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Lady Charlotte Atkyns

Charlotte Atkyns

Charlotte Atkyns (ou Atkins) née Walpole est une actrice britannique née en 1757.

Petite-fille du Premier ministre britannique  Robert Walpole (1676-1745), c’est donc la nièce d’Horace Walpole (1717-1797) .

Charlotte est la cadette de trois filles , elle passe sa jeunesse dans le comté de Nolfolk, berceau de sa famille.

En 1777

Elle débute à Londres une carrière à succès d’actrice et cantatrice de renom au Théâtre de Drury Lane à Londres, elle faisait partie des jeunes étoiles du cercle de Mary Robinson, patronnée par la Duchesse de Devonshire. Elle attira rapidement l’attention de Sir Edward Atkyns …

Gravure de Henry William Bunbury de 1780 qui la représente dans le rôle de Nancy dans The Camp, une pièce fréquemment représentée.

Il semble que Lady Atkyns, remarquablement douée et ensorcelante, eut quelques points communs avec de célèbres Aventurières du Siècle, telles Emma Hamilton ou Éléonore Sullivan.

En 1779

Elle épouse sir Edward Atkyns, peu après elle se retire de la scène.

Ils vivent alors à Ketteringham Hall.

Ketteringham Hall

Certaines sources rapportent qu’elle ne fut jamais acceptée dans la bonne société du Norfolk d’où venait son mari.

La comtesse Mac-Namara, amie de Charlotte, semble avoir été fort au courant des différentes particularités de sa vie. Elle nous apprend que le couple Atkyns qui, d’après elle, ne trouvait pas beaucoup de relations en Angleterre se décide à gagner le continent et à venir habiter Versailles.

Là, le charme de la jeune femme, sa jolie voix, les réceptions qu’elle ne tarde pas à donner et qu’elle pouvait rendre brillantes grâce à la fortune de son mari, lui ouvrent bientôt les portes de la société qui forme la Cour.

Dans l’entourage de la Reine, en particulier la belle duchesse de Polignac s’éprend de cette gracieuse étrangère. Elle veut, à son tour, que son auguste amie la connaisse et voilà comment Madame Atkins est introduite dans le cercle intime de Marie-Antoinette. Plus que ses amies encore, la nouvelle venue est aussitôt subjuguée par le charme de la Reine. Entre ses deux femmes s’établit un courant ardent de sympathie.

Madame Atkins et La prison du Temple de Frédéric Babey

La Reine (Andrée Lionel) et Madame Atkyns (Marguerite Madys) dans L’Enfant Roi (1923) de Jean Kemm

Marie-Antoinette la pensionne sur Sa propre cassette.

Après la prise de la Bastille

Elle s’établit avec son mari à Lille:

Dans l’automne de l’année 1789, une anglaise, de l’administration chargée de la perception d’un impôt spéciale, capitation, nommée milady Atkins, arrivait à Lille avec un domestique. En décembre, elle s’installait paroisse Saint-André, dans une maison de la rue Princesse, portant alors le n° 337 et appartenant au Sieur Druez.

Je reviens de la rue Princesse… car j’habite à cinq minutes de celle-ci… la numérotation des maisons ne va pas au-delà d’environ 106… donc impossible de retrouver de façon certaine la maison qu’occupa Charlotte Atkyns… Cependant, si le quartier est resté le même qu’il y a deux siècles, et que l’on imagine que la Dame n’était pas pauvre, j’ai idée de la façade qui ressemble à celle d’un hôtel particulier qui aurait pu être le sien…
Cette rue est la rue natale du général de Gaulle dont les grand-parents habitaient le n° 9 , un très bel hôtel.

Charlotte  rencontre à Lille Louis de Frotté (1766-1800) dont elle sera la maîtresse jusqu’à l’exécution de ce dernier : il est fusillé le 18 février 1800 à Verneuil-sur-Avre.

 Louis de Frotté (1766-1800), surnommé « Blondel », est le chef emblématique de la chouannerie normande.

De 1791 à 1793

Consacrant sa fortune et sa vie à tenter de sauver la Reine et le Roi, Charlotte Atkyns est souvent dupée de toutes parts et ne réussit qu’à dilapider sa fortune dans des combines toutes plus incertaines les unes que les autres.

Quand arrive à Lille la nouvelle des événements du 18 avril 1791, la  Famille Royale n’a pu aller faire ses Pâques à Saint-Cloud :

Il faut que le Roi quitte secrètement Paris, qu’il s’installe à Bruxelles où se concentre pour l’heure la contre-révolution. Appuyé par l’armée des princes et d’autres troupes fidèles, dont celles que Frotté et ses chefs croient pouvoir entraîner avec eux de Lille et de Dunkerque, Louis XVI libéré du joug de l’Assemblée, pourrait reconquérir, de loin, par des lois justes et bonnes, le cœur de ses sujets.  L’on imagine déjà son retour triomphal dans ce Paris débarrassé des députés et des “clubistes” révolutionnaires. Mais le Roi voudra-t-il s’en venir à Bruxelles, en territoire impérial ?
Lady Atkins se charge de l’impossible mission : persuader Louis XVI .

Le 21 janvier 1793

Exécution de Louis XVI.

Louis XVI ascending the scaffold by Charles Benzanech, 1793.

Gosselin Lenôtre en parle comme d’une anglaise courageuse, fervente admiratrice de la Reine, qui habitait “Ketteringham Hall” dans le Comté de Norfolk. Cette dame réussit à rentrer au Temple (?) et à accéder à la Reine, et Lui proposa d’échanger ses vêtements contre ceux de la Reine et de rester au Temple à sa place, proposition que refusa la Souveraine. Mme Atkins continua ses tentatives de sauver la Reine, quand Celle-ci fut incarcérée à la Conciergerie et fut sans doute en contact avec le chevalier de Rougeville. Elle fournit également les prisonniers et comploteurs en eau sympathique.

On assure que Louis XVI connaissait les effort tentés pour l’arracher à la mort. Quelques temps après l’événement du 21 janvier, Cléry, parlant du Roi au municipal Goret lui disait :

«Hélas ! Mon bon et cher maître se serait sauvé, s’il l’eût voulu. Il n’y a  que quinze à seize pieds des fenêtres de cet endroit jusqu’au sol.
Tout avait été préparé pour le sauver pendant qu’il y était encore, mais il refusa, parce qu’on ne pouvait sauver sa famille avec lui.»

“C’est à dire que cette anglaise était animée de sentiments profondément royalistes…elle partit pour Paris , parvint à force d’argent à pénétrer au Temple , proposa à la Reine de changer de costume avec elle…..Marie Antoinette refusa ne pouvant se décider à abandonner ses enfants…..mais la translation de la Reine à la conciergerie vint tout déranger.”

Mémoires inédits de Frotté

En août 1793

Lorsque Marie-Antoinette est transférée à la Conciergerie:

(Lady Atkins) parvint à gagner un officier municipal, qui consentit à lui ouvrir les portes de la Conciergerie, à la condition qu’aucune parole ne serait échangée entre elle et la royale prisonnière. De plus, l’étrangère prendrait le costume d’un garde national. C’était revenir aux temps de Drury Lane ! Elle promit tout et se contenta d’offrir un bouquet à la Reine, mais sous l’empire de l’émotion intense qui l’étreignent, au contact des regards de celle qu’elle n’avait pas revue depuis Versailles, elle laissa tomber un billet qu’elle tenait dans sa main qui devait accompagner le bouquet. Le municipal allait s’en emparer quand, plus prompte que lui Mme Atkins se précipita, le ramassa et l’avala. On la mit à la porte brutalement.

Doit-on croire ce récit qui ressemble un peu trop à l’Affaire de l’Œillet?

Le 16 octobre 1793 

Exécution de Marie-Antoinette, place de la Révolution.

tiny-librarian:
“ Sorrow had blanched the Queen’s once beautiful hair; but her features and air still commanded the admiration of all who beheld her; her cheeks, pale and emaciated, were occasionally tinged with a vivid colour at the mention of those...

Le 8 juin 1795

Mort de Louis XVII à l’âge de dix ans. Il était atteint de tuberculose osseuse.

Le 18  février 1800

Louis de Frotté est fusillé à Alençon.

Charlotte Atkyns

Georges de Manteyer (1867-1948)- archiviste et paléographe. Sa famille fut soumise à la Restauration et lui, en qualité d’archiviste, nia les lettres de Laurent alors qu’ils avait que des copies conformes existaient, tout cela, pour satisfaire la Branche Bourbon d’Espagne dont pas un seul membre n’ignore la survivance de Louis XVII ! Fréderic Barbey, écrivain, découvre chez le notaire de Madame Atkyns, à Paris, l’original des lettres de Laurent (gardien au Temple de Louis XVII) adressées, via cette honorable femme, au général de Frotté.

Madame Atkyns et la prison du Temple de Frédéric Barbey – Perrin- 1905

A la Restauration

Lady Atkyns habite l’Hôtel de Lannion au N°75 de la rue de Lille (anciennement rue de Bourbon),dans le VIIème arrondissement de Paris, dont un fameux locataire fut Vaudreuil entre 1782 et 1786!

Le 2 février 1836

Mme Atkins est morte  au premier étage de l’Hôtel Daru au 65 rue de Lille .

Voici son acte de décès :
Acte de décès du 3 Février 1836 à 9 H du matin. Le jour d’hier, à trois heures du matin, est décédée en son domicile, rue de Lille N° 65, dame veuve Charlotte ATKINS, rentière, âgée de 78 ans, née en Angleterre.
Constaté par nous Achille Nicolas Tourin, notaire, adjoint au maire du Xème arrondissement de Paris, faisant fonction d’officier de l’état civil.

Son testament :

“…. je désire que mon corps soit transporté à Ketteringham et enterré dans le caveau de ma famille, que l’on inscrive mon nom et mon âge sur une pierre de marbre uni, auprès du monument de feu mon fils bien-aimé….” en date du 6 Janvier 1835.
“Moi….. je donne à Victoire ILH, ma femme de chambre tous les effets mobiliers, linge, hardes, l’argenterie que je possède et généralement tous les objets dans mon appartement, dans ma maison ou dans mon logement à l’époque de mon décès y compris ma voiture……….”

Sa signature

Il semble que la famille de Madame Atkyns n’ait pas respecté son désir de rapatrier sa dépouille en Angleterre, cette dernière ayant dilapidé les finances de la famille dans sa quête obsessionnelle pour libérer la Reine et ensuite le petit Roi. Pour cette raison Madame Atkyns repose quelque part en France, sans doute à Paris, dans une sépulture sans nom, si toutefois elle a même eu droit à cela. La plaque, érigée en 1910, qui se trouve dans l’église de Saint Pierre à Ketteringham, en partie financée par des dignitaires du village, lesquels ont eu pitié du sort de l’infortunée Dame, mentionne bien ce fait et son lien avec la Reine.

 

Préface de Victorien Sardou, de l’Académie française,  au livre de Frédéric Barbey , Une amie de Marie-Antoinette, 1906:

Quand je fis sortir au Vaudeville en 1896 ma pièce, intitulée Pamela, Marchande de frivolités, dans laquelle j’avais regroupé de façon spectaculaire, et beaucoup de similitude, toutes les diverses tentatives royalistes pour sauver le fils de Louis XVI., le Dauphin, de la prison du Temple , quelques chercheurs ont trouvé à redire et me firent le procès d’avoir inventé une Anglaise, Lady Atkyns, comme l’une des protagonistes, si ce n’est le moteur principal dans l’affaire d’une évasion. J’aurais créé ce personnage pour servir ma pièce.
Lady Atkyns nous a quittés en ne laissant que peu de traces de son existence ; c’était une actrice du Drury Lane, jolie, pleine d’esprit, sensible, comme il y en avait beaucoup parmi les actrices anglaises de l’époque. Mariée à un pair, qui lui donna la richesse du moins sinon le bonheur, et qui ne semble pas avoir compté beaucoup dans sa vie, Lady Atkyns est devenue une admiratrice passionnée de Marie-Antoinette ; elle fut présentée à la Reine à Versailles, et lorsque celle-ci fut emmenée au Temple, l’Anglaise fit tous les efforts pour accéder à elle dans sa prison. Elle y réussit à force de guinées, qui, en dépit de la haine professée pour Pitt et Cobourg, étaient plus au goût de certains patriotes que le papier-monnaie de la République.
Lady Atkyns suggéra à la reine de s’échapper en échangeant leurs vêtements, mais la prisonnière ne voulut pas abandonner ses enfants. Selon une tradition, en refusant l’offre de son amie dévouée, Marie-Antoinette supplia ses bons offices pour le jeune Dauphin, tout en mettant en garde Lady Atkyns contre les intrigues des comtes de Provence et d’Artois (…) .

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