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L'Histoire de Marie-AntoinetteL'impopularité de la ReineLe XVIIIème siècleMarie-Antoinette au cinémaMarie-Antoinette aujourd'hui

L’Affaire du Collier

 

L’affaire du collier est une escroquerie qui a pour victime, en 1785, le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, et qui éclabousse la réputation de Marie-Antoinette.

En 1772, Louis XV souhaite faire un cadeau à Madame du Barry. Il demande aux joailliers parisiens Bœhmer et Bassange de créer un collier de diamants inégalable. Cela prend aux bijoutiers un temps certain, du fait de la qualité des pierres à collecter ; Louis XV mourut entre temps.

                Charles Böhmer                                    et                                             Paul Bassenge

COLLIER dit de la REINE MARIE-ANTOINETTE

Attention… le collier était à porter ainsi :

Le tout coûtait 1 600 000 livres… Peu de personnes devenaient donc aptes à y prétendre.

Et c’est à la Reine que les joailliers s’adressent alors.

En 1778

Le nouveau Roi, Louis XVI, souhaite Lui offrir le collier, mais Elle le refuse. Selon madame Campan, la Reine aurait déclaré que l’argent serait mieux dépensé pour l’équipement d’un navire de guerre.

“With people starving?”
Marie Antoinette (1938)
original screencap sourceNorma Shearer (1938) 

Avec ce bijou si lourd en dépense, Bœhmer et Bassange sont menacés de ruine.

Aussi sautent-ils sur l’occasion lorsqu’un acquéreur se fait connaître: c’est le Cardinal de Rohan (1734-1803).

Cardinal de RohanLouis-René-Édouard, prince de Rohan (1734-1803), cardinal-évêque de Strasbourg et grand aumônier de France

Enfin , celui-ci pense agir pour la Reine grâce à l’entremise de Jeanne de La Motte (1756-1791), une descendante d’un bâtard de Henri II. Elle se fait donc passer pour une Valois ce qui la rend tout de suite plus crédible aux yeux du prélat . Madame de La Motte explique les conditions dans lesquelles elle a connu Rohan : par l’intermédiaire de la marquise de Boulainvillers. Elle déclare avoir bénéficié de la protection de “Madame” (la comtesse de Provence ?) et obtenu grâce à elle une pension annuelle de 1.500 livres du Roi (en 1784).

Jeanne de La Motte

Louis de Rohan avait été ambassadeur de France en Autriche et sa lubricité avait scandalisé Marie-Thérèse qui avait communiqué son dégoût à Marie-Antoinette. La distance de la Reine à son égard affectait le Cardinal.
La comtesse de La Motte qui se dit intime de Marie-Antoinette se propose de tout régler entre eux. Ivre d’argent, elle entend parler de la parure et imagine comment se l’approprier.

En juillet 1784

Nicole Leguay est abordée par Nicolas de La Motte.

La Promenade Publique (au Palais-Royal) de Claude-Louis Desrais

Il tourne autour d’elle, l’ausculte, la dévisage pendant plusieurs jours au Palais Royal, puis finit par lui adresser la parole.

Nicole d'Oliva

« J’eus le tort de lui répondre » dit-elle.

Née le 1er septembre 1761, âgée de 23 ans au moment des faits. Nicole Leguay d’Oliva vit rue du Jour, près de l’Église Saint-Eustache, non loin du Palais Royal. Elle n’est rien, ne possède quasiment rien.

Il l’attire chez lui et la présente à Jeanne de La Motte, qui lui déclare

« J’ai toute la confiance de la reine ; je suis avec elle comme les deux doigts de la main. Elle vient de m’en donner une nouvelle preuve, en me chargeant de trouver une personne qui puisse faire quelque chose qu’on lui expliquera, lorsqu’il en sera temps. »

Elle lui promet 15.000 livres si elle accepte de faire ce qu’on lui demandera, en temps voulu.

akg-images - La Galerie du Palais-Royal en 1787 / Chromolithographie couleurPromenade de la galerie du Palais Royal (1787) de Philibert Louis Debucourt

Le 28 décembre 1784

Se présentant donc comme une amie intime de la Reine, la comtesse de La Motte rencontre les joailliers Bœhmer et Bassange qui lui montrent le collier de 2 840 carats qu’ils souhaitent rapidement vendre car ils se sont endettés pour le constituer.

Tout de suite elle imagine un plan pour entrer en sa possession. Elle déclare au joaillier qu’elle va intervenir pour convaincre la Reine d’acheter le bijou, mais par le biais d’un prête-nom. De fait, le cardinal de Rohan reçoit en janvier 1785 une nouvelle lettre, toujours signée « Marie-Antoinette de France », dans laquelle la reine lui explique que ne pouvant se permettre d’acquérir ouvertement le bijou, elle lui fait demander de lui servir d’entremetteur, s’engageant par contrat à le rembourser en versements étalés dans le temps — quatre versements de 400 000 livres — et lui octroyant pleins pouvoirs dans cette affaire.

Jeanne de La Motte

En outre la comtesse s’est ménagé la complicité de Cagliostro, dont le cardinal est fanatique (ils iront jusqu’à déclarer « Cagliostro est Dieu lui-même ! » ). Devant le cardinal, le mage fait annoncer par un enfant médium un oracle dévoilant les suites les plus fabuleuses pour le prélat s’il se prête à cette affaire : la reconnaissance de la Reine ne connaîtra plus de bornes, les faveurs pleuvront sur la tête du cardinal, la Reine le fera nommer par le Roi premier ministre.

Épinglé sur Rococo ArtCe portrait peint par Elisabeth Vigée Le Brun est dit de madame de La Motte… il est peu probable que l’artiste ait accepté de portraiturer cette ennemie de la Reine…

L’amant de madame de La Motte, Marc Rétaux de Villette (un ami de son mari), possédant un talent de faussaire, imite parfaitement l’écriture de la Reine. Il réalise pour sa maîtresse de fausses lettres signées « Marie-Antoinette de France » (alors qu’Elle ne signe, que Marie-Antoinette, les Reines de France ne signant que de leur prénom, Marie-Antoinette n’était d’ailleurs pas de France mais de Lorraine ou d’Autriche… ou même que d’un simple trait !). La comtesse entretient ainsi une fausse correspondance, dont elle est la messagère, entre la Reine et le cardinal dont le but affiché est de les réconcilier.

Le cardinal de Rohan et la comtesse de La Motte

Le cardinal de Rohan a beau être crédule, il a besoin de preuves des écrits qu’il reçoit de la Reine.

Joseph Balsamo alias Cagliostro

Or le comte de La Motte avait découvert par l’entremise de Cagliostro qu’une prostituée, Nicole Leguay ( 1761-1789) que La Motte fait appeler baronne d’Oliva pour l’introduire dans son salon, opérant au Palais-Royal, s’était forgé une réputation due à sa ressemblance avec Marie-Antoinette. Madame de La Motte la reçoit et la convainc de bien vouloir, contre une somme de 15 000 livres, jouer le rôle de la Reine recevant en catimini un ami, dans le but de jouer un tour…

C’est ainsi que se trame l’entrevue du bosquet …

Le lieu :

Le bosquet de la Reine,
Le cadre historique de l’Affaire du Collier

( texte et photographies de Christophe Duarte ; Versailles – passion )

Aucune description de photo disponible.
Plan du bosquet de Vénus

“Je crois qu’il n’y a point d’autre moyen pour le rendre agréable et multiplier l’espace, que d’en faire un Bosquet dans le goût moderne, de le composer de tous les arbres étrangers qui ont quelques agréments. Dans ce lieu il sera nécessaire de varier artistiquement la forme des arbres, celle des feuilles, la couleur des fleurs, le temps de leur fleuraison, et leurs différentes teintes de verdure…”

Gabriel Thouin – 22 octobre 1775

Peut être une image de nature et arbre
Le Bosquet de la Reine, tel que nous le voyons aujourd’hui, a été créé en 1774 lors de la replantation du Parc ordonnée par Louis XVI.

Peut être une image de arbre, monument et texte qui dit ’Versailles Passion Christophe Château Versailles 1septembre2019’

Il présente l’aspect d’un jardin à l’anglaise qui remplace le fameux Labyrinthe, construit en 1673 par André Le Nôtre et qui était formé d’une multitude de petites allées cachant dans leurs détours trente-neuf fontaines. Ce lieu subit de multiples détériorations qui amènent à sa disparition en 1774.

Peut être une image de arbre et monument

Remplacé par l’actuel bosquet qui prend d’abord le nom de “Bosquet de l’ancien Labyrinthe“, puis “Bosquet de Vénus” avant de devenir “Bosquet de la Reineen 1835.

Peut être une image de nature et arbre

Le nouveau tracé, simple mais élégant, avait été conçu pour mettre en valeur des arbres exotiques introduits en France au XVIIIe siècle : séquoia, cèdre du Liban, pin de Corse, noyer noir d’Amérique et marronnier rouge. La salle centrale est plantée de dix tulipiers de Virginie.

Peut être une image de arbre et monument

Ce bosquet ne comporte ni vase ni statues : son intérêt vient essentiellement de l’essence de ses arbres, pour la plupart nouvellement introduites en France. En pénétrant ces lieux ouverts on a le sentiment d’entrer dans une parfumerie naturelle tant la flore exhale des parfums sensationnels ! 

Peut être une image de monument

C’est ici que se déroule la fameuse scène de l’Affaire du collier où la fausse Marie-Antoinette rencontre le Cardinal de Rohan.

Peut être une image de 1 personne, arbre, monument et texte qui dit ’Versailles Passion Christophe Château Versailles 1 2019’

Peut être une image de 1 personne et monument

Un nouveau réaménagement est réalisé sous Louis-Philippe en 1839.

Peut être une image de 1 personne et arbre

Une nouvelle campagne de replantation touche tout le parc dans les années 1860-1880. L’état actuel du bosquet est l’héritier de cette replantation. Les arbres plantés à cette époque, arrivés à obsolescence, sont décimés par les tempêtes de février 1990 et de décembre 1999.

Peut être une image de 1 personne, arbre et plein air

Une campagne actuelle replantation a pour but de redonner à ce Bosquet son état XVIIIe siècle.

Peut être une image de 2 personnes et arbre

Dans la nuit du 11 août 1784

Entre onze heures et minuit

Le cardinal se voit confirmer un rendez-vous au Bosquet de Vénus dans les jardins de Versailles à onze heures du soir.

Cardinal Louis René Édouard : Family tree by Base collaborative ...

 

Là, Nicole Leguay, déguisée en Marie-Antoinette dans une robe de mousseline à pois (copiée d’après le tableau d’Élisabeth Vigée Le Brun…), le visage enveloppé d’une gaze légère noire, l’accueille avec une rose et lui murmure un « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ».

Portrait of a girl in a garden by George Morland, circa 1786-1788.

Avant que le cardinal puisse poursuivre la conversation, Madame de La Motte apparaît avec Rétaux de Villette en livrée de la Reine avertissant que les comtesses de Provence et d’Artois, belles-sœurs de la Reine, sont en train d’approcher. Ce contretemps, inventé par madame de La Motte, abrège l’entretien.

Nicole Le Guay d’Oliva explique qu’elle ne savait pas qu’on lui faisait jouer le rôle de la Reine. Jeanne de La Motte et son mari lui ont donné pour instruction de remettre une lettre et une rose à « un très grand seigneur » et de lui dire « vous savez ce que cela veut dire ». Le Guay d’Oliva ne sait pas qu’il s’agit de Rohan. Jeanne de La Motte lui fait croire que la Reine assiste à la scène et même, qu’Elle s’adresserait à elle. C’est Jeanne de La Motte elle-même qui habille d’Oliva :

« Je fus mise en robe blanche de linon moucheté. C’était, autant que je puis me souvenir, une robe à l’enfant, ou une gaule, espèce de vêtement qu’on désigne plus souvent sous le nom de chemise ; et l’on voulu que je fusse coiffée en demi-bonnet. »

gaulle - Portraits de Marie-Antoinette vêtue d'une robe en chemise, dite en gaulle, par Elisabeth Vigée Le Brun (1783) 6a00d810Portrait de Marie-Antoinette en gaulle (1783) par Elisabeth Vigée Le Brun

« Entre onze heures et minuit », dit-elle, d’Oliva sort avec Jeanne de La Motte et son mari. « J’étais couverte d’un mantelet blanc, et j’avais une thérèse sur la tête. » Point capital, d’Oliva indique que «la nuit était sombre, pas le moindre clair de lune, et je ne pouvais rien distinguer que les personnes et les objets qui m’étaient familiers. »

Nuit noire et thérèse sur la tête : voilà sans doute ce qui explique pourquoi Rohan ne s’est pas aperçu qu’il n’avait pas affaire à la Reine…
La Demoiselle d’Oliva raconte la fameuse scène ainsi (ce sont ses propres termes) :

« Je présente la rose au grand seigneur inconnu ; et je lui dis, vous savez ce que cela veut dire, ou quelque chose d’à peu près semblable. Je ne puis affirmer s’il la prit, ou s’il la laissa tomber. Pour la lettre, elle resta dans ma poche ; elle fut entièrement oubliée. Dans l’instant même que je venais de parler, la dame de La Motte accourt vers nous, et dit très bas, mais avec précipitation : vite, vite, venez. C’est du moins tout ce que je me rappelle avoir entendu. Je me sépare de l’inconnu, et me retrouve à quelques pas plus loin, avec le sieur de La Motte ; tandis que sa femme et l’inconnu partent ensemble et disparaissent. (…) Le sieur de La Motte me reconduit à l’hôtel garni. Nous restons à causer, en attendant le retour de la dame de La Motte. Elle arrive sur les deux heures après minuit (…) ».
Le témoignage de la demoiselle Le Guay d’Oliva est clair: La Motte, et son mari, ainsi que Rétaux de Villette ont tout manigancé. Elle a participé à une mise en scène destinée à tromper le cardinal. Ce témoignage capital est accablant pour La Motte et disculpant pour Rohan. Le témoignage de Le Guay d’Oliva est d’autant plus crédible, qu’on ne saurait la soupçonner de s’être entendue avec Rohan pour faire accuser La Motte : en effet, Rohan accuse d’Oliva, dans son mémoire, d’avoir été de mèche avec La Motte !..

Le lendemain (12 août)

Le cardinal reçoit une lettre de la « Reine », regrettant la brièveté de la rencontre. Le cardinal est définitivement conquis, sa reconnaissance et sa confiance aveugle en la comtesse de La Motte deviennent plus que jamais inébranlables.

“Mon adorable maître permettez que votre esclave vous exprime la joie qu’il ressent des faveurs que vous lui avez accordées — cette rose charmante est sur mon cœur — je la conserverai toute ma vie — elle me rappellera sans cesse le premier instant de bonheur. En quittant la Comtesse j’étois si transporté que sans m’en apercevoir je me fuis trouvé à l’endroit charmant que vous aviez choisi — après avoir traversé la charmille, je désespérois de reconnoître la place où votre esclave chéri s’est précipité à vos pieds — destiné sans doute à n’éprouver dans cette belle nuit que des sensations heureuses — j’ai retrouvé ce joli gazon que ces jolis petits pieds avoient un peu foulés — je l’y suis précipité comme si vous y aviez encore été, & j’ai baisé avec autant d’ardeur l’herbe sur laquelle vous étiez assise que cette belle main qui m’a été livrée avec cette grace & cette bonté qui n’appartient qu’à mon cher maître — j’ai eu beaucoup de peine à quitter ce lieu enchanté. J’y aurois surement passé la nuit si je n’avois craint de causer quelqu’inquiétude à mes alentours qui savoient que j’étois sorti. […]” 

Le 1er février 1785

Convaincu, le cardinal signe les quatre traites et se fait livrer le bijou qu’il va porter le soir même à Madame de La Motte dans un appartement qu’elle a loué à Versailles. Devant lui, elle le transmet à un prétendu valet de pied portant la livrée de la Reine (qui n’est autre que Rétaux de Villette). Pour avoir favorisé cette négociation, l’intrigante bénéficiera même de cadeaux du joaillier.

Viviane Romance est Jeanne de La Motte (1946) du Collier de la Reine de Marcel L’Herbier

Immédiatement les escrocs dessertissent maladroitement le collier en abîmant les pierres précieuses et commencent à revendre les pierres. Rétaux de Villette a quelques ennuis en négociant les siennes. Leur qualité est telle, et, pressé par le temps, il les négocie si en dessous de leur valeur, que des diamantaires juifs soupçonnent le fruit d’un vol et le dénoncent. Il parvient à prouver sa bonne foi et part à Bruxelles vendre ce qu’il lui reste. Le comte de La Motte part de son côté proposer les plus beaux diamants à deux bijoutiers anglais de Londres. Ceux-ci, pour les mêmes raisons que leurs collègues israélites, flairent le coup fourré. Ils envoient un émissaire à Paris : mais aucun vol de bijoux de cette valeur n’étant connu, ils les achètent, rassurés. Les dernières pierres sont donc vendues à Londres.

Le 12 juillet 1785

La Reine reçoit une lettre des bijoutiers de la Cour à propos du collier acquis en Son nom par le cardinal de Rohan. Elle n’y comprend rien et brûle le document en présence de Madame Campan.

tinywaitress:
“ Lana Marconi as Marie Antoinette in “Si Versailes m’etait conte” ”Lana Marconi dans Si Versailles m’était conté (1954) de Sacha Guitry

Le 1er août 1785

Pendant ce temps, la première échéance est attendue par le joaillier et le cardinal. Toutefois, l’artisan et le prélat s’étonnent de constater qu’en attendant, la Reine ne porte pas le collier. Madame de La Motte les assure qu’une grande occasion ne s’est pas encore présentée, et que d’ici là, si on leur parle du collier, ils doivent répondre qu’il a été vendu au sultan de Constantinople. En juillet cependant, la première échéance approchant, le moment est venu pour la comtesse de gagner du temps. Elle demande au cardinal de trouver des prêteurs pour aider la Reine à rembourser. Elle aurait, en effet, du mal à trouver les 400 000 livres qu’elle doit à cette échéance. Mais le bijoutier Böhmer va précipiter le dénouement. Ayant eu vent des difficultés de paiement qui s’annoncent, il se rend directement chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, Madame Campan, et évoque l’affaire avec elle. Celle-ci tombe des nues et naturellement va immédiatement rapporter à la Reine son entretien avec Böhmer. Marie-Antoinette, pour qui l’affaire est incompréhensible, charge le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi, de tirer les choses au clair. Le baron de Breteuil est un ennemi du cardinal de Rohan, ayant notamment convoité en vain son poste d’ambassadeur à Vienne. Découvrant l’escroquerie dans laquelle le cardinal est impliqué, il se frotte les mains, et compte bien lui donner toute la publicité possible.

Gaby Morlay est Jeanne de La Motte dans  Si Versailles m’était conté (1953)

Le scandale

La prétendue comtesse, sentant les soupçons, s’est entre-temps arrangée pour procurer au cardinal un premier versement de 35 000 livres, grâce aux 300 000 livres qu’elle a acquis de la vente du collier et dont elle s’est déjà servie pour s’acheter une gentilhommière. Mais ce versement, d’ailleurs dérisoire, est désormais inutile. Parallèlement, la comtesse informe les joailliers que la prétendue signature de la Reine est un faux, afin de faire peur au cardinal de Rohan et l’obliger à régler lui-même la facture par crainte du scandale. L’affaire éclate. Entre-temps, les mêmes aigrefins, menés par l’ex-inspecteur des mœurs, agent secret et escroc Jean-Baptiste Meusnier, en profitent pour soutirer 60 000 autres livres à d’autres bijoutiers.

De plus en plus scandalisée, Marie-Antoinette presse Vermond et Breteuil de faire éclater l’affaire au grand jour.

Le 13 août 1785

Après de longues concertations avec l’abbé de Vermond et le ministre, il est décidé que ce dernier en parle au Roi, veille de l’Assomption, jour de fête de la Reine

Le 14 août 1785

Le Roi est prévenu de l’escroquerie .

Le 15 août 1785

Alors que le cardinal — qui est également grand-aumônier de France — s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l’Assomption dans la chapelle du château de Versailles, il est convoqué dans les appartements du Roi en présence de la Reine, du garde des sceaux Miromesnil et du ministre de la Maison du Roi, Breteuil.

Louis-Auguste de Breteuil ( 1730 – 1807),ministre de la Maison du Roi

Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le prélat comprend qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la « Reine ». Le Roi réagit :

« Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France ! ».

La Reine ajoute :

« Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis quinze ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ».

Le cardinal tente de s’expliquer.

Lana Marconi est la Reine dans Si Versailles m’était conté (1953) de Sacha Guitry

« Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté. », lui dit le Roi.

Navlet - Portraits de Marie-Antoinette par Joseph Navlet Zb101010Tableau de Joseph Navlet
Le scandale de Collier de la Reine - YouTubeImage de L’Affaire du Collier de la Reine (1946) de Marcel L’Herbier

Le cardinal supplie le Roi de lui épargner cette humiliation, il invoque la dignité de l’Église, le souvenir de sa cousine la comtesse de Marsan qui a élevé Louis XVI. Le Roi se retourne vers le cardinal :

« Je fais ce que je dois, et comme Roi, et comme mari. Sortez. »

Au sortir des appartement du Roi, il est arrêté dans la Galerie des Glaces au milieu des courtisans médusés.

Image de la pièce italienne, Les Diamants de la Reine (2018)

Le scandale éclate !

Le cardinal est emprisonné à la Bastille du 16 août 1785 au 1er juin 1786. Il commence immédiatement à rembourser les sommes dues, en vendant ses biens propres, dont son château de Coupvray (à la fin du XIXe siècle, les descendants de ses héritiers continueront de rembourser sporadiquement par fractions les descendants du joaillier…). La comtesse de La Motte est arrêtée, son mari s’enfuit à Londres (où il bénéficie du droit d’asile) avec les derniers diamants, Rétaux de Villette est déjà en Suisse.

Quaintrelle Life: Vintage Marie Antoinette
Image de L’Affaire du Collier de la Reine (1946) de Marcel L’Herbier

Le 22 août 1785

Après avoir brièvement résumé l’affaire à son frère Joseph II, Marie-Antoinette conclue :

J’espère que cette affaire sera bientôt terminée, mais je ne sais pas encore si elle sera renvoyée au Parlement ou si le coupable et sa famille s’en rapporteront à la clémence du roi, mais dans tous les cas, je désire que cette horreur et tous ces détails soient bien éclaircis aux yeux de tout le monde.

Automne-Hiver 1785-1786

Le Parlement, docile en apparence, propose d’envoyer une délégation à Versailles afin d’entendre la déposition de la Reine.

Louis XVI refuse, offusqué qu’on puisse considérer la Reine de France comme une justiciable normale.

Il y a longtemps que les parlementaires ont oublié que la justice n’émane que du Roi seul et qu’ils n’en sont que ses humbles représentants…

Marie-Antoinette accepte néanmoins d’envoyer un mémoire pouvant éclairer les conseillers. Cette pièce a aujourd’hui disparu.

Après écoutes des deux prévenus, d’autres suspects et témoins sont arrêtés. En Suisse pour le faussaire et amant de la comtesse de La Motte, Louis Marc Antoine Rétaux de Villette et à Bruxelles le 20 octobre 1785 : Nicole Leguay, dite baronne d’Oliva, prostituée ayant joué le rôle de la Reine lors de la scène du bosquet, son amant et le mage et charlatan notoire, Cagliostro qui a promis monts et merveilles au cardinal.

Tout ce petit monde est écroué à la Bastille où les conseillers du Parlement se rendent pour les entendre. Les prisonniers ne sont pas tenus au secret et peuvent donc se retrouver régulièrement.

Seul le mari de la principale coupable, le soi-disant comte de La Motte a pu s’échapper à Londres, dépeçant et vendant sans problèmes les diamants du collier.

Le 20 octobre 1785

On interpelle aussi Cagliostro et  Nicole Leguay à Bruxelles avec son amant dont elle est enceinte.

L’avocat Jean-Jacques Duval d’Eprémesnil, connu pour son opposition systématique au pouvoir royal, veut défendre son ami Cagliostro qu’il retrouve dans des loges ésotériques. Ses critiques de la Cour sont particulièrement virulentes.

Jean-Jacques Duval d’Eprémesnil, conseiller du Parlement de Paris et opposant au pouvoir monarchique

Il est soutenu par un public friand de l’histoire, ravi de voir la Reine de France traînée dans la boue.

En mai 1786

Nicole Leguay accouche à la Bastille.

Le procès

Le Roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui aura à se prononcer sur son cas : ou bien s’en remettre directement au jugement du roi en huis clos, ou être traduit devant le Parlement de Paris. Ceci s’avère fort malhabile de la part de Louis XVI : le cardinal décidant de mettre l’affaire dans les mains du Parlement qui est toujours, plus ou moins, en fronde contre l’autorité royale.

Le 22 mai 1786

Le Parlement se réunit pour entendre la lecture des pièces de l’affaire.

La Grande Chambre et la Tournelle réunies sous l’égide de son premier président d’Aligre, rassemblent soixante-quatre juges, sans compter les conseillers honoraires et les maîtres des requêtes.

Les princes du sang et les pairs se sont récusés.

Maître Fremyn fait office de greffier.

Étienne François d’Aligre, premier président du Parlement de Paris

Le 29 mai 1786

Fin de la lecture des pièces.

Nuit du 29 au 30 mai 1786

Les prisonniers de la Bastille sont enfin écroués à la Conciergerie.

Jeanne de La Motte, l’instigatrice de l’Affaire du Collier, qui avait toujours eu des velléités d’appartenir à la famille royale, est enfin invitée à loger au palais du Roi… Robert II le Pieux… pour y être jugée.

La Conciergerie

Le 30 mai 1786

L’avocat Joseph Omer Joly de Fleury (1715-1810) désigné comme procureur général donne son réquisitoire.

  • que la pièce signée Marie-Antoinette de France soit déclarée frauduleuse ;
  • que le comte de La Motte, par coutumace et Rétaux de Villette soient condamnés aux galères à perpetuité ;
  • que la comtesse de La Motte soit fouettée, marquée du V de “voleuse” et enfermée à perpétuité dans la prison de La Salpêtrière ;
  • que le cardinal, dans un délai de huit jours, admette publiquement son erreur de la scène du bosquet, sa tromperie envers les marchands et qu’il demande pardon au Roi et à la Reine.
  • qu’il soit également démis de ses charges, à faire aumône aux pauvres, de s’éloigner des résidences royales et de rester en prison jusqu’à la déclaration de l’arrêt.

Il conclue que le cardinal est doublement coupable par sa haute naissance et par ses charges prestigieuses d’avoir osé croire en la scène du bosquet et de négocier l’achat d’un collier au nom de la Reine.

Son supérieur, l’avocat général Séguier se lève alors. La coutume voulait en effet que le réquisitoire lui soit soumis au préalable, ce que ne fit pas Fleury. Une joute verbale dont le Parlement et le public se délectent commence :

Prêt à descendre au tombeau, vous voulez couvrir vos cendres d’ignominie et la faire partager aux magistrats ! _Votre colère, monsieur, ne me surprend point, répond le procureur général. Un homme voué au libertinage comme vous, devait nécessairement défendre la cause du cardinal. _Je vois quelques fois des filles, réplique Séguier. Je laisse même mon carrosse à leurs portes. C’est affaire privée. Mais on ne m’a jamais vu vendre bassement mon opinion à la fortune.”

Séguier accuse ainsi Fleury de s’être vendu à la Cour.

Les prévenus sont ensuite entendus.

Rétaux de Villette (1754-1797) écouté le premier, avoue avoir signé les lettres Marie-Antoinette de France mais ne croit pas avoir falsifié la signature de la Reine puisque justement elle ne signe pas Marie-Antoinette de France.

Rétaux de Villette

C’est ensuite le tour de Jeanne de La Motte.

L’un des assistants témoigne :

“La femme La Motte a paru avec un ton d’assurance et d’intrépidité, avec l’œil et la contenance d’une méchante femme que rien n’étonne ; mais elle s’est fait écouter parce qu’elle parle sans l’air d’embarras. Elle s’attachait plus aux probabilités qu’aux faits et surtout à l’impossibilité qui est au procès de montrer des lettres, des écrits et toutes les preuves qu’on désirerait y voir. Je ne crois pas que cette femme, qui a de la tournure, des grâces et de l’élévation, ait pu intéresser personne, parce que son procès est trop clair.”

Jeanne n’hésite pas à déclarer que le cardinal lui avait montré plus de deux cents lettres écrites de la main de la Reine dont une qui commençait par “Je t’envoie...”. Ainsi selon Jeanne de La Motte, Marie-Antoinette tutoyait le cardinal mais aussi le rencontrait clandestinement très régulièrement !

Les magistrats, même les plus critiques envers le pouvoir royal, s’indignent devant de tels mots, crient au scandale et s’offusquent encore plus quand Jeanne de La Motte sort avec de nombreuses révérences et au sourire provocateur.

Jeanne de Saint-Rémy, dite comtesse de La Motte-Valois
 

En troisième comparaît le cardinal de Rohan dont l’état de souffrance, l’humilité touchent les magistrats qui l’entendent pendant plus de deux heures.

Puis est attendue Nicole Leguay, dite baronne d’Oliva. Un huissier excuse son absence car la prévenue donne le sein à son nouveau-né. Les procès-verbaux notent : “La loi se tut devant la nature.

A sa comparution, les magistrats sont déjà tous gagnés par sa beauté et son innocence.

Cagliostro apparaît le dernier, fier et triomphant, racontant sa vie abracadabrantesque.

Joseph Basalmo, dit le comte de Cagliostro

A six heures du soir les prisonniers retournent à la Bastille en voitures séparées. Le cardinal et Cagliostro sont acclamés par la foule.

Aucune description disponible.Georges Montillier incarne Cagliostro dans Le Gerfaut (1987) de Marion Sarraut

Le 31 mai 1786, cinq heures du matin

Toutes les salles du Palais, les rues alentours sont bondées de monde. Le guet, à pied ou à cheval circule du Pont-Neuf à la rue de la Barillerie.

Les prisonniers sont déjà arrivés.

Dès cette heure matinale, dix-neuf Rohan, en deuil, sont à l’entrée de la Grand’ Chambre. Ils font leur révérence aux magistrats en silence.

La comtesse de Brionne (1734-1815) vient de faire une scène au président d’Aligre, l’accusant d’être vendu à la Cour. Née Rohan et tante du cardinal, elle oublie que par son mariage elle est une princesse lorraine et donc cousine de Marie-Antoinette.

La comtesse de Brionne, par Carmontelle

Le 31 mai 1786, six heures du matin

Ces messieurs du Parlement entrent dans la Grande Chambre. Comme le veut la tradition leurs conclusions sont installées sur le bureau.

Mais avant de les ouvrir, le conseiller Robert de Saint-Vincent se lève pour protester énergiquement contre la garde militaire qui entoure continuellement le cardinal et empêche son avocat de l’approcher.

Le premier président rappelle qu’il y a des ordres. Mots qui provoquent aussitôt des rumeurs. Enfin l’avocat est autorisé à s’approcher de son client.

Le Parlement déclare les “approuvé” en bas du contrat de vente du collier et les “Marie-Antoinette de France” comme faussement attribués à la Reine.

Puis, à l’unanimité des soixante-quatre magistrats, la comtesse de La Motte est déclarée coupable.

Deux magistrats, Saint-Vincent et Dyonis du Séjour, d’autres disent Delpech et Amelot, réclament contre elle la peine de mort.

Il s’agit en réalité d’une manoeuvre des amis du cardinal.

En effet, quand la peine de mort est proposée, les conseillers appartenant au clergé ne peuvent plus siéger. Or sur les treize clercs, seuls deux sont favorables à Rohan.

Le cardinal de Rohan

Le comte de La Motte est condamné par coutumace aux galères, Rétaux de Villette banni, Nicole Leguay mise hors de cours, c’est-à-dire acquittement avec notion de blâme pour avoir osé se substituer à la Reine dans une scène d’escroquerie, Cagliostro déchargé de toute accusation.

Mais c’est au sujet du cardinal que les parlementaires s’opposent en deux camps.

Les rapporteurs de l’enquête Titon de Villotran et Dupuy de Marcé se rangent du côté du procureur Fleury.

Boula de Montgodefroy, en tant que doyen de l’assemblée se prononce pour l’acquittement pur et simple. Il faut dire que son neveu, trésorier de la Grande Ecurie, travaille directement sous les ordres de la comtesse de Brionne…

Le conseiller de Saint-Vincent s’oppose encore au réquisitoire du procureur, estimant que ses mots proviennent directement du ministère. Aucune peine ne peut être prononcée contre celui qui n’a été que la dupe d’une escroquerie.

Le résultat de cette affaire est résumé par l’exclamation, au lendemain du verdict, de Fréteau de Saint-Just (1745-1794), magistrat du Parlement de Paris : 

« Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! »

Le 31 mai, dix heures du soir

Après plus de dix-sept heures de délibération, à vingt-six voix contre vingt-trois, le cardinal est mis hors de cours, blâmé seulement pour la scène du bosquet.

Le verdict est acclamé par la foule. Les membres du Parlement sont couronnés de fleurs par les dames de la Halle dans la cour de May.

Le buste du cardinal de Rohan. (Albert Fagioli-19/11/2005) (Musée ...
Le cardinal de Rohan

Si mademoiselle d’Oliva, Cagliostro et le cardinal de Rohan sont rapidement libérés, Jeanne de La Motte et Rétaux de Villette restent à la Conciergerie, ignorant leur sort.

Les jours suivants

D’après Bachaumont, la prisonnière mange à la table du concierge Hubert, chez qui elle reste pendant la journée, passant par des alternatives d’espérance et de désespoir, tandis que son amant joue du violon pour les prisonniers.

Apprenant l’acquittement du cardinal de Rohan, Jeanne entre dans une fureur terrible : elle saisit son pot de chambre et se le brise sur la tête. Elle tremble de toutes parts et le sang coule sur son visage. Deux femmes doivent désormais coucher auprès d’elle.

Le 13 juin 1786

L’exécution prévue est ajournée. Certains disent que la comtesse de La Motte sera finalement grâciée par le Roi, que Marie-Antoinette l’a prise en pitié.

Après le cardinal acclamé par l’opinion, c’est au tour de Jeanne de La Motte d’être considérée comme la victime innocente de la Reine.

Quoique fasse cette dernière, l’opinion la veut coupable.

Le 19 juin 1786

Le procureur annonce l’exécution pour ce jour.

Les badauds se massent dans les cours du Palais et alentours, les fenêtres des maisons voisines se louent à prix d’or.

Mais tout le monde est déçu, Jeanne de La Motte ne franchit pas les portes du Palais.

Le lieutenant général de la Police Louis Thiroux de Crosne craint de ne plus pouvoir assurer la sécurité dans le quartier du Palais.

Le 21 juin 1786, à cinq heures du matin

Jeanne de La Motte est réveillée par le concierge. Elle pense devoir repasser devant ses juges. Elle refuse de se lever. Elle consent finalement à s’habiller.

Arrivée au seuil de la cour de May, quatre bourreaux assistés de deux valets la saisissent, lui lient les mains et la portent jusqu’au pied du grand escalier. Le greffier maître Breton, qui a remplacé maître Freymin lui ordonne de se mettre à genoux et d’entendre l’arrêt du Parlement.

Jeanne change de couleur et un flot d’injures coule de ses lèvres. Elle mord ceux qui l’approchent, déchire ses vêtements, s’arrache le cheveux.

Les bourreaux réussissent tant bien que mal à la maintenir agenouillée pendant la lecture du greffier.

A l’annonce du fouet et des V qui lui seront marqués au fer, Jeanne fulmine : “C’est le sang des Valois que vous traitez ainsi !”

Et s’adressant au public : “Souffrirez-vous que l’on traite ainsi le sang de vos Rois ? Arrachez-moi à mes bourreaux !”

Jeanne marquée au fer rouge.jpeg
L’exécution du supplice de Jeanne de La Motte le 21 juin 1786

Ses cris sont si terribles qu’on les entend dans tout le Palais. Elle insulte le Parlement, le cardinal et évidemment la Reine.

Elle réclame d’avoir la tête tranchée. Elle tombe ensuite dans une sorte de prostration dont elle ne sort qu’à l’annonce de ses biens confisqués.

En temps normal, les exécutions se déroulent à midi. Cette heure matinale permet d’éviter la foule de curieux des derniers jours. Cela n’empêche pas deux cents à trois cents personnes attirées par les cris de venir voir ce qui se passe.

Le libraire Ruault témoigne :

“Elle se défendait comme un lion, des pieds, des mains, des dents, et de telle façon qu’ils ont été obligés de couper ses vêtements et jusqu’à sa chemise, ce qui a été de la plus grande indécence pour tous les spectateurs.”

Pour échapper au fouet du bourreau, elle se roule par terre.

Le bourreau devait la suivre par terre en proportion de ce qu’elle roulait.”

Couchée sur la dalle, elle s’apprête à recevoir la marque de fer, à plat ventre, son jupon retroussé.

“Elle découvrait tout son corps qui était superbe et avait les plus belles formes.”

Après la première application du fer rouge, agitée de convulsion, le bourreau brûle le sein au lieu de l’épaule pour la seconde.

Elle réussit à mordre le bourreau et s’évanouit.

Une voiture l’emmène ensuite à la Salpêtrière, elle tente de s’évader en route.

Le 21 juin 1786, dans la journée

Le frère de Marc Rétaux de Villette, magistrat à Bar-sur-Aube vient le chercher à la Conciergerie. Craignant les galères, ce dernier y échappe pour un simple exil en Italie.

 

Le 17 mars 1788

Ce n’est qu’au bout de trois ans, , que le Roi autorisera le cardinal de Rohan à retrouver son diocèse de Strasbourg. Et ce n’est qu’en 1881 que la famille de Rohan finira de payer le collier, aux descendants des joailliers.

Retentissement

Le résultat de cette affaire fut résumé par l’exclamation, au lendemain du verdict, de Fréteau de Saint-Just, magistrat du Parlement de Paris : « Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! » Bien que Marie-Antoinette ait été étrangère à toute l’affaire , l’opinion publique ne voulut pas croire en l’innocence de la Reine. Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, Elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où « l’Autrichienne » se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal.

Madame de La Motte qui a nié toute implication dans l’affaire, reconnaissant seulement être la maîtresse du cardinal, est parvenue à s’évader de la Salpêtrière, au bout de quelques semaines, grâce à de mystérieuses protections : le duc d’Orléans met sur pied une quête publique en sa faveur. Elle gagne l’Angleterre et publie à Londres un récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l’affaire et jusqu’à son intervention dans l’évasion.

On sait d’ailleurs que la Princesse de Lamballe a cherché à visiter Jeanne de La Motte à la Salpêtrière (pour l’aider à son évasion??? ) et qu’on l’a accueillie en ces mots :

Madame de La Motte a été condamnée à être enfermée, pas à vous recevoir“…

Mais demeure le mystère de la raison de cette visite. Était-ce en tant qu’émissaire de la Reine qui voulait prendre des nouvelles de la néfaste voleuse?

Évasion de Mme de La Motte

Par le discrédit qu’il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile et le renforcement du Parlement de Paris, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilité dans le déclenchement de la Révolution française quatre ans plus tard et dans la chute de la royauté. En effet, cette affaire prouve à l’opinion publique que la Royauté peut être rappelée à l’ordre par la justice…

En mai 1789

Jeanne de La motte, qui avait été payée pour ne pas écrire ses “souvenirs” publie ses mémoires complétés par la prétendue correspondance échangée entre la Reine et le cardinal…

Le 20 juillet 1792

La sentence prononcée en 1786 contre Madame de La Motte_qui est morte à Londres le 23 août 1791 : après s’être défenestrée de la chambre de son hôtel. Certaines personnes croient qu’elle fut assassinée par des royalistes mais elle tentait probablement d’échapper à des créanciers._est cassée. Il s’agit d’une mise en accusation indirecte de la Reine. Quant aux 1 600 000 livres que valait le collier, Évelyne Lever, dans le livre qu’elle consacre à l’affaire, estime, selon des experts anonymes, que cela équivaudrait aujourd’hui à près de 7 000 000 d’euros ( environ 52 millions de francs… le livre a été écrit en 2004, d’où ce renseignement qui pourrait paraître superflu aujourd’hui )  soit le prix d’un important château en Île-de-France ou dans le Val de Loire …

Vigée - Marie-Antoinette et ses enfants, par Elisabeth Vigée Le Brun (1787) Ben15_10
Marie-Antoinette et ses enfants, 1787, par Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun. Ce portrait est destiné à redorer l’image de la Reine suite au scandale du Collier

Le 17 mars 1788

Ce n’est qu’au bout de trois ans,  que le Roi autorisera le cardinal de Rohan à retrouver son diocèse de Strasbourg. Et ce n’est qu’en 1881 que la famille de Rohan finira de payer le collier, aux descendants des joailliers.

Retentissement

Le résultat de cette affaire fut résumé par l’exclamation, au lendemain du verdict, de Fréteau de Saint-Just, magistrat du Parlement de Paris : « Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! » Bien que Marie-Antoinette ait été étrangère à toute l’affaire , l’opinion publique ne voulut pas croire en l’innocence de la Reine. Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, Elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où « l’Autrichienne » se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal.

Résultat de recherche d'images pour "lady honoria lyndon"Marisa Berenson est Lady Honoria Lyndon dans le film de Stanley Kubrick

Madame de La Motte qui a nié toute implication dans l’affaire, reconnaissant seulement être la maîtresse du cardinal, est parvenue à s’évader de la Salpêtrière, au bout de quelques semaines, grâce à de mystérieuses protections : le duc d’Orléans met sur pied une quête publique en sa faveur. Elle gagne l’Angleterre et publie à Londres un récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l’affaire et jusqu’à son intervention dans l’évasion.

On sait d’ailleurs que la Princesse de Lamballe a cherché à visiter Jeanne de La Motte à la Salpêtrière (pour l’aider à son évasion??? ) et qu’on l’a accueillie en ces mots :

Madame de La Motte a été condamnée à être enfermée, pas à vous recevoir“…

Mais demeure le mystère de la raison de cette visite. Était-ce en tant qu’émissaire de la Reine qui voulait prendre des nouvelles de la néfaste voleuse?

Jeanne de La Motte et le Collier de la ReineÉvasion de madame de La Motte

Par le discrédit qu’il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile et le renforcement du Parlement de Paris, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilité dans le déclenchement de la Révolution française quatre ans plus tard et dans la chute de la royauté. En effet, cette affaire prouve à l’opinion publique que la Royauté peut être rappelée à l’ordre par la justice…

En mai 1789

Jeanne de La motte, qui avait été payée pour ne pas écrire ses “souvenirs” publie ses mémoires complétés par la prétendue correspondance échangée entre la Reine et le cardinal…

En juin 1789

Nicole Leguay meurt à Vincennes.

Le 23 août 1791

Madame de La Motte se défenestre de la chambre de son hôtel et se tue. Certaines personnes croient qu’elle a été assassinée par des royalistes mais elle tentait probablement d’échapper à des créanciers…

Aucune description disponible.

Le 20 juillet 1792

La sentence prononcée en 1786 contre Madame de La Motte est cassée. Il s’agit d’une mise en accusation indirecte de la Reine.

Quant aux 1 600 000 livres que valait le collier, Évelyne Lever, dans le livre qu’elle consacre à l’affaire, estime, selon des experts anonymes, que cela équivaudrait aujourd’hui à près de 7 000 000 d’euros  soit le prix d’un important château en Île-de-France ou dans le Val de Loire …

Sources :

  • Marie-Antoinette (1932) de Hilaire Belloc ( Payot, Paris)
  • Marie-Antoinette (1940), de René Benjamin ; Les Editions de France
  • La Reine Scandaleuse,  Idées reçues sur Marie-Antoinette (2012) de Cécile Berly, éditions Le Cavalier Bleu
  • Les Reines de France au temps des Bourbons, tome 4 : Marie-Antoinette L’insoumise (2002) de Simone Bertière
  • Marie-Antoinette : Fashion Victim par Jean-Michel Bourdin ; dans Historia du 17 octobre 2018
  • Marie-Antoinette  (1953) d’ André Castelot
  • Les Derniers Bijoux de Marie-Antoinette, par André Castelot ; Historama N°294, mai 1976
  • Chère Marie-Antoinette (1988) de Jean Chalon
  • L’Affaire du Collier de la Reine, Château de Versailles (magazine) N°2 ; juillet 2011
  • Les diamants de la guillotine de Pierre Combescot
  • La Princesse de Lamballe – Mourir pour la Reine (1979), de Michel de Decker ; chez Perrin
  • Marie-Antoinette (2013) d’Hélène Delalex
  • Louis XVI et Marie-Antoinette, un Couple en Politique (2006) de Joël Félix ; Payot
  • LE MARIAGE FORCE ou Marie-Antoinette humiliée (avril 2015), de Jean-Pierre Fiquet ; chez Tallandier
  • L’Affaire du Collier  (1901) de Frantz Funck-Brentano chez Hachette (Paris)
  • La Mort de la Reine  : Les suites de l’Affaire du Collier (1901) de Frantz Funck-Brentano chez Hachette (Paris)
  • La Révolution française (1928), de Pierre Gaxotte, chez Fayard
  • Louis XVI et Marie-Antoinette : vie conjugale – vie politique (1990) de Paul et Pierrette Girault de Coursac ; O.E.I.L. (1990)
  • Un prince millionnaire aimé des sans-culottes, par Michel de Decker ; Histoire magazine N°26, avril 1982
  • Cagliostro et la chute de l’Ancien Régime, par Guy Chaussinand-nogaret ; L’Histoire N°86, février 1986
  • La Révolution Française à l’écran, de Roger Icart (1988), chez Milan
  • Les beaux jours de Marie-Antoinette (1885), d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez Edouard Dentu,
  • La fin de l’Ancien Régime, d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez Edouard Dentu,
  • L’Agonie de la Royauté (1918), d’Arthur-Léon-Georges Imbert de Saint-Amand ; chez P. Letrielleux, Librairie-Éditeur, Paris VI
  • Marie-Antoinette L’impossible Bonheur (1970) de Marguerite Jallut et Philippe Huisman ; chez Edita, Lausanne
  • Marie-Antoinette – Aux côtés de Louis XVI dans la tourmente révolutionnaire (2014) ; Collection Reines, Maîtresses et Favorites chez Hachettes
  • Les Chroniques de la Révolution (1988) chez Larousse
  • Louis XVI (1985) d’Evelyne Lever ; chez Fayard
  • Marie-Antoinette (1991) d’Evelyne Lever; chez Fayard
  • Marie-Antoinette : la naissance d’une reine : Lettres choisies 1770-1793 (2005) d’Evelyne Lever
  • Marie-Antoinette : la naissance d’une reine : Lettres choisies 1770-1793 (2005) d’Evelyne Lever
  • La Vie Joyeuse et Tragique de Marie-Antoinette (1933) de Pierre Nezelof ; chez Albin Michel
  • Marie-Antoinette par Robert Hossein, Point de vue N°2357, octobre 1993
  • Les Perles de Marie-Antoinette et les Diamants des Rois de France , Point de Vue Images du Monde N°63, 2018
  • Marie-Antoinette    Reine de la Mode et du Goût (2018) de Françoise Ravelle ; Parigramme – Carnet de Style
  • La désinformation autour de Marie-Antoinette, d’Alain Sanders (2006) ; L’étoile du berger

Versailles ressuscité ; Ulysse hors-série (Télérama), mai 2000 : Les caprices de Marie-Antoinette, par Philippe Beaussant

  • La Princesse de Lamballe – L’Ange de Marie-Antoinette (octobre 2005), d’Alain Vircondelet ; chez Flammarion
  • Juger la reine (2016) d’ Emmanuel de Waresquiel
  • Marie-Antoinette (1933) de Stefan Zweig
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