, des souliers cheveux de la Reine brodés de Diamants en coups perfides, et les venez-y-voir en émeraudes ; frisée en sentiments soutenus, avec un bonnet de conquête assurée , garni de plumes volages et de rubans d’œil abattu, un chat sur le col couleur de gueux nouvellement arrivé, et sur les épaules une médicis montée en bienséance, et son manchon d’agitation momentanée.

A partir de 1781

Après lui avoir fait des reproches pour ses dépenses trop importantes, Marie-Antoinette est critiquée cette fois pour sa trop grande simplicité… C’est en effet grâce à Elle que la chemise à la reine ou gaulle fait fureur.

C’était surtout une robe d’intérieur , du moins à la Cour, et on la faisait en gaze ou en soie. Sa légèreté est relativement apparente car elle se porte au dessus d’une autre robe, une polonaise ou une anglaise, qui sont corsetées…réalisant ainsi le paré négligé si cher à Élisabeth Vigée Le Brun dans la composition de ses portraits…         

Il serait, ce me semble, anachronique d’imaginer qu’à Trianon Marie-Antoinette se promenait sans corset comme le feront les Merveilleuses à la toute fin du XVIIIe siècle…

Nous le percevons bien sur ces portraits :

Portrait d’Antoine Vestier, 1785                       

 

    Louise-Augusta de Danemark, duchesse de Schleswig-Holstein-Sonderbourg, en 1785, par Jens JuelLouise-Augusta du Danemark par Jens Juel, 1787

La chemise à la Reine tombe droit avec un haut falbala au bas de la jupe et est très décolletée.  Le tour de gorge , qui sous Louis XV était bouillonné ou en dentelle, devint une collerette Médicis , comme au début du XVIIe siècle , mais plus décolleté.

Ce qu’on appelle la robe Empire, en vogue sous Napoléon Ier et Joséphine trouve sa génèse en l’audace de Marie-Antoinette qui ose privilégier le confort à l’encontre des convenances dues à Son rang.

Patron Robe Empire par Nancy Farris-TheeRobe Empire

Au début su XIXe siècle, cette mode qui promulgue l’aisance accentue le parti pris par Marie-Antoinette : la robe Empire est une chemise à la Reine moins évasée et sans dessous, alors qu’il semble peu probable que les femmes de la Cour de Louis XVI aient pu délaisser le corps léger à baleines.

Portrait de Juliette Récamier, née Bernard (1777-1849) | CarnavaletJuliette Récamier par François Gérard

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En 1783

Marie-Antoinette fait scandale en posant pour Élisabeth Vigée Le Brun, pour la première version du tableau “A la Rose“…  on dit que la Reine s’est fait peindre en chemise et la portraitiste doit repeindre une nouvelle version qui sied mieux à l’état de son royal modèle.

Marie-Antoinette en gaulle (1783) par Elisabeth Vigée Le Brun
Le terme de gaulle est péjoratif et n’a sans doute jamais été employé par la Reine…

Disposant de peu de temps, l’artiste substitue donc à l’œuvre indécente un nouveau portrait où Marie-Antoinette paraît avec le même visage, dans la même attitude, cette fois-ci au devant d’un paysage, mais surtout vêtue d’une robe couleur “suie des cheminées de Londres” dont le taffetas de soie garni de dentelles et la façon à la française ne pouvait que satisfaire les soyeux lyonnais, qui commençaient déjà à prétendre que la Reine voulait leur ruine…

Marie-Antoinette à la Rose (1783)  par Elisabeth Vigée Le Brun

Mais le triomphe féminin est la coiffure dont le maître se nomme Léonard Autier, grand favori de Marie-Antoinette avec Mademoiselle Bertin. Coiffure si haute, si surchargée que les caricaturistes montrent les coiffeurs arrivant chez leurs clientes avec une échelle, tandis, qu’en fait réel, les dames sont contraintes de se mettre à genoux dans les carrosses et se voient interdire l’amphithéâtre de l’Opéra.

Résultat de recherche d'images pour "Marie-Antoinette par Heinrich Lossow"Marie-Antoinette par Heinrich Lossow

Cette coiffure est, en effet, un édifice à plusieurs étages,  surmonté d’un bonnet, dont on compte deux cents types différents, avec rubans, plumes, accessoires qui vont jusqu’à la reproduction célèbre de la frégate la Belle-Poule avec tout son agrément…
Les plumes surtout sont une folie : on les met par trois, et une moquerie de Beaumarchais les fait baptiser “quesaco“, ou par dix qui sont d’autruche ocellées d’yeux de paon et se disent à la Minerve.

Les coiffures extravagantes en vogue au début du règne de Marie-Antoinette sont appelées des “poufs. C’est notamment Léonard Autier, coiffeur de la Reine, qui introduit de ces coiffures. L’une d’elles est si haute qu’elle est appelée “monte-au-ciel”.

Les poufs leur font concurrence et se chargent d’oiseaux empaillés , de fruits , de légumes, de poupées , de joujoux, de bibelots ou d’oiseaux, ce qui ne les empêchent pas de se dire au sentiment . Et les noms deviennent aussi extravagants que les sujets :
coiffures au lever de la Reine , à la Gabrielle de Vergy , à la frégate la Junon , rivale de la Belle-Poule , au chien couchant , au parc anglais, à la Victoire , à l ‘Eurydicecardinal sur la paille (référence à l’incarcération du cardinal de Rohan durant l’Affaire du Collier) ou au moulin à vent.

Cette jeune Dame vêtue d’une robe à l’Anglaise détroussée et coiffée à l’Assyrienne dit l’Hérisson d’une page d’un cahier des Modes des années 1780 ressemble curieusement à Marie-Antoinette:

mode - La mode et les vêtements au XVIIIe siècle  - Page 3 10404210

Louis-Auguste Brun de Versoix (1758-1815) peint Marie-Antoinette à cheval … à califourchon ! Elle porte donc un pantalon ! Catherine de Médicis (1519-1589) avait, certes , déjà troqué la robe contre un haut-de-chausse pour pratiquer ce même sport, mais ne fut pas suivie, l’exemple reste d’ailleurs assez singulier pour être remarqué.

Marie-Antoinette à cheval par Louis-Auguste Brun de Versoix

Or, même  si ce n’est qu’en 1800 , que le  Sénat précise clairement que l’ordonnance du préfet de Paris interdit « le travestissement des femmes » (par le port du pantalon) ; une loi intégriste qui ne sera abrogée que le 12 juillet 2012 ! Ainsi, à l’instar de George Sand (1804-1876), qui est d’ailleurs Sa lointaine cousine, Marie-Antoinette va à l’encontre des mesures en vigueur qui interdisent qu’une personne porte l’habit de l’autre sexe… Il suffit de voir autour de vous pour constater combien l’audace de la Reine sera adoptée deux siècles plus tard par toutes les femmes. 

Colette en pantalon évoque la silhouette de George Sand

Ainsi en 1967, Yves Saint-Laurent (1936-2008) crée-t-il le premier tailleur-pantalon, version inédite pour un tailleur, traditionnellement porté avec une jupe. Bien que le tailleur soit l’apanage du vestiaire masculin, Yves Saint Laurent l’adapte au corps féminin, comme il l’a fait pour le smoking. Les manches sont ajustées, la taille cintrée tandis que le pantalon large flatte la jambe. Il y ajoute des accessoires typiquement féminins, tels que les talons ou les bijoux, mais ne manque pas de faire porter à son modèle la cravate et le feutre d’homme. Voyez ci-dessus le portrait de la Reine par Brun de Versoix …  Il semble que Marie-Antoinette ait été une muse pour Saint-Laurent … 

Croquis original du premier tailleur pantalon. Collection haute couture printemps-été 1967, © Musée Yves Saint Laurent ParisLe tailleur-pantalon d’Yves Saint-Laurent

En 1784

On construit la Tour de Malborough dans les jardins du Petit Trianon. Dès lors apparaît la mode de la robe à la Malborough :

La Virtuose sensible en robe à l’Anglaise bordée à la Marlbrough et chapeau au demi-Ballon, ne s’occupant du solo qu’elle exécute que dans l’attente d’un charmant duo.Robe à la Malborough

Un pareil flot d’extravagantes folies ne pouvait pas, dans le désarroi des finances , ne pas amener des catastrophes dont la plus éclatante fut la faillite de Mademoiselle Bertin, en 1787, avec un passif de deux millions. Et le déficit , menaçant à la fois l’État et les particuliers, impose un recul brutal de la somptuosité vestimentaire, recul dont les élégants de la Cour sont les premières victimes, adoptant immédiatement par une opposition subite, la plus extrême sobriété.
L’habit de cérémonie disparaît ; le négligé est la règle de bon ton ; les nobles ruinés affectent de porter du drap de paysan.

Moreau Le Jeune, la grande toiletteLa Toilette. Par Moreau le Jeune

En 1787, la baronne d’Oberkirch note dans ses Mémoires (et à propos des seuls vêtements de la noblesse ) :

” Les femmes n’avaient rien de très nouveau pour cet hiver de 1787.
Les belles étoffes et les diamants continuaient à primer, c’est à dire le luxe et la richesse ; mais les hommes imaginaient des singularités.
D’abord il fut du bel air absolument d’avoir des gilets à la douzaine, à la centaine même, si l’on tenait à donner le ton.
On les brodait magnifiquement avec des sujets de chasse et des combats de cavalerie, même des combats sur la mer.
C’était extravagant de cherté.
Les boutons d’habits étaient non moins bizarres; ils représentaient tantôt des portraits, tels que les rois de France, les douze Césars, quelquefois des miniatures de famille ; deux ou trois hardis petits-maîtres y mirent les portraits de leurs maîtresses.
Ces portraits étaient presque larges comme un écu de six livres.
Vous jugez à quoi ressemblait un homme ainsi plastronné ; mais c’était à la mode !
Que répondre à cela ? “

Le 4 septembre 1785

We have little new and interesting here. The Queen has determined to wear none but French gauzes hereafter. How many English looms will this put down?

traduction :

Nous avons peu de nouveau et intéressant ici. La reine a décidé de ne plus porter que des gazes françaises. Combien de métiers à tisser anglais cela va-t-il déposer ?

Thomas Jefferson à Abigail Adams

Avant la Révolution

Sous le couvert des excellents rapports avec l’Angleterre, les jolies élégantes portent des robes en forme de redingotes, avec revers , double collet, boutons métalliques, jabots, cravates, gilets, deux montres, canne et chapeaux de castor, dont les dimensions et les surcharges de fleurs , de panaches deviennent inouïes.

La robe redingote, la classe automne/hiver façon XVIIIe | Rochefort en  Histoire

Soudain, nouveau changement : la longue redingote s’efface devant le petit justaucorps décolleté, fermé à la gorge, ouvert en bas, avec manches plates, parements basques retroussées, d’allure encore masculine, que l’on nomme tantôt pierrot, tantôt veste à la marinière, et qui bientôt tourne au caraco.

Diane Kruger as Marie Antoinette in Farewell, My Queen (2012).
Diane Krüger dans Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot
Diane Kruger as Marie Antoinette in Farewell, My Queen (2012).

Les femmes, contrairement aux hommes refusent d’abandonner le grand costume, et elles imaginent la robe à la circassienne, petit corsage bas, échancré au-dessus de la taille , avec manches d’abord longues , puis très courtes, et, sous le corsage, le fichu en chemise ou canezou ; puis elles imaginent aussi la robe à l’anglaise dont on a déjà parlé…
Les jupes restent ouvertes, et, en 1788, le jupon reprend un rang de volants, tandis que la taille se serre dans une ceinture à bouts pendants, très large et à grosse boucle, et que l’accessoire obligé de la toilette devient le châle, en longue écharpe de cachemire passée sous les bras, croisée derrière le dos et nouée à la taille.
A partir de 1787, les chapeaux diminuent, et, en 1788, les bonnets les remplacent, d’ailleurs fort hauts sur une coiffe basse.

L'Anglaise et le Duc de Éric Rohmer (2000) - UniFranceLucy Russel est Grace Elliott dans L’Anglaise et le Duc d’Eric Rohmer (2001)Photobucket
23181071-23181075-large                                                        DCH-009 [2286].JPG- Keira Knightley as ÒGeorgiana, the Duchess of DevonshireÓ stars in THE DUCHESS, a Paramount Vantage release.<br /> Photo by Peter Mountain                                                                                                                                                                                                        Keira Knightley dans The Duchess (2008) de Saul Dibb

Par une contradiction étrange, plus la toilette des femmes du monde se simplifie, plus celles de certaines catégories populaires montrent de luxe :
les poissardes, qui se nomment à présent les dames de la Halle, étonnent la Reine par leurs soieries, dentelles et diamants , un jour qu’elles viennent en corps à Versailles rendre visite à la souveraine et au Roi.
Dans le “Tableau de Paris“, Mercier affirme :

Les femmes choisissent leurs ajustements comme bon leur semble : la femme d’un commis ou de l’épicier du coin se mettra comme une duchesse ; un particulier étalera le luxe le plus effréné.”

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Dernière vêture royale de Marie-Antoinette pour l’inauguration de la réunion des Etats Généraux

En 1793

Marie-Antoinette commande chez Madame Eloffe une robe pour se vêtir à la Conciergerie dans une étoffe couleur Boue de Paris.

Retenons que l’accessoire est essentiel rehaussant les tenues élégantes. Parmi ces accessoires, l’éventail suscite un engouement auprès des femmes. Les brins sont en nacre ou en ivoire repercé et gravé, incrusté d’or, d’argent, de broderies, de plumes…

Marie-Antoinette – bijoux (7) – Costumes de Films
Images de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppolamarie antoinette movie gif | Explore Tumblr Posts and Blogs | Tumgir

Il est aussi l’instrument essentiel des jeux de coquetteries et de séduction, certains éventails sont dotés de lorgnettes ( Elle fera cadeau du Sien à la comtesse du Nord, en 1781, émerveillée par cette subtilité ) et autres mécanismes ingénieux afin de permettre une confidence discrète, dissimuler avec élégance un sourire, une gêne ou une émotions trop vive.

manipulatrice - 30 ans (ou presque)
Image de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Ainsi Marie-Antoinette s’est-Elle montrée fashion victim en voulant arborer avant tout le monde les créations de la première créatrice de Mode que fut Mademoiselle Bertin, qui avait besoin d’Elle comme figure de proue de la nouvelle tendance.

Depuis que l’on reprend le XVIIIe dans les arts, la Mode, le théâtre ou le cinéma, c’est particulièrement (pas toujours à raison, d’ailleurs ! ) à Marie-Antoinette qu’on se réfère. Ainsi la Reine est-Elle devenue la muse du siècle des Lumières.

La “Marie-Antoinette”,
Une montre pour la Reine…

D’un diamètre de 60 millimètres, cette montre à fonctionnement automatique a été fabriquée avec 823 composants. Sertie de saphirs, elle bénéficie d’une boite en or 18 carats, d’un cadran en émail blanc et un autre cadran en cristal de roche.

C’est un chef-d’œuvre d’une grande complexité, comportant toutes les complications connues à l’époque où elle a été conçues, entre 1783 et 1827.

La montre Breguet Marie-Antoinette, l'histoire d'une montre d'exception |

La “Marie-Antoinette” a été commandée pour la Reine par Axel de Fersen. Elle est créée par Abraham Louis Breguet brillant maître-horloger et fournisseur de la Cour. Louis XVI lui avait déjà acheté des montres pour les offrir la Reine.

La fabrication de la “Marie-Antoinette” a commencé en 1783, a duré quarante-quatre ans, jusqu’en 1827 et a été terminée par le fils d’Abraham Louis Bréguet, Antoine-Louis Breguet. Ni la Reine ni son créateur ne verront cette montre.

La fabuleuse histoire de la montre Breguet Marie-Antoinette
La montre “Marie-Antoinette” de Bréguet resLa montre BREGUET / Marie Antoinette | Priorité à la passion

Le 3 mai 1917, la montre devient la propriété du britannique Sir Daniel Lionel Salomons qui l’avait repéré dans la vitrine d’une bijouterie à Londres, près de Regent Street. Ce passionné d’horlogerie avait constitué une grande collection de montres Breguet, plus de 124 pièces. A sa mort, la “Marie-Antoinette” revient à sa fille Vera, qui la lègue au Musée d’art islamique de Jérusalem, un musée qu’elle a fondé en hommage à son ami, l’universitaire Leo Aryeh Mayer.

Mais la montre est dérobée le samedi 16 avril 1983 dans le musée, avant d’être retrouvée vingt-quatre ans après, le 14 novembre 2007.

En janvier 2007

Nicolas Hayek, président du groupe horloger Swatch Group, a été contacté par un antiquaire qui prétendait l’avoir récupérée par hasard. Mais le musée de Jérusalem met la main sur l’objet avant que Nicolas Hayek puisse l’authentifier.

Durant sa disparition, Nicolas Hayek , alors président du groupe horloger Swatch Group, qui comprend la marque Breguet, demande en 2004 que soit réalisée une réplique. Ce à quoi s’attellent les horlogers de la manufacture Breguet.

Nicolas G. Hayek | Breguet
Nicolas Hayek

Nicolas Hayek ayant participé à la restauration du Petit Trianon, la montre est présentée dans un coffret qui représente fidèlement le parquet du Château du Petit Trianon. Et pas n’importe quel bois puisqu’il s’agit de 3500 pièces sculptées dans un chêne présent au Parc du Château de Versailles durant le règne de la Reine.

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En 1990, Madonna revêt une des robes de Glenn Close qui avait incarné la marquise de Merteuil dans Les Liaisons Dangereuses (1989) de Stephen Frears pour chanter son titre Vogue aux MTV Awards…mais sa coiffure fait directement allusion à Marie-Antoinette!
90+ idées de Glenn Close.2014 | glenn close, actrice, film
Glenn Close dans le rôle de la marquise de Merteuil dans la robe que reprendra Madonna. Une robe à la française signée James Acheson, costumier du film.
mode - Marie-Antoinette muse de la Mode  - Page 4 Ma_vog10
LES LIAISONS DE MARIE ANTOINETTE.
Gemma Ward, Gisele Bündchen, Lily Cole, Daria Werbowy and Karen Elson by Annie Leibovitz for Vogue US May 2004
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Images du film de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppolamode - Marie-Antoinette muse de la Mode  18
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Les différents costumes de Kirsten Dunst dans le rôle de Marie-Antoinette pour Sofia Coppola

Marie-Antoinette a inspiré la mode Haute Couture. Marie-Antoinette est devenue une véritable icône, avec son style de vie somptueux et luxueux, dans la mode et les fêtes. Son amour pour le plaisir pouvait vraiment être vu à travers son comportement, car elle était très jeune. Le style de Marie-Antoinette est magnifiquement représenté dans le film de 2006, Marie-Antoinette, avec Kirsten Dunst et réalisé par Sofia Coppola. Les robes, les décors et les images, les fêtes et les desserts sont ravissants et rêveurs dans le film. Des designers tels que John Galliano, Alexander McQueen et Christian Lacroix ont également conçu de magnifiques robes inspirées de cette reine, et plus récemment, Kate Moss l’a dépeinte dans le numéro d’avril 2012 de American Vogue, photographiée par Tim Walker.

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Kirsten Dunst in American Vogue September 2006 photographed by Annie Leibovitz
cette robe est de Milena Cannonero , la costumière du film de Sofia Coppola …et du sublissime Barry Lyndon
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Kirsten Dunst in a Chanel Haute Couture gown for Vogue September 2006
Marie Antoinette – Photos – Vogue | Vogue
Kirsten Dunst in an Alexander McQueen gown Vogue September 2006…
Marie Antoinette – Photos – Vogue | Vogue
Kirsten Dunst in an John Galliano for Dior gown Vogue September 2006
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Kirsten Dunst in a Rochas gown for Vogue September 2006
Annie Leibovitz, Marie Antoinette by Sophia Coppola, Vogue September 2006 -  Alain.R.Truong
Photo de l’équipe du film de Sofia Coppola pour le Vogue de septembre 2006 par Annie Leibovitz
Marie Antoinette – Photos – Vogue | Vogue
Kirsten Dunst in a Oscar de la Renta gown for Vogue September 2006An Oscar de la Renta dress worn by Kirsten Dunst in 'Vogue.' Photo: SCAD |  Oscar de la renta, Fashion, Vogue photo
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Alexander McQueen: Marie Antoinette and 17th century inspired collection 1998, modeled by Kate Moss

Marie-Antoinette, révélation (et révolution) de la haute couture

Cherrycordia inaugure cette semaine une série d’articles autour de l’histoire de la mode : on commence avec le rôle primordial de Marie-Antoinette dans la naissance de la Haute Couture !

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Image du film de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

La question de savoir si la mode part de la rue, ou si ce sont les créateurs qui la portent vers la rue, est l’un de ces débats existentiels tels que « De l’œuf ou la poule, qui était le premier ? » ou encore « Cette robe est-elle bleu et noir ou blanc et or ? ». En vérité, les inspirations de la mode peuvent venir de n’importe où, de la rue comme de l’Histoire, de l’art comme de la dernière pub Tampax… l’inspiration est partout ! Les tendances, par contre, partent du haut.
Qu’est-ce qu’une tendance ?

Reprenons une citation de cette chère Miranda Presley, le fashion gourou virtuel dans Le Diable s’habille en Prada :

« Vous, vous regardez dans votre placard, et vous choisissez, tiens, tenez ce pauvre vieux pull-over par exemple parce que vous voulez signifier aux autres que vous vous prenez trop au sérieux pour vous intéresser aux vêtements que vous devez mettre, mais ce que vous ignorez c’est que ce pull n’est pas simplement bleu, il n’est pas turquoise, il n’est pas lapis. En fait il est bleu céruléen, et vous êtes aussi parfaitement inconsciente du fait que, en 2002, Oscar de la Renta a créé une collection de robes bleu céruléen et je crois que c’est Yves Saint-Laurent n’est-ce pas qui a créé les vestes militaires bleu céruléen… Je crois qu’il nous faudrait une veste… Ensuite le bleu céruléen est vite apparu dans les collections de huit différents stylistes, et puis la tendance a influencé la plupart des grands magasins et puis s’est répandue dans les boutiques bon marché dans des sinistres endroits où vous avez sans doute repêché le vôtre dans un grand bac de pulls soldés. Bref, ce bleu céruléen représente des millions de dollars et un nombre incalculable d’emplois, et je trouve assez amusant que vous pensiez avoir fait un choix qui n’a pas été dicté par l’industrie de la mode alors qu’en fait vous portez un vêtement qui a été choisi pour vous par les personnes qui se trouvent dans ce bureau au beau milieu d’un tas de fringues. »

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Meryl Streep dans Le Diable s’habille en Prada

Une tendance est exactement ceci : un produit de mode conçu en amont par les créateurs pour une cible d’élite, qui se répand ensuite vers un public plus large pour atteindre la population de masse en version simplifiée et plus accessible. Ce sont ces mêmes tendances qui nourrissent le phénomène d’homologation dans le fait de se vêtir : on s’uniformise car les tendances infiltrent, envahissent très vite nos magasins et déterminent pour une courte période ce qui est « fashion ».

Parce qu’elles lassent tout aussi vite et parce qu’il faut bien pousser les gens à acheter, elles doivent être renouvelées régulièrement et toujours proposer des éléments nouveaux.

Les tendances démarrent donc en amont, et au dix-septième siècle, partir du haut veut dire partir de la Cour. Depuis l’Antiquité, la mode était un emblème de pouvoir réservé à une poignée de privilégiés, car la naissance dicte les apparences. On s’uniformise aux codes d’une certaine classe pour afficher et revendiquer son statut.

Versailles n’échappe pas à la règle : mieux qu’un post-it sur le front, ton habit annonce tout de suite ta condition. Si tu es paysan, de lin usagé tu seras vêtu car faire preuve d’originalité, c’est risquer de passer pour un fou bon pour l’asile. Mais si tu es noble, la folie c’est la vie, alors à toi les froufrous!

Malgré l’exubérance de cette époque, Louis XIV soumet hommes et femmes à un protocole strict. Les habits différencient les individus de la Cour selon leur rang et toute fantaisie découle des désirs du Roi. Si la coiffure ébouriffée d’une jeune femme après une folle chevauchée charme le Roi Soleil, toutes les femmes de la Cour s’empressent de relever leurs cheveux de la même manière. On copie les favorites, mais ce sont les hommes qui dépensent le plus dans ce jeu du paraître…

Bref, la mode à Versailles, c’est suivre l’étiquette sans prendre de risques. On retrouve le comportement collectif d’imitation mais il n’y a aucune spontanéité, aucun sens du style personnel car la mode appartient au Roi — et plaire au Roi, c’est garantir sa place et ses privilèges à la Cour. Comme notre impitoyable Anna Wintour, c’est donc Louis qui décide de ce qui est in ou out.

Ce fonctionnement aurait pu durer encore longtemps ! Si nous ne sommes pas condamné(e)s à devoir copier le look de nos dirigeant(e)s (doux Jésus), c’est en partie grâce à deux femmes : Marie-Antoinette et Rose Bertin. Nous connaissons tou(te)s l’histoire de notre reine Autrichienne accro du shopping et décapitée en 1793… après avoir ruiné les caisses de l’État par ses folles commandes. S’il est certain qu’elle n’était pas une reine exemplaire et que sa frénésie pour les habits ferait rougir Anna Dello Russo, on sous-estime souvent son rôle dans la création de la Haute Couture !

Marie-Antoinette est passionnée de mode jusqu’au fond de ses tripes (autant que je vénère le chocolat), et ne jure que par le girly et les falbalas, from tits to toes — des racines à la pointe des pieds, dirons-nous. Parfumée de rose, de lis et de violette, elle voue un amour sans borne aux ornements mais surtout aux accessoires : souliers incrustés de pierres précieuses, parures, perles, plumes, rubans, sans compter ses monumentales et architecturales coiffures à la Philadelphie, à la Cléopâtre, à l’insurgent par son fidèle Léonard… Elle pourrait être la sœur de Barbie, en somme.

Alors qu’est-ce qui la différencie d’une simple accro au shopping ? Ce qui différencie Walt Disney d’un simple dessinateur, Coco Chanel d’une simple styliste : une vision et une sacrée dose d’audace. La reine perçoit sa passion comme un art, elle aime et veut créer… mais pour créer, il faut de la liberté. Cette liberté, elle va se l’octroyer en dépit de l’étiquette, mais elle ne va pas le faire toute seule. C’est en tandem avec sa ministre des modes, Rose Bertin, qu’elle va bousculer les codes et les convenances.

Rose, c’est la couturière en vogue de l’époque, mais elle part de loin. Roturière née à Abbeville, elle apprend très vite les préceptes de la couture chez sa tante, mais aussi à écrire, lire et compter, point essentiel pour cette business-woman. Engagée à 19 ans au Trait Galant, maison de mode parisienne renommée, elle ouvre rapidement son propre magasin, Le Grand Mogol, dans le quartier de luxe de Paris. Elle dirige alors trente employé(e)s et habille toutes les femmes importantes de l’époque, notamment parce qu’elle est spécialisée en habits de présentation à la Cour qu’elle modernise à sa façon.

La concurrence est très rude et la jalousie monnaie courante : beaucoup tentent de piquer ses clientes. Mais son talent, puissant et indéniable, finit par payer. La Duchesse de Chartres l’introduit à Marie-Antoinette et Rose bénéficie donc de ce qu’on appelle « l’ascenseur social ».

C’est une rencontre clé entre deux passionnées ambitieuses, et elles vont tout de suite s’atteler à développer leurs idées, quitte à chambouler un peu la tradition. Elles passent des heures ensemble ; la mode devient une préoccupation à plein temps. Rose traite d’égale à égale avec la Reine et les princesses, chose rare à la limite de l’insolence, tolérée grâce à son immense talent. Pour la première fois, une couturière prend les rênes et ne se contente pas de suivre les désirs royaux. Rose propose, Marie-Antoinette dispose.

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Ensemble, elles lancent de nombreuses tendances telles que la robe à la polonaise, le pierrot, la cuisse de nymphe… et surtout la fameuse robe en chemise, une longue tunique de mousseline blanche ceinturée par-dessus un corset, créée pour rêvasser au Trianon.

À la manière de Chanel, les deux compères veulent conférer plus de confort aux tenues et les simplifier. Aux lourdes robes ornées d’or, Marie-Antoinette préfère les habits de ville, plus légers et modernes, un concept que toutes les femmes s’empresseront de copier. Elle refuse souvent de porter le corset à baleines et limite l’usage officiel des encombrants paniers à coudes sous les robes. C’est ainsi que, progressivement, les tenues laissent plus de liberté au corps et s’allègent.

Marie-Antoinette veut devenir une icône et surprendre à chacune de ses apparitions. Rose lui fait donc découvrir de nombreuses étoffes légères et faciles à manier pour diversifier les tenues au maximum; la reine dessinera même quelques robes ! Après la rigueur du classicisme, un vent de légèreté et de fantaisie baroque plane sur le monde de la mode et se répercute sur les activités du palais : bals chaque semaine, représentations théâtrales, dîners, amusements et spectacles… Marie-Antoinette veut se divertir et saisir chaque occasion d’arborer ses nouvelles créations, si bien que les commandes de tissus et d’accessoires doublent pratiquement chaque année, entrainant des dépenses considérables.

Une tenue complète peut atteindre pratiquement 5000 livres ! Le Roi n’approuve pas, mais il préfère voir Marie-Antoinette concentrée sur ses hobbys que sur la politique. Et puis quand on aime, on ne compte pas, n’est-ce pas ?

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Image du film de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Esthétisme et icônes : la naissance de la Haute Couture

C’est un renversement complet : ce n’est plus le roi mais la reine qui dicte la mode et les tendances. Mais plus que tout, ce n’est plus le protocole qui dicte les convenances mais l’esthétisme, et c’est bien là la vraie révolution. Si la ségrégation sociale et le statut sont toujours bien présents dans les tenues, on ne les conçoit cependant plus par obligation ou conformisme ; on les conçoit par plaisir ! Et ce, en diffusant la créativité.

Avant Marie-Antoinette, un grand couturier était privatisé. Mais l’Autrichienne veut valoriser les créateurs, stimuler les métiers de la mode et en mettre les meilleurs éléments sur le devant de la scène.

Chacun de ses modèles est unique, elle en a l’exclusivité, mais ils sont par la suite adaptés puis diffusés chez les marchands de mode (toute l’aristocratie se les arrache), puis le monde du spectacle et enfin les reines étrangères. Le véritable concept des tendances apparaît enfin. Nous avons celle qui conçoit, Rose, et l’influencer, l’égérie, la référence qui propage. La Haute Couture est née et le système pyramidal prend place : le créateur au sommet, les influencers juste en dessous, puis une clientèle de plus en plus large vers la base. Jusqu’à la tendance suivante, dans un constant renouvellement.

Il n’aura d’ailleurs pas fallu attendre Closer et Public pour bitcher sur les derniers habits des people, car les gazettes se développent et commentent les dernières tendances autant que les manies de la Cour. Bourgeois et nobles s’en donnent à cœur joie dans cette vague de liberté, tous se lâchent et surtout, tous s’observent.

Finalement, Marie-Antoinette c’est un peu la Lady Gaga ( boudoi29 ) de Versailles, encore plus maquillée : tout le monde la critique mais ne peut s’empêcher de l’observer. Elle exaspère autant qu’elle fascine et on se demande en permanence ce qu’elle va bien pouvoir inventer comme nouvelle excentricité.

Depuis, nous avons connu grand nombre d’égéries : Kiki de Montparnasse, Veronica Lake, Audrey Hepburn, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, Farrah Fawcett, Kate Moss… Pourquoi sommes-nous toujours tentées de puiser dans le look des influencers ? Parce qu’elles diffusent les nouveautés mais aussi parce qu’elles sont une inspiration. Ces femmes influentes et médiatisées étaient toutes reconnues pour leur style particulier, et s’en inspirer, c’est se donner le sentiment de se rapprocher de tout ce qu’elles incarnent.

J’ai passé l’âge d’avoir des idoles mais je rêve encore secrètement de porter une robe Dolce & Gabbana (le jour où je serai riche) pour me sentir un peu Monica Bellucci le temps d’une journée, les seins en moins… et que celle qui n’a jamais puisé dans le look d’une autre me jette le premier froufrou ! Heureusement, la mode véhicule l’homologation mais aussi, paradoxalement, la différenciation. Quelles que soient nos inspirations à nous, il nous revient l’art de les personnaliser et nous les réapproprier pour créer notre propre style.

En conclusion,. On retient de Marie-Antoinette sa frivolité, ce qui est indéniable. Mais cette reine était avant tout une esthète, qui au-delà de son plaisir personnel avait pour ambition de développer toute l’industrie de la mode et le goût de la fantaisie, de la liberté et du confort en dépit des règles et du qu’en dira-t-on.

Deux siècles se sont écoulés depuis sa mort, mais elle inspire encore les plus grands créateurs actuels — Chanel, Dior, Maxime Simoens et tant d’autres, qui savent bien que si la mode est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à elle. Marie-Antoinette est une reine d’ombre et de lumière controversée, irréaliste, idéaliste, insouciante… et la toute première hit girl française !

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Affiche d’une exposition versaillaise de 2011
Le XVIIIe au goût du jour | MilK
Robe de Vivienne Westwood , été 1996
Diptyque's Crossing....: Le XVIIIe au gout du jour. Couturiers et créateurs  de mode au Grand Trianon
Robe de Vivienne Westwood, hiver 1995-1996
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Robe de Christian Lacroix , hiver 1996-1997
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John Galliano for Dior Haute Couture: Marie Antoinette inspired collection F/W 2000/2001mode - Marie-Antoinette muse de la Mode  278589926920171417_kScvDDw7_bmode - Marie-Antoinette muse de la Mode  MA002mode - Marie-Antoinette muse de la Mode  W-2007-Haute-Couture-Versaille-
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Christian Lacroix Haute Couture: Inspired by Marie Antoinette S/S 1996
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Backstage at Christian Dior Haute Couture photographed by Robert Fairer, Vogue, October 2005
John Galliano Best Looks in Vogue
Stella Tennant in a look from John Galliano’s 1998 Marchesa Casati collection for Christian Dior Haute Couture, photographed by Mario Testino, Vogue, May 2006
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http://blog.imperatrices.fr/2014/04/lindsey-wixson.html
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En 2017, Katy Perry désire paraître Crazy et, pour ce faire, elle se glisse dans la peau de Marie-Antoinette le temps d’un clip :

Ce que la chanteuse dénonce c’est la contrainte de l’Etiquette et le carcan dans lequel la vêture enferme alors le corps…

A l’instar de ce que disait Mademoiselle Bertin, n’y a-t-il pas de nouveau que ce qui est oublié?

2 comments
  1. Gemma Koerselman

    L’image: “George Sand ” n’est pas l’image de George Sand , mais l’image de l’ecrivin : Colette.

    George Sand portait egalement des vetements pour hommes.

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