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Le comte de Vaudreuil

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Vaudreuil.jpg.Le comte de Vaudreuil par Elisabeth Vigée Le Brun
Le 2 mars 1740

Naissance de Joseph-Hyacinthe-François de Paule de Rigaud, comte de Vaudreuil, à Saint-Domingue. Il est le fils de Joseph-Hyacinthe de Rigaud, comte de Vaudreuil, gouverneur de la partie française de l’île de Saint-Domingue de 1753 à 1757.

Dès son enfance, il sait user de son charme avec malice surtout auprès des femmes grâce à  » des manières nobles et attrayantes. »

Fils unique dans une maison de femmes, son éducation négligée achève de marquer un caractère capricieux et fantasque qui apprécie que la société tourne autour de lui.

En 1756

Joseph s’engage dans la Guerre de Sept Ans comme aide de camp du prince de Soubise, et comme officier supérieur de la gendarmerie. Il parvient ensuite au grade de lieutenant général, est nommé grand fauconnier de France, et a beaucoup de succès à la cour.

Fait à ravir, il est beau à peindre, avec un visage aux traits parfaitement réguliers, des yeux noisette, des dents magnifiques qui lui permettent de rester constamment souriant et une abondante chevelure gonflée par l’air de la mer. Fin et élancé, il conservera toute sa vie une silhouette svelte et des mouvements de félin qui participent à l’élégance de son port.

En 1763

Joseph rencontre sa cousine  Yolande de Polastron qui a neuf ans de moins que lui et pour laquelle il sera d’abord une sorte de frère aîné protecteur.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-comte-de-Vaudreuil-par-Carmontel-1759.jpg.Le comte de Vaudreuil par Carmontel (1759)

M. de Vaudreuil joignait à une galanterie recherchée une politesse d’autant plus flatteuse qu’elle part du cœur. Au reste, il est devenu fort difficile aujourd’hui (Madame Le Brun écrit après la Révolution) de donner une idée de l’urbanité, de la gracieuse aisance, en un mot des manières aimables qui faisaient, il y a quarante ans, le charme de la société à Paris. Cette galanterie dont je vous parle, par exemple, a totalement disparu.

Mémoires d’Elisabeth Vigée Le Brun

Si Joseph aime la société des femmes, il souhaite par dessus tout exercer sur elles son ascendant. Une propension à se croire supérieure qui s’accroît par le fait qu’il étudie beaucoup et acquiert très tôt une solide culture générale.

Vaudreuil aime Artois et il s’enorgueillit d’être son ami :

Lui-même avait souhaité pour son nom dans l’histoire, et tracé d’avance cette simple mention :  » Le digne fils d’Henri IV avait pour ami Vaudreuil . « 

Léonce Pingaud 

On disait que tous ces familiers de la comtesse Diane étaient des illettrés qui ne savaient rien de rien, si ce n’était sur les magots et sur le vieux laque, et voici qui me rappelle que lorsque la vieille Mme de Vaudreuil se plaignait de son fils, elle allait disant toujours, — ne m’en parlez donc point, il se ruine et nous fait mourir de faim pour acheter des chinoiseries ! Il ne s’acquitte seulement pas de me payer de mon douaire ; il est tombé comme un hébété qu’il est, dans la manie des chats bleus et des marabouts. C’est un Chinois ! il est dans les Chinois ; je vous dis qu’il est dans les Chinois ! Mais comme elle ne disait pas qu’il fût dans les mandarins lettrés, on n’y pouvait contredire.

La marquise de Créquy

Le 6 septembre 1766

D’une de ses liaisons avec une jeune fille de Saint-Domingue venue à Paris, naît une fillette, qui porte l’un de ses prénoms, Marie Hyacinthe Albertine. Baptisée sous le nom de Fierval, Marie Hyacinthe Albertine (1766-1842), déclarée fille naturelle de Joseph Hyacinthe de Vaudreuil, qu’il ne reconnaîtra jamais mais dont il surveille l’éducation, elle deviendra madame de Noiseville.

S’il considère que le mariage est un ennui, il n’entend pas s’ennuyer dans le célibat.

Le 7 juillet 1767

Yolande de Polastron épouse Jules de Polignac à l’église Saint-Sulpice à Paris, en présence de Vaudreuil qui a tout organisé.

Commence alors un ménage à trois : Vaudreuil s’inquiète peu de l’intimité du nouveau couple.

Marie-Antoinette ne l’apprécie guère mais l’inclue dans Son cercle intime par fidélité envers Sa favorite.

Le 22 avril 1769

Madame la comtesse du Barry est présentée à la Cour.

Madame du Barry - François-Hubert Drouais en reproduction imprimée ou copie  peinte à l'huile sur toileMadame du Barry par Drouais

Le 16 mai 1770

Le Dauphin Louis-Auguste, son petit-fils, épouse l’Archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.

 Gravure du mariage de Marie-Antoinette avec le Dauphin, le 16 mai 1770
Marie-Antoinette peinte vers 1770 par Joseph Ducreux

Le 16 novembre 1773

Charles d’Artois épouse Marie-Thérèse de Savoie, sœur de Marie-Joséphine, comtesse de Provence.


16 novembre 1773: Mariage du comte d'Artois avec la princesse Marie Thérèse  de Savoie

Le 10 mai 1774

Mort de Louis XV.

Louis XV, roi de France, âgé de 64 ans, deux mois avant sa mort, en mars 1774, par Montpetit

La Reine donne au château de Versailles une fête qui ouvre la saison d’été. Ce soir-là,  le beau-père de Yolande l’emmène au château de Versailles. C’est là qu’elle va attirer l’attention de Marie-Antoinette.

Yolande de Polignac n’est pas une intellectuelle mais une affective, et une passionnée. Un rien peut la blesser très fort. Elle n’est ni ambitieuse, ni intrigante, ni vénale, mais d’autres dans ses entours le sont pour elle !

polignac - Portraits de la duchesse de Polignac - Page 6 98048712

Vaudreuil présente à Artois la femme du demi-frère de Yolande de Polignac, Louise de Polastron qui devient sa maîtresse.

On voit l’intervention de la comtesse Jules dans de nombreuses affaires concernant la Reine ( Affaire du comte de Guînes 1775-76, rapprochement avec Maurepas [1775-76]).

Vaudreuil est l’esprit culturel et politique du clan Polignac que composent Yolande et son mari, la comtesse Diane, Louise de Polastron et Besenval.

« Au lieu de ces voitures lourdes et superbes où la feue reine se plaçait avec toutes ses dames, Marie-Antoinette emploie des chars élégants pour elle seule, Mme de Polignac, MM. de Vaudreuil et Besenval. […] Point d’officier ni de garde d’escorte. On va dans cet équipage à Trianon s’ébattre, innocemment sans doute, mais dans une liberté qui prête à calomnie.« 

Le comte de Saint-Priest

« Madame de Polignac gagne chaque jour du terrain dans le cœur de la reine. […] Le comte de Vaudreuil en est aux anges et cela le rend presque tendre pour la comtesse Diane. »

Madame d’Adhémar

Le 1er septembre 1777

Madame de Polignac ayant refusé la place de dame du palais comme celle de dame d’atours, avec les dividendes qui vont avec , la Reine fait attribuer à Monsieur de Polignac la survivance de la charge de premier écuyer, au détriment du duc de Lauzun auquel la place avait été proposée.

En août 1778

Vaudreuil monte pour la Reine le premier spectacle théâtral, il sera suivi par de nombreux autres en 1779, 1780 et 1782…

L’Enchanteur, comme le surnomme Marie-Antoinette, se charge de diriger la nouvelle troupe se faisant aider par Cailleau, retraité de l’Opéra-Comique, et par le chanteur Richer, qui mène habituellement les représentations à Chantilly. A Marie-Antoinette il fait donner des leçons de jeu et de diction par le comédien Dazincourt.

Le 14 mai 1780

Yolande accouche de Jules , et les mauvaises langues répandent des bruits :


Mme Jules de Polignac fait ses couches tout bonnement dans l’appartement de M. de Vaudreuil.  Antoinette ne quitte pas le chevet de son lit et lui sert de garde accoucheuse. Les ignorants et ceux qui ne se connaissent pas plus aux intrigues de la Cour qu’aux différents motifs qui les déterminent, trouvent singulier que Mme Jules n’ait pas fait ses couches au château de Versailles, et ne se soit pas mise à portée de son amie : cela paraît plus naturel, plus décent. Ces gens là ne savent pas que cela n’eût pas convenu. Ces fréquents voyages de Paris, ces visites, ont un but qui n’eût pas été rempli autrement. Mme de Polignac a fait un garçon; Vaudreuil sait donc faire des garçons …  A la fin de tout cela, nous aurons un Dauphin .

Henri d’Alméras :Marie Antoinette et les pamphlets royalistes et révolutionnaires

Vaudreuil est collectionneur ; passionné par la vie intellectuelle, il fréquente des écrivains. Il aime le théâtre. La Correspondance littéraire de Grimm le décrit comme le « meilleur acteur de société qu’il y ait peut-être à Paris« .

Pour peu que la Reine s’y fût prêtée, le salon de Madame de Polignac eût pu exercer une influence considérable sur le mouvement artistique et littéraire de l’époque. Vaudreuil aimait à s’entourer de peintres, d’écrivains, de musiciens. Il chantait très agréablement. Grimm le cite comme le meilleur acteur de la société qu’il y eût à Paris. Il était poète à ses heures et savait aiguiser des épigrammes qu’il ne laissait voir qu’à quelques intimes.
Lebrun-Pindare ayant un jour oublié chez lui son Horace, Vaudreuil le lui renvoya avec un billet en vers par Madame Lebrun, qui nous a conservé la réponse :

 » Une Grâce, une Muse, en effet, m’a remis
Les jolis vers dictés par le dieu du Parnasse
Au plus céleste des amis,
A Mécène-Vaudreuil qui chante comme Horace …
Horace avec plaisir chez vous s’était perdu.
Vous en avez si bien l’esprit et le langage
Que, par un charmant badinage,
Vous me l’avez deux fois rendu.  »

Le Petit-Trianon, histoire et description par Gustave Desjardins

Courtisan intriguant et avide à Versailles, Vaudreuil se révèle à Paris un mécène éclairé et un authentique connaisseur.
Fidèle à la tradition nobiliaire, le comte se fait un point d’honneur de mener un train fastueux, de disposer de demeures magnifiques, de subventionner écrivains et artistes, et de collectionner des œuvres d’art.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Vaudreuil.jpg.
Portrait de Joseph Hyacinte de Paule de Rigaud, comte de Vaudreuil
Paris, musée Jacquemart-André

Le comte de Paroy, locataire rue de Cléry d’un appartement de l’Hôtel Lubert, le présente à ses propriétaires.
Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, qui a installé sa galerie à la même adresse, est un des marchands d’art parisiens les plus importants et les mieux informés ; et son épouse, Elisabeth Vigée Le Brun, qui a là son atelier est une peintre déjà reconnue.

Mais d’autres artistes trouvent asile à l’Hôtel Lubert, qui est devenu une véritable « ruche »…

C’est là que, vers 1780, devenu un habitué des soirées chez les Le Brun, Vaudreuil se passionne pour la peinture contemporaine, ses différentes tendances esthétiques (…) se liant d’amitié avec les artistes présents, se mettant à leur écoute, achetant leurs œuvres.

Fin 1780

Jules-César de Crémeaux (1732-1780), marquis d’Entragues décède et laisse vacante la place de Grand Fauconnier de France. C’est  Vaudreuil qui le remplace. Il sera le dernier titulaire de cette charge qui remonte à 1205 et qui est plus honorifique qu’autre chose. Elle est surtout lucrative …

Le 21 octobre 1781

Marie-Antoinette accouche enfin d'un premier Dauphin, le 22 ...Naissance du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François (1781-1789).

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-et-Son-Dauphin-775x1024.jpg.

Et si, très probablement, il ne commencera sa collection d’art moderne qu’à son retour de l’expédition à Gibraltar avec Artois, tout laisse à penser qu’il est déjà depuis des mois l’amant de la maîtresse de maison.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Autoportrait-au-ruban-cerise-dElisabeth-Vigee-Le-Brun-828x1024.jpeg.Autoportrait au ruban cerise d’Elisabeth Vigée Le Brun

Le parcours de mécène et collectionneur exercé par Vaudreuil est bref, moins d’une décennie, et marqué par deux ventes aux enchères importantes.

Vaudreuil par Drouais

La première vente aux enchères remonte à 1784, quand le comte décide de sortir de sa collection pour les vendre les « anciens maîtres » qui constituent à l’époque la base de toute collection digne d’intérêt.

L’Hôtel du Grand Prieur au Temple, chez le comte d'Artois Jean-b14Autoportrait de Jean-Baptiste-Pierre Le Brun

Confiés aux mains expertes de Jean-Baptiste-Pierre Le Brun, les tableaux mis aux enchères atteignent des sommes considérables, grâce entre autres au comte d’Angiviller, Surintendant des bâtiments du Roi, qui achète pour le compte de la Couronne trente-six œuvres de maîtres hollandais et flamands du XVIIe siècle, déboursant trois cent mille livres

Besenval évoque son amour-propre surdimensionné et la violence de son caractère : « Au jeu, à la chasse, dans la conversation même, la moindre contrariété le mettait hors de lui. »

En 1782

Il accompagne le comte d’Artois au siège de Gibraltar qui dure depuis le 24 juin 1779 et s’achève le 7 février 1783. Il vise à enlever ce point stratégique aux Anglais à la faveur de la guerre d’Amérique. L’opération est conjointement menée avec l’Espagne et sera très onéreux.

Proche de la Reine dont il est l’un des favoris, cousin de Yolande de Polignac (1749-1793), également favorite de Marie-Antoinette, il profite des largesses de la souveraine.

Le comte de Vaudreuil Vlbvau10Le comte de Vaudreuil par Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun (1784)

En mars 1783

Le jardinier Thomas Blaikie (1751-1838) se rend à Gennevilliers. Il affirme dans son journal que Madame Le Brun (1755-1842) est la maîtresse de Vaudreuil…

Madame Campan rapporte cette scène où Vaudreuil sortant de ses gonds brise la queue de billard préférée de Marie Antoinette,  sculptée d’un bloc dans une défense d’éléphant : à en croire la narratrice, Vaudreuil a ainsi vu lui passer sous le nez la charge de gouverneur du Dauphin qu’il sollicite alors que Madame de Polignac est devenue gouvernante des Enfants de France:

« Voilà de quelle manière M. de Vaudreuil a arrangé un bijou auquel j’attachais un grand prix. Je l’avais posée sur le canapé pendant que je parlais à la duchesse dans son salon. Il s’est permis de s’en servir et dans un mouvement de colère pour une bille bloquée, il a frappé si violemment contre le billard qu’il l’a cassée en deux. Le bruit me fit rentrer dans la salle. Je ne lui dis pas un seul mot, mais je le regardais avec l’air du mécontentement dont j’étais pénétrée. »

Aucune description disponible.

Le 8 juin 1783

Vaudreuil reçoit le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit en même temps que le comte d’Esterházy et quelques autres qui ont montré leur valeur militaire.

Valentin d’Esterházy

Le 26 septembre 1783

Joseph de Vaudreuil fait monter dans son théâtre du château de Genneviliers La Folle Journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais, après quelques amendements par le censure.

« Il y a quelque chose de plus fou que ma pièce, c’est son succès! »

Beaumarchais
Alain Pralon incarne Vaudreuil dans Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc

En octobre 1783

Vaudreuil, avec le soutien de Yolande de Polignac, assaille Marie-Antoinette pour obtenir la nomination de Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802) au contrôle général des finances.

Fichier:Charles-Alexandre de Calonne - Vigée-Lebrun 1784.jpg — WikipédiaCharles-Alexandre de Calonne par Elisabeth Vigée Le Brun

Dès lors la relation entre la Reine et Son amie se détériore car Marie-Antoinette se rend compte des manœuvres politiques que leur lien Lui fait faire… Elle déteste Calonne qu’Elle trouve intrigant.

Le 3 novembre 1783

Calonne est nommé contrôleur général des finances, contre la pression des milieux financiers.

En janvier 1784

Le comte de Vaudreuil acquiert le domaine de Gennevilliers. Elisabeth Vigée Le Brun réalise son portrait.

Le 27 avril 1784

Le Mariage de Figaro est joué publiquement sur la scène de la Comédie-Française.

La Reine Marie-Antoinette par Joseph CaraudMarie-Antoinette entourée de la princesse de Lamballe, la duchesse de Polignac et sans doute le comte de Vaudreuil au hameau de Trianon par Joseph Caraud (1821-1905)

Lorsque j’ai connu Lebrun, il était fort pauvre, et toujours vêtu comme un misérable. M. de Vaudreuil, qui n’avait pas tardé à s’enflammer avec raison pour son beau talent, lui envoya, sans se faire connaître, un grand coffre rempli de linge et d’habits.
Je ne sais si le poète est parvenu à deviner l’auteur de ce don anonyme ; mais, la Révolution venue, il est de fait qu’il n’a jamais vociféré contre M. de Vaudreuil autant qu’il vociférait contre beaucoup d’autres.
A la vérité, M. de Vaudreuil ne négligeait aucune occasion de le faire connaître et de répandre sa réputation.
Lebrun n’avait encore rien imprimé que le comte, ravi de l’ode sur  » Les courtisans « , parla de cette ode à la reine, qui lui marqua le désir de le connaître.
M. de Vaudreuil s’empressa de l’apporter et de la lire à Sa Majesté.
Quand il eut fini : « Savez-vous, lui dit la reine, qu’il nous ôte notre enveloppe ? »

M. de Vaudreuil me rapporta cette réflexion si juste : elle me frappa beaucoup plus qu’elle ne l’avait frappé lui même ; car il ne voulait voir dans tout cela que de la philosophie poétisée, tandis que Lebrun et ses pareils prêchaient pour l’avenir.
La preuve en est que, pendant la Révolution, ce Pindare devint atroce !
Ses strophes sur la mort du roi et de la reine sont infernales.
Pour la honte de sa mémoire, je voudrais qu’elles fussent imprimées en face du quatrain composé par lui, le jour où le roi lui fit une pension, et qui finit ainsi :

 » Larmes que n’avait pu m’arracher le malheur,
Coulez pour la reconnaissance. « 

Mémoires d’Elisabeth Vigée Le Brun
polignac - La duchesse Jules de Polignac - Page 15 Duches17 La Duchesse debout auprès d’un piano-forte par Élisabeth Vigée Le Brun (1787)

 » Le comte de Vaudreuil devait tout ce qu’il était à la Cour, mais, à peine quittait-il comme un habit de gala cette existence artificielle, qu’il redevenait un homme de la nature et s’abandonnait à de magnifiques rêves d’avenir. Ou plutôt, aidé par l’imagination des autres, il regardait en arrière vers l’époque de l’égalité primitive et de l’âge d’or.  »
Ces mots décrivent exactement l’attitude de ces  » gentilshommes démocrates  » qui, au commencement de la Révolution, comprenaient le chevalier de Boufflers, le comte de Vaudreuil, les ducs de la Rochefoucauld et d’Aiguillon, le marquis de Mirabeau, La Fayette, Charles et Mathieu de Lameth, le comte de Virieu, les frères Trudaines, le général de Beauharnais et les Custine.  » Alors, comme maintenant, remarque Gustave le Bon, c’était parmi les plus favorisés de la fortune que l’on trouvait les plus ardents réformateurs . « 

 John Callewaert

Le 9 août 1785

Böhmer est reçu par Marie-Antoinette qui, entendant le récit, tombe des nues. Elle lui avoue ne rien avoir commandé et avoir brûlé le billet. Furieux, Böhmer rétorque :

« Madame, daignez avouer que vous avez mon collier et faites-moi donner des secours ou une banqueroute aura bientôt tout dévoilé ».

La Reine en parle alors au Roi et, sur les conseils de Breteuil, ministre de la Maison du Roi.

Le 15 août 1785

Le cardinal de Rohan

Le cardinal de Rohan est convoqué par le Roi : il avoue son imprudence mais nie être l’instigateur de l’affaire, faute qu’il rejette sur Madame de La Motte. Il est arrêté le jour même en habits liturgiques dans la Galerie des Glaces devant toute la Cour, alors qu’il se rend à la chapelle du château pour célébrer la Messe de l’Assomption : on le soupçonne d’avoir voulu flétrir l’honneur de Marie-Antoinette. Les proches des Rohan et les ecclésiastiques sont outrés.

En 1786

Vaudreuil ne cache pas son soutien au cardinal de Rohan, il part plusieurs mois avec le duc de Choiseul-Gouffier et le comte de Narbonne pour visiter les Pays-Bas.

Réservez vite votre billet pour visiter le Château de Beloeil - PatriviaLe château de Belœil

Il passe plusieurs semaines au château de Belœil chez le prince de Ligne (1735-1814), histoire de se faire oublier…

L’instinct de supériorité de Joseph lui donne à croire qu’il n’a plus à se contraindre en rien. Il en prend de plus en plus à son aise en présence de Marie-Antoinette , confondant désormais la familiarité dont la Reine l’honore avec la franche insolence.

Fin 1786

Louis XVI aussi est las des insolences de Vaudreuil et il décide de suspendre la charge de Grand Fauconnier.

En avril 1787

La chute de Calonne fait l’objet d’une lutte acharnée entre Vaudreuil et Polignac qui font leur possible pour maintenir le ministre, complaisant pour leurs dettes colossales et la Reine qui fait le siège de Son mari afin d’obtenir la tête du contrôleur général.

Vaudreuil séjourne avec les Polignac en Angleterre.

A l’été 1787

Vaudreuil vend le château de Gennevilliers.

Patrimoine - Office de tourisme de Gennevilliers

A l’automne 1787

Il part pour Rome avec son cousin le comte de Paroy, amateur d’art qui a quitté la carrière militaire pour se consacrer au dessin et à la gravure. Il y passe huit mois, reçu par son ami le peintre François-Guillaume Ménageot qui dirige l’Académie de France à Rome et par le vieux cardinal de Bernis (1715-1794).

Le cardinal de Bernis

En 1788

Vaudreuil vend son hôtel de la rue de la Chaise, placé sous scellés par ses créanciers.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-fabuleux-destin-dElisabeth-Vigee-Le-Brun-Vaudreuil-2-1024x576.png.Images du Fabuleux Destin d’Elisabeth Vigée Le Brun d’Arnaud XainteL’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-fabuleux-destin-dElisabeth-Vigee-Le-Brun-Vaudreuil-1024x576.png.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-fabuleux-destin-dElisabeth-Vigee-Le-Brun-repas-a-la-grecque-3-1024x576.png.

En novembre 1788

Jean-Baptiste Le Brun organise la vente des tableaux, des meubles et d’objets d’art en tout genre de Vaudreuil, qui ne conserve que les quatre portraits qu’il a commandés à Madame Vigée Le Brun.

Conscient qu’il n’a plus rien à espérer, Vaudreuil donne une procuration générale au duc de Polignac pour liquider son passif et il quitte Versailles.

En juin 1788

Vaudreuil rentre à Paris où il n’a plus de logement : le comte d’Angiviller l’héberge dans une dépendance de l’Orangerie des Tuileries.

Toujours orgueilleux mais moins présomptueux, il reparaît à la Cour et à la ville. Il retrouve la société de la Reine plus ou moins éparpillée.

La Reine ne lui fait pas mauvais accueil mais reste distante.

Le 8 août 1788

Convocation des États-Généraux pour le 1er mai 1789.

Vaudreuil s’alarme  et présente au Roi un réquisitoire véhément contre ce projet qu’il fait signer au comte d’Artois.

 Le 5 mai 1789

Ouverture des États-Généraux.

Procession des trois ordres, du Roi et de la Reine qui se rendent dans la Salle des Menus Plaisirs de Versailles.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Ouverture-des-Etats-Generaux-1024x568.jpg.

Les souvenirs du marquis de Ferrières nous éclairent sur le rôle tenu par le salon de la duchesse de Polignac entre le moment où les Etats généraux se sont réunis et les événements du 14 juillet. On y perçoit la manœuvre qui s’y joue pour rallier à leurs idées l’ensemble des députés du second ordre et notamment les provinciaux moins acclimatés aux méandres de la politique parisienne et à ses intrigues de Cour :

« Les grands ont soin d’entretenir notre résolution de ne point consentir au votement par tête. Ils disent ouvertement que la noblesse de province sauvera l’état.« 

Si, dans ses activités de lobbying, la duchesse semble se cantonner à son rôle d’hôtesse aimable , mais assez passive, si le duc, à son habitude, s’y montre absent, on y voit par contre déployer tous leurs talents le comte d’Artois, Diane de Polignac et le comte de Vaudreuil.

Le 22 mai 1789

«Je dinai chez la duchesse de Polignac. Le comte d’Artois y vint dîner. Libre, familier, causant avec l’un, causant avec l’autre, de manières engageantes, il se mit à table. On me plaça entre la comtesse Diane de Polignac et le fameux comte de Vaudreuil. Grâce aux ressources que j’ai dans l’esprit, la conversation se soutint sans langueur entre nous trois. Ce fut même au point que je n’eus pas le temps de manger, quoique le dîner fût magnifique et délicat. Le comte et moi sommes devenus amis. Il est charmant, simple, rempli d’esprit et de finesse ; il aime les arts, cultive les lettres. Je ne suis point étonné de son succès ; c’est l’homme le plus aimable de la cour. La comtesse Diane a de l’esprit. C’est elle qui gouverne sa famille. Elle me fit un compliment fort honnête au sortir de la table et je m’aperçus bientôt qu’elle avait rendu un témoignage avantageux de moi. La duchesse m’adressa la parole et M. le comte d’Artois vint directement à moi et causa un moment […]. C’est une maison où l’on est libre, on y parle et comme le dit la duchesse, c’est l’Hôtel de la liberté

Le marquis de Ferrières

Le 29 mai 1789

«J’étais entre la comtesse Diane et le comte de Vaudreuil. La comtesse est, dit-on, l’esprit de la famille ; elle en a effectivement. Le comte est charmant ; je n’ai point vu d’homme plus aimable. […] La duchesse de Polignac ne parle pas et a l’air ennuyée. Sa jolie fille, la duchesse de Guiche ne dit pas non plus grand chose.»

Le marquis de Ferrières

Le 4 juin 1789

Mort du Dauphin, Louis-Joseph-Xavier-François, à Meudon.

04 juin 1789: Mort du Dauphin Louis Joseph Xavier - Le blog de Louis XVIMort du Dauphin dans les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

Le 20 juin 1789

Serment du Jeu de paume

Vaudreuil assiste, éberlué, à la séance aux cours de laquelle les représentants des états, galvanisés par Mirabeau, se constituent en Assemblée nationale.

Reproduction du Tableau LE SERMENT DU JEU DE PAUME de Jean Louis DAVID | Jeu  de paume, Le serment, Jean louis davidTableau de Jacques-Louis David

Le 11 juillet 1789

Necker est renvoyé par le Roi

Le 14 juillet 1789

Prise de la Bastille.

Comment la prise de la Bastille est-elle racontée par Jules Michelet ? – Un  Texte Un Jour

Le soir du 16 juillet 1789

Les Polignac partent incognito pour la Suisse et le comte d’Artois pour les Pays-Bas.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Depart-Polignac-1-1024x819.jpg.

Vaudreuil, accompagné de son écuyer Grailly, quitte la France avec Artois et M. d’Hénin, capitaine des gardes, à cheval sans même un bagage, avec seulement trente louis en poche. Par des voies détournées, ils gagnent la forêt de Chantilly où une voiture du prince de Condé les attend.

Le comte Charles-Philippe d'Artois, futur Charles X - Page 5 Danlou11Charles d’Artois

Le 18 juillet 1789

De là ils se rendent à Namur en passant par Valenciennes où ils retrouvent Esterházy dans sa garnison qui voit arriver Joseph brûlant de fièvre.

Le 14 août 1789

Vaudreuil retrouve les Polignac qui arrivent en Suisse. Il les emmènera à Rome chez le cardinal de Bernis.

…  sur le point de quitter la France avec M. le comte d’Artois, chassé par les vociférations et les insultes de la populace, je voulus prendre congé de l’infortunée princesse. Elle me reçut. Ces deux semaines, péniblement « coulées dans les crimes et les massacres, avaient bien mûri ses idées. Je remarquai qu’elle était pâle, triste, amaigrie. Le découragement se peignait dans ses traits, mais son attitude conservait encore cette majesté qu’elle devait porter jusque sur l’échafaud.
Arrivé prés d’elle, je posai un genou à terre et je balbutiai quelques mots d’adieu. Son visage daigna se pencher vers le mien. Je sentis ses larmes qui roulaient sur mon front.  » Vaudreuil, me dit-elle d’une voix étouffée,  » d’une voix dont l’accent me restera toujours  » dans la mémoire, vous aviez raison, Necker est un traître, nous sommes perdus.  » Je levai les yeux avec effroi pour la regarder. Elle avait déjà repris son air de calme et de sérénité. La femme s’était trahie devant moi seul; le reste de la cour ne vit que la souveraine.

Le départ de Vaudreuil en exil, extrait des Souvenirs d’un académicien sur la Révolution, le premier Empire et la Restauration.

La nuit du 4 août 1789

Abolition des privilèges.

4 août 1789 : abolition des privilèges et droits féodaux | RetroNews - Le  site de presse de la BnFLa Nuit du 4 août 1789, gravure de Isidore Stanislas Helman (BN)

Le 26 août 1789

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 — Wikipédia

Le 5 octobre 1789

Des femmes du peuple venues de Paris marchent sur Versailles pour demander du pain.

LES ACTEURS DE LA REVOLUTION : MARIE-ANTOINETTE, REINE DE FRANCE ...

La famille royale se replie dans le château…

Le 6 octobre 1789

Vers cinq heures du matin, les appartements privés sont envahis. La Reine s’échappe en jupon par une porte dérobée. Plus tard, Sa présence est réclamée par la foule. Elle va au-devant du peuple, courageuse, au mépris de Sa vie.

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La famille royale est ramenée de force à Paris.

Elle s’installe aux Tuileries et un semblant de vie de Cour se met en place.

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Dans son exil Vaudreuil veille avec soin sur Louise de Polastron.

Chacun en Suisse se consacre avec maladresse à essayer de sauver la monarchie.

En mai 1790

Vaudreuil se rend à Florence puis à Venise.

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Le 24 mai 1790

A dix heures et demie le matin, Bombelles embarque dans sa péotte armée de six bons rameurs, le duc et la duchesse de Polignac, le duc et la duchesse de Guiche, le comte de Vaudreuil, le vicomte et la vicomtesse de Vaudreuil, et Idalie de Nyvenheim, la fiancée d’Armand de Polignac. Ils arrivent à cinq heures à l’Hôtel de France où monsieur et madame de Champcenetz, le vicomte de Polignac, Diane, Angélique de Bombelles et tous les enfants les attendent. Guichette préfère aller chez Diane mais le reste de la société dîne chez Bombelles, avant d’aller s’établir au Lion Blanc, la meilleure auberge de Venise, sur le Grand Canal. Puis Bombelles emmène Yolande sur la place de Saint-Marc, où tout le monde s’empresse pour voir cette dame si célèbre.

Le 26 mai 1790

Le marquis de Bombelles conduit les ducs de Polignac et de Guiche ainsi que Vaudreuil visiter la superbe maison de Carpenedo. Ses grands jardins à la française donnent sur une terrasse qui domine la grande route d’Allemagne à Venise passant par Trévise ; c’est celle du Frioul et de toutes les provinces adjacentes. Un pavillon octogonal, orné dans le même goût que le château, orne le grand chemin.

Le 14 juillet 1790

 Fête de la Fédération.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Fete-de-la-Federation-1-1024x640.jpg.Jean-François Balmer dans Les Années Lumières de Robert Enrico (1989)

J’ai reçu cette nuit le courrier de Turin.  Il m’apporte les détails de ce qui s’est passé à la journée du 14.   Vous verrez, par les imprimés que je vous envoie, que tout a été tranquille et que le bon ordre n’a point été troublé.
Les dispositions de tous les fédérés de province étaient tellement en faveur du roi que, s’il avait voulu dire un seul mot, ils auraient tous été à ses pieds.  Mais ce mot n’a pas été dit, et voilà encore un grand moment manqué, qui reculera les espérances des bons serviteurs du roi .

Vaudreuil au marquis de Bombelles

Le 20 juin 1791

Évasion de la famille royale.

La fuite à Montmédy et l'arrestation à Varennes Louis_55

Le 21 juin 1791

La famille royale est reconnue et arrêtée à Varennes.

Le 25 juin 1791

 La famille royale rentre à Paris sous escorte.

Le Roi est suspendu.

Vicence, ce 29 juin 1791

Nous venons de recevoir un courrier de Turin, qui nous est envoyé par Sérent et qui s’était arrêté à Milan pour remettre à l’Empereur une dépêche de Sérent.
La nouvelle qu’il nous apporte nous paraît appuyée de tant de vraisemblances sur le départ du Roi, de la Reine et de M. le Dauphin, que nous nous livrons à cet espoir. Le bulletin disait que le Roi était parti depuis sept heures, quant l’Assemblée a appris cet important événement. Une aussi grande avance nous fait espérer que rien n’aura pu empêcher la marche du Roi, qui d’ailleurs doit avoir été combinée avec vous, avec l’Empereur, et avec Esterhazy, puisque Leurs Majestés (suivant la nouvelle) se dirigeaient vers Tournay. Sept heures d’avance doivent suffire pour assurer la sortie du royaume, et, quand même Leurs Majestés ne seraient pas sorties, le Roi sera libre et maître hors les fers des enragés de Paris.
L’Empereur nous a fait dire par le courrier qu’il partirait aujourd’hui, mercredi, de Milan pour Vicence et Padoue, et que, si cette nouvelle se confirmait, il nous verrait ici à son passage.
Jugez combien le cœur nous bat ! Il est impossible d’exprimer tous les mouvements de joie, de crainte, d’espérance, qui se succèdent dans nos âmes.
J’ai envoyé sur-le-champ mon fidèle Schmit à Padoue pour instruire M. de Las Casas de nos espérances. Je viens de recevoir sa réponse, digne de l’ambassadeur d’un Bourbon. La moitié de sa lettre est pour vous et il gémit en ce moment des devoirs qui le retiennent.
Vous saviez sans doute ce projet, Monseigneur, et vous n’en avez pas fait part à votre fidèle serviteur, à votre ami ! Vous m’avez privé d’être le témoin du plus beau des moments. Mon extrême sensibilité en souffre, je l’avoue ; mais en même temps la raison me dit qu’un aussi important secret ne devait pas être confié à la poste, ni même à un courrier, et mon cœur se plaît à excuser le vôtre.
 ( Vaudreuil croit qu’Artois était dans le secret de cette évasion des Tuileries .  Il se trompe lourdement . ) J’attendrai l’Empereur pour apprendre la confirmation de ce départ, et je me flatte aussi que nous recevrons un courrier de vous ; et pendant ce temps je vais faire les arrangements de mon départ, avoir une voiture, car la mienne n’est pas en état de me conduire, et je partirai avec Armand, aussi empressé que moi de vous porter son coeur et son bras. Il ne fallait pas me confier un secret aussi important, parce qu’une lettre peut être égarée, parce qu’un courrier peut être infidèle ; mais comment ne m’avez-vous pas fait dire, sans autre explication : « Pars à l’instant ; j’ai besoin de toi ! » Ah ! mon cher prince, voilà le seul tort que vous ayez jamais eu avec moi ! Je ne suis pas tout à fait heureux, parce que ce poids m’est bien lourd, et parce que j’ai encore des craintes sur le succès de l’événement.
Vous avez dû, si vous étiez instruit, trouver les lettres que je vous ai fait parvenir bien folles ; mais tout nous faisait croire que vous étiez trompé, alors que nous ignorions le motif des tromperies. Tout est à présent expliqué de la plus belle manière, et voilà nos souverains réhabilités dans l’opinion de l’univers. C’est une de mes plus grandes jouissances. Toutes les lettres de Paris disaient que la Reine intriguait pour parvenir à de détestables accommodements ; qu’elle voulait une seconde législature ; enfin qu’elle trompait tout le monde, tandis qu’elle ne trompait que les véritables ennemis du trône et de la religion. Ah ! la voilà bien justifiée par cette grande démarche, e vous serez le premier sans doute à leur rendre hommage, à donner l’exemple de cet amour, de cette fidélité, de cette pureté qui ont toujours guidé vos démarches et votre belle conduite.
Le plus important est fait, si le Roi est libre ; mais tout n’est pas fait encore, et il faut, en rétablissant le trône, lui donner des soutiens que rien ne puisse plus détruire. Qu’allez-vous faire de toute cette belle noblesse qui vous entoure ? Je crois que le plus pressé est de rétablir des compagnies d’hommes d’armes pour l’honneur et la défense de la monarchie. Ce rempart inexpugnable s’élèvera contre toutes les nouvelles attaques des conjurés, et rien ne pourra plus menacer le trône quand il sera entouré par de pareils défenseurs. Un article bien important, c’est que les propriétés du clergé soient rétablies ; car si, le Roi devenu libre, il y avait une seule propriété violée, il n’y en aurait plus aucune de sacrée, pas même celle de l’Empire. Et d’ailleurs la conduite du clergé a été si belle, si courageuse, qu’il faut lui en donner la récompense, et sa cause est réunie à celle de la noblesse et du trône. Mais vos idées sur ces grands objets sont pures comme votre cœur et il es inutile que je vous en parle.
Je viens à mes amis, et je mets leurs intérêts dans vos mains. Quelque désir qu’ils aient de porter aux pieds de leurs souverains et de leurs bienfaiteurs leur joie, leurs respects et leur tendresse, ils doivent attendre ; et, dans cette circonstance, ce que votre amitié avait imaginé pour eux est ce qu’il y a de mieux et de plus sage et de plus décent. Achevez votre ouvrage, et que, de l’aveu du Roi et de la Reine, ils aillent à Vienne. Ne perdez pas cet objet de vue. Je pense que leur bonheur y est attaché, et que vous ne serez pas parfaitement heureux, si vous n’avez assuré le bonheur de vos amis.
Quant à moi, combattre, s’il le faut, à côté de vous, parer les coups qu’on voudrait vous porter, voilà mon ambition et ma fortune.
Daignez porter mes hommages et ma fidélité aux pieds de mes souverains. Ils savent que je les ai bien servis, en étant le compagnon de votre retraite qui les a sauvés tous. J’en ai la récompense, puisque vous m’aimez, et je n’en veux pas d’autre.
Et Calonne ? Se servira-t-on de ses sublimes talents ? Reconnaîtra-t-on enfin la pureté de son zèle, de son courage ? Je le souhaite pour la gloire de mon pays plus encore que pour celle de mon ami.

M. de Vaudreuil au comte d’Artois

Padoue, 2 juillet 1791

Ah ! Monseigneur, quel passage subit et effroyable de la joie à l’horreur, à la rage ! Se peut-il que des Français marchent de crime en crime et aient mis le comble à leur infamie par le plus grand des attentats ? Nous venons d’apprendre de la bouche même de l’Empereur, instruit par un courrier de M. le prince de Condé, que le Roi, la Reine, M. le dauphin Madame et Madame Elisabeth ont été arrêtés à Varennes, à six lieues des frontières de France. Jugez, parce que vous éprouvez de notre accablement, car vous ne vous tromperez jamais en jugeant nos sentiments d’après les vôtres. Voilà donc les projets, les plans de ce baron (Breteuil) , qui croit qu’on ne peut rien sans lui, et qu’on peut tout par lui !
Mais laissons là les reproches, les imprécations, les regrets, et parlons du remède. Je puis à présent vous répondre qu’il sera sûr et prompt. Nous venons de passer trois heures avec l’Empereur, et voici les résultats. Sa parole nous en est donnée, et il nous permet de vous la faire passer. Il va attendre les détails du funeste événement qui nous est annoncé, parce qu’il espère encore, et nous espérons aussi que sur la route le Roi trouvera des défenseurs, des libérateurs, et que les indignes Français ne se couvriront pas impunément du crime d’avoir une seconde fois emprisonné leur Roi ; voilà une hypothèse, et en voici une autre : c’est celle dans laquelle les malheureux auraient consommé leur crime et reconduit le Roi à Paris. Dans les deux cas, l’Empereur est absolument décidé.
Si le Roi a été délivré, il va déployer toutes ses forces pour lui rendre et affermir son trône ; il fait en même temps partir un courrier pour l’Espagne, un pour Turin, un pour la Suisse, et, réuni aux princes de l’Empire, il aura bientôt rétabli son beau-frère, son allié, et servi la cause de tous les rois. Ses pleins pouvoirs seront sur-le-champ envoyés à M. de Mercy et au général Bender, tant pour agir que pour faire précéder l’action par un manifeste.
Si le Roi est retombé dans les chaînes, il n’est plus question que de vengeance, sans plus délibérer. Alors ce sera à Monsieur et à vous à faire le premier manifeste en vos noms, au nom de tous les Français fidèles, et il sera appuyé par celui de l’Espagne et par le sien, et soutenu par des forces imposantes.
L’Empereur ne veut plus de délai que celui nécessaire pour être bien instruit des détails de l’un ou l’autre événement, et le temps nécessaire pour la combinaison des mouvements.
L’Empereur a déployé dans cette occasion toute la tendresse d’un frère, la grandeur d’âme d’un vrai monarque, et la décision des grands hommes dans les grandes circonstances. Je lui ai demandé la permission de vous faire part sur-le-champ de ses projets, et il me l’a accordée. Certes, il n’a pas besoin de témoins de ses engagements ; mais c’est en présence de ses deux enfants et du prince de Lichtenstein qu’il les a pris avec toute la force, toute la loyauté dignes de Léopold. Ne vous laissez donc point abattre par la douleur, ni dominer par la rage. Un frère, une soeur en danger et dans les fers ! Des Français déshonorés ! Quel coup pour l’âme de mon prince ! Mais nous les délivrerons, et nous les vengerons ; mais nous réparerons l’honneur français. Arrêtez donc, contenez encore l’ardeur de tous ces braves croisés qui vous entourent, pour mieux assurer les coups qu’ils vont porter. Le temps n’est pas encore tout à fait arrivé, dès que je ne suis pas à vos côtés ; car qui doute que je ne m’y trouve ?
Je reste, et je crois devoir rester, pour aider le duc de Polignac, saisir tous les moments, et être sûr, avant de partir, que tous les courriers sont partis, que tous les ordres sont donnés. L’Empereur lui-même approuve, désire, veut que j’attende, et j’obéis parce que c’est pour peu et que j’arriverai à temps.
Mon prince éprouvera une vraie consolation dans ses peines, en apprenant que le temps des vengeances est arrivé et que les intrigues même ne peuvent plus y mettre obstacle. En effet, le Roi, arrêté à six lieues des frontières, a dit à l’univers : « J’étais prisonnier ; j’ai voulu rompre mes fers ; » à tous les bons Français : « Délivrez-moi ; » à tous les rois : « Vengez-moi. » On ne peut rien opposer à cela et la force de ces motifs doit retentir dans toutes les âmes. Ah ! comme la mienne est émue ! Je vais ménager toutes mes forces pour les employer à servir mon prince, mon Roi, mon pays, et à réparer avec vous et tout ce qui vous entoure la tache imprimée au nom français.
Je n’écris pas à Calonne ; cette lettre est pour lui, pour tous ceux ralliés au panache blanc.

M. de Vaudreuil au comte d’Artois

Padoue, 3 juillet 1791

Ah ! Monseigneur, quelles trente-six heures nous venons de passer ! Et par combien d’alarmes, de douleurs et d’agitations nous avons acheté le bonheur ! Mais enfin, depuis la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire par Denis, un courrier, venu de Verdun à l’avoyer Steiger, puis à Turin, puis à Padoue, nous apprend que le Roi, la Reine et leur auguste famille a été sauvée par les manœuvres et la valeur de Bouillé. Notre désespoir s’est changé en transports de joie et je dois dire que l’Empereur, qui avait été consterné par l’arrestation du Roi, a éprouvé par sa délivrance un bonheur aussi vif que le mien même. J’avoue que je jouis d’avoir dit à l’Empereur et à tous les Vénitiens, que l’arrestation du Roi avait accablés : « Je réponds que, si M. de Bouillé n’a pas été tué, il sauvera le Roi ; et comme les nouvelles ne disent pas que M. de Bouillé a été tué, j’ose répondre que le Roi est sauvé. » Mes paroles se sont répandues dans tous les états Venitiens et y ont porté la consolation et l’espoir, jusqu’à la nouvelle et l’heureux dénouement qui me fait passer pour prophète. Ah ! il ne faut pas l’être pour prédire que Bouillé se sera fait tuer plutôt que de laisser prendre son Roi ; il ne faut que le connaître. J’espère bien qu’il est déjà maréchal de France.
L’Empereur a été parfait dans cette circonstance, et tout le monde a été frappé de la vérité des divers sentiments qu’il a éprouvés. Il est venu lui-même frapper, à quatre heures du matin, à la porte du duc de Polignac qui était couché et qui, en chemise, a appris de la bouche même de l »Empereur la délivrance du Roi, de la Reine et de sa famille.
Mais ce qui est inconcevable, c’est que l’Empereur n’ait reçu aucun courrier ni de vous, ni du Roi, ni de M. de Mercy, ni de Mme l’archiduchesse.
Je suis resté à attendre jusqu’à ce matin ; mais enfin je ne tiens plus à mon impatience, et je pars. L’Empereur m’a donné une lettre de compliments pour la Reine ; mais, afin qu’elle arrive plus vite, j’ai prévenu S.M.I. que je la donnerai à Armand, dont les forces, malgré mon ardeur, sont supérieures aux miennes. J’ai été si remué par toutes ces vicissitudes que j’ai été trois nuits entières sans fermer l’oeil et je craindrais de rester en chemin, si je forçai trop ma marche. J’irai cependant le plus vite que je pourrai, vous en êtes bien sûr.
Armand va partir à l’instant. Je partirai demain, à la pointe du jour ; mais, comme le courrier de Flachslanden ira plus vite que nous tous, le duc de Polignac lui remet ses dépêches et moi ma lettre.
Le duc de Polignac a fini sa mission auprès de l’Empereur, puisqu’il n’y en peut plus avoir que donnée par le Roi, devenu libre ; mais, Monseigneur, vous ne négligerez rien pour qu’il en ait une nouvelle, j’en suis bien sûr. Jusque-là, mes amis resteront à Vicence. Ils écrivent l’un et l’autre au Roi et à la Reine, et c’est Armand qui portera leurs lettres ; mais dans leurs lettres ils ne parlent que de l’excès de leur joie, de leur bonheur qui n’est troublé que par le regret de n’être pas à portée de les leur exprimer eux-mêmes, et ils expliquent les motifs qui les déterminent à attendre les ordres de Leurs Majestés, qui y verront une nouvelle preuve de leur délicatesse et de leur dévouement.
Ah ! Monseigneur, quels transports auront été les vôtres, en revoyant tous les objets chers à votre excellent cœur, et surtout après tous les dangers qu’ils ont couru ! Le ciel m’aurait dû, pour récompense de mon attachement et de ma fidélité, de me rendre le témoin de cette belle et touchante scène.
Il ne doit plus rester dans un cœur comme le vôtre de traces de tous les torts réels ou apparents qui ont croisé vos projets. La dernière action du Roi ses fers rompus réparent tout, et font tout ce que vous vouliez faire. Puisqu’il avait le projet de fuir ses bourreaux, il a dû arrêter tous vos mouvements, qui pouvaient nuire à son plan, et tout est expliqué. Une union parfaite entre vous et le Roi et le Reine est plus nécessaire que jamais au rétablissement et à l’affermissement du trône. N’écoutez que cela. Toute autre chose serait funeste tôt ou tard. Je suis bien sûr que Calonne et que votre cœur ne vous donneront pas d’autre conseil. Réunissez la considération juste que vous avez acquise à tous les moyens que le Roi a conquis par son évasion, pour régénérer la monarchie et la religion. Vous pouviez, vous deviez donner des ordres, quand le Roi était dans les fers, quand il ne pouvait avoir que des résolutions dictées par la contrainte, quand il pouvait être à chaque instant victime de mille embûches ; mais à présent il a repris son pouvoir, et vous n’avez plus que le droit de l’éclairer, de lui parler avec la loyauté et la franchise qui vous caractérisent ; mais il faut surtout donner l’exemple de l’obéissance. Dans les premiers moments, les yeux de l’univers sont fixés sur vous, et vous allez être jugé. Mille troubles nouveaux, plus dangereux peut-être que les premiers, naîtraient d’une division entre vous, et on ne remet l’ordre qu’en se soumettant à l’ordre ; c’est à vous particulièrement à en donner l’exemple. Donnez au Roi tous les cœurs que votre conduite a conquis. Ah ! mon prince, vous mettrez ainsi, et non autrement, le comble à votre gloire.
Il me paraît clair qu’il n’y a pas eu d’accommodement contraire aux droits indestructibles de la monarchie et du monarque ; ainsi vous n’avez plus à protester, mais à jouir, aider et obéir. Mais pourquoi dire à mon prince ce qu’il voit, ce qu’il sent comme moi ? C’est pour qu’il connaisse que celui qu’il honore de son amitié en est digne.
Toutes les prétendues intrigues de la Reine ne sont plus à présent que des démarches nécessaires et bien combinées, puisqu’elle avait un plan, et que le plan a réussi. Tout autre raisonnement porterait à faux. Je n’aime pas M. le baron de Breteuil ; mais si, dans cette occasion, il a guidé ce plan, la France entière lui doit son salut. Je lui fais hommage de ma reconnaissance ; mais je ne le verrai jamais, parce qu’il a été l’ennemi de mes amis, et mon cœur ne peut écouter rien que cela.
En finissant sa mission, le duc de Polignac à décider l’Empereur à envoyer cent mille francs à Sérent pour les besoins urgents, à fournir les armes aux catholiques du Languedoc, à indiquer à l’Espagne qu’il est peut-être urgent – le Roi de France ne pouvant pas dans les premiers moments disposer de ses escadres – d’envoyer des avisos dans nos colonies pour avertir de la délivrance du Roi et prévenir, s’il est possible, les mauvaises manœuvres des scélérats. L’ambassadeur d’Espagne a envoyé un courrier en conséquence, tant il a été frappé de cette importance. Le duc de Polignac vous rend compte de tout cela et de quelques autres objets ; puis il prendra congé de l’Empereur, sa mission étant finie jusqu’à de nouveaux pouvoirs. Le duc pense qu’il serait peut-être plus avantageux pour lui, si on place M. de Vérac ailleurs, de prendre sa place en Suisse. De toute manière, c’est ce qu’il y aurait de mieux, de plus décent pour sa position, et il laisse en vos mains le soin du bonheur de vos amis.
Mme de Polignac m’a montré la lettre qu’elle écrit à la Reine, et en vérité je ne crois pas qu’on puisse mieux penser et mieux dire, vu sa position.
Je forme les vœux les plus ardents (et j’en ai l’espoir) pour que les préventions qu’on avait contre Calonne aient été effacées par les preuves multipliées de son zèle infatigable, de son courage, de sa fidélité et de ses talents ; mais, si les préventions subsistent encore, faites votre possible pour les détruire ; et, après cela, si vous n’y réussissiez pas, restez-en là, et qu’il retourne au lieu qu’il avait quitté pour servir son pays et son maître, mais que du moins il y retourne avec la décoration qu’il n’a jamais mérité de perdre. Cet objet ne peut pas, ce me semble, être douteux. Mais, Monseigneur, on ne force pas la confiance ; vous l’entreprendriez en vain, et dans une telle circonstance, il faut, pour produire un bien si difficile à faire, une confiance absolue. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourrait travailler utilement. Toute autre chose est indigne de lui et de vous qui l’aimez.
Je vous ai dit tout ce que mon cœur, ma raison, ma conscience m’ont dicté. Il ne me reste plus qu’à vous rejoindre, à vous presser dans mes bras, et à combattre sous vos yeux. J’y cours.

P.S. Le duc de Polignac vous mande, Monseigneur, qu’il vous renvoie votre lettre à l’Empereur qu’il a jugé inutile de lui remettre, les circonstances étant absolument changées. Comme vous en avez copie, il est inutile de vous la renvoyer, et je la brûle.

M. de Vaudreuil au comte d’Artois

Le 12 juillet 1791

Cette lettre sera de vieille date, quand vous la recevrez. Elle vous sera remise par Victor, coureur du comte Jules, qui va à Turin conduire un des gens de la maison, qui est attaqué de la poitrine et qui a voulu revoir ses parents en Savoie. Elle est écrite depuis le départ du courrier du 10, et c’est du moins causer un moment en liberté avec vous.
Puis j’ai réfléchi à l’ensemble de tout ce que vous me mandez, et moins je désespère d’un retour à l’ordre plus prochain que vous ne le croyez. Je suis fort loin de désapprouver, comme vous le faites, le refus que le côté droit a fait de recevoir parmi eux les enragés qui voulaient s’y placer lors de la motion contre la noblesse. Ce refus prouve d’abord une énergie que je suis enchanté de voir revenir, et, de plus, cela m’annonce que les gens bien pensants ne se croient pas dépourvus de tous moyens.
Je ne peux me refuser à penser que le Salon français médite quelque chose en faveur de la liberté du Roi, d’où s’en suivrait le rétablissement de la monarchie. Ils sont assez nombreux, assez puissants, et assez fournis d’argent pour pouvoir opérer utilement, s’ils ont une bonne direction et de l’ensemble.
Tout l’appareil que l’Assemblée met à cette fédération, les farces qu’elle joue sans cesse pour tenir les fous en activité, cette apparition de ce Prussien et de ses adhérents à l’Assemblée, tout cela prouve que les enragés ont peur et sont au bout de leurs moyens. Le discours de M. Duport à la propagande prouve encore qu’ils sentent le danger qui les menace et en même temps la faiblesse et l’épuisement de leurs moyens.
Vous leur rendriez toute leur force qui s’use, si vous alliez faire sans succès de petits efforts. Il faut par une grande masse de moyens réunis rendre l’espoir à tous les bons Français, glacer d’effroi les scélérats, et pouvoir épargner un peuple égaré, ne pas répandre un sang innocent, et donner à la fois l’exemple du courage et de la clémence. Il faut que la justice punisse les coupables, mais que mon prince ne rnetre en France que pour y fixer le bonheur et la paix, pour y faire adorer sa personne et le nom autrefois si chéri des Bourbons. Il faut être assez fort pour imposer à un peuple aveuglé, trompé, des lois qui feront sa félicité. Voilà ce que vous opérerez, en ne vous pressant pas ; mais si vous alliez risquer sans un grand déploiement de forces quelques tentatives hasardées, vous établiriez d’un bout à l’autre du royaume une guerre civile et cruelle, avec un grand risque pour la monarchie, pour votre famille, et pour tous ceux qui leur sont restés fidèles. Vous acquerriez la réputation d’un prince courageux, mais imprudent ou cruel, une fausse gloire enfin, qui n’est pas digne d’une âme aussi pure que la vôtre. Songez que Henri IV faisait passer des vivres à Paris assiégé et rebelle. Vous êtes dans la plus brillante de toutes les positions ; n’allez pas la gâter par une imprudence, quand vous êtes sûr avec de la patience d’être la gloire et l’amour de la France.
Avant-hier, après vous avoir écrit; la tête et le cœur remplis de vous, j’ai témoigné à mon amie le désir que j’aurais de vous rejoindre dès ce moment. Je ne puis vous peindre le désespoir que ce projet a produit sur elle. Il m’a fallu y renoncer, tant que je ne vous serais pas absolument utile, c’est-à-dire tant que vous n’opérerez pas.
« Voulez-vous, m’a-t-elle dit, prendre sur votre compte les événements du parti que vous aurez conseillé ? Vous valez mieux pour le conseil de loin que de près, parce que vous avez le temps de réprimer votre chaleur naturelle ; vous vous échauffez dans la discussion, et vous perdez la moitié de vos moyens. En écrivant, vous êtes un sage ; en parlant, vous êtes presque un fou. » Je suis obligé de convenir que tout cela est en partie vrai, du moins du côté des inconvénients en présence, si ce n’est du côté des avantages en absence. Je reste donc, de peur d’être au-dessous d’une si grave circonstance, et je reste aussi pour des amis qui ont un besoin impérieux de moi, jusqu’à l’époque où, mon prince m’appelant pour le suivre, tout cédera au plus cher devoir de mon cœur. Et votre amie a aussi besoin de moi, vous me l’avez confiée, et Dieu sait si je m’acquitte bien d’un devoir si doux !
Vous me paraissez surpris et fâché que le Roi ait sanctionné le décret pour la suppression des titres, armes, noblesse héréditaire, etc. Mais il me semble que, si le Roi avait refusé de sanctionner un seul décret, et notamment celui-là, on en aurait tiré avantage pour prouver et établir qu’il avait sanctionné librement les autres décrets. Ainsi, il me paraît conséquent qu’il sanctionne tout ou rien ; et d’ailleurs, s’il médite quelque chose, comme j’en suis convaincu, il faut qu’il endorme ses surveillants et ses ennemis.
Cette journée du 14 me fait frémir quand j’y pense, et comment n’y pas penser sans cesse ! C’est pour la Reine surtout que je suis dans une mortelle inquiétude, si l’arrivée du duc d’Orléans est vraie.
Une lettre de Paris mande que M. de Caraman a été arrêté pour avoir maltraité un garde national, et qu’il a été conduit à la mairie, puis à l’hôtel de la Force. J’espère que cette nouvelle n’est pas vraie, puisque vous ne nous en parlez pas. Pauline en serait cruellement inquiétée.
M. de Capello, ambassadeur de Venise à Paris, mande au Collège ici, au Sénat, que l’Assemblée nationale a refusé au corps diplomatique des places à la cérémonie du 14 ; mais ce qui me paraît très-étrange, c’est que les ministres étrangers en aient demandé.
Le même M. de Capello mande que le roi de Sardaigne a retiré son ambassadeur de Paris, ne pouvant laisser dans un pays où tout ordre est interverti, où tout droit des gens est méconnu. Comment ne nous auriez-vous pas mandé cela ? Aussi n’y crois-je point.
M. de Capello mande encore (et ceci est certain) que M. de Mercy a envoyé au roi de Hongrie la liste exacte des missionnaires détachés vers les états héréditaires de la maison d’Autriche pour les soulever contre le souverain, et que S. M. Catholique n’en a pas tenu le cas secret, ce qui peut n’être pas prudent ; il l’eût été davantage de les faire arrêter et de se saisir de leurs papiers, qui jetteraient encore plus de mulières sur les complots de la propagande.
Nous n’avons aucune nouvelle que par vous de la mort d’Adhémar, et j’en doute encore, parce que cette nouvelle s’était répandue il y a quinze jours, et s’est trouvée fausse. En conséquence, je n’en ai rien dit à Mme de Polignac. Je l’ai depuis longtemps perdu comme ami, et depuis quelque temps je ne plains que ceux qui vivent.
Savez-vous ce qu’est devenu O’Connell dans toute cette crise ? Ce qu’il pense, ce qu’il fait ? Il m’avait écrit une fort bonne lettre, m’en avait promis d’autres ; je lui ai répondu, et depuis ce temps, depuis trois mois, je n’en ai plus entendu parle.
Le chevalier de Coigny me parle de vous dans toutes ses lettres avec amour, respect, dévouement. Il compte aller passer le mois de septembre avec vous, et ensuite nous rejoindre où nous serons. Oh ! du moins celui-là m’est resté ! J’en ai perdu que j’ai bien pleurés. La perte des douces illusions est chose bien cruelle. Ce qui n’est pas une illusion, mais une vérité incontestable, c’est ma tendresse, mon respect, mon dévouement pour mon cher prince.
On m’a dit que vous êtes très-content de M. de Rebourgueil. J’en suis fort aise, car c’est un homme que j’aime infiniment. Il m’avait promis de m’écrire ; je ne sais ce qui l’en a empêché.

P.S. Dans l’avant-dernière lettre vous parlez à votre amie du frère de l’ambassadeur de Turin à Paris, arrêté, mené à l’hôtel de ville, chargé pour vous de paquets importants, e vous n’en parlez plus dans votre dernière lettre. Cela m’étonne, car rien n’est plus intéressant.

Le comte de Vaudreuil au comte d’Artois

Le 14 septembre 1791

Le Roi prête serment à la Constitution.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louis_XVI_roi_citoyen-par-Jean-Baptiste-Francois-Carteaux.png.Louis XVI, Roi de France en Roi citoyen (1791), par Jean-Baptiste-François Carteaux (1751 – 1813)

Le 20 juin 1792

Escalier monumental des Tuileries (avant sa destruction)

La foule envahit les Tuileries pour faire lever le veto.

““I am the queen.” A depiction of assault on the Tuileries of June 20th, 1792; several people in the mob allegedly believed Madame Elisabeth to be Marie Antoinette and Elisabeth, to protect the queen, stepped forward and attempted to stop a man from...Le dévouement de Madame Élisabeth, prise par la foule pour la Reine,
elle ne les détrompe pas pour donner à sa belle-sœur la possibilité de se réfugier et de sauver Sa vie.

Le Roi refuse.

Le 10 août 1792

Les Tuileries sont envahies par la foule. On craint pour la vie de la Reine. Le Roi décide de gagner l’Assemblée nationale.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-le-10-aout-1792.jpg.Image du film « Un Roi et son peuple« .

Le 10 août 1792, le dernier acte de Louis XVI, Roi des Français, est l’ordre donné aux Suisses « de déposer à l’instant leurs armes« .

Journée du 10 août 1792 — Wikipédia

La position de la Garde devient de plus en plus difficile à tenir, leurs munitions diminuant tandis que les pertes augmentent. La note du Roi est alors exécutée et l’on ordonne aux défenseurs de se désengager. Le Roi sacrifie les Suisses en leur ordonnant de rendre les armes en plein combat.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-lassaut-des-Tuileries-1.jpg.Image du film « Un Roi et son peuple ».

Des neuf cent cinquante Gardes suisses présents aux Tuileries, environ trois cents sont tués au combat ou massacrés en tentant de se rendre aux attaquants après avoir reçu l’ordre du Roi de rendre les armes en plein combat.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Un-peuple-et-son-Roi-lassaut-des-Tuileries-2.jpg.Image du film « Un Roi et son peuple ».

Le 13 août 1792

La famille royale est transférée au Temple après avoir été logée temporairement aux Feuillants dans des conditions difficiles. Quatre pièces du couvent leur avaient été assignées pendant trois jours.

Le 3 septembre 1792

Assassinat de la princesse de Lamballe (1749-1792) dont la tête, fichée sur une pique, est promenée sous les fenêtres de Marie-Antoinette au Temple.

Vaudreuil ne peut que songer que cela aurait été le sort de Yolande si elle n’avait pas émigré en 1789…

3 septembre 1792, L'effroyable dépeçage de la princesse de ...Massacre de la princesse de Lamballe

Massacres dans les prisons.

Le 20 septembre 1792

Victoire de Valmy, considérée comme l’acte de naissance de la République.

Le 21 septembre 1792

Abolition de la royauté.

En octobre 1792

Vaudreuil séjourne à Vienne.

Le 3 décembre 1792

Pétion (1756-1794) renforce la décision de faire juger Louis XVI par la Convention.

Le 11 décembre 1792

Louis XVI comparaît devant la Convention pour la première fois. Il est autorisé à choisir un avocat. Il demandera l’aide de Tronchet, de De Sèze et de Target. Celui-ci refuse. Monsieur de Malesherbes (1721-1794) se porte volontaire.

Le 26 décembre 1792

Seconde comparution de Louis XVI devant la Convention.

Le 26 décembre 1792

…. Mes amis sont bien malheureux de la position critique, affreuse, du Roi et de la Reine. Je n’en espère plus le salut, et nous n’aurons d’espoir que la vengeance.
Je vous embrasse tous du plus tendre de mon cœur. Mes amis vous disent mille choses tendres, ainsi que Mme de Noiseville.

Le comte de Vaudreuil au marquis de Vaudreuil

Le lundi 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI

Louis XVI et l'Abbé Edgeworth au pied de l'échafaud le 21 Janvier 1793 /  Auteur : Charles Benazech en 1793. | Art historique, Louis xvi, Révolution  française

Le 16 octobre 1793

Exécution de Marie-Antoinette.

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“ Sorrow had blanched the Queen’s once beautiful hair; but her features and air still commanded the admiration of all who beheld her; her cheeks, pale and emaciated, were occasionally tinged with a vivid colour at the mention of those...

L’agonie de Madame de Polignac commence.

Dans la nuit du 4 au 5  décembre 1793

 Atteinte par un cancer, dévorée de douleur et de chagrin, Yolande de Polignac s’éteint , deux mois après la mort de son amie.

Le 9 décembre 1793

On enterre la duchesse de Polignac.

Vaudreuil fait graver sur sa pierre tombale  « Morte de douleur « .

« J’ai perdu l’objet et la confidente de toutes mes pensées, celle par qui et pour qui je vivais, qui possédait tous les charmes, toutes les qualités et toutes les vertus. Je l’ai perdue et je vis encore ! …            Je ne suis qu’une charge au monde et à moi-même.« 

Joseph de Vaudreuil

Vienne, en Autriche, ce 6 janvier 1795 .

Nous avons ici l’hiver le plus rude, et ma santé s’en ressent. Comme je loge dans un faubourg, loin de la ville, et que je ne sors de chez moi que pour aller chez les Bercheny, le chevalier Mayer et Mme du Poulpry, mes voisins. Là se borne à présent toute ma société. Mme Lebrun est au moment de son départ pour Pétersbourg, et, sans les soins de Mme de Noiseville (sa fille), je succomberais à ma tristesse et à mon ennui.

Le comte de Vaudreuil à son cousin le marquis de Vaudreuil

Le 8 juin 1795

L’annonce de la mort en prison du fils du défunt Roi Louis XVI âgé de dix ans, Louis XVII pour les royalistes, permet au comte de Provence de devenir le dépositaire légitime de la couronne de France et de se proclamer Roi sous le nom de Louis XVIII. Pour ses partisans, il est le légitime Roi de France.

En milieu de l’année 1795

En Angleterre, Vaudreuil épouse une cousine, Marie Joséphine Hyacinthe Victoire de Rigaud de Vaudreuil qui lui donne deux fils et il mène une vie rangée

Le 19 décembre 1795

Marie-Thérèse, l’Orpheline du Temple, quitte sa prison escortée d’un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’Empereur François II.

En 1799

Le comte de Vaudreuil s’établit à Twickenham.

A partir de la fin de l’année 1799

Napoléon Bonaparte (1769-1821) dirige la France.

Du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804

Bonaparte est Premier consul.

Bonaparte, Premier consul (Ingres) — WikipédiaBonaparte Premier consul par Jean-Auguste-Dominique Ingres
Bonaparte at the Pont D'Arcole, 1796 - Antoine-Jean Gros - WikiArt.org Bonaparte au Pont d’Arcole par Antoine-Jean Gros (1801)

De 1802 à 1805

Napoléon Ier est aussi président de la République italienne

Le 15 avril 1803

Madame Le Brun part pour Londres avec Marie-Adélaïde Landré, entrée à son service. Elle loge à Leicester Square, à l’hôtel Brunet, y revoit le comte de Vaudreuil et peint les portraits de ses enfants.

Le 27 mars 1804

Louise de Polastron ( née d’Esparbès de Lussan) meurt précocement de la tuberculose à l’âge de trente-neuf ans.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Louise-dEsparbes-de-Lussan-comtesse-de-Polastron-par-Kucharski-1789-765x1024.jpg.Louise d’Esparbès de Lussan, comtesse de Polastron par Alexandre Kucharski

Du 18 mai 1804 au 11 avril 1814

Napoléon Ier règne sur la France en tant qu’empereur.

Le 2 décembre 1804

Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame de Paris.

Sacre de Napoléon Ier par Jacques DavidSecrets d'Histoire sur France 2 - La passion de Napoléon pour Joséphine,  pas du goût de Letizia

En 1814

En 1814, il arriva que M. de Vaudreuil eut une discussion avec Monseigneur le Comte d’Artois, et, à ce sujet, il lui écrivit une longue lettre dans laquelle il lui disait qu’il lui semblait cruel d’être ainsi en contradiction après trente ans d’amitié .
Le prince lui répondit en deux lignes:  » Tais-toi, vieux fou, tu as perdu la mémoire, car il y a quarante ans que je suis ton meilleur ami. »

 Souvenirs d’Elisabeth Vigée Le Brun

Le 6 avril 1814

Louis-Stanislas, comte de Provence, est proclamé Roi sous le nom de Louis XVIII le Désiré.

Louis XVIII — Wikipédia

Artois donne clairement le ton : reconnu par les « ultras », c’est-à-dire les royalistes les plus ardents, il approuve le rétablissement des anciennes mœurs et du précédent système (notamment les gardes suisses ), et s’oppose à la politique de pardon et d’oubli prônée par Louis XVIII, ce qui devient source de conflit entre les deux frères.

Le 1er mars 1815

La Restauration ne dure pas.

Napoléon quitte son exil de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan.

Avant l’entrée de Napoléon à Paris, les Bourbons n’ont plus d’autres choix que de fuir les Tuileries:

Le 19 mars 1815

Napoléon est aux portes de Paris.Louis XVIII et sa cour prennent la fuite pour Gand.

Le 18 juin 1815

La défaite de Waterloo réinstalle Louis XVIII sur le trône de France.

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Vaudreuil est alors nommé pair de France et gouverneur du Louvre.

En janvier 1817

Artois confit en bigoterie depuis la mort de Louise de Polastron et très soucieux de faire enlever le portrait de Madame de Polignac accroché au-dessus du lit de Vaudreuil, afin qu’aucun souvenir profane ne troublât les derniers moments de son ami

Léonce Pingaud

Le 17 janvier 1817

Vaudreuil meurt dans la charge de  gouverneur  du palais du Louvre. Il avait soixante-seize ans.

Louis XVIII fait déposer le cœur du comte de Vaudreuil dans la chapelle Saint-Landry de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris et son corps est inhumé dans la sépulture familiale au cimetière du Calvaire à Paris.

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