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Journaux, mémoires, souvenirs et correspondances privéesLa matinée de Marie-AntoinetteMaison de la Reine

La marquise de la Tour du Pin

Le 25 février 1770

Naissance, à Paris, 91 rue de Bac, de Henriette-Lucy Dillon, issue par son père Arthur Dillon (1750-1794) d’une famille de gentilshommes irlandais établie en France sous Louis XIV ( 1638-1715). Elle est la fille de Thérèse-Lucy de Rothe (1751-1782), Dame du Palais de la Reine et nièce de la princesse d’Henin, autre Dame du Palais. Elle est l’auteur du Journal d’une femme de cinquante ans (édition Mercure de France) .

Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai pas eu d’enfance. À douze ans mon éducation était très avancée. J’avais lu énormément, mais sans choix.
(…)
L’état d’hostilité constante qui existait dans la maison me tenait dans une contrainte continuelle. Si ma mère voulait que je fisse une chose, ma grand’mère me le défendait. Chacun m’aurait voulu pour espion. Mais ma probité naturelle se révoltait à la seule pensée de la bassesse de ce rôle. Je me taisais, et l’on m’accusait d’insensibilité, de taciturnité. J’étais le but de l’humeur des uns et des autres, d’accusations injustes. J’étais battue, enfermée, en pénitence pour des riens. Mon éducation se faisait sans discernement. Quand j’étais émue de quelque belle action dans l’histoire, on se moquait de moi. Tous les jours, j’entendais raconter quelque trait licencieux ou quelque intrigue abominable. Je voyais tous les vices, j’entendais leur langage, on ne se cachait de rien en ma présence. J’allais trouver ma bonne, et son simple bon sens m’aidait à apprécier, à distinguer, à classer tout à sa juste valeur.

La marquise de la Tour du Pin

Ma mère plut à la Reine, qui se laissait toujours séduire par tout ce qui était brillant, Mme Dillon était très à la mode ; elle devait par cela seul entrer dans sa maison. Ma mère devint dame du palais. J’avais alors sept ou huit ans.

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https://www.marie-antoinette-antoinetthologie.com/la-comtesse-de-dillon/

Lucie de la Tour du Pin young.jpg

En 1781

Mon premier séjour à Versailles fut à la naissance du premier Dauphin en 1781. Combien le souvenir de ces jours de splendeur pour la Reine Marie-Antoinette est souvent revenu à ma pensée, au récit des tourments et des ignominies dont elle a été la trop malheureuse victime. J’allai voir le bal que les gardes du corps lui donnèrent dans la grande salle de spectacle du château de Versailles. Elle l’ouvrit avec un simple jeune garde, vêtue d’une robe bleue, toute parsemée de saphirs et de diamants, belle, jeune, adorée de tous,venant de donner un dauphin à la France, ne croyant pas à la possibilité d’un pas rétrograde dans la carrière brillante où elle était entraînée ; et déjà elle était près de l’abîme.

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L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MA-Seymour-bal.jpg.Jane Seymour est Marie-Antoinette dans Les Années Lumières (1988) de Robert Enrico

Mon habit de présentation était très beau : tout blanc, à cause de mon petit deuil, garni seulement de belles pierres de jais mêlées aux diamants que la reine m’avait prêtés ; la jupe entièrement brodée eb perle et en argent … la gorge était entièrement découverte. Sept ou huit rangs de gros diamants que la reine avait voulu me prêter cachaient en partie la mienne. Le devant du corset était comme lacé par des rangs de diamants. J’en avais encore sur la tête une quantité, soit en épis, soit en aigrettes.”

Idem

En septembre 1782

Ma mère fut fort soignée dans ses derniers moments. La reine vint la voir et tous les jours un piqueur ou un page était envoyé de Versailles pour prendre de ses nouvelles.

idem

Ma mère ne croyait pas toucher à son dernier moment. Elle mourut étouffée, dans les bras de ma bonne, le 7 septembre.

En 1787

Henriette épouse Frédéric-Séraphin, comte de Gouvernet (1759-1837), fils du ministre de la Guerre de Louis XVI, qui deviendra marquis de La Tour du Pin en 1825 (celui-là même auquel Louis XVI a dit:               “Vous restez maître ici, tâchez de me sauver mon pauvre Versailles“,  le 6 octobre 1789 en quittant le château pour toujours…).

La voici donc à Versailles, dont elle rapportera plusieurs scènes quotidiennes dans ses fameux mémoires.

Liée à la future Madame Tallien, la comtesse de Gouvernet se voit contrainte d’émigrer et s’embarque à Bordeaux pour l’Amérique avec sa famille.

Teresa Tallien (1773-1835)

Arrivée là, elle prend la tête d’une ferme, véritable exploitation agricole et se lève dés cinq heures du matin pour s’occuper des animaux, donner ses ordres pour la journée et baratter son propre beurre (marqué à ses armes quand même). Elle reçoit même à déjeuner un certain… Talleyrand, alors en Amérique également et se lie d’amitié avec les Amérindiens dont certains travaillent sur ses terres :

“Ce fut en achetant des mocassins que je vis pour la première fois des sauvages… Je fus un peu surprise, je l’avoue, quand je rencontrai pour la première fois un homme et une femme tout nus se promenant tranquillement sur la route, sans que personne songeât à le trouver singulier. Mais je m’y accoutumai bientôt, et lorsque je fut établie à la ferme, j’en voyais presque tous les jours pendant l’été.”

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord(1754-1838)

Le 13 avril 1794

Son père, Arthur Dillon (1750-1794), est guillotiné à Paris.

En 1808

Le comte de Gouvernet est nommé par Napoléon Ier préfet de la Dyle (un ancien département français dont le chef-lieu était Bruxelles), poste qu’il quitte en 1813.

En 1815

Rallié à la Restauration,  son mari est fait pair de France le 10 août. Il est l’un des trois ambassadeurs adjoints à Talleyrand au congrès de Vienne. Ce dernier précise :

« J’emmène Dalberg pour propager les secrets que je veux que tout le monde sache, Noailles est l’homme du pavillon de Marsan ; mieux vaut être surveillé par un agent que j’ai choisi. La Tour du Pin servira à signer les passeports ».

De 1815 à 1820

Il poursuit sa carrière diplomatique comme ambassadeur auprès du royaume des Pays-Bas.

En 1820

Le comte de Gouvernet est ambassadeur du royaume de Sardaigne.

En 1825

Frédéric-Séraphin est fait duc de la Tour du Pin.

Refusant de se rallier à la révolution de Juillet, il aide la duchesse de Berry dans ses tentatives de prise de pouvoir : il est emprisonné trois mois au fort du Hâ entre décembre 1832 et mars 1833 et choisit de s’exiler à Lausanne.

  Le 26 février 1837

Le duc meurt à Lausanne.

Henriette-Lucy de la Tour du Pin

Le 2 avril 1853

Mort de Henriette-Lucy de la Tour du Pin, à Pise en Italie.

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