Loading...
Ailleurs dans le monde...L'AlmanachL'entourage de Marie-AntoinetteLa cour de VienneSa famille d'Autriche

L’Empereur Joseph II de Habsbourg-Lorraine


Emperor Joseph II | Famous people in history, Holy roman empire, Roman  empireJoseph
 II, Empereur du Saint-Empire romain germanique

En 1741

Le 13 mars 1741

Naissance de Joseph Benoît, Auguste, Jean, Antoine, Michel, Adam, de Habsbourg-Lorraine, premier fils de l’Archiduchesse Marie-Thérèse et du grand-duc de Toscane François-Etienne, ancien duc de Lorraine.

François-Etienne de Lorraine et Marie-Thérèse d’Autriche, école autrichienne

Le pape Benoît XIV accepte de devenir le parrain de l’enfant.

Le 4 avril 1741

Réapparition publique de Marie-Thérèse après ses couches.

Ce garçon tant espéré, après la naissance de trois filles, dont deux décédées, et d’aucun garçon à la génération précédente, naît au milieu des pires troubles.

Marie-Thérèse a succédé à son père l’empereur Charles VI le 20 octobre précédent de par la Pragmatique Sanction qui lui garantit les couronnes héréditaires des Habsbourgs : l’Autriche, la Hongrie, la Bohême, les Pays-Bas belges pour l’essentiel.

Elle ne peut par contre prétendre à la couronne du Saint-Empire Romain Germanique, toujours dévolue à un homme.

Les puissances étrangères, malgré les promesses tenues, se permettent de lui disputer son héritage, la considérant comme une faible femme de par sa jeunesse et son absence d’héritier mâle. Elle est donc vue comme une proie facile. Commence alors le dépeçage de son héritage.

Frédéric II roi de Prusse, après des marques publiques d’amitié, lance le coup d’envoi en envahissant le 16 décembre 1740 la plus riche province de Marie-Thérèse, la Silésie.

La guerre de Succession d’Autriche est déclarée.

 

 

Autour de l’archiduchesse héritière, les hauts fonctionnaires, les grands seigneurs, le personnel politique viennois restent également dubitatifs, ne sachant s’il ne vaut pas mieux rallier tout de suite ses adversaires. Seul le vainqueur pourra leur assurer de conserver leurs grandes propriétés terriennes…

Pour ne rien arranger, l’état des finances de la monarchie est déplorable, son armée pitoyable…

Contre toute attente, malgré les conseils de part et d’autres, Marie-Thérèse décide de se battre jusqu’au bout, au nom de son fils nouveau-né. Sa naissance assoit le position de la jeune reine en détresse. Personne ne peut remettre en cause les droits de l’enfant. Le petit archiduc légitime sa mère.

Marie-Thérèse multiplie alors les représentations de son fils.

L’archiduc Joseph d’Habsbourg-Lorraine, prince royal d’Hongrie, Bohême, Slovénie et Croatie, par Martin van Meytens.
L’enfant tient le collier de l’Ordre de la Toison d’Or, symbole de la dynastie des Habsbourg

Le 10 avril 1741

Défaite à Mollwitz qui consomme la perte de la Silésie.

Cela n’empêche pas les festivités à Vienne, telle une conjuration contre le mauvais sort. Le peuple est en liesse après tant d’années sans héritier mâle et exhorte le jeune couple archiducal à donner au plus vite d’autres petits princes.

Marie-Thérèse s’y attelle avec ardeur. Elle sait que seules ses maternités pourront lui assurer son trône.  Et les enfants meurent trop rapidement à cette époque, même dans les palais…

 

Le 11 septembre 1741

Marie-Thérèse convoque la diète de Hongrie à Presbourg (aujourd’hui Bratislava) où coiffée de la couronne du Roi de Hongrie, elle tient un discours exalté, mêlant courage et désespoir, pour l’avenir de ses enfants :

« Confiante dans votre loyauté, je dépose entre vos mains mon sort et celui de mes enfants ».

Les Hongrois sont désormais tout à elle au cri de :

Vitam et sanguinem!” 

(” Notre vie et notre sang! “).

Marie-Thérèse en Roi de Hongrie

Le 20 septembre 1741

Le grand-duc de Toscane, François-Etienne arrive à Bratislava avec son fils de six mois afin de le présenter aux seigneurs hongrois prêts à oublier leurs désirs d’indépendance contre les Habsbourg pour sauver leur jeune reine en détresse et son fils nouveau-né.

Ni Marie-Thérèse, ni Joseph une fois Empereur n’oublieront ce soutien à leur égard. Lorsque tous deux lutteront contre le féodalisme de leurs états, ils ne toucheront pas aux droits des seigneurs hongrois…

 

Le 19 décembre 1741

L’Électeur de Bavière se fait couronner Roi de Bohême à Prague. Une véritable insulte pour Marie-Thérèse car ce prétendant, soutenu par la France, est son plus sérieux concurrent. En effet, il refuse la Pragmatique Sanction, en tant qu’époux de la fille de Joseph Ier, frère aîné de l’empereur Charles VI. Il estime ses droits supérieurs à ceux de Marie-Thérèse.

 

Le 21 janvier 1742

Marie-Thérèse envoie une lettre au vieux maréchal autrichien Khevenhüller afin de le tirer de sa retraite pour qu’il puisse prendre les armes contre les ennemis de l’Etat. Elle y joint son portrait et celui du petit archiduc :

“Tu as devant les yeux l’image d’une reine et de son fils abandonnés du monde entier. Que penses-tu de l’avenir de cet enfant ?[…]”

Marie-Thérèse utilise politiquement l’image de son fils pour galvaniser ses troupes.

Marie-Thérèse avec le médaillon de son fils au-dessus, par Martin van Meytens

Le futur Joseph II prend conscience très tôt de sa dignité d’héritier des Habsbourg. 

Choyé par ses parents et toute la cour, rien ne lui est refusé. L’archiduc prendra rapidement un caractère d’enfant trop gâté.

Le 24 janvier 1742

Election à Francfort de l’Électeur de Bavière comme Empereur du Saint-Empire Romain Germanique sous le nom de Charles VII (1697-1745). Depuis 1438, il s’agit du premier empereur non Habsbourg.

C’est un nouveau coup dur pour Marie-Thérèse, qui ne désire pas être elle-même couronnée mais le souhaite ardemment pour son époux adoré François-Etienne. Et que cette couronne revienne par la suite à son fils.

Mais elle ne se laisse pas pour autant abattre. Le même jour, ses troupes envahissent Munich, la capitale de la Bavière.

Marie-Thérèse et son fils entourée de ses différentes couronnes, aquarelle anonyme

Le 13 mai 1742

Naissance de sa sœur Marie-Christine (1742-1798).

Le 17 mai 1742

Défaite à Chotusitz en Bohême.

Juin 1742

Marie-Thérèse signe une paix séparée avec Frédéric II à Breslau pour laquelle elle accepte la perte de la Basse-Silésie. Mais Frédéric II se doute qu’il ne peut s’agir que d’une feinte.

Le 2 janvier 1743

Marie-Thérèse organise un grand carrousel au Manège espagnol du palais de la Hofburg afin de célébrer ses victoires (et malgré les défaites qu’on tente d’oublier). On distingue un enfant au coin de la loge au fond, certainement l’héritier du trône, auprès de son père et de sa grand-mère, assistant à la célébration de sa mère :

Le carrousel des dames dans l’école d’équitation d’hiver, Martin Van Meytens et son atelier

Le  

Naissance de sa sœur Marie-Elisabeth (1743-1808).

Lui et ses soeurs sont confiés à la demoiselle de chambre, la princesse Trautson, veuve d’une quarantaine d’années en qui Marie-Thérèse a toute confiance.

L’Archiduc et ses sœurs reçoivent une éducation conforme à leur rang qui se doit d’être avant tout religieuse. Celle-ci commence à leurs trois ans.

Très vite, les petits archiducs et archiduchesses se doivent d’accompagner leur mère à l’église, aux processions et aux pèlerinages dont Marie-Thérèse est très férue.

Etude du visage de Joseph par Martin van Meytens

Durant leur enfance, Marianne l’aînée et Joseph seront la priorité de Marie-Thérèse, beaucoup plus que tous les autres venant par la suite.

De part la multiplicité des langues au sein des vastes territoires Habsbourg, ils doivent apprendre l’allemand, en plus du dialecte viennois, le français, la langue maternelle de leur père, l’italien, mais aussi le latin, le hongrois et le tchèque.

Les touts-petits, nés à peu d’intervalle sont logés dans ce qu’on appelle la “Kindskammer” (“la chambre d’enfant”) où ils sont généralement confiés aux soins d’une demoiselle de chambre et de ses assistantes.

Le 1er février 1745

Naissance de son frère Charles-Joseph (1745-1761).

Le 28 février 1745

Marianne, Joseph et Christine jouent une petite pièce écrite par la princesse Trautson devant un public restreint.

Le 13 septembre 1745

Son père François-Etienne est élu Empereur du Saint-Empire Romain Germanique sous le nom de François Ier.

L’Empereur François Ier par Martin van Meytens

Le 4 octobre 1745

Couronnement à Francfort de son père.

Leur mère ne vient qu’en tant que simple spectatrice, refusant la couronne.

Pour l’occasion elle entame une correspondance qui ne cessera plus avec la princesse Trautson restée à Vienne qui est en charge des enfants.

Portrait de l'Archiduc Joseph II, futur Empereur d'Autriche, suiveur de Van MeytensPortrait de l’Archiduc Joseph (1745) par Martin van MeytensPortrait de l'archiduc Joseph II

1746

Dès l’âge de cinq ans, chaque enfant se voit attribuer un appartement, composé de plusieurs pièces et pour les archiducs, le personnel féminin est remplacé par des hommes. En plus de l’ayo, qui est la personne responsable, plusieurs professeurs et un confesseur particulier assument l’éducation des enfants.

 

L’Archiduc Joseph toujours en costume traditionnel hongrois ou Józsefet pour les Hongrois très attachés à l’enfant

Cette tradition d’habiller l’enfant en costume hongrois sera maintenue jusqu’au dernier héritier du trône de la monarchie austro-hongroise avec le petit archiduc Otto au tout début du XXème siècle :

L’Impératrice Zita (1892-1989) et son fils l’archiduc Otto (1912-2011)

L’éducation de l’héritier et de ses frères a pour base le “Fürstenspiegle” (le miroir aux princes”), un ouvrage très répandu dans la noblesse qui dispensent conseils pratiques et formation du caractère.

Une éducation générale leur est donnée, mais ensuite chaque petit prince et princesse développe avec des professeurs particuliers des spécificités propres, en fonction de leurs talents, mais aussi de leur avenir envisagé.

Outre les langues, on y trouve la lecture et l’écriture, l’histoire, la géographie, la géométrie, les mathématiques, la musique et la danse.

Marie-Thérèse et François-Etienne veulent développer le plus possible chez chacun de leurs enfants des talents artistiques. Chaque garçon devra savoir jouer d’un instrument.

En tant qu’héritier du trône et comme tout garçon de la noblesse, le jeune Joseph reçoit une éducation militaire.

Des rapports quotidiens, sur chacun de ses enfants sont donnés à la souveraine qui répond point par point. Ceci permettant de compenser les absences de la mère, trop occupée par les affaires d’Etat.

Elle surveille tout particulièrement l’éducation de Joseph, son successeur.

Si Marie-Thérèse s’occupe de chaque détail de l’éducation de ses enfants, elle n’en est pas moins une mère terrible.

Une miniature qui représente le régime disciplinaire de Marie-Thérèse :

Artiste inconnu (1750) – Musée National de Varsovie.

Les enfants sont soumis à un strict emploi du temps, rédigé de la main de l’Impératrice :

Huit heures du matin, réveil et prière “élévation à Dieu” et se lever du lit.
Neuf heures, prière du matin, toilettes et petit déjeuner.
Neuf heures et demie : la kammerfrau (la femme de chambre) fait répéter et apprendre par cœur le catéchisme
De neuf heures et demie à dix heures, permission de jouer.
Onze heures : une demi-heure d’écriture et de nouveau récréation
De onze heures à onze heures et demie: confession
Midi : heure du déjeuner et de la liberté
A deux heures après midi :  de nouveau récréation
A quatre heures après midi : cours de français
A cinq heures du soir : amusement avec les jeux de cartes, livres et enseignement des mots français par des images ou danse.
A six heures du soir : réciter le Noster Pater pour rappeler toujours la présence de Dieu.
A sept heures et demie du soir : dîner
A huit heures et demie du soir : nettoyage du soir et lit.
Quand le temps le permettra, nous modifierons les horaires afin qu’on puisse sortir en calèche en hiver et se promener dans le jardin en été.”

Les heures d’études sont complétées par les professeurs de musique, de dessin et de langues. Chaque matin, l’impératrice reçoit le rapport médical du Dr Van Swieten, qui lui rapporte l’état de santé de ses enfants. L’Impératrice voit les enfants tous les huit ou dix jours.
Le fouet peut être donné par les demoiselles de chambre puis après le passage aux homme, par les ayos.

Joseph reçoit une éducation isolée, au contraire de la plupart de ses frères et soeurs tous élevés au moins par paires.

Les soeurs de son âge sont des filles, il est donc inconcevable qu’il puisse partager ses jeux avec elles. Quant aux frères, ils sont bien plus jeunes que lui.

L’héritier du trône va donc très vite se sentir à part de sa fratrie, de par son statut, mais aussi par caractère.

Le 20 février 1746

François-Etienne confie à O’Hara, chambellan de sa soeur Anne-Charlotte de Lorraine :

“Le garçon est méchant.”

Correspondance de madame Graffigny, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 92

Le 26 février 1746

Naissance de sa sœur Marie-Amélie (1746-1804).

Le 29 mai 1746

Audience du chambellan russe Tschoglokloff. Le petit archiduc s’adresse à lui en français.

Le 27 décembre 1746

Réception du berceau béni envoyé par le pape à son filleul, qui a déjà cinq ans et demi ! En réalité Benoît XIV soutient les Bourbon, au détriment des Habsbourg. Il voue même une certaine admiration envers Frédéric II, pourtant protestant et surtout impie aux yeux de tout bon catholique ! Marie-Thérèse ne peut en supporter autant et elle doit faire preuve d’une grande diplomatie afin d’accepter après tant d’années le cadeau papal.

Benoît XIV — WikipédiaLe pape Benoît XIV (1675-1758) , parrain de l’archiduc Joseph par Giuseppe Maria Crespi

Le 27 janvier 1747

Représentation théâtrale de Joseph, Marianne et Marie-Christine.

Le 22 mars 1747

Portrait de l’archiduc héritier par Podewils, envoyé de Frédéric II :

“L’archiduc Joseph n’est pas grand pour son âge, mais fort bien fait et tout à fait beau. (…) Sa mine est fière et haute et son abord de même. Loin de l’en corriger, on l’y entretient et on l’élève dans les maximes de l’ancienne hauteur de la Maison d’Autriche. Il tutoie tous les hommes, quoique l’empereur même leur adresse le discours en tierce personne ;  encore lui arrive-t-il rarement de leur parler et ce n’est que ceux d’un certain rang et les dames qu’il honore de ses entretiens. Il a déjà la plus haute idée de son rang. Il n’y a pas longtemps qu’il dit à quelqu’un qu’il avait encouru sa disgrâce. Il donne à tout le monde et même aux dames sa main à baiser.

On m’a assuré que se trouvant un jour dans une chambre garnie de portraits de ses ancêtres, il dit : “Voilà l’empereur, mon grand-père, voilà l’impératrice une telle, et se tournant ensuite de l’autre côté, ce n’est, dit-il, avec un air de dédain qu’un duc et une duchesse de Lorraine.” L’empereur tâche à la vérité de corriger les principes de hauteur, mais outre qu’il l’aime trop pour le reprendre fortement, tout le monde conspire à les lui faire prendre. 

Il est opiniâtre et têtu, souffrant plutôt qu’on l’enferme et qu’on le fasse jeûner, que de consentir à demander pardon. L’amour extrême que l’empereur et l’impératrice lui portent, les empêche de le corriger dûment d’un défaut qui n’aura que trop d’influence sur son caractère.

Il n’aime que le militaire et n’estime que ce qui y a du rapport, au point qu’il n’adresse presque la parole qu’aux officiers et à leurs femmes. Il ne montre aucun penchant pour l’étude et l’on aura de la peine à lui faire apprendre les choses les plus communes et qu’il ne pourra ignorer sans honte.

On lui inspire beaucoup d’animosité contre la France, et il s’y prête si bien qu’il refuse d’apprendre le français (…). Je n’ai point appris qu’on lui inspire de la haine contre V. M., ni qu’il en témoigne.

Il est généreux. L’année passée, lorsque l’impératrice jouait à Schönbrunn, il lui prenait souvent de l’argent et le distribuait à de pauvres officiers et à des soldats.

Il est difficile jusqu’ici de décider s’il aura beaucoup d’esprit. Je doute cependant qu’il ait jamais un grand génie. Tous les traits qu’on rapporte de lui et qu’on admire marquent à peine de la vivacité d’imagination et aucun de la sagacité, ni quelque heureuse combinaison d’idées (…).

Il est encore entre les mains des femmes (…). La mauvaise éducation qu’il reçoit, et la trop grande tendresse des parents ne donne pas lieu d’espérer qu’il parvienne jamais à être grand prince, et l’impératrice, en désapprouvant la manière dont ses ancêtres ont été élevés, suit pourtant les mêmes traces pour l’éducation de ses enfants et surtout de ce fils.”

A. Wolf, Tableau de la cour de Vienne, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 90

Le portrait est sévère, à destination de l’ennemi de Marie-Thérèse, mais il est certain que l’enfant n’a pas forcément un caractère facile.

Le 27 mars 1747

A six ans révolu, on pense à son passage aux hommes et donc du choix de son futur ayo.

L’empereur a toute confiance en son chambellan J. J. Khevenhüller qui se récuse, préférant rester auprès du père et arguant qu’il ne se sent pas capable d’assumer une telle charge dont dépend l’avenir de l’état.

Khevenhüller propose alors le comte Ferdinand Bonaventura Harrach, sans succès.

Le 5 mai 1747

Naissance de son frère Léopold (1747-1792).

A portrait of Maria Theresa, Francis I and their first son, Archduke Joseph by Franz Xaver Karl Parko. Circa 1747.L’Empereur François Ier, son épouse Marie-Thérèse et l’héritier du trône l’Archiduc Joseph par Franz Xaver Karl Palko
Soubor:Martin van Meytens 003.jpgL’Archiduc Joseph par Martin van Meytens (vers 1748)

Le 5 octobre 1747

A l’occasion de la fête de leur père, les petits archiducs et archiduchesses montent sur scène à Schönbrunn sur un petit théâtre inauguré pour l’occasion.

De telles représentations dont raffolent les parents seront très courantes tout le long de ces années.

Le 15 octobre 1747

Nomination du feld-maréchal comte Batthyani (1697-1772) comme ayo de Joseph.

Le 17 octobre 1747

Marie-Thérèse lui écrit ses recommandations :

Il faut admettre que ceux qui le servent ont trop facilement satisfait ses désirs et ses requêtes (…) Ils l’ont par trop flatté et l’ont laissé se faire prématurément une idée de sa haute position. Il s’attend à être obéi et honoré, trouve la critique déplaisante et presque intolérable, s’abandonne à ses caprices, se comporte de manière discourtoise, et même avec rudesse avec les autres.”

Marie-Thérèse a conscience des défauts de son fils trop gâté selon elle par ses serviteurs. Sauf qu’elle et son mari aussi laissent tout passer à leur héritier.

Elle n’aura de cesse toute sa vie de l’aimer à la folie, tout en considérant très sévèrement ses défauts. Avec lui, plus que tous, elle sera partagée entre son rôle de mère et celui d’impératrice, mère d’un futur empereur.

Deux fois cette année, l’impératrice n’a pas hésité à user du fouet envers son fils.

L’ayo sera assisté d’un moine augustin, Weger, et des recommandations du conseiller aulique Johann von Bartenstein. Ensemble, ils lui donnent un enseignement essentiellement militaire, religieux et juridique.

Le 7 décembre 1747

L’archiduc passe devant son régiment à qui il doit adresser un compliment. Marie-Thérèse n’en est guère satisfaite.

Pour l’anniversaire de leur père, le même jour, les trois enfants aînés jouent L’Heureuse Epreuve de Saint-Foix.

Le 18 avril 1748

Signature du traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à la Guerre de Succession d’Autriche.

Marie-Thérèse et François-Etienne sont reconnus dans leurs droits mais perdent définitivement la Silésie.

Les négociations du côté Autriche sont menées par Wenceslas-Antoine-Dominique comte de Kaunitz  (1711-1794).

Depuis ses vingt ans ce jeune diplomate ne cesse de monter dans les strates du pouvoir.

Résultat de recherche d'images pour "le futur prince de Kaunitz par Martin van Meytens"Le futur prince de Kaunitz portrait de Martin van Meytens

Une fois rentré, Kaunitz envoie à Marie-Thérèse un mémoire lui signifiant d’une part que le nouvel ennemi de la monarchie n’est plus la France mais la Prusse, beaucoup trop ambitieuse pour le bien de l’empire. D’autre part, qu’il leur fallait ménager leur allié principal l’Angleterre qui souhaite garder une neutralité respectueuse envers la Prusse.

Marie-Thérèse ne se ferme pas à ces nouvelles idées.

Le 13 mai 1748

A l’occasion de l’anniversaire de leur mère, Joseph ouvre le bal avec sa tante Charlotte de Lorraine, tandis que Marianne danse avec un dignitaire russe du nom de Bestucheff.

Le 12 juin 1748

Joseph accompagne sa mère pour un voyage en Moravie :

“Le fils se conduit comme vous pouvez vous l’imaginer, pas mal, mais rien moins que de me pouvoir flatter.”

Marie-Thérèse à la princesse Trautson
BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 51

Le 17 septembre 1748

Naissance et mort de sa sœur Marie-Caroline.

Joseph, au centre, facilement reconnaissable parmi ses nombreux frères et sœurs par Martin van Meytens

De par son statut d’héritier du trône, Joseph vit à l’écart de ses frères et sœurs. Les premiers sont trop jeunes pour partager ses jeux et son éducation, les secondes de son âge, sont des filles qui n’ont rien à faire avec le petit prince.

Il acquiert donc très vite une attitude froide et distante envers sa fratrie.

Il méprise très rapidement son père, peu brillant militairement et qui accepte de laisser sa femme gouverner, se préoccupant plus de tâches d’intérieur (finances, sciences, décoration de leurs différentes résidences, réunions familiales…). Qui en outre se contente d’être un simple grand-duc de Toscane, après avoir laissé les puissances européennes le dépouiller de son duché de Lorraine. Sans le long combat mené par sa mère, il n’aurait jamais été élu empereur. Couronne qui d’ailleurs en ce XVIIIème siècle n’est plus qu’une coquille vide.

Pour ne rien gâcher, outrageusement gâté, se développe chez lui un tempérament d’enfant qui n’en fait qu’à sa tête, très (trop ?) sûr de lui.

Sa mère et ses éducateurs s’en inquiètent.

L’archiduc Joseph par Martin von Meytens. Désormais l’enfant sera toujours habillé de rouge sur ses portraits.

Marie-Thérèse sait qu’elle a sa part de responsabilité dans l’échec de cette éducation. Elle est de ceux qui ont le plus gâté l’enfant, car elle sait qu’elle lui doit tout simplement son trône. Elle n’en reste pas moins exigeante et assiste aux examens de son fils tous les deux mois.

Marie-Thérèse décide de nommer le feld-maréchal hongrois Charles de Batthyany (1689-1772) précepteur du prince héritier. En reconnaissance des services rendus durant la guerre mais aussi dans l’idée qu’un grand militaire donne le goût de l’armée à son fils.

Karl Josef Batthyány, artiste inconnu

Décembre 1748

Lors de sa nomination, Marie-Thérèse écrit au feld-maréchal :

“Comme mon fils, qui nous est le plus cher et important héritier a été élevé dès le berceau avec la toute plus grande tendresse et amour, il est certain que nous nous sommes trop pliés à ses volontés et exigences. (…)

Par ailleurs, nous avons remarqué qu’il se réfugiait dans la rébellion désagréable et presque inacceptable, ne se privant de rien, et agissant envers autrui avec la plus grande facilité, sans complaisance et avec rudesse. (…)

Il est comme la grande majorité de la jeunesse qui oublie souvent un millier de fois et souvent fort peu disposée à l’application nécessaire.”

Instruction de l’impératrice Marie-Thérèse pour Batthiany, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, pp. 69-70.

Comme la plupart des enfants de Marie-Thérèse, l’archiduc héritier a tendance à se moquer d’autrui :

“De ses penchants qui doivent être les plus disputés, il en est un que l’on doit conjurer, ce plaisir qu’il s’est formé très tôt d’être à l’aguet du travers des personnes et de s’en imprégner pour mieux les ridiculiser.”

Instruction de l’impératrice Marie-Thérèse pour Batthiany, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 70.

Et surtout, si un futur empereur se doit de se sentir supérieur au reste du monde, il lui faut néanmoins ne pas marquer trop d’orgueil :

(…) l’ayo devra s’appliquer à éloigner de sa personne toutes celles qui voudront trop le flatter ou essayeront d’inspirer, plus qu’il est nécessaire, la vanité d’une personne royale.”

Instruction de l’impératrice Marie-Thérèse pour Batthiany, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 70.

On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’écrira des années plus tard Marie-Antoinette à ce propos en parlant de son fils de quatre ans :  

“Il n’a aucune idée de hauteur dans la tête et je désire fort que cela continue. Nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu’ils sont.”

Lettre à madame de Tourzel le 24 juillet 1789, https://www.marie-antoinette-antoinetthologie.com/lettre-a-madame-de-tourzel/

Le 10 décembre 1748

A cheval, accompagné de l’empereur, Joseph est à la tête de son régiment.

1749

Marie-Thérèse se tourne également vers son directeur de la Chancellerie d’Etat  Johann Christoph von Bartenstein, un de ses conseillers les plus écoutés depuis le début de son règne, afin de l’aider dans l’éducation de l’héritier. Elle lui doit son mari adoré, l’élection de celui-ci en tant qu’empereur et les tractations de la fin de la guerre de Succession.

Johann Christoph von Bartenstein par Martin van Meytens

Le ministre érudit se charge alors de rédiger pour l’enfant une Histoire en vingt volumes, de Charlemagne à Rodolphe II.

Il lui choisit aussi un professeur de droit, Christian August Beck qui l’initiera à la philosophie des Lumières.

Beck est partisan de la tolérance religieuse, de l’abolition de la torture et le suppression du servage.

Cet enseignement marquera durablement le jeune Joseph.

Le 20 mai 1749

Le chargé d’affaire français Blondel témoigne de sa première audience auprès de l’archiduc hériter et de ses frères et soeurs :

“Après les compliments, il me fit cent questions sur la personne du roi, sur la famille. Il a huit ans, de taille et de figure charmante, vif et parle très bien le français.”

BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 92

Ce qui laisse supposer que l’envoyé de Frédéric II exagérait un peu le rejet que faisait l’héritier de la France et de la langue française trois ans auparavant…

Le 13 août 1749

Premier entretien entre l’enfant, sa mère et ses professeurs. Passage qui se répètera tous les mois, avec un public de plus en plus étoffé.

Marie-Thérèse marque son enthousiasme.

Le 4 février 1750

Naissance de sa sœur Marie-Jeanne-Gabrielle (1750-1762).

Marie-Thérèse envoie le comte de Kaunitz à Paris afin d’établir de nouvelles perspectives diplomatiques. Le nouvel ambassadeur est certain de son succès.

Le 18 août 1750

Le numismate Valentin Dumerey-Duval, directeur du cabinet impérial des médailles des monnaies, proche de François-Etienne, est proposé comme vice-ayo d’histoire. Lui aussi refuse.

Il faut croire que l’éducation de l’héritier, loin d’être vue comme un honneur, paraît plutôt comme une charge trop difficile à assumer.

Le 19 mars 1751

Naissance de sa sœur Marie-Josèphe (1751-1767).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1752 : Joseph se trouve auprès de sa mère, presqu’au centre, en rouge, de façon à être distingué tout de suite au milieu de tous ses frères et sœurs.

Au cours de cette année, Marie-Thérèse se décide à passer un réel moment d’intimité avec son fils aîné en passant un moment avec lui tête-à-tête, en prenant “l’air le plus adouci” qu’elle peut.

Elle confie à son conseiller portugais Emmanuel de Silva-Tarouca avec qui elle partage une importante correspondance :

“Il a été fort sensible, mais l’a surmonté devant mes gens […]. L’après-dîner je l’ai passé avec lui jusqu’à 5 heures et j’ai été très contente de la leçon. […] C’est la première occasion qui m’a persuadée qu’il a de la capacité, ce dont je doutais.”

Archives nationales autrichiennes, Division des Provinces, Belgique, 1-2

Cette remarque maternelle n’est au final pas très positive. L’impératrice doute des capacités intellectuelles de son fils…

Le 4 août 1751

Instructions de l’ayo Batthiany au vice-ayo Philippe de La Mine, professeur d’histoire de l’archiduc :

“L’éducation de Son Altesse Sérénissime Monseigneur l’Archiduc est d’une si vaste étendue que les différentes parties qui doivent former le total exigent chacune un homme entier qui attache toute son étude à la partie de l’instruction qui lui est confiée.”

Archives privées de la famille Goëss, BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, p. 66.

Le 7 mai 1752

Présence de l’Empereur lors d’un examen de géographie de l’archiduc Joseph. 

L’empereur François Ier par Meytens

L’événement est suffisamment rare pour que ce soit relevé par les chroniqueurs de la cour. Au contraire de Marie-Thérèse qui ne rate presque jamais ces événements.

Ceci pouvant expliquer le peu de respect que portera par la suite le fils envers son père.

Le 13 août 1752

Naissance de sa sœur Marie-Caroline (1752-1814).

1753

Départ de Bartenstein, remplacé par Wenceslas Antoine, comte de Kaunitz (1711-1794), jusque-là ambassadeur en France.

On parle d’un mariage de l’archiduc avec la fille du Roi de Naples qui deviendra par la suite Charles III, roi d’Espagne. Finalement, cette princesse, Marie-Louise d’Espagne (1745-1792) épousera plus tard Léopold, après avoir été également promise à Charles-Joseph.

L’infante Marie-Louise tour à tour promise aux trois premiers fils de Marie-Thérèse, par Raphael Mengs.

Le 1er juin 1754

Naissance de son frère Ferdinand (1754-1804).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1754, même pose.

Marie-Thérèse doute de la tendresse de son fils aîné à son égard. Toujours au même Tarouca qui a tenté de la rassurer :

“Vous m’avez sensiblement obligée par le trait de générosité et de sentiment que vous me marquez du fils que la mère croyait insensible et à treize ans le corrigeait trop vivement.”

Archives nationales autrichiennes, Division des Provinces, Belgique, 1-2

En effet Joseph a un aspect froid et distant avec tout le monde. En tant qu’héritier du trône, il n’est pas loin de se croire l’égal d’un demi-dieu.

Il jalouse ses frères et sœurs qu’ils considèrent comme des concurrents, il méprise son père.  Avec sa mère les relations sont encore plus complexes.

Elle l’a dorloté au centuple dans sa petite enfance et du jour au lendemain, elle n’a pu s’empêcher de le comparer à ses frères. A son détriment. De voir ses défauts, de le juger. L’impératrice s’inquiète de ce manque de douceur, d’aménité, qualités indispensables pour plaire au public et donc essentiellement politiques pour ceux de son rang. Marie-Thérèse a su conquérir son trône, sa popularité grâce à ses dons de séduction. Son fils en est totalement dénués.

La mère n’est pas non plus sans responsabilités. Si elle adore ses enfants, elle ne leur accorde que peu de temps, peu de place dans sa vie. Les affaires d’état passent avant tout. Et ensuite, son mari. Après viennent les enfants. Et selon ses prédilections marquées.

Mais au fond de lui, Joseph peut être sujet aux plus tendres sentiments. Sa principale difficulté étant de l’exprimer correctement. Il n’attend qu’une chose : que sa mère lui exprime son amour, son admiration.

Le 17 mars 1755

Examen de philosophie, de métaphysique et d’ontologie, en latin.

Le public est admiratif de ce jeune garçon de seulement quatorze ans.

Le 2 novembre 1755

Naissance de sa sœur Marie-Antoinette (1755-1793).

Le 3 novembre 1755

 Joseph et sa sœur aînée Marie-Anne portent l’enfant sur les fonds baptismaux, représentant le Roi et la Reine du Portugal.

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1755, même pose.

Le 12 février 1756

A l’occasion de l’anniversaire de leur père, tous les archiducs et archiduchesses sont déguisés, y compris la plus jeune, Antonia, trois mois, recouverte de fleurs.

Le 1er mai 1756

Signature à Versailles du traité d’alliance entre la France et l’Autriche, mettant fin à plus de deux cent cinquante ans de rivalité entre les deux puissances.

Le 25 mai 1756

Ratification du traité à Vienne.

A cette occasion, on évoque le mariage entre l’Archiduc et la petite-fille aînée du Roi de France Louis XV, Isabelle de Bourbon-Parme.

Fichier:Isabelle de Bourbon, infante de Parme by Jean-Marc Nattier 001.jpg  — WikipédiaIsabelle de Bourbon-Parme par Jean-Marc Nattier

Début de la Guerre de Sept ans.

Frédéric II envahit la Saxe, avec l’idée d’attaquer ensuite l’Autriche. L’hiver vient stopper son offensive.

Du fait des événements, le mariage doit attendre.

 

Le 8 décembre 1756

Naissance de son frère Maximilien (1756-1801).

Portrait de la famille impériale par Martin Van Meytens, 1756, même pose.

Joseph se sentira beaucoup plus à l’aise avec ses frères et sœurs les plus jeunes : Marie-Caroline, Ferdinand, Marie-Antoinette et Maximilien. Tous, au contraire de leurs aînés, l’aimeront beaucoup.

Le 19 janvier 1757

L’héritier du trône est atteint de petite vérole. On craint pour sa vie et on craint que l’épidémie se répande au sein de la famille impériale.

On parle de petite vérole “copieuse”. Joseph s’en sort très amaigri et le visage grêlé.

Malgré l’épidémie, Marie-Thérèse ne perd alors aucun de ses enfants.

     Réunion intime de la famille impériale, par Martin van Meytens (?) 
 L’héritier du trône est reconnaissable car habillé de rouge au premier rang. Il joue du violoncelle.

Le 6 mai 1757

Frédéric II envahit Prague.

Le 18 juin 1757

Bataille de Kolin. Les Autrichiens obtiennent la victoire contre les Prussiens.

Les Autrichiens sont en passe de reconquérir la Silésie.

A ce moment, l’adolescent qu’est l’archiduc Joseph se prend de passion pour Frédéric II, l’ennemi de sa mère, modèle plus admirable à ses yeux que son père.

Frédéric II par Anton Graff

Il incarne pour l’adolescent le héros militaire qu’il rêve de devenir lui-même. Il décide de ne plus quitter l’habit militaire, le seul à ses yeux digne de ses rêves de gloire.

Joseph n’aime pas les arts d’agrément, sauf la musique, prend la religion en aversion, connaît les langues étrangères, notamment le français et l’italien. Il poursuit seul, par la lecture et la méditation, son éducation philosophique (Voltaire, les encyclopédistes).

1758

Les Autrichiens continuent à battre la Prusse qui réussit à vaincre de son côté l’armée française qui se fait également battre par l’Angleterre.

L’opinion murmure contre le bien-fondé de la nouvelle alliance, l’archiduc-héritier et l’empereur les premiers.

Les archiducs Joseph, Charles-Joseph et Léopold en tenue de régiments par Martin van Meytens
 

Le 14 octobre 1758

L’Autriche bat de nouveau la Prusse à la bataille de Hochkirch. Malgré sa victoire écrasante, le maréchal Daun (1705-1766) laisse repartir l’armée prussienne reprendre ses forces durant ses quartiers d’hiver.

Le feld-maréchal comte Daun, le meilleur soldat de Marie-Thérèse. Artiste inconnu.

1759

Alternant victoires et défaites, mais en majorité des victoires, Marie-Thérèse peut envisager avec soulagement la fin prochaine de son ennemi Frédéric II. Et donc le mariage de son fils aîné afin de célébrer l’alliance avec la France.

 

Le 6 septembre 1759

Elisabeth de France, infante de Parme et fille aînée de Louis XV négocie le mariage de sa fille Isabelle avec l’héritier du trône, un mariage bien plus prestigieux que ne fut le sien avec un infant cadet d’Espagne.

Le mariage est alors assuré. Marie-Thérèse n’aura de cesse de marier la plupart de ses enfants à des Bourbons.

Isabelle de Bourbon-Parme — WikipédiaIsabelle de Bourbon-Parme par Jean-Marc Nattier

Le 21 novembre 1759

La Prusse est au bord de l’effondrement après la bataille de Maxen et Frédéric II envisage le suicide.

Néanmoins, il existe trop de tensions entre les armées russes et autrichiennes et de son côté la France n’obtient pas de victoire définitive contre l’Angleterre, sur terre comme sur les mers.

Frédéric II parle alors de  “miracle de la maison de Brandebourg“.

 

Le 9  décembre 1759

Décès d’Elisabeth de France, duchesse de Parme. La période de deuil oblige à repousser encore le mariage.

La famille ducale de Parme par Giuseppe Baldrighi. Isabelle apparaît en princesse accomplie.

Mars 1760

Le comte de Firmian, représentant autrichien se rend à Parme afin de donner des informations sur la future archiduchesse. Il est dithyrambique.

 

Le 7 septembre 1760

Mariage par procuration à Parme. Marie-Thérèse envoie le prince de Liechtenstein épouser la princesse au nom de l’archiduc Joseph.

 

Le 10 septembre 1760

Joseph, angoissé par son mariage confie au grand maître de sa maison, le comte de Salm :

“Je ferai certainement mon possible pour mériter son estime et sa confiance ;  pour l’amour vous savez que je ne fais pas l’agréable et l’amant, et que c’est même contre ma nature.”

Isabelle de Bourbon-Parme, la princesse et la mort, Ernest Sanger

Marie-Thérèse a fait élever son fils de manière à ce qu’il ignore tout du sexe avant son mariage. Elle n’admet aucune prostituée sur ses territoires, aucun couple adultère à sa cour.

François-Etienne est beaucoup moins bégueule et entretient une maîtresse, la princesse Auesperg relativement tolérée par l’impératrice qui s’est trop fatiguée à lui donner seize enfants. Mais les relations sont difficiles entre le père et le fils.

La princesse von Auersperg, maîtresse de l’empereur François Ier, artiste inconnu

On ne connaît pas la réaction de Joseph devant son père entretenant une maîtresse. Ses sœurs Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Marie-Amélie l’ont acceptée, se rendant même chez elle avec leur mère au petit château de Laxembourg pour y dîner.

Le 13  septembre 1760

Départ d’Isabelle de Bourbon-Parme pour Vienne.

Le 20 septembre 1760

L’Archiduc continue à craindre son mariage imminent :

“Plus le moment approche, plus je vous avouerai que je me sens ému, non d’empressement mais de crainte de ne pas être heureux dans cet état […]Je n’ai jamais encore senti les attraits de l’amour, Dieu sait comment j’en serai traité, enfin toutes ces idées me font trembler et me font faire des réflexions un peu mélancoliques.”

(Ibidem)

Le 28 septembre 1760

François-Etienne a fini par lui donner les conseils nécessaires pour le mariage. Le jeune homme déjà profondément inquiet est encore plus terrifié :

“J’ai une certaine peur de me marier, plus que je n’aurai d’aller dans une bataille. […] Ayant toutes les instructions de S. M. l’Empereur, qui me font horreur et qui m’ont extrêmement surpris, je suis extrêmement en peine de mon bonheur futur ; je n’entre certainement dans cet état par aucune curiosité ou avidité de bête ; la pensée seule de devoir me porter à cela me coûte infiniment et me dégoûte. […] Victime de l’Etat, je me sacrifie, espérant que Dieu voudra m’en récompenser, si pas dans ce monde, au moins dans l’autre.”

(Ibid)

Le 1er octobre 1760

Accueil de la princesse par l’Empereur.

Le 2 octobre 1760

L’Impératrice et l’Archiduc rencontrent Isabelle au petit château de Laxembourg, près de Vienne.

                                                                                                              Isabelle de Bourbon-Parme et l’Archiduc Joseph au moment de leur mariage, d’après Martin van Meytens
tiny-librarian:
“A portrait of Isabella of Parma, first wife of Joseph II, attributed to Giuseppe Baldrighi.
”Isabelle de Bourbon-Parme par Giuseppe Baldrighi

Le 6 octobre 1760

Célébration du mariage à Vienne en grandes pompes.

Marie-Thérèse souhaite les fêtes les plus extraordinaires, à la hauteur de l’événement, et décide de les faire immortaliser par son peintre préféré Martin van Meytens aidé de son atelier.

L’artiste n’achèvera l’ensemble qu’en 1765.

Résultat de recherche d'images pour "L'entrée d'Isabelle de Bourbon-Parme dans Vienne, par Martin van Meytens"L’entrée d’Isabelle de Bourbon-Parme dans Vienne, par Martin van Meytens et son atelier

 

Banquet dans la grande antichambre du palais de la Hofburg de Vienne, par Martin van Meytens et son atelier
Souper dans la salle de la Redoute à la Hofburg, Martin van Meytens et son atelier
Sérénade dans la salle de la Redoute, Martin van Meytens et son atelier. Le couple impérial est au centre, entouré par les nouveaux mariés, Joseph près de son père, Isabelle près de sa belle-mère. Les quatre autres archiducs se répartissent ensuite, deux par deux, puis les archiduchesses se divisent en deux groupes de quatre de part et d’autre, en ordre décroissant.

Pour cette dernière composition, Marie-Thérèse demande à l’artiste de rajouter ses derniers enfants qui n’avaient pu assister aux cérémonies car alors trop jeunes : les archiducs Ferdinand, Maximilien et leurs sœurs Marie-Caroline et Marie-Antoinette.

Il place aussi le jeune prodige Wolgang Gottlieb Mozart que l’on peut repérer dans la foule. Il n’était au moment des faits qu’un simple bambin de quatre ans parfaitement inconnu mais qui était depuis devenu une célébrité internationale.

Détail montrant le jeune Mozart devenu en quelques années une véritable “star”.

Contre toute attente Joseph devient follement amoureux de sa femme. Il n’aimera qu’elle.

Malheureusement pour lui ces sentiments ne sont pas du tout réciproques même si en apparence Isabelle joue à la plus parfaite des épouses.

Elle a très vite cerné sa psychologie, comprit les angoisses et complexes du jeune homme. Bien plus supérieure à lui intellectuellement, elle lui fait croire à chaque instant que c’est lui le maître, comblant ainsi sa misogynie exacerbée.

Elle voue par contre très rapidement une passion dévorante pour sa belle-sœur Marie-Christine.

Le 9 octobre 1760

Les troupes autrichiennes et russes occupent Berlin. De quoi renforcer les fêtes nuptiales.

Le 22 décembre 1760

Fausse couche d’Isabelle ou simple “petite incommodité” selon Marie-Thérèse.

L’Impératrice écrit au duc de Parme :

“[…] Je n’en suis pas du tout inquiète là-dessus et je ne le souhaite pas même si promptement. Mon fils n’aura que vingt ans [en mars] et elle dix-neuf. Il n’y a rien de perdu et je ne lui en souhaite pas autant que j’en avais. Je sais par expérience combien cela coûte, use les forces et rejaillit même sur l’esprit.”

Le 26 décembre 1760

Nouvelle épidémie de variole au sein de la famille impériale.

L’Archiduc Charles-Joseph, frère puîné de Joseph tombe malade.

Le 18 janvier 1761

Mort de son frère Charles-Joseph.

ImagenSon frère, l’Archiduc Charles-Joseph

On ignore les sentiments de Joseph à ce sujet. Entretenant peu de relations avec ses frères et sœurs de sa génération, il ne pouvait ignorer que l’héritier en second, de caractère moins ombrageux, était considéré comme bien plus brillant que lui-même. Et Marie-Thérèse ne cachait pas sa prédilection.

Février 1761

Son épouse Isabelle contribue à attiser les tensions entre les frères et sœurs, certainement dans l’idée de plaire à son mari. Elle sait qu’elle peut tout se permettre car comme son mari, ses beaux-parents l’adorent absolument. Et Isabelle est suffisamment fine pour ne jamais se retrouver en porte à faux.

Elle s’amuse notamment aux dépens de l’aînée Marie-Anne, Archiduchesse handicapée aussi orgueilleuse qu’intellectuelle, qui n’a pas supporté de perdre son statut d’archiduchesse aînée avec le mariage de Joseph.

Néanmoins, vis-à-vis de Marie-Christine, Isabelle est obligée de cacher ses sentiments à Joseph qui ne supporte pas plus cette sœur et demande donc à sa belle-sœur d’entrer dans son jeu. Et dans l’idée également que Joseph puisse davantage apprécier Marie-Christine (dite Marie ou Mimi) :

“Je ne peux m’empêcher, à cause de l’extrême tendresse que j’ai pour vous, de vous écrire ces lignes, mais je vous conjure, au nom de cette même tendresse, de faire attention à ce que je vais vous dire. Vous savez l’aventure d’hier ;  elle est capable d’entraîner après des suites si vous tenez votre parole. J’ai convaincu l’Archiduc de son tort, quoique à  la vérité vous en ayez autant l’un que l’autre, mais c’est ce qu’il doit ignorer. Je vous supplie donc, quand vous le verrez, d’en agir absolument comme de coutume, que s’il est froid envers vous, de faire semblant de ne vous en pas apercevoir, que si l’on vient à parler de l’aventure en question, de lui en faire une sorte d’excuse en plaisanterie. Non que je prétende par là lui prouver qu’il avait raison, mais je m’en servirai au contraire pour lui faire sentir son tort et pour vous rendre plus estimable dans son esprit ;  que si il badine encore ne faites semblant de rien, tâchez de lui céder, d’en rire ; j’aurai soin de relever tout ce que vous ferez de la sorte, et de vous en faire un mérite devant lui, ce qui ne manquera pas de redoubler son amitié pour vous. Pardon de tout ce que je vous dis ; cela ne vient que de mon amitié. Je vous conjure encore d’y faire attention. Croyez que ce n’est que pour notre satisfaction mutuelle que je vous parle. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur et attends votre réponse comme un criminel la sentence, car vous savez que la tête me tourne de vous. 

A propos, qu’il ne soit pas question vis-à-vis de lui que je vous ai écrit aujourd’hui.”

 Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, page 87
L’Archiduc Joseph, atelier de Martin van Meytens

Peu après, Isabelle offre  à l’élue de son cœur un véritable mode d’emploi pour manipuler aisément Joseph :

“QUELQUES QUESTIONS A DÉFINIR AU SUJET DE GAGNER LE CŒUR DE L’ARCHIDUC

1°S’il faut toujours le contrarier.

2°S’il faut toujours lui taire la vérité.

3°Si l’on doit le laisser faire cent mille enfantises.

4°Si l’on doit le cajoler.

5°Si l’on doit commencer par chercher à  chercher son estime avant son cœur.

Moyen de gagner son estime

Il faut ici faire l’extrait des définitions précédentes. C’est le meilleur moyen et quant à lui et quant à sa conduite personnelle, tant envers moi qu’envers ses sœurs et les reste du public.

1°Montrer beaucoup d’estime pour moi.

2° Pas trop exagérer notre union.

3°Montrer de l’amitié, mais pas qui paraisse fondée purement sur la tendresse réciproque, mais purement sur les qualités que vous faites semblant de me prouver.

4°Me donner souvent tort lorsqu’il s’agit de choses qui lui feraient plaisir, mais que je lui dispute seulement en plaisantant. Mais c’est à moi-même que vous devez vous adresser pour me donner tort et sans plaisanter, en me disant par exemple que moi qui me pique d’être bonne femme, j’ai pourtant bien peu de complaisance. Je fournirai déjà de ces occasions-là.

5°Envers mes sœurs, beaucoup d’égards et de douceur, mais pour avoir l’air d’être particulièrement attachée à aucune par amitié, mais par une certaine estime. Vous taire cependant sur leurs défauts et ne lui pas même laisser la liberté d’en parler, le tout par une espèce de retenue, en disant : “Qui peut être parfait ?”, ou autres choses semblables, et ne soutenant pas le discours.

6°Envers tout le monde n’avoir point l’air de mystère, ne chercher ni fuir la compagnie.

7°Ne le point plaisanter en compagnie, saisir même les moments où l’on voit qu’il pourrait entendre pour dire du bien de lui sans faire semblant de s’apercevoir qu’il est à portée d’entendre.

Voici en gros ce que j’ai pu au plus tôt rassembler dans ma tête. Je me flatte que vous vous en trouverez bien si vous pouvez être persuadée que je le connaisse, que je n’ai d’autre désir, d’autres vues en tout cas que votre bien. Si vous croyez mon amitié sincère, comme je crois vous en avoir donné des preuves, et comme toute ma conduite tant que je vivrai pourra vous en convaincre, suivez ce que mon expérience m’a appris, que si quelque chose vous arrête ou ne tourne pas comme nous le souhaitons, faites-moi le plaisir de m’en parler. Nous chercherons ensemble les moyens de le réparer.

Ne croyez pourtant pas en ceci voir votre intérêt tout seul : le mien y est attaché, vous pouvez, s’il s’attache à vous, nous être bien utile avec votre esprit et vos talents. Si vous m’aimez, donnez-m’en la preuve. Que je doive chercher à gagner son amitié, mais surtout son estime, c’est autant pour vous que pour moi. Vous avez ce qu’il faut, daignez donc l’employer. 

Vous voyez que je suis bien sincère envers vous, que je m’ouvre en entier, chose que peut-être quatre ou cinq personnes ont pu dans tout le cours de ma vie obtenir. De grâce, prenez garde de ne me point sacrifier. Ce n’est pas que je ne pourrais vous être utile et ma douleur en serait d’autant plus vive que j’ai plus compté sur votre amitié. 

Adieu, si vous m’aimez, n’oubliez jamais ce que je viens de vous dire. Peut-être le moment qui doit terminer ma vie est-il plus proche que celui de voir accompli ce que je souhaite. Si vous ne perdez pas de vue ces principes, vous pouvez compter avec du temps sur la réussite.

1°Son caractère posé tel que vous le connaissez, la contradiction ne gagnera jamais son cœur.

2°Il serait trop dangereux de lui cacher toujours la vérité, ce ne serait pas le moyen de gagner son estime, mais il faut le faire avec douceur, en peu de mots et en particulier.

3° Il faut lui passer ses enfantises. Si vous le laissez faire, elles se passeront bien plus tôt, au lieu que s’il voit que vous vous fâchez, il le fera plus que jamais pour vous faire enrager. 

4°Il est bon de le cajoler quelques fois, mais rarement, parce que cela passe dans son esprit pour flatterie ou fausseté.

5°Le premier point est de gagner son estime. Son cœur n’est pas assez sensible pour que l’amitié puisse l’ébranler assez tôt, mais dès que l’estime s’en mêle, l’amitié s’ensuit naturellement, c’est ce que ma propre expérience m’a assez appris.”

 (Isabelle de Bourbon-Parme, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie par Elisabeth Badinter, pp. 87-89).

 

Isabelle de Bourbon-Parme peint selon la tradition par l’Archiduchesse Marie-Christine

Les conseils d’Isabelle paraissent avoir porté leurs fruits. En effet, des années plus tard, alors que Joseph exile ses sœurs Marie-Anne et Marie-Elisabeth dans des couvents de province suite à la mort de leur mère, il éloigne également Marie-Christine, mais avec la charge prestigieuse de gouvernante des Pays-Bas autrichiens.

 

Le 9 mars 1761

La princesse ne laisse rien paraître en public de son malheur d’être mariée _au contraire_, encore moins dans ses lettres à son père ou à son grand-père. Néanmoins, Louis XV écrit à son gendre le duc de Parme :

“Je suis enchanté que votre fille vous ait mandé qu’elle est heureuse. […] Notre gendre me paraît despotique.”

(Archives d’Etat de Parme, carteggio Borbonico Estero, 50, 12)

Le 5 août 1761

Grossesse d’Isabelle déclarée officiellement.

Joseph qui exulte écrit à son beau-père :

“Je ne doute plus que ma femme soit grosse. […] Je suis au comble de la joie de voir que la grossesse de ma femme avance si heureusement et sans l’incommoder beaucoup. Elle m’en paraît même contente et je crois que cela lui fait plaisir. Pour moi, cela m’en fait beaucoup de même qu’à Leurs Majestés et à tout le public qui commence à s’en douter. Ainsi, pourvu qu’elle accouche heureusement, tout sera enchanté, mais c’est un moment auquel je n’ose penser sans trembler.”

(Lettre de Joseph II à Don Filippo e Don Ferdinando)

Le 1er octobre 1761

Prise par les Autrichiens de la forteresse prussienne de Schweidnitz (aujourd’hui Świdnica en Pologne). Malheureusement, les nombreuses disputes avec les Russes ne permettent pas aux Autrichiens de conforter leurs positions. Pour les Russes, la Silésie n’est pas une priorité stratégique. Pour Marie-Thérèse, c’est la raison essentielle de son entrée en guerre. Et du renversement des alliances.

Frédéric II se bat désormais en mode défensif. Les Autrichiens, les Russes et les Français pensent que la victoire contre la Prusse ne peut plus faire de doute pour l’année suivante.

Le 5 janvier 1762

La Tsarine Elisabeth meurt. Elle était une alliée de poids auprès de Louis XV et de Marie-Thérèse.

Son héritier Pierre III décide sur le champ de signer un traité de paix avec Frédéric II qu’il admire depuis toujours. L’Autriche se retrouve isolée. Toutes ses victoires contre la Prusse n’auront servi à rien.

Le Tsar Pierre III et son épouse Catherine

Cette fois-ci ce sont les historiens qui emploient le terme de “miracle de la maison de Brandebourg” pour ce décès inopiné.

Si l’on sait que Marie-Thérèse vit très mal ce coup du sort, on ignore les sentiments de Joseph à cet égard.

Lui aussi est un héritier du trône qui admire Frédéric II…

L’Archiduc Joseph par Liotard (1762)

Le 20 mars 1762

Naissance de Marie-Thérèse, fille de Joseph et d’Isabelle.

Naissance de la petite Marie-Thérèse
Gouache signée et datée de Marie-Christine

Malgré la déception du sexe de l’enfant, les parents, les grands-parents, les nombreux oncles et tantes sont tous heureux, persuadés que la petite archiduchesse est annonciatrice de nombreux frères et sœurs.

L’Impératrice devient la marraine de l’enfant. Désormais, toutes ses petites-filles aînées de chacun de ses enfants seront ses filleules.

C’est une rare occasion qui montre Joseph exprimer ses sentiments.

A son beau-père :

“C’est avec la plus grande joie du monde que je donne part à V. M. et très cher beau-père que ma très chère femme vient d’accoucher dans cet instant d’une fille. Elle a beaucoup souffert et moi de même par conséquent, ayant toujours été présent.”

Bicchieri

Le 21 juillet 1762

Revigoré par sa nouvelle alliance avec la Russie, Frédéric II bat les Autrichiens à Burkersdorf .

Le 9 octobre 1762

Schweidnitz est reprise par les Prussiens.

Le 13 octobre 1762

Visite de la famille Mozart à Schönbrunn.

La famille impériale est très férue de musique et au grand bonheur du couple impérial et de Joseph, Isabelle joue merveilleusement bien du violon.

Tout le monde l’ignore alors mais Joseph aura plus tard un impact majeur dans la carrière du jeune Wolfgang.

 

Le 29 octobre 1762

Lors de la bataille de Freiberg, l’armée de Frédéric II repousse les Autrichiens de Silésie.

Marie-Thérèse sait qu’elle a perdu.

Nuit du 26 au 27 novembre 1763

Mort d’Isabelle de Bourbon-Parme. Chagrin immense de la famille impériale. Isabelle laisse une correspondance riche et étonnante avec Marie-Christine.

Isabelle de Bourbon-Parme
A portrait of Isabella of Parma by Martin van Meytens. Isabella was the first wife of Joseph II, the son of Maria Theresa.Isabelle de Bourbon-Parme par Martin van Meytens
tiny-librarian:
“ A portrait of Joseph II, his daughter Maria Theresa, and his two wives. His first wife and mother of his daughter, Isabella of Parma, sits on the left. His second wife, Maria Josepha of Bavaria, stands on the right.
”Ce tableau présente Joseph II avec ses deux épouses : Isabelle de Parme assise à gauche avec à ses côtés leur fille Marie-Thérèse, et Marie-Josèphe de Bavière debout à droite…
Isabelle de Bourbon-Parme peint selon la tradition par l’archiduchesse Marie-Christine

Les conseils d’Isabelle paraissent avoir porté leurs fruits. En effet, des années plus tard, alors que Joseph exile ses sœurs Marie-Anne et Marie-Elisabeth dans des couvents de province suite à la mort de leur mère, il éloigne également Marie-Christine, mais avec la charge prestigieuse de gouvernante des Pays-Bas autrichiens.

En 1764

Joseph est proclamé Roi des Romains. 

Le 13 janvier 1765

Joseph doit se remarier : Marie-Thérèse lui choisit pour épouse Marie-Josèphe de Bavière (1739-1767), fille de l’Électeur Charles-Albert de Bavière (1697-1745) et de Marie-Amélie d’Autriche (1701-1756).

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 4 48ffff10

A portrait of Maria Josepha of Bavaria by Martin van Meytens. Maria Josepha was the second wife of Joseph II, son of Maria Theresa.Marie-Josèphe de Bavière par Martin van Meytens

La princesse ne sera apprécié par personne de la famille, son mari le premier, à l’exception de son beau-père François-Etienne qui lui témoignera la même affection qu’il porte à chacune de ses filles.

Le 5 août 1765

Mariage à Innsbruck de son frère Léopold avec une infante d’Espagne.

A cette occasion, Marie-Thérèse décide de réaménager la galerie du palais de la Hofburg d’Innsbruck avec les portraits de tous ses enfants, auxquels on rajoutera en fonction conjoints et petits-enfants.

Le 18 août 1765

Mort de Son père, l’Empereur François Ier, lors des festivités du mariage de Léopold à Innsbruck.

Résultat de recherche d'images pour "Empereur François-Etienne par Johann Zoffany en 1777"
Portrait posthume par Johann Zoffany en 1777

Marie-Antoinette racontera, en 1790, à  Mesdames de Tourzel, de Fitz-James et de Tarenteaux que l’Empereur François Ier, partant pour l’Italie, d’où il ne devait jamais revenir , rassemble ses enfants pour leur dire adieu :

J’étais la plus jeune de mes sœursmon père me prit sur ses genoux, m’embrassa à plusieurs reprises, et, toujours les larmes aux yeux, paraissant avoir une peine extrême à me quitter. Cela parut singulier à tous ceux qui étaient présents, et moi-même je ne m’en serais peut-être pas souvenue si ma position actuelle , en me rappelant cette circonstance, ne me faisait voir pour le reste de ma vie une suite de malheurs qu’il n’est que trop facile de prévoir.”

Joseph devient titulaire du Saint Empire romain germanique sous le nom de Joseph II, avec une autorité purement symbolique sur les princes allemands.

Joseph - L'empereur Joseph II Joseph14Joseph II, Empereur du Saint-Empire romain germanique, portrait attribué à Anton von Marron
Résultat de recherche d'images pour "Joseph et léopold ii d'autriche"Joseph II (à droite), avec son frère Léopold, grand-duc de Toscane, (1769) par Pompeo Batoni

Si le partage du pouvoir n’avait pas posé de problème entre Marie-Thérèse et son mari, la « cohabitation » de la mère avec le fils ne cessera d’être conflictuelle. Ils ne seront d’accord sur rien …et Joseph n’entend pas jouer les utilités, comme l’a fait son père… 

Prince d’une grande probité morale et intellectuelle, ennemi des fêtes, peu enclin aux confidences, défiant envers tout le monde, rabrouant ses proches, Joseph II veut tout connaître par lui-même. Il voyage d’abord dans ses États : en Hongrie (1766, 1768 et 1770), en Bohême (1766 et 1768), en Galicie (1773), se rend en France(1777), en Russie (1778).

Le 28 mai 1767

Décès de sa seconde épouse, Marie-Josèphe de Bavière (1739-1767) à Vienne, de la petite vérole, comme Isabelle de Bourbon-Parme, quatre ans plus tôt.

Illustration.Marie-Josèphe de Bavière

Le 28 mai 1767

La seconde impératrice quitte la vie sans déplaisir, n’étant plus appréciée de personne depuis la mort de son beau-père. Joseph II voit ce décès comme un soulagement…

tiny-librarian:
“Miniature of Maria Theresa of Austria, eldest daughter of Joseph II and Isabella of Parma, and the first grandchild of Maria Theresa and Francis I.
”Marie-Thérèse, fille de Joseph et Isabelle de Parme

À la mort de celle-ci, Marie-Thérèse songe, toujours pour renforcer l’alliance française, à lui faire épouser la princesse Bathilde d’Orléans (1750-1822).

Description de cette image, également commentée ci-aprèsBathilde d’Orléans

Plus tard encore, il fut question d’une union entre l’Empereur et la plus jeune sœur de Louis XVI, >Madame Elisabeth ( 1764-1794); mais ces deux projets firent long feu.

En 1769

Joseph visite l’Italie sous le nom de comte de Falkenstein, fuyant les honneurs.  A Rome, il entre l’épée au côté dans le conclave. La légende veut que, remarquant un prêtre vêtu d’une simple soutane noire, il lui demanda qui il était. ” Un pauvre religieux qui porte l’habit de saint François ” répondit celui qui s’appelait alors Ganganelli, et qui devait le lendemain s’appeler Clément XIV. ( connu pour avoir supprimé la Compagnie de Jésus le 21 juillet 1773 et pour avoir fondé les musées du Vatican . )

Le 19  avril 1770

Mariage par procuration de Marie-Antoinette et du Dauphin à l’église des Augustins de Vienne:

A six heures après-midi, à la sonnerie des trompettes et au son des tympans, toute la Cour de Marie Thérèse, se rend à l’église des Augustins de Vienne.

Marie-Antoinette au jour le jour … ou presque – Marie-Antoinette  AntoinetthologieMaria-Antonia par Antonio Pencini (1770)

L’Archiduchesse, toute souriante, porte une robe de drap d’argent. L’Archiduc Ferdinand qui a dix-sept mois de plus que Marie-Antoinette, habillé en soie blanche, avec une bande bleue drapée sur la poitrine, remplace le Dauphin.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsL’Archiduc Ferdinand

L’église des Augustins est une église paroissiale, une vaste structure reliée à l’aile Leopoldina de Hofburg (les appartements privés de la famille royale) par un long couloir.

Eglise des Augustins - Vienne - intérieur | Lieu de culte, Église, MonumentsL’église des Augustins

tiny-librarian:
“ Miniature of Joseph II, Holy Roman Emperor. He wears his favorite Chevauleger Uniform decorated with sash of Austrian Military Order of Maria Theresa.
”

Joseph II conduit le cortège, puis l’Impératrice Marie Thérèse et derrière elle l’Archiduc Ferdinand qui donne la main à Marie-Antoinette. Pour l’occasion de Gluck a créé une composition pour orgue qui résonne dans l’église.

Joseph II (1771) par Joseph Hickel

La messe est dite par le nonce du pape, Monseigneur Visconti, assisté par le curé de la Cour, Briselance. Les prie-Dieu des ” mariés ” sont recouverts de velours rouge brodé d’or ; quand les deux mariés s’agenouillent, ils répondent à la question du nonce, une formule latine: ” Vol et ita promis ” (c’est ce que je veux et promets). Les anneaux, dont l’un sera livré par Marie-Antoinette au Dauphin, sont bénis ; Ferdinand glisse au doigt de sa sœur l’anneau de rubis du Dauphin et la fait ensuite se lever pour l’embrasser sur les joues ; après quoi Briselance s’apprête à prononcer l’acte Nuptial, Kaunitz l’authentifie et Durfort le légalise (en fait, ce dernier acte aurait dû revenir au beau-frère de Marie-Antoinette, Albert de Saxe Teschen, mais Versailles a fait savoir au prince qu’il ne fallait pas qu’il se dérange et qu’il pouvait laisser sa place à l’ambassadeur). Albert n’a pas objecté, mais pour le dîner de mariage, il ne veut pas entendre de raison, donc Durfort n’assiste pas au banquet et reste chez lui. Le comte de San Giuliano, grand maître des cuisines impériales, a accompli des merveilles ce soir-là. Cent cinquante invités sont admis, non pas à dîner, mais à admirer les neuf princes convives qui mangent dans de la vaisselle d’or.

En juillet 1775

Joseph II à sa sœur Marie-Antoinette un guide moral ainsi formulé : 

Très-chère sœur.   Le courrier vient de me remettre votre chère lettre, qui m’a fait beaucoup de plaisir quant aux sentiments que vous voulez bien me témoigner, et au désir que vous avez de me voir. Vous ne pouvez pas douter non plus, combien le même désir m’anime, mais les occasions, mes premiers devoirs et ma raison doivent être les seuls guides de toutes mes actions.
Je ne puis répondre des événements qui peuvent se présenter jusqu’au temps où je pourrais me donner la satisfaction de vous embrasser, aussi peu que mon amour pour la tranquillité d’esprit m’inspirera pour lors. Permettez, que là-dessus, ma chère sœur, je vous parle avec toute la franchise que l’amitié seule et l’intérêt autorise, et dont l’intention fait l’excuse.

Comment voudriez-vous, que j’aille vous voir et me mettre dans le grand monde de la cour et du pays que vous habitez, dans les circonstances dans lesquelles je vois que vous vous trouvez, et dans lesquelles vous avez bien voulu vous mettre? Autant que j’en sais, vous vous mêlez d’une infinité de choses d’abord qui ne vous regardent pas, que vous ne connaissez pas, et auxquelles des cabales et des alentours qui vous flattent et qui savent exciter tantôt votre amour-propre et envie de briller, ou même entretenir une certaine haine et rancune, vous font faire une démarche après l’autre, propres à troubler le bonheur de votre vie, et qui doivent nécessairement vous procurer tôt ou tard des désagréments cuisants, et en diminuant l’amitié et l’estime du roi, vous faire perdre toute l’opinion du public et toute la considération, que vous pourriez avec l’appui de cette opinion vous acquérir, et que vous vous êtes même acquise étonnamment jusqu’ à présent.
De quoi vous mêlez-vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d’en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l’un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour, enfin de parler d’ affaires, de vous servir même de termes très-peu convenables à votre Situation? Vous êtes-vous demandé une fois, par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie française ? Quelles études avez-vous faites?
Quelles connaissances avez-vous acquises, pour oser imaginer que votre avis ou opinion doit être bonne à quelque chose, surtout dans des affaires, qui exigent des connaissances aussi étendues? Vous, aimable jeune personne, qui ne pensez qu’à la frivolité, qu’à votre toilette, qu’à vos amusements toute la journée, et qui ne lisez pas, ni entendez parler raison un quart d’heure par mois, et ne réfléchissez, ni ne méditez, j’en suis sûr, jamais, ni combinez les conséquences des choses que vous faites ou que vous dites?

L’impression du moment seule vous fait agir, et l’impulsion, les paroles mêmes et arguments, que des gens que vous protégez, vous communiquent, et auxquels vous croyez , sont vos seuls guides. Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus irraisonnable , de plus inconvenable que ce que vous marquez au comte de Rosenberg touchant la manière avec laquelle vous arrangeâtes une conversation à Reims avec le duc de Choiseul? Si jamais une lettre, comme celle-là s’égarait, si jamais, comme je n’en doute presque point, il vous échappe des propos et phrases pareilles vis -à -vis même de vos plus intimes confidents, je ne puis plus entrevoir le malheur de votre vie, et j’avoue que par l’attachement que je vous ai voué, cela me fait une peine infinie. Ce sont vos ennemis, ce sont ceux qui désirent le plus de voir détruite toute influence que vous pourriez avoir, qui vous poussent à de pareilles démarches.
Croyez-moi, et écoutez la voix d’un ami et d’un homme que vous savez qu’il vous aime. Distinguez-la de la foule de tous ceux qui vous encensent, et croyez que personne ne peut et ne veut vous dire la vérité comme moi; qu’elle est de toutes les nations et de tous les pays. Quittez donc toutes ces tracasseries , ne vous mêlez absolument en rien d’ affaires; éloignez et rebutez même tous ceux qui voudraient vous y attirer pour quelque chose. Attachez-vous fortement à mériter l’amitié et la confiance du roi, c’est d’abord votre devoir d’état, et c’ est le seul intérêt que vous pouvez et devez avoir. Épluchez ses goûts, conformez-vous à eux; tâchez d’être beaucoup avec lui, ne l’incommodez néanmoins pas, et méritez par votre discrétion et sûreté sa confiance. Ne parlez jamais à des ministres d’ affaires, ni pour recommander quelqu’un, et dans toutes les occasions, où vous serez sollicitée, ne vous chargez jamais d’autre chose que d’ en parler au roi ; et alors n’ en pressez point la réussite avec importunité ou humeur, et ne donnez aucune réponse, hors celle dont le roi vous chargerait expressément.
Du reste lisez, occupez-vous , ornez votre esprit, donnez -vous des talents, et rendez-vous propre à trouver des ressources en vous-même dans un âge plus avancé et dans le cas, où cette grande approbation du public qui fait tous vos désirs et plaisirs actuels, vous quittera, comme cela ne peut manquer d’ arriver. Voilà le rôle au bout du compte, ma chère sœur, que chaque femme sage doit faire dans son ménage . Mon cœur, mes sentiments vous doivent être connus, ma chère sœur, et même qu’éloigné par état de vous je ne puis avoir autre intérêt à ce que je vous conseille, que vous- même. Voilà les sentiments qui guident ma plume.

Vous êtes épouse ; c’ est un état qui a les devoirs les plus sacrés et les plus stricts. Vous êtes reine; c’est une charge, qui exige qu’on en remplisse les fonctions. Sous ces deux points de vue vous ne pouvez vous méconnaître; réfléchissez-y souvent, et votre esprit vous en dira plus que moi. Comme épouse et surtout comme femme d’un roi vous avez des considérations , des devoirs et des intérêts bien différents de ceux de toutes les autres dames, princesses et reines du monde. Que faites-vous ici en France, par quel droit vous respecte, vous honore-t-on, que comme la compagne de leur roi? Vous seriez bafouée, aussi jolie que vous êtes; la chute, et en soi et par comparaison, serait affreuse pour vous. A quoi tenez-vous dans le cœur du roi et surtout a son estime? Examinez-vous, employez- vous tous les soins à lui plaire? Étudiez-vous ses désirs, son caractère pour vous y conformer, tâchez -vous de lui faire goûter, préférablement à tout autre objet ou amusement, votre compagnie et les plaisirs que vous lui procurez et auxquels sans vous il devrait trouver du vide? Vous rendez-vous nécessaire à lui, le persuadez-vous que personne ne l’aime plus sincèrement et n’a sa gloire et bonheur plus à cœur que vous? Voit-il votre attachement uniquement occupé de lui, de le faire briller même sans le moindre égard à vous même?
Modérez-vous votre gloriole de briller à ses dépens, d’être affable quand il ne l’est pas, de paraître s’occuper d’objets qu’il néglige, enfin de ne vouloir n’avoir de réputation à ses dépens, mais le persuadez-vous de cette modestie, lui faites-vous ces sacrifices, êtes-vous d’une discrétion impénétrable sur ses défauts et faiblesses, les excusez -vous , faites -vous taire tous ceux qui en osent lâcher quelque chose, êtes-vous de même secrète sur tous les conseils que vous lui donnez, et qui ne doivent jamais paraître, que les affaires réussissent ou non? Savez-vous arranger vos discours aux circonstances , pensez-vous à préparer par une conduite conséquente de loin les effets? Est-ce que vous ne vous rebutez pas des difficultés, des refus?  Retournez-vous adroitement à la charge, sans importuner, sans témoigner une volonté, car enfin vis-a-vis de lui vous ne pouvez avoir que des désirs, et lui tant sur votre personne que sur les affaires de son pays peut seul avoir des volontés. II n’y a pas de galanterie qui tienne; un particulier peut craindre le ridicule que son impolitesse lui donnerait, mais un roi s’en moque et d’un mot peut disposer de votre sort. N’oubliez pas cela!
Mettez-vous, ma sœur, du liant, du tendre, quand vous êtes avec lui? Recherchez -vous des occasions, correspondez -vous aux sentiments qu’ il vous fait apercevoir ? N’êtes-vous pas froide, distraite, quand il vous caresse, vous parle? Ne paraissez-vous pas ennuyée, dégoûtée même? Comment, si cela était, voudriez-vous qu’un homme froid s’ approche et enfin vous aime ? Ce point exige toute votre attention, et tout ce que vous ferez pour obtenir ce grand but, sera le lien le plus fort que vous mettrez au bonheur de votre vie. Ne vous rebutez jamais, et soutenez lui l’espérance toute votre vie, qu’il pourra encore avoir des enfants, que jamais il n’y renonce ou en désespère. Vous devez éviter cette idée et toute séparation de lit de toutes vos forces, qui ne consistent que dans vos charmes et votre amitié.

Le rendez-vous bien confiant, n’abusez-vous jamais ou ne le rebutez -vous pas des confiances qu’il vous fait? Agissez-vous de même, et est-ce que vous lui dites tout ou au moins assez pour qu’il n’apprenne les choses, qui vous regardent ou l’intéressent, de personne d’autre, avant vous enfin, qu’il soit persuadé d’aucune réticence de votre part. Ce qui seul peut le rendre confiant, aidez-vous aux choses que vous voyez qu’il désire beaucoup, ne commettez-vous jamais mal à propos votre crédit? Ne le mettez-vous jamais dans le cas de vouloir, et de lutter contre votre opinion qui doit plier adroitement devant la sienne, quand vous voyez qu’elle ne sera pas suffisante, qui doit être discrète, mais qui doit revenir à la charge, lorsque l’événement ou le premier moment d’ardeur sera changé ? Tout votre crédit doit être caché on doit le soupçonner agissant et influant en tout, mais ne le voir paraître nulle part. Le roi seul, votre mari, doit par état agir, et il ne faut jamais que vous paraissiez en rien; une ignorance, une modestie même affectée là-dessus ne peut qu’ être avantageuse et vous faire honneur. Ne croyez jamais a l’amitié, à l’esprit ni à l’attachement de personne qui vous conseillerait autre chose ; son intérêt seul sûrement et non le vôtre la guiderait.

Étudiez-vous assez son caractère? II ne se connait ordinairement qu’en le suivant exactement et avec réflexion. Vous appliquez-vous à savoir ce qu’il fait quand il est seul? Savez-vous les gens et les objets qu’il préfère? Évitez-vous de le gêner, et surtout que votre présence ne le dérange pas? Afin qu’il n’aille se cacher en rien de vous, participez-y, de quelconque espèce que ses amusements internes peuvent être, et peu-à-peu, s’ils ne sont pas d’un genre qui convient, tâchez de lui en procurer d’autres plus solides et utiles mais en même temps qui l’amusent davantage, car ce n’est ni par conviction, ni d’autorité, qu’il faut les lui faire quitter; son dégoût et sa propre volonté doivent opérer ce changement. Tâchez de procurer au roi les sociétés qui lui conviennent; elles doivent être les vôtres, et s’il y a quelque préjugé contre quelqu’un, même de vos amis, il faut le lui sacrifier. Enfin votre seul objet, le but de vos actions pendant toute votre vie , celui qui vous mène à tout et hors duquel vous ne pourriez jamais trouver ni bonheur, ni considération, ni crédit, doit être l’amitié, la confiance du roi.
Si vous possédez celle-là et agissez à vous la conserver, votre réputation sera bien plus solidement établie et votre bonheur bien plus affermi qu’à présent, où vous paraissez lutter de crédit avec les ministres et vouloir profiter mutuellement de sa faiblesse. Selon mes principes vous ne paraîtriez jamais; mais tous, si vous inspirez la vraie confiance au roi, avec le roi même ne pourraient faire un pas, sans que vous n’y influiez. Vous auriez par le public la reconnaissance de tout le bien qui se ferait, et en ne paraissant pas, vous seriez à couvert du blâme et approuvée par tous les plus sévères censeurs qui ne pourraient disconvenir que vous remplissez avec la plus grande exactitude les devoirs de votre état. Ne vous souciez point et ne prenez jamais une affaire tellement à cœur, que vous la voulussiez absolument faire réussir, et que la non-réussite vous fâche, et que vous vous en croyiez déshonorée presque. C’est tendre votre crédit et l’exposer. Selon mes principes il ne faut jamais le commettre ainsi, mais céder à propos pour revenir une autre fois, mais pour cela faire, il faut déjà ne jamais promettre solennellement protection à personne, ni se déclarer vouloir une affaire, mais toujours avec doute sur l’effet se rabattre à dire qu’on en parlerait, qu’on ne pouvait répondre de l’effet ni de ce qu’on voudrait, et si même l’on réussit, rejeter toujours avec une modestie suivie l’effet sur le roi et tourner vers lui la reconnaissance et la gloire ; il vous en restera assez.

Entre autre de votre façon de négocier les différents objets avec le roi, de vos moyens quelque spirituels qu’ils peuvent être, il faut absolument même vis-a-vis de ses plus intimes amis s’imposer un silence parfait puisque cela ne convient pas , et qu’entre mari et femme il faut une discrétion parfaite, et puis vous découvririez aux autres vos armes, affaibliriez vos moyens et les enseigneriez aux autres, dont ils pourraient se servir contre vous, outre qu’une indiscrétion pareille devrait être choquante pour le roi. Ainsi, que les choses réussissent facilement ou difficilement ou point du tout, personne ne doit jamais savoir ce qui s’est passé à ce sujet entre vous.

Comme reine vous avez un emploi lumineux; il faut en remplir les fonctions. La décence, la consistance de la cour et l’apparence surtout doivent beaucoup être mises en considération. Le respect qu’imprime l’intérieur, et la décence sont importants; ils font les deux tiers du jugement du public. Ils ne peuvent point être calqués sur aucun exemple que sur celui de vos égales. Revoyez toutes les reines d’Europe et informez-vous de la vie qu’elles mènent; combinez leur âge avec le vôtre et vos circonstances; joignez à cela la réflexion sur la nation avec laquelle vous vivez, et je crois que vous trouverez bien des difficultés dans la vie que vous menez, et bien de l’avantage sur toutes les autres. Comparez par exemple l’lmpératrice qui a soixante ans, qui est souveraine et veuve. Voyez les gênes qu’elle s’est imposées, et la décence qu’elle a su garder. Ceci n’est pas indifférent. Votre façon n’est elle pas un peu trop leste, n’avez-vous pas par la cour adopté un peu des façons du moment auquel vous êtes venue ici, ou celui de plusieurs dames qui, quoique très-aimables et respectables, ne peuvent point vous servir de modèle, car vous n’en pouvez trouver hors de votre état? Plus le roi est sérieux, plus votre cour doit avoir l’air de se calquer après lui. Avez-vous pesé les suites des visites chez les dames, surtout chez celles où toute sorte de compagnie se rassemble et dont le caractère n’est pas estimé? Avez-vous pensé à l’effet que vos liaisons et amitiés, si elles ne sont pas placées sur des personnes en tout point irréprochables et sûres, peuvent et doivent avoir dans le public, puisque ou vous auriez l’air d’y participer et d’autoriser le vice, point qui devrait vous perdre même chez les gens pervers, qui ne peuvent s’empêcher d’aimer et estimer la vertu, ou vous restez dans un aveuglement volontaire et risquez de goûter leur poison et d’en être aveuglée et enfin englobée, car on juge très-bien des personnes par leurs goûts et par leurs liaisons. Si elles vous trahissaient avec cela peut-être, et que vos confidences, soit-ce par leurs circonstances , liaisons, ou faiblesses fussent sues, vous seriez bien à plaindre et certainement toujours la dernière à le savoir et à vous en apercevoir, car tout le monde aurait grand soin de vous le cacher ou de vous le relever d’une façon seulement pour s’ancrer davantage.
Le choix des amis et amies est bien difficile, surtout dans votre position ; il vous faudrait tâcher de vous attacher des hommes aussi instruits que sûrs et qui soient éloignés de toute ambition ou désir. Le choix est difficile, mais ne vous rebutez pas des difficultés et tâchez avec patience et constance d’y parvenir, car la chose est trop désirable et pour vous et pour le roi.

Avez-vous pesé les conséquences affreuses des jeux de hasard, la compagnie qu’ils rassemblent, le ton qu’ils y mettent, le dérangement enfin, qu’en tout genre ils entraînent après soi tant dans les fortunes que les mœurs de toute une nation ?
Pouvez-vous vous dissimuler que toute la partie sensée de l’Europe vous rendrait responsable des ruines des jeunes gens, des vilenies qui s’y commettent, et des abominations qui en sont les suites, si vous protégez et étendez ces jeux, ou que bien plus vous les recherchiez et couriez après? C’est un article d’une conséquence si grande et d’un danger si manifeste, que je laisse à votre pénétration à en dire le reste. Rappelez-vous les faits qui se sont passés sous vos yeux, et puis pensez que le roi ne joue pas et que c’est scandaleux que vous seule, pour ainsi dire, de la famille les souteniez. Un noble effort et toute la terre vous approuvera.

De même daignez penser un moment aux inconvénients, que vous avez déjà rencontrés aux bals de l’opéra, et aux aventures, que vous m’en avez racontées vous-même là-dessus. Je ne puis vous cacher que c’est de tous les plaisirs indubitablement le plus inconvenable de toute façon, surtout de la façon que vous y allez , car Monsieur qui vous accompagne n’est rien. Qu’y voulez-vous être inconnue et jouer un personnage différent au vôtre? Croyez-vous que l’on ne vous connait pas malgré cela, et qu’on vous lâche des propos aucunement faits pour être entendus, mais qu’on dit exprès pour vous amuser et vous faire croire que l’on les a tenus bien innocemment, mais qui peuvent faire effet. Ou si l’on ne vous connait pas effectivement, croyez-vous que le lendemain l’on ne le sait pas, et vous même avez grand soin de raconter les aventures du bal.
Le lieu par lui-même est en très-mauvaise réputation ; qu’ y cherchez- vous? Une conversation honnête ? Vous ne pouvez l’avoir avec vos amies ; le masque l’empêche. Danser non plus ;pourquoi donc des aventures, des polissonneries, vous mêler parmi le tas de libertins, de filles, d’étrangers, entendre ces propos, en tenir peut-être qui leur ressemblent, quelle indécence ! Je dois vous avouer que c’est le point, sur lequel j’ai vu le plus se scandaliser tous ceux qui vous aiment et qui pensent honnêtement. Le roi, abandonné toute une nuit a Versailles, et vous, mêlée en société et confondue avec toute la canaille de Paris ! Et y voyez-vous beaucoup de gens, en femmes ou en hommes, posés et de réputation? Enfin, ma chère sœur, prenez-moi pour exemple. Je n’irais certainement pas que presque démasqué et en compagnie de quelques personnes sensées, afin que tout le monde me connaisse, et je m’ établirais dans une loge, à voir le spectacle pendant une heure, et puis je reviendrais chez moi. Je suis toujours démasqué ; la Grande-Duchesse ne se mêle jamais dans la foule à Florence, mais va se mettre dans une loge. Mon frère aussi, enfin c’est un point qui, si vous ouvriez les yeux, vous devrait choquer, car je dois lâcher le mot, il est indécent et peu fait pour donner au public de l’opinion ni de votre goût, discernement ni mesure.

L’exercice immodéré et trop fréquent du cheval est toujours par lui-même dangereux à une femme, mais dans votre situation le public, dont je suis parfaitement bien informé, soit préjugé, soit raison, attribue à l’exercice du cheval que vous n’avez point d’enfants.
 On croit cela généralement, ainsi pour ce grand objet et pour ne point donner une prise si marquée sur vous, modérez ce plaisir et surtout évitez les occasions où cela est si saillant comme les chasses et parties au bois de Boulogne, où tout Paris accourt et qui en fait la nouvelle.

Mais en vous dégoûtant de plusieurs soi-disant amusements, oserais-je, ma chère sœur, vous en substituer un autre qui les vaut richement tous ? C est la lecture. De grâce, regardez cet objet comme ce qu’il y a de plus important, et choisissez des livres, qui vous fassent penser et qui vous instruisent. Cette ressource vous restera seule toute votre vie, dans toutes les occasions et circonstances possibles, enfin si vous l’éprouvez sérieusement pendant une couple d’heures par jour, mais pas seule. Tâchez de lire avec quelque horaire  sensé et assidu, afin d’en causer et faire les applications nécessaires. Vous y prendrez goût, vous n’aurez plus besoin de la dissipation ni de courir non sans bien des inconvénients après elle, et pour tuer le temps, fréquenter des sociétés dangereuses et que vous même méprisez. La lecture vous tiendra lieu de tout et ces deux heures de calme vous donneront le temps de réfléchir et de trouver dans votre pénétration tout ce que vous aurez à faire ou ne pas faire le reste des 22 heures.  Ce point essentiel, unique, je ne puis assez le recommander; si je le vois établi, je croirais presque le bonheur de votre vie assuré autant que par l’ardent désir que j’en ai, j’en tremble actuellement, car ainsi à la longue cela ne pourra aller et la révolution sera cruelle, si vous ne la préparez. Lecture et société raisonnable, voilà le bonheur de la vie et qui pour votre situation devient essentiel, mais dans la société, permettez que je l’observe, le ton, surtout en famille, est affreuxGardez-vous, ma sœur, des propos contre le prochain, dont on fait tout l’amusement. Refusez de savoir les aventures et histoires des particuliers, et si vous en apprenez, si même tout le monde en parle, évitez les discours. Rien de si odieux d’abord pour les individus, rien de plus injuste par les devoirs de la société que nous nous devons mutuellement, rien de plus méprisable que d’aiguiser son esprit et de vouloir faire rire du bout des lèvres des hommes et femmes qui ensuite vous craignent, fuient et méprisent. Par des méchancetés dites sur le prochain, on fuit ces gens-là et on éloigne tous les honnêtes gens. L’on a l’air ou de ne pas se soucier de la vertu, en traitant socialement les mêmes gens, dont on sait et dit des horreurs.
Cela est destructif à la confiance, qu’une souveraine, et à la décence qu’elle doit inspirer. Évitez, je vous en supplie, ces discours, et surtout la curiosité de vouloir tout savoir, car on exagère facilement. C’est un gouffre que cette curiosité, car quand on s’y laisse aller, on n’en peut plus se tirer et l’on n’apprend que des mensonges, parce que tout le monde conspire. On devient enfin ennemi du genre humain, malheureux ; l’on est délaissé : j’en ai vu les plus affreux exemples.

De grâce, ménagez vos recommandations ! C’est un point bien délicat. Vous pouvez faire les injustices les plus criantes sans y penser et pour un souvent , dont peu vous importe qu’on oblige. Vous dégoûtez dix honnêtes gens, et scandalisez le reste du monde. L’on ne cherche alors que des chemins détournés pour parvenir, et le vrai mérite, qui va toujours tout droit, reste en arrière et est oublié. Que votre crédit soit ménagé pour les grandes occasions, et dans les petites résistez courageusement aux sollicitations qu’on vous ferait, et enfin ne prenez avec chaleur parti pour personne, mais faites examiner l’affaire, ne vous mêlez jamais dans les affaires particulières et surtout les secrets ou brouilleries de ménage, et encore moins les galanteries ou affaires de cœur. II serait affreux que votre curiosité vous entraînât à paraître savoir, approuver, protéger ou aider même peut-être au vice, au scandale, et  l’indécence.
Jugez quel effet cela ferait, et au nom de votre réputation, craignez ces occasions et surtout l’envie démesurée de savoir; elle est toujours accompagnée de celle de le raconter et de s’en mêler. II serait abominable que l’on vous trouvât dans des tripots et intrigues, et qu’on pût se couvrir de votre nom ou s’en servir d’égide pour le mal et le scandale. Adieu votre réputation et estime à jamais ; c’est des choses qu’on ne répare plus.

La politesse et l’affabilité, ma chère sœur, ont des bornes, et elles ne sont d’une valeur qu’autant qu’on les partage et ménage à propos. II faut bien de la distinction là-dessus, et il faut penser à votre situation et à votre nation, qui est trop encline à se familiariser et à manger dans la main. De grâce, ménagez-vous prudemment ; le trop vouloir plaire, dire à chacun quelque chose d’obligeant, c’est affaiblir vos moyens et jeter les plus précieuses récompenses de bons et vrais services à des gens sans mérite ; c’est leur ôter à jamais la valeur. La compagnie de tous les jeunes gens est en vérité une chose d’abord dangereuse, inutile, parce qu’on n’y apprend rien, et peu édifiante aux yeux du public. Les étrangers sont dans le même cas ; un tas d’Anglais et autres viennent ici, qui ne seraient admis de personne, et vous vous mettez en société avec eux, vous les distinguez ; cela doit choquer la nation, cela fait le plus mauvais effet dans l’étranger, où ces gens, au grand étonnement de ceux qui les jugent, se vantent de vos bontés et font singulièrement penser de vous et de vos goûts. On attribue cette facilité facilement à de la coquetterie, qui veut plaire à tout le monde, et courir après l’applaudissement de la foule, en manquant l’approbation des gens sensés au sentiment desquels la foule revient pourtant toujours à la fin.

L’ exemple dans la conduite externe et la chose la plus essentielle à une reine , votre contenance dans l’église , est- elle conforme aux yeux qui vous regardent? Pour l’amour de vous même, pensez-y sérieusement ; c’est une chose extrêmement importante et dont peut dépendre votre considération et bonheur..Que jamais une maudite mode, un bel air pris à faux vous détourne à paraître, même si malheureusement vous n’étiez pas intérieurement, dévote, recueillie à l’église. Vous y manquez, je dois le dire, beaucoup. Le plus grand impie devait l’être par politique. Dieu vous garde de l’être ; vous perdriez la seule consolation vraie dans toutes les choses de la vie, votre tranquillité, enfin vous seriez à plaindre dans cette vie. Je ne parle pas de l’autre, mais votre conscience vous le dira. Ecoutez-la; c’est tout ce que je puis vous recommander, et n’étouffez pas les remords et les sentiments ; c’est le plus tendre, c’est le plus sûr, le plus vrai, le plus important de mes avis, il regarde votre âme, que j’aime tant, et toute votre vie en dépendra.
Que la lecture des mauvais livres, faits pour séduire les âmes les plus fortes, soit bannie de chez vous; ils font douter de tout et ne remettent rien à la place. Les obscénités sont si indécentes et l’on en parle quelquefois, croyant que c’est de la mode , et l’on ne sent pas combien scandaleux cela est et fait mépriser par les plus grands libertins mêmes. Évitez cela, et que les gens, qui vous parlent sur ce style ou vous font douter de votre religion et de ses actes externes, vous soient en horreur, et faites le leur sentir de même qu’oubliez et évitez de parler ou laisser entrevoir à jamais les saloperies, dont vous vous êtes remplie l’imagination par ces lectures.

Entretenez l’union, l’amitié dans toute la famille, mais gardez-vous de la trop grande familiarité et surtout de la séduction des étourdis, qui veulent vous avoir compagne de leur vie et couvrir leurs folies de votre autorité. Telles sont les courses des chevaux, les fréquentes allures à Paris, les bals de l’opéra, les chasses du bois de Boulogne, toutes ces parties fines dont le roi n’est point et qui de science certaine ne lui font, et à juste titre, point plaisir. Pensez que vous êtes son épouse, que vous êtes reine, et n’oubliez pas un tendre frère et ami qui vous dit tout cela, éloigné de 300 heures, sans presqu’ avoir d’espérance de vous revoir, mais qui vous aime et aimera toute la vie plus que soi même.

Voilà les observations que j’ai faites. Vous êtes faite pour être heureuse, vertueuse et parfaite, mais il est temps et plus que temps de réfléchir et de poser un système qui soit soutenu. L’âge avance, vous n’avez plus l’excuse de l’enfance. Que deviendrez-vous si vous tardez plus longtemps? Une malheureuse femme et encore plus malheureuse princesse, et celui qui vous aime le plus dans toute la terre, vous lui percerez l’âme. C’est moi qui ne m’ accoutumerai jamais à ne vous pas savoir heureuse.

Je vous embrasse. Lisez-moi, croyez-moi et vous m’en aimerez davantage, quand vous en sentirez les fruits. Arrachez le bandeau qui vous empêche de voir votre devoir et votre vrai bonheur. Devenez en réfléchissant ce que vous pourriez être pour la vie et acquérez la réputation dont vos vertus, vos agréments, votre caractère est digne ; mais de la constance et de la fermeté ! Là il est juste d’être inébranlablement entêté dans le bien, en s’opposant à tous les séducteurs avec courage et force.

A portrait of Joseph II by an unknown artist, circa 1765-1790.

 

Marie Theresa with her Children by Heinrich Füger, 1776. In addition to Maria Theresa, the people featured in this portrait are: Maria Christina and her husband Albert, Maximilian, Maria Anna, Maria Elisabeth, and Joseph II.Marie-Thérèse entourée de ses enfants : Marie-Christine et son mari, Albert, Maximilien, Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Joseph II (1776) par Heinrich Füger

A la requête de l’Impératrice, Joseph va rendre visite à sa sœur pour tenter de comprendre la stérilité du couple royal…

Le 12 avril 1777

De passage à Strasbourg, Joseph II et le (pas encore) cardinal de Rohan semblent entretenir les meilleures relations. La position de ce dernier comme évêque de Strasbourg en fait un “pont” entre l’Empire et la France. Et le fait que sa mère le vomisse ne devait pas déplaire à l’Empereur. D’autant que le Rohan a du charme et de la conversation. Le prince Louis de Rohan est allé au-devant de l’Empereur, qui gardera ici le plus strict incognito. 

Le 16 avril 1777

Joseph, enfin le comte de Falkenstein, nom sous lequel il voyage incognito, arrive à Paris qu’il commence à visiter, notamment l’hôtel des Invalides.

Création de l'Hôtel des InvalidesL’hôtel des InvalidesL'Hôtel national des Invalides, une cité dans la ville - Musée de l'Armée

Le 18 avril 1777

Joseph arrive à Versailles : il fait très bonne impression sur Marie-Antoinette et Louis XVI ainsi que sur l’entourage par l’intérêt qu’il témoigne à la culture française.

Top 30 Marie Thérèse GIFs | Find the best GIF on GfycatTop 30 Marie Thérèse GIFs | Find the best GIF on Gfycat

Lorsque l’Empereur arrive la première fois chez la Reine, Elle dit à Sa nombreuse Cour : 

“Je ne vous présente point à mon frère, mais je vous présente mon frère

voulant faire sentir l’incognito qu’il a résolu de garder. 

Il sera si émerveillé su bâtiment des Invalides, et surtout du dôme qu’il dit au Roi :

” Vous possédez le plus bel édifice de l’Europe. _Lequel donc? _Les Invalides _ On le dit . _ Comment, est-ce que vous n’avez pas encore examiné cet édifice? _ Ma foi non. _ Ni moi non plus, reprend la Reine. _ Ah! pour vous, ma sœur, dit l’Empereur en souriant, je n’en suis pas étonné, car vous avez tant d’affaires!

Christoph Moosbrugger interprète Joseph II dans Marie-Antoinette, Reine d’une Seul Amour (1988) de Caroline Huppert

Joseph II voyage en Europe sous le nom de comte de Falkenstein. 

Joseph II par Joseph Hickel

Joseph arrive à neuf heure et demie. Sur sa demande, la Reine a envoyé l’abbé de Vermond pour l’accueillir dans la cour du château, car l’Empereur veut se rendre directement dans les petits cabinets de sa sœur, sans rencontrer âme qui vive. Fidèle à sa consigne, l’abbé, évitant les antichambres remplies de monde, lui fait emprunter corridors et escaliers dérobés qui  le conduisent jusqu’à Marie-Antoinette encore revêtue d’un déshabillé et à peine coiffée.

 

                                                                                                        Images du film Amadeus (1984) de Milos Forman  :  Jeffrey Jones y campe un Joseph II plus vrai que nature ! 

Tales of bygone centuries — Jeffrey Jones as Emperor Joseph II Because  come...

                                       

“Le premier moment entre lui et la reine fut des plus touchants; ils s’embrassèrent et restèrent longtemps dans l’attendrissement et le silence“, raconte Mercy qui tient la confidence de Vermond.

Philippe Laudenbach incarne Joseph II dans la série Marie-Antoinette (1975) de Guy-André Lefranc avec Geneviève Casile

Marie-Antoinette prend Son frère par-dessous le bras pour le conduire chez le Roi et de là chez les princesses.

Puis l’Empereur va chez Maurepas avec le comte de Belgiojoso. Ils ont à attendre neuf ou dix minutes, car le comte s’est seulement nommé au valet de chambre, sans annoncer le comte de Falkenstein. On les prie donc d’attendre car Maurepas est en entretien avec Monsieur Taboureau. Le prince d’Havré survient et fait signe au valet, qui, tout confus, ouvre la porte du cabinet. Monsieur de Maurepas se répand en excuses que l’Empereur fait cesser en disant :

“Monsieur, les affaires d’Etat doivent aller avant les visites des particuliers.”

Après les visites, le Roi, la Reine et l’Empereur dînent en trio. Joseph est fort en retenue, fort content et affecte presque du respect.

Au sortir de table, il retourne à Paris.

Emperor Joseph II | Famous people in history, Holy roman empire, Roman  empire

 

Le 22 avril 1777

Le matin

La Reine redoute de laisser Son frère en tête à tête avec Son mari.

Marie-Antoinette conduit Son frère à Trianon. ils y dînent sans autre suite que celle de madame de Mailly, dame d’atours et de madame de Duras, dame du palais.

Après le dîner

L’Empereur et la Reine se promènent seuls dans les jardins où ils ont une longue conversation. Joseph y aborde les négligences (supposées) de sa sœur à l’endroit du Roi, Son époux. Elle lui fait des aveux  plus étendus sur Louis XVI et ses entours ; Elle convient des raisons de l’Empereur, en mettant cette restriction qu’il viendra un temps où Elle suivra de si bons avis.

Le 24 avril 1777

L’Empereur évite avec soin ce qui ressemble au cérémonial et garde l’incognito jusqu’à ne pas se faire scrupule d’aller visiter les ministres et les grands seigneurs. Il loge à Paris où la Reine va incognito souper avec lui chez le comte de Mercy. Un peuple innombrable entoure l’hôtel de l’ambassadeur mais l’Empereur est si peu marqué qu’il échappe aux regards des curieux. Il a déjà parcouru la capitale et les environs, et assisté en loge grillée à des spectacles.

Le 26 avril 1777

Joseph II participe à une course de chevaux donnée par le comte d’Artois.

Aucune description disponible.

Charles est le prince pour lequel l’Empereur témoigne le plus de penchant. Il lui dit :

Vous avez de l’esprit, des grâce et de la figure. Si l’amitié que je me sens pour vous ne m’aveugle pas, je crois apercevoir en vous tout ce qu’il faut pour devenir un grand homme ; mais permettez-moi de vous le dire, mon amitié, le bien que je vous veux, mon âge, et même mon expérience déjà bien exercée, m’en donnent le droit, avec tant de qualités brillantes, il vous faudrait peu de travail pour en acquérir de plus solides. Si mes affaires me permettaient de rester plus longtemps avec vous, je crois pouvoir me flatter que je ne tarderais pas à obtenir toute votre confiance ; nous nous aiderions réciproquement pour devenir des hommes vraiment grands.

Artois est sensible à cette effusion de cœur et il a beaucoup d’empressement à se trouver en présence de l’Empereur.

Le 27 avril 1777

Mercy, sortant de la maladie, se rend dans l’appartement de l’Empereur auquel il expose les points qui concernent le voyage de Joseph II :

  • les motifs sur lesquels se fonde l’ascendant de la Reine sur Son époux. Il fait savoir que celui-ci se glorifie des charmes et des qualités de la Reine qu’il aime autant qu’il est capable d’aimer, mais qu’il La craint au moins autant qu’il L’aime, ce dont il cite des preuves.
  • Il analyse les vrais sentiments de la Reine pour le Roi, observe qu’Elle le néglige trop et l’intimide souvent.
  • Il prouve que les princes de la maison de Bourbon ne se sont tenus que par l’habitude, et surtout par celle qui les accoutume à parler d’affaires…
  • Nécessité pour la Reine de songer avec le temps de former un ministère qui Lui soit dévoué…
  • Il parle des fantaisies de la Reine, de Son goût pour les diamants, de Ses dettes, de la complaisance du Roi en facilitant les moyens de les payer…
  • Il s’étend enfin beaucoup sur la passion du jeu et ses conséquences.

Le 29 avril 1777

Joseph se rend à Versailles, où il reste le soir, il loge dans la petite chambre d’une femme de la Reine, qui tient à la Sienne. Ce n’est que deux  semaines après son arrivée, que la Reine se résout à le laisser seul avec Son mari. Le Roi parle naturellement de sa position dans l’état de mariage, et avoue que jusqu’à présent ses forces physiques ne sont pas développées, mais qu’il s’aperçoit de leurs progrès journaliers ( ce qui implique des rapports quotidiens…)  et qu’il espère d’avoir bientôt des enfants. L’Empereur se borne à le confirmer dans cet espoir et ne lui fait aucune autre question sur cette matière, la Reine ne lui en ayant rien laissé ignorer. Le Roi parle ensuite de quelques objets de gouvernement intérieur. Il reste vague ; l’Empereur ne veut l’embarrasser ni lui sembler trop curieux, il s’en tient à l’écouter et à ne parler que de manière à entretenir la conversation.

Le 9 mai 1777

L’Empereur va à la chasse avec le Roi : ils montent en voiture ensemble. Ils peuvent alors poursuivre leurs conversations particulières. Au retour, Joseph détermine avec quelque peine la Reine à aller trouver le Roi dans son appartement. Elle s’y rend cependant et le ramène chez Elle où l’on joue au billard jusqu’au moment du souper chez Madame. 

Pour la première fois depuis son arrivée, l’Empereur abandonne le ton d’affectueuse galanterie  qu’il avait jusqu’alors adopté vis à vis de Marie-Antoinette : il L’envoie sèchement  trouver le Roi et ne perd pas une occasion de Lui faire des réflexions désagréables devant des gens qui ne manquent pas de le rapporter au Roi.

Le 11 mai 1777

Le Roi est mal élevé, il a l’extérieur contre lui , mais il est honnête, point sans quelques connaissances, mais faible pour ceux qui savent l’intimider, et par conséquent mené à la baguette, sans curiosité, sans élévation , dans une apathie continuelle, d’une vie très uniforme. Il est fort au reste, et paraît qu’il devrait pouvoir devenir père ; là-dessus il y a des mystères inconcevables ; il bande à ce que l’on dit, très ferme, il l’introduit même, mais il ne remue pas et se retire ensuite sans avoir déchargé. Nous ne faisons pas comme cela, et c’est être un “souffleur” d’un haras (cf l’étalon qui prépare les juments pour la saillie, qu’il ne pratique pas lui-même) qui est un fichu métier. La Reine est une très jolie et très aimable femme par tous les pays du monde, mais elle est ivre de la dissipation de ce pays, et bref, elle ne remplit ni les fonctions de femme ni celles de reine comme elle le devrait, car comme femme elle néglige absolument le Roi, elle le fait marcher plus d’autorité que par tous les autres moyens, elle ne se soucie ni de jour ni de nuit de sa société.

Joseph II à son frère Léopold, grand-duc de Toscane

L’Empereur a une conversation fort affectueuse avec sa sœur : le ton de l’amitié et de la gaieté rétablit la confiance et la bonne volonté de la Reine. Si bien qu’Elle lui demande d’Elle-même des points par écrit pour Lui servir de règle sur Sa conduite à venir.

Le 12 mai 1777

Joseph visite l’Ecole Vétérinaire située à une lieue de Paris.

Le 13 mai 1777

Dîner à Trianon offert à Joseph II, souper et spectacle.

Petites chamailleries entre l’Empereur et sa sœur : Joseph ne se dérange pas pour La critiquer ou La blâmer de certaines choses. 

Joseph II tente de se servir de Marie-Antoinette à Laquelle il voue une affection véritable, pour faire adopter à la France une politique étrangère favorable à l’Autriche.
Du vivant de sa mère, il s’est, en effet, chargé essentiellement des affaires militaires et a tenté de mener à bien des expansions territoriales.

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 2 Image194Joseph II, Empereur du Saint-Empire romain germanique par Louis-Simon Boizot ; Marbre blanc, 1777 . Placé par ordre de la Reine dans l’antichambre du Petit Trianon

Le 14 mai 1777

L’Empereur a passé la nuit à Versailles, il a logé dans la petite chambre d’une femme de chambre de la Reine attenante à la sienne. Il va voir le matin la grande et la petite Ecurie, la machine de Marly et le pavillon de Louveciennes, la comtesse du Barry s’y trouve alors. Etant à pied, il la rencontre dans les jardins et fait avec elle quelques moments de conversation. A son retour à Versailles, il a un entretien avec le Roi qui lui fait de nouvelles confidences sur son état de mariage.

Apprenant qu’il a visité la maison de Madame du Barry dont il connaît le passif avec Elle, Marie-Antoinette le boude. Une autre chamaillerie fraternelle a des origines plus frivoles : 

Joseph est à la toilette de sa sœur , lui montrant les plumes en quantité et les fleurs qu’Elle porte sur la tête, Elle lui en demande son avis. Il lui répond sèchement qu’il trouve cette coiffure bien légère pour coiffer une couronne…

Le 15 mai 1777

L’empereur alla dîner à Choisy où toute la famille royale l’attendait ; il communiqua à la Reine la lettre écrite par V.M. qui devait partir le lendemain par le courrier ; la Reine fut frappée d’un passage de cette lettre où l’empereur marque qu’il présume que son auguste sœur a senti la force de ses avis, l’empereur, pour ne pas paraître avoir cédé à sa manière de voir et de penser : la Reine avec franchise avoua à son auguste frère qu’il l’avait devinée dans ce point et qu’elle s’était proposée de lui dire la même chose un moment avant qu’il ne partît.

Mercy à Marie-Thérèse

Le 18 mai 1777

Joseph est présent à la cérémonie de l’Ordre du Saint-Esprit. Il y rencontre Choiseul revenu de ses terres pour l’occasion, qu’il traite avec bonté. Il lui tend la main et disant : “ Je suis charmé d’avoir le plaisir de vous voir avant mon départ. Comment vous trouvez-vous de la vie libre, tranquille, de la campagne, après les fatigues actives du ministériat?        _ Très bien, Sire.

Il lui parle longuement mais d’objets indifférents. Apercevant l’oreille attentive que le Roi prête à cet échange, Joseph s’en va le retrouver en lui disant que ” Monsieur de Choiseul est une ancienne connaissance qu'(il) retrouv(ait) avec plaisir.” Le duc sera mécontent d’avoir tiré si peu parti du séjour de l’Empereur.

Joseph rapporte le fait au Roi et à la Reine l’après-midi. Il rapporte que si Choiseul avait été en place, sa tête inquiète et turbulente aurait pu jeter le royaume dans de grands embarras. Le Roi applaudit à cette observation, mais cela déplaît à la Reine.

Le 20 mai 1777

Choiseul rend visite à l’Empereur à Paris, mais ne le trouve pas. Il semble que les deux hommes ne se reverront pas avant le départ de Joseph II.

Le 23 mai 1777

Il y a encore des vivacités entre l’Empereur et la Reine. Ils vont ensemble à la Comédie de la ville de Versailles, au retour, Marie-Antoinette évoque l’idée de se rendre le lendemain à la Comédie Italienne à Paris. Joseph observe que c’est un jour de jeûne, que le Roi ne dîne pas et qu’il serait mal de lui faire attendre trop tard son souper. Il ajoute à cela quelques raisons qui déplaisent à la Reine parce qu’elles sont dites en présence de deux dames du palais.

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 3 Ermeno10

Le 26 mai 1777

Marie-Antoinette conduit Son frère à Saint-Hubert où il chasse avec le Roi par une pluie continuelle ; après le souper, la Cour retourne à Versailles où elle n’arrive qu’à une heure du matin.

Le temps est toujours pluvieux ici, hier  entre autres qu’en fin courtisan je chassai le cerf avec le Roi, nous avons été percés.

Joseph à son frère Léopold
Tales of bygone centuries — Jeffrey Jones as Emperor Joseph II Because  come...Joseph II incarné par Jeffrey Jones dans Amadeus (1984) de Milos FormanWrath Of Gnon on Twitter: "Joseph II by Jeffrey Jones in the 1984 film  Amadeus is still one of my favorite historical movie portrayals of all  time.… https://t.co/2wmDRIhRxQ"

Le 27 mai 1777

Il y a encore une petite dispute entre le frère et la sœur en présence de Mercy ; il s’agit d’une bagatelle que la Reine désire et que Joseph conteste avec beaucoup de rigidité. Cette bagatelle entraîne une autre proposition  de la part de l’Empereur : s’il avait été le mari de sa sœur, il aurait su diriger Ses volontés et les faire naître dans la forme où il les aurait voulu. Le vrai sens de ce propos n’est pas compris par la Reine. Elle y voit le projet de La dominer et cela La mortifie. Mercy apporte de la gaieté dans la conversation afin d’apaiser le ton de l’échange , puis il reste seul avec la Reine pour lui expliquer les paroles de Joseph, ce qui La calme.

Puis Joseph discute près de deux heures avec Louis XVI à propos du gouvernement de la France, du génie de la nation. Le Roi parle ensuite de son grand désir d’avoir des enfants et s’étend sur les conséquences importantes attachées à ce bonheur. Il s’exprime sur la Reine avec un épanchement de tendresse et relève avec satisfaction toutes Ses qualités charmantes.

Le 30 mai 1777

L’Empereur part ce soir, vraisemblablement au regret de tous les Français capables de sentir ses vertus et ses rares qualités personnelles.

Les adieux entre l’Empereur, le Roi et sa famille sont des plus tendres, mais ceux entre le frère et la sœur font verser des larmes. Joseph II passe un quart d’heure dans le cabinet de la Reine, seul avec Elle, et en le reconduisant, Marie-Antoinette sanglote, et lui fait des efforts pour cacher son émotion, non moins vive. Louis XVI lui a fait de superbes présents de tapisseries des Gobelins, de porcelaines…

Monsieur par le 10 juin  et trouvera l’Empereur à Toulon. Ces deux princes ont d’abord été réservés l’un pour l’autre, mais depuis peu ils se sont rapprochés. Monsieur a de grandes qualités plus analogues au caractère de l’Empereur, que celles plus brillantes qu’heureuses du comte d’Artois.

En partant, Joseph promet à la famille royale qu’il reviendrait lui faire une visite l’année prochaine…

Le 9 juin 1777

Avec cela sa situation avec le Roi est singulière, il n’est son mari qu’à deux tiers, et puis, quoiqu’il l’aime, il la craint davantage, et notre sœur a plus le crédit d’une maîtresse que celui qu’une épouse devrait avoir, car elle le mène de force à des choses qu’il ne voudrait pas même. Cet homme est un peu faible, mais point imbécile, il a des notions, il a du jugement, mais c’est une apathie de corps comme d’esprit. Il fait des conversations raisonnables, il n’a aucun goût de s’instruire ni curiosité, enfin il n’est impuissant ni de corps ni d’esprit, mais le fiat lux n’est pas venu, la matière est encore en globe. Imaginez que dans son lit conjugal voici le secret : il a des érections fortes, bien conditionnées ; il introduit le membre, reste là sans se remuer deux minutes peut-être, se retire sans jamais décharger, toujours bandant, et souhaite le bonsoir. Cela ne se comprend pas, car avec cela il a parfois des pollutions nocturnes, mais en place ni en faisant l’œuvre jamais ; et il est content, disant tout bonnement qu’il ne faisait cela que par devoir et qu’il n’y avait aucun goût. Ah ! si j’aurais pu être présent une fois, je l’aurais bien arrangé ! Il faudrait le fouetter pour le faire décharger de colère comme les ânes. Ma sœur avec cela a peu de tempérament, et ils sont là deux francs maladroits ensemble. Voilà à peu près la situation des choses.

Joseph II à son frère Léopold, grand-duc de Toscane

Le 29 juin 1777

L’Empereur Joseph II d’Autriche est de passage “incognito” à Carcassonne…

 Il arriva à Carcassonne le dimanche 29 juin 1777 à neuf heures du soir accompagné d’une suite de seize personnes sous le nom d’emprunt du
comte de Falckenstein. Il passe une grande partie de la nuit à “l’Auberge du Lion d’Or” un établissement important de la Bastide Saint-Louis dont une des entrées est située sur la carrière Pelisserie (actuelle rue Aimé Ramond) qui est tenue par Marguerite Plauzolles et son neveu Charles Genies.

Joseph II - 29 juin 1777: L'empereur Joseph II d'Autriche à Carcassonne... 6508010La cour et l’ancienne entrée de “l’Auberge du Lion d’Or” au 16 rue Aimé Ramond à Carcassonne

Joseph II - 29 juin 1777: L'empereur Joseph II d'Autriche à Carcassonne... 10808010

Le comte de Falckenstein repart le lendemain à quatre heures du matin pour Toulon et Marseille.

L’Empereur Joseph II et ses sœurs Marie-Anne et Marie-Elisabeth

Le 31 mai 1777

Départ de Joseph II de Versailles.

                                           

Je rentre à Versailles demain, où je débuterai la reprise de mon service par l’opéra qu’on donne à l’Empereur. Je voudrais bien pouvoir y céder ma place à votre petite femme qui est très affligée de ne pas y aller. Cela nous satisferait également.
Il faut pourtant, avant de finir, vous dire un mot de l’Empereur car il serait ridicule qu’une lettre partant de Versailles ne parlât pas d’un prince qui, dans ce moment-ci, y fixe toutes les attentions. Sa manière d’être, si peu communes aux personnes de son rang, étonne, mais cette simplicité ne voile pas la majesté, elle n’est qu’adoucie. Son honnêteté, sa bonté, son affabilité lui gagnent tous les cœurs. S’il n’était pas adoré dans son pays, j’en serais bien étonnée. Pour moi qui ai eu l’honneur de le voir chez Madame Elisabeth, j’en étais si contente que je formais en secret des vœux qui vraisemblablement ne seront point exaucés. Mais d’après l’attachement que vous me connaissez pour ma charmante petite princesse, vous pouvez juger qu’il fallait que je crusse voir sur la physionomie de l’Empereur qu’il était fait pour la rendre heureuse. Et, dans le vrai, il ne pourrait faire un choix plus convenable car il est impossible d’être plus aimable que cette jeune princesse. Mais, mon ami, les gens de ce haut parage ne se marient pas pour le bonheur, ils ne sont pas aussi heureux que nous, n’est-ce pas ? Plaignons-les sur cet article et réjouissons-nous de l’usage que nous allons faire de notre bon sens en préférant le bonheur aux grandeurs et à l’opulence.

Madame de Mackau à sa fille Angélique

                                         

En 1780

Joseph II rencontre Frédéric II (1712-1786) et Catherine II (1729-1796).

Le 29 novembre 1780

Mort de l’Impératrice Marie-Thérèse après une courte maladie.

29 novembre 1780: Mort de Marie-Thérèse d'Autriche à 63 ans

Aucune description de photo disponible.

Joseph II est désormais seul à la tête de l’Empire.

Anecdotes – Emperor Joseph II:Isabella of Parma and Maria Josepha of  Bavaria | In the story and art I love only anecdotes.

Réflexion et expérience – rapide – nées des voyages dictent son programme politique : faire le bien de l’État défini par la raison, qui transforme, nivelle, unifie. Joseph prône la tolérance, car l’intolérance est funeste à l’État ; il veut l’unité de commandement ; l’État est maître dans l’Église. Cette volonté de régénération des pays autrichiens, en vue du bonheur de tous, oppose souvent le corégent à ses conseillers, à Kaunitz et à sa mère, pragmatique, religieuse et prudente. À trente-neuf ans, solitaire, Joseph développe son programme.

Désormais libre de ses actes, il réforme au pas de charge les États autrichiens, se posant en modèle de «despote éclairé» et en digne représentant de l’«Aufklärung» (l’équivalent allemand des Lumières).

«Je suis prêt à détruire ce qui est contraire à mes idées philosophiques, sans tenir compte des traditions»
, affirme-t-il.

Il va y travailler sans relâche ainsi que le rapporte l’un de ses proches, le prince de Ligne :

«Il se privait de tous les agréments de la vie pour engager les autres au travail : ce qu’il détestait le plus, c’était les oisifs… Il ne savait ni boire, ni manger, ni s’amuser, ni lire autre chose que des papiers d’affaires».

Influencé par les philosophes français et, en particulier, par les théoriciens du droit naturel, il mène une politique de despote éclairé et parvient à promouvoir de nombreuses réformes à la mort de l’Impératrice.  Il résout de prendre pour ligne directrice le principe de la raison pure et pour modèle les théories de physiocrates.

L’Empereur abolit la torture mais aussi le servage et les corvées. Les paysans reçoivent la propriété de la terre qu’ils exploitent. Les barrières douanières intérieures et les corporations sont supprimées afin de stimuler l’activité économique et l’empereur met à l’étude un impôt foncier unique (autant de réformes qui, en France, ont fait culbuter Turgot, ministre de Louis XVI, quelques années plus tôt).

Il réorganisent ses Etats en centralisant l’Administration , en remodelant le système judiciaire , en proclamant la liberté de la presse, en prescrivant l’utilisation de la langue allemande et en réduisant le pouvoir de l’Eglise. Il fait abolir le servage, supprime les ordres contemplatifs, proclame la tolérance pour les protestants et les orthodoxes, améliore la conditions des juifs et institue le mariage civil et le divorce.
On parle de “Joséphisme” pour décrire la politique de la période.

Joseph II - L'empereur Joseph II Image192Joseph II, empereur du Saint-Empire romain germanique ; Anonyme, XVIIIe siècle

Sitôt après la disparition de Marie-Thérèse, c’est le grand clash entre Joseph et le Vatican.
En octobre 1781, il écrit au cardinal Herzau  :

« Monsieur le cardinal, depuis que je suis monté sur le trône et que je porte au front la première couronne du monde, j’ai fait de la philosophie la législatrice de mon empire. ( … ) Comme je déteste les superstitions et les sadacéens, je saurai en affranchir mon peuple ; à cet effet, je supprimerai les couvents et je congédierai les moines ou je les soumettrai aux évêques de leurs diocèses. On me dénoncera à Rome comme usurpateur du royaume de Dieu, je le sais, on criera bien haut que la gloire d’Israël est souillée, on s’irritera surtout que j’aie entrepris toutes ces choses sans l’approbation du serviteur des serviteurs de Dieu.

« Voilà cependant à quoi nous devons la décadence de l’esprit humain… Jamais les serviteurs de l’autel n’ont voulu consentir à ce qu’un gouvernement les reléguât à la seule place qui leur convient, et ne leur laissât d’autres occupations que la méditation de l’Évangile ; ils n’ont jamais compris que la loi civile pût empêcher les lévites d’usurper le monopole de la raison humaine. Les principes du monachisme, depuis Pacôme jusqu’à nos jours, sont entièrement contraires aux lumières de la raison, le respect des moines pour les fondateurs de leur ordre s’est changé en idolâtrie, et nous voyons revivre en eux ces Israélites qui allaient à Bethel adorer le veau d’or. Cette fausse interprétation de la religion s’est répandue dans le vulgaire, qui ne connaît plus Dieu et attend tout des saints !

« L’influence des évêques, consolidée par moi, détruira bientôt ces fausses croyances ; je donnerai à mon peuple, au lieu du moine, le prêtre ; au lieu du roman des canonisations, l’Évangile ; au lieu des controverses, la morale. J’aurai soin que le nouvel édifice que j’élèverai pour l’avenir soit durable ; mes séminaires généraux seront des pépinières de bons prêtres, et les curés qui en sortiront porteront dans le monde un esprit éclairé, et le communiqueront au peuple par un sage enseignement. Ainsi, dans quelques siècles, il y aura de vrais chrétiens ; ainsi, quand j’aurai accompli mon plan, les peuples de mon empire connaîtront suffisamment leurs devoirs envers Dieu, envers la patrie et envers le prochain, et nos neveux nous béniront un jour de les avoir délivrés de la tyrannie de Rome, et d’avoir ramené les prêtres à leurs devoirs en soumettant leur avenir au seigneur, mais leur présent à la patrie. »

Sur soixante-trois mille moines dans trois mille couvents, on supprime d’abord tous les solitaires, tous les ordres mendiants, tous ceux qui menaient une vie purement contemplative, tous les ordres de femmes à l’exception des sœurs d’Elisabeth, qui soignaient les malades, et des ursulines qui instruisaient les filles pauvres.  Joseph fait passer les biens des couvents dans la caisse de la religion, et les revenus sont divisés en trois parts : la première est destinée à salarier les curés des paroisses nouvellement créées, la seconde dote les écoles publiques, et la troisième assure aux moines chassés de leurs couvents une pension viagère mais les moines, en rentrant dans la vie privée, doivent devenir des travailleurs, non des rentiers.

Le 10 décembre 1780

La Reine de France écrit à l’Empereur, en lui demandant de prendre soin de Ses sœurs restées en Autriche, les Archiduchesses Marie-Anne, Marie-Christine et Marie-Elisabeth :

“Il ne me reste qu’à vous recommander mes sœurs. Elles ont encore plus perdu que moi. Elles seraient bien malheureuses.”.

Du  au  

Il effectue un voyage dans les Pays-Bas autrichiens. Il sera de retour à Vienne avant l’arrivée du couple de nouveaux gouverneurs, Marie-Christine et Albert de Saxe-Teschen qui font leur Joyeuse entrée à Bruxelles le 17 juillet 1781.

Du 29  juillet au 5 août 1781

Nouveau séjour de Joseph II à Versailles. Il arrive de très bon matin à l’ambassade d’Autriche, Mercy le conduit à l’hôtel de Valois où il logera. Les matelas, les lits de plume, les coussins qu’ont avaient préparés pour lui sont bientôt retirés par son ordre. Après trois heures de repos, il se drape de son incognito et accompagné d’une seule personne, il monte dans un carrosse de place pour aller visiter l’église Sainte-Geneviève, dont il a vu avec plaisir les progrès, autant qu’il a désapprouvé la destruction du jardin du Luxembourg où il s’est ensuite fait conduire.

En fin d’après-midi

Il change d’habit et de carrosse pour se rendre à Versailles, où il constate la tendresse du cœur de sa sœur  si réjouie de le revoir.

Aucune description disponible.

Les deux premiers jours du séjours de l’Empereur se passent à l’intérieur du château, où le Roi et la Reine partagent avec lui tous les plaisirs réservés à une famille unie par les liens de l’amitié autant que par ceux du sang.

Marie Antoinette: Tutte le cose che (forse) non sai del film - Telefilm  Central

Joseph II goûte aux soupers de la comtesse de Provence qui accueille la famille royale dans sa salle-à-manger chaque soir. Cette salle-à-manger destinée aux « soupers des petits cabinets »- soupers intimes sans domestiques dont a parlé Pierre de Nolhac dans ses ouvrages – est installée dans les anciennes pièces de service de la Dauphine détruites situées sous le cabinet doré de la Reine, là on a installé provisoirement un billard avant 1779. Cette salle-à-manger paraît bien étroite car toute la famille royale est conviée par la princesse : à savoir le Roi, la Reine, Monsieur, le comte et la comtesse d’Artois, les trois Mesdames tantes et Madame Elisabeth.

Aucune description disponible.

Le 31 juillet 1781

Le Roi part à midi pour Saint-Hubert.  L’Empereur et sa sœur vont à Trianon d’où ils reviennent pour le retour du Roi.

Marie AntoinetteImage de Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

Utilisant Trianon comme lieu de retraite, Marie-Antoinette ouvre parfois Son domaine à l’occasion de fêtes qu’Elle donne à Ses hôtes de passage. C’est le cas en 1781, lorsqu’Elle reçoit Son frère, l’Empereur Joseph II, de passage à Versailles. Au programme de cette fête du 1er août, une représentation d’Iphigénie en Tauride de Gluck sur la scène du théâtre que la Reine a inauguré l’année précédente, un souper et une illumination des jardins, agrémentée d’un concert champêtre. L’illumination est une reprise (avec un certain nombre d’améliorations) de celle que Marie-Antoinette avait offerte quelques jours plus tôt (le 26 juillet) à son beau-frère, le comte de Provence.
Le tableau de Châtelet illustre l’une ou l’autre de ces illuminations

Joseph II - L'empereur Joseph II Image195Illumination du Belvédère du Petit Trianon en 1781 par Claude-Louis Châtelet

Lors de ce séjour, Joseph II aurait contracté une union morganatique avec une jeune comtesse qui mourut en couches. Sa sœur aurait fait élever l’enfant du mariage, Whilhemine , à Versailles, dans une petite maison du parc où la comtesse de Gramont avait logé auparavant ; la baronne d’Oberkirch qui en parle, dit que la fille de l’Empereur est le portrait même de sa tante… est-ce elle qu’on appellera la Comtesse des Ténèbres

En 1781

Mozart, désormais débarrassé de l’autorité de son père et de son employeur, peut enfin composer plus librement.

Notre film culte du dimanche : « Amadeus » de Milos Forman - Elle
Tom Hulce est Mozart dans Amadeus (1984) de Milos Forman

Le 29 janvier 1781

Son opéra d’Idoménée, accueilli avec enthousiasme, inaugure la glorieuse série de ses œuvres dramatiques.

Malheureusement pour lui, l’archevêque de Salzbourg l’appelle brusquement à Vienne où ce prélat se trouve alors. Traité avec mépris et considéré comme un valet, Mozart ne demande qu’à quitter un maître aussi désagréable; à la suite de scènes scandaleuses dans lesquelles il se voit grossièrement insulté, il rompt tout commerce avec lui, et, sous la protection de l’Empereur, se remet à la composition.

Joseph II, un souverain influencé par les Lumières - Le roi Arthur, la  réalité derrière le mythe
Joseph II

Son opéra, l’Enlèvement au sérail (1782), est très favorablement reçu, et Prague le joue après Vienne. 

GIF amadeus condensed version f murray abraham - animated GIF on GIFER - by  Fenrikus

Pie VI, atterré, écrit à Joseph, le 15 décembre 1781:

« Comme nous avons appris par expérience que les affaires prennent une mauvaise tournure, quand elles ne sont pas traitées de la bouche à la bouche, nous avons résolu de nous rendre à Vienne, auprès de votre majesté, sans nous laisser arrêter ni par la longueur et les difficultés de la route, ni par notre grand âge et notre faiblesse, car ce sera cour nous une grande consolation que de causer avec votre majesté, et, en lui montrant toute la bienveillance de notre cœur, de l’amener à concilier les droits de sa couronne avec les intérêts de l’église. »

Ce  à quoi Joseph répond sans ménagements :

« Si votre sainteté persiste dans le dessein de venir ici, je puis l’assurer qu’elle y sera reçue avec le respect et la vénération dus à son éminente dignité, mais je dois la prévenir que les objets sur lesquels elle voudrait conférer sont si bien décidés, que son voyage sera absolument inutile. (…) »

Le 24 janvier 1782

Il paraît décidé que l’Empereur reviendra à Versailles en mai, pour y voir de lui-même ce qu’y fera le comte du Nord, qui s’y rendra à cette époque, et à quelle nouvelle combinaison de vues cette visite pourra donner lieu.

Finalement, Joseph II ne vient pas mais il demandera à sa sœur d’exercer au maximum son charme inégalable pour plaire aux Russes dont il a besoin pour dépecer l’Empire Ottoman.

Le 16 février 1782

Alliance de l’Empereur avec la Russie : c’est l’exécution d’un grand plan commercial, mais il s’agit du partage des états voisins des deux empires. On veut former une monarchie en Pologne, et placer l’Archiduc Maximilien sur ce trône. Une partie de la Perse et de la Lithuanie serait pour Catherine. L’Autriche s’étendrait au dépens de la Turquie. Poniatowski aurait la Valachie et la Moldavie pour toute consolation. Et pendant ce temps, le Grand-Duc serait élu Roi des Romains. Le contre-projet que ces politiques font proposer à la France par le Roi de Prusse est de faire élire ou Roi de Pologne ou Roi des Romains le prince royal son neveu qui se ferait catholique.

Le Pape et l’Espagne appuient ce projet et mettent pour cela à contribution tous les cabinets catholiques sur lesquels ils peuvent avoir quelque influence. Frédéric veut que la France envoie une armée de soixante mille hommes dans le Palatinat et le long du Rhin, qu’elle fasse un camp en Flandre pour veiller sur les Pays-Bas, s’en emparer de concert avec les Hollandais.

Et le fameux voyage du pape à Vienne a lieu. L’Empereur se rend au-devant du pape jusqu’à Neufkirchen, à quelques milles de Vienne.
L’entrevue des deux souverains est cordiale.

Joseph II accueille le pape à l’une des étapes de son voyage vers Vienne en 1782 :

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 4 Dae-1010

En 1782

L’Empereur commande à Mozart (1756-1791) le premier opéra en langue allemande : Die Entführung aus dem Serail (L’Enlèvement au sérail).

MOZART : L'Enlèvement au sérail : Du bercail au sérail, le passage ...Mozart bénéficie des largesses de l’Empereur et sa protection permet la représentation des Noces de Figaro, pourtant tiré de la pièce de Beaumarchais (1732-1799) qui est censurée en France.

Joseph II est passionné d’opéra, il vient à tout moment voir les répétitions au Burgtheater, accompagnant au clavecin les chanteurs comme un professionnel et suggérant des thèmes, comme celui de Cosi fan tutte, à Da Ponte, son poète impérial.

Le 27 février 1782

Pie VI part du Vatican.

En 1783

Joseph II fait le voyage pour Rome quelques mois plus tard…

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 4 Gettyi12Emperor Joseph II in Rome visiting Pope Pius VI, 1783 Gravure. Italy, 18th century.

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 5 5aee7810

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 5 94ce1810

L’Empereur Joseph II, qui aime par-dessus tout la musique italienne, laisse végéter Mozart dont les compositions ne lui plaisent qu’à demi. Cependant, sur les instances de la comtesse de Thun et du prince de Cobentzel, il fait représenter par les acteurs de la cour l’Enlèvement au sérail.

Joseph II (played by Jeffrey Jones in 'Amadeus') | Amadeus, Character  costumes, Character inspirationJeffrey Jones incarne Joseph II dans Amadeus de Milos FormanMy Fair Voltaire: Frederick the Great Meets His Match | KMFA 89.5 |  Austin's Classical Music Radio Station

Après une des représentations, le monarque dit au compositeur :

« C’est trop beau pour nos oreilles, mon cher Mozart, il y a là dedans trop de notes ! » 

_« Que Votre Majesté me pardonne, répond le musicien, il n’y en a pas une de trop ! » 

Peut-être est-il permis, en ce qui concerne l’Enlèvement, de trouver que Joseph II n’a pas tout à fait tort! Mais rien ne saurait en tout cas excuser son manque de générosité à l’égard du grand homme qui illustre son règne, et qu’il laisse longtemps sans honoraires. Ceux-ci sont enfin fixés à 800 florins. 

AMADEUS de Milos Forman (version complète 2002) | Classique NewsImage d’Amadeus de Milos Forman

En 1784

Joseph II  réprime violemment la révolution transylvaine inspirée par les mêmes principes que la Révolution américaine, et les décrets qu’il émet à l’issue de cet épisode visent en priorité à sauvegarder l’ordre établi, en limitant seulement les abus les plus criants. Il suit en cela la politique de sa mère qui n’a recouru à des réformes que pour empêcher les désordres, même si Joseph ne qualifie cela que de « demi-mesures et incohérence » et même si Krones le décrit comme « enflammé par ses convictions ».

Voici comment Axel de Fersen (1755-1810) voit Joseph II :

La grande simplicité de ses manières de ses discours et de son habillement, contrastait beaucoup avec l’élégance et la frivolité des nôtres; il avait l’air solide et nous léger. Je ne sais pas, si la comparaison a été tout à fait à notre avantage, chez les gens sensés. J’en doute, et je ne crois pas, que nos talons rouges, notre belle coiffure, nos diamants, nos chaînes de montre et nos habits de satin, l’aient emporté sur un bon uniforme de drap, bien propre, un col noir et une bonne épée de cuivre bien dorée; c’était ainsi qu’était vêtu l’Empereur. Il voyageait sans sénateur sans premier gentilhomme de la chambre, sans capitaine des Gardes, sans écuyer etc. etc. il n’y avait pas dans son antichambre 14 personnes, dont les unes devaient reconduire ceux qui venaient, jusqu’à la porte, d’autres au haut de l’escalier et d’autres jusqu’en bas.

Le 16 août 1784

Au cours d’une chasse, Joseph II se place sur le chemin du cerf ; l’animal se jette sur lui et transperce son habit de ses bois, mais sans le blesser.

Le 22 septembre 1784

Lettre de Marie-Caroline (1752-1814) à Joseph II :

Je ne vous contredirai pas, mon cher frère, sur le défaut de vue de notre ministère. Il y a déjà du temps que j’ai fait une partie des réflexions que vous me faites dans votre lettre. J’en ai parlé plus d’une fois au roi, mais il faudrait le bien connaître pour juger du peu de ressources et de moyens que me fournissent son caractère et ses préjugés. Il est de son naturel très peu parlant, et il lui arrive souvent de ne me parler des grandes affaires, lors même qu’il n’a pas d’envie de me les cacher. Il me répond quand je lui en parle, mais il ne m’en prévient guère, et quand j’apprends le quart d’une affaire, j’ai besoin d’adresse pour me faire dire le reste par les ministres, en leur laissant croire que le roi m’a tout dit. Quand je reproche au roi de ne m’avoir pas parlé de certaines affaires, il ne se fâche pas, il a l’air un peu embarrassé et quelquefois il me répond naturellement qu’il n’y a pas pensé. Je vous avouerai bien que les affaires politiques sont celles sur lesquelles j’ai le moins de prise. La méfiance naturelle du roi a été fortifiée d’abord par son gouverneur, dès avant mon mariage. M. de La Vauguyon l’avait effrayé sur l’empire que sa femme voudrait prendre sur lui, et son âme noire s’était plu à effrayer son élève par tous les fantômes inventés contre la maison d’Autriche. M. de Maurepas, quoique avec moins de caractère et de méchanceté, a cru utile pour son crédit d’entretenir le roi dans les mêmes idées. M. de Vergennes suit le même plan, et peut-être se sert-il de sa correspondance des affaires étrangères pour employer la fausseté et le mensonge. J’en ai parlé clairement au roi et plus d’une fois. Il m’a quelquefois répondu avec humeur, et comme il est incapable de discussion, je n’ai pu lui persuader que son ministre était trompé ou le trompait. Je ne m’aveugle pas sur mon crédit. Je sais que, surtout pour la politique, je n’ai pas grand ascendant sur l’esprit du roi. Serait-il prudent à moi d’avoir avec son ministre des scènes sur des objets sur lesquels il est presque sûr que le roi ne me soutiendrait pas ? Sans ostentation ni mensonge, je laisse croire au public que j’ai plus de crédit que je n’en ai véritablement, parce que, si on ne m’en croyait pas, j’en aurais encore moins. Les aveux que je vous fais, mon cher frère, ne sont pas flatteurs pour mon amour-propre, mais je ne veux vous rien cacher, afin que vous puissiez me juger autant qu’il est possible de la distance affreuse où mon sort m’a éloignée de vous.

Le 22 août 1785

Marie-Antoinette écrit à Son frère Joseph II: 

« Vous aurez déjà su, mon cher frère, la catastrophe du cardinal de Rohan. Je profite du courrier de M. de Vergennes, pour vous en faire un petit abrégé. Le Cardinal est convenu d’avoir acheté en mon nom et de s’être servi d’une signature qu’il a crue la mienne, pour un collier de diamants de seize cent mille francs. Il prétend avoir été trompé par une Mme Valois de la Mothe. Cette intrigante du plus bas étage n’a nulle place ici et n’a jamais eu d’accès auprès de moi. Elle est depuis deux jours dans la Bastille et, quoique, par son premier interrogatoire, elle convienne d’avoir eu beaucoup de relations avec le Cardinal, elle nie fermement d’avoir eu aucune part au marché du collier. Il est à observer que les articles du marché sont écrits de la main du Cardinal. A côté de chacun, le mot « approuvé », de la même écriture qui a signé au bas « Marie-Antoinette de France ». On présume que la signature est de la dite Valois de la Mothe. On l’a comparée avec des lettres qui sont certainement de sa main. On n’a pris nulle peine de contrefaire mon écriture, car elle ne lui ressemble en rien, et je n’ai jamais signé « de France ». C’est un étrange roman, aux yeux de tout ce pays-ci, que de vouloir supposer que j’ai pu vouloir donner une commission secrète au Cardinal. (…) »

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 3 C9186510

Vidéo de la forteresse de Terezin. Czech Republic, Construit entre 1780 et 1790. Fondé par l’empereur Joseph II.
Terezín est une forteresse que  Joseph II a fait construire, et, même si l’ouvrage portant le nom de sa mère Marie-Thérèse devait principalement servir de moyen de défense, il s’est tristement ancré dans la mémoire collective tout d’abord comme prison et, ensuite, durant la Seconde Guerre mondiale, comme ghetto juif et camp de concentration.

En 1787

La brutalité des réformes entraîne de nombreux mécontentements. Les habitants des Pays-Bas autrichiens se révoltent contre les édits relatifs à la religion, à l’administration et à la justice (révolution brabançonne) puis encore plus nettement en 1789, pour en arriver à la création de la république des Etats belgiques unis (janvier-novembre 1790).

En 1788

Au cours de la guerre austro-russe contre les Turcs, et bien que l’armée de Joseph prenne Belgrade, c’est Catherine II qui recueille les fruits de la campagne.

Le 20 février 1790

Peut être une illustration de texte qui dit ’IOSEPH DES II LETZTER MORGEN’
Joseph II - 20 février 1790: Joseph II d'Autriche 170px-Joseph_II_du_Saint-Empire

La mort à Vienne de Joseph II constitue une perte affective et politique pour Marie-Antoinette. Léopold II (1747-1792), leur frère, devient Empereur des Romains.

Illustration.
Portrait de Léopold II, vers 1790

Une vie simple et une fin simple comme en témoigne son tombeau dans la crypte des Capucins à Vienne. Totalement différent de celui de ses parents.

Joseph II - L'empereur Joseph II - Page 3 Captur11

Sources :

_BADINTER, Elisabeth, Le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), Paris, Flammarion, 2016, 800 p.

_BADINTER, Elisabeth, Les conflits d’une mère, Marie-Thérèse d’Autriche et ses enfants, Paris, Flammarion, 2020, 270 p.

_BLED, Jean-Paul, Marie-Thérèse d’Autriche, Paris, Fayard, 2001, 448 p.

_BOURBON-PARME, Isabelle, Je meurs d’amour pour toi, lettres à l’archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, édition établie par Elisabeth Badinter, Paris, Tallandier, 2008, 206 p.

_FEJTO, François, Joseph II, Paris, Perrin, 2016, première édition en 1953, 512 p.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!